Fabien Engelmann

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Fabien Engelmann
Illustration.
Fonctions
Conseiller régional du Grand Est
En fonction depuis le
(2 ans, 6 mois et 27 jours)
Élection 13 décembre 2015
Président Philippe Richert
Maire de Hayange
En fonction depuis le
(4 ans, 3 mois et 9 jours)
Élection 30 mars 2014
Biographie
Date de naissance (39 ans)
Lieu de naissance Algrange (Moselle, France)
Nationalité Drapeau de la France France
Parti politique LO (2001-2008)
NPA (2009-2010)
FN (2010-2018)
RN (depuis 2018)
Profession Ouvrier territorial[1]

Fabien Engelmann, né le à Algrange, est un homme politique et syndicaliste français.

Après avoir été responsable syndical à la Confédération générale du travail (CGT) et engagé à l'extrême gauche, il rejoint le Front national en 2010. Il est maire de Hayange (Moselle) depuis 2014 et conseiller régional de Grand Est depuis 2015.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et vie privée[modifier | modifier le code]

Fabien Engelmann est d'ascendance pied-noire. Ses grands-parents sont des rapatriés d'Algérie, installés dans la vallée de la Fensch dans les années 1960[2]. Son père est comptable, sa mère auxiliaire de vie ; tous deux sont Témoins de Jéhovah.

Il est végétarien[3] et défenseur de la cause animale[4].

Parcours syndical et politique[modifier | modifier le code]

La carrière de Fabien Engelmann débute aux espaces verts[réf. nécessaire] de la mairie de Nilvange en Moselle, où il est ouvrier fonctionnaire territorial[5]. Il fonde la section CGT des agents territoriaux de la commune, dont il devient le secrétaire[5]. Il milite à l'époque à la fondation Brigitte-Bardot. Puis il est adhérent à Lutte ouvrière entre 2001 et 2008[1] (il « appréciait Arlette Laguiller pour son franc-parler et sa sincérité »)[6]. Il est tête de liste LO aux élections municipales de 2008 à Thionville, où il recueille 6,9 % des voix[5].

En 2009, il change de parti et passe au NPA[1] qui lui paraît moins sectaire[réf. nécessaire]. Il est candidat à l'élection régionale de 2010 en Lorraine en seconde position sur la liste du parti[5]. En raison de la candidature d'une femme portant le hijab sous les couleurs du NPA dans le Vaucluse, il quitte le parti avec les trois quarts de sa section et rejoint le Front national (FN) en octobre 2010, ainsi que Riposte laïque[5],[7].

Après la publication d'un article que lui consacre l'édition du Figaro du 24 janvier 2011, la CGT entame une procédure d'exclusion à son encontre et la fédération à laquelle il appartient demande aux militants de sa section de le désavouer[5]. Il obtient le soutien de 23 des 26 adhérents de cette dernière, ce qui conduit l'union départementale CGT de la Moselle et la fédération des services publics de la CGT à suspendre la section et provoquer un conseil de discipline au siège de la confédération[5],[8]. Il est alors exclu de la CGT[1]. Maître Gilbert Collard organise alors une conférence de presse conjointe avec le FN[réf. nécessaire]. La direction de la CGT diffuse à partir d'avril 2011 un document de dix pages intitulé « Le Front national ou l'imposture sociale », qui revient en conclusion sur l'affaire Engelmann[9]. En janvier 2012, l'Institut d'histoire sociale de la CGT organise une journée « anti-FN » à laquelle assiste le secrétaire général Bernard Thibault : celui-ci revient également sur l'affaire et souligne que son exclusion a été suivie d'un courrier à l'ensemble des secrétaires de syndicats de la CGT[10].

Il devient conseiller politique de Marine Le Pen pour le dialogue social, membre du bureau départemental de Moselle du FN[réf. nécessaire] et du bureau politique du FN de 2011 à 2014, ainsi que responsable de la huitième circonscription de la Moselle pour le parti[11].

Lors des élections régionales de décembre 2015, il est élu conseiller régional d'Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine.

Maire d'Hayange[modifier | modifier le code]

Aux élections municipales de 2014, Engelmann est candidat tête de liste Front national à Hayange[12]. Élu au second tour à la majorité relative (34,7 %), il devient le nouveau maire de la ville le 6 avril 2014[13]. Il est du même coup élu conseiller communautaire de la communauté d'agglomération du Val de Fensch (CAVF). L'élection d'un maire encarté au FN cause la rupture du jumelage avec la ville d'Arlon (Belgique) et celle de Diekirch (Luxembourg)[14] (l'édile clôt l'affaire en déclarant : « bon débarras ! »)[15].

Ses premières mesures ont porté sur la création d'un pigeonnier municipal, d'une rue Brigitte-Bardot et le retrait du drapeau européen des mâts de l'hôtel de ville[15].

En 2014, jugeant la sculpture "lugubre" et "affreuse", Engelmann fait repeindre en bleu une œuvre de l'artiste Alain Mila, hommage au passé sidérurgique de la ville. Contrevenant aux règles de la propriété intellectuelle qui interdit de modifier une œuvre sans l'accord de son auteur, son acte provoque des remous[16]. L’œuvre est finalement décapée, puis remisée au fond d'un parc. L'édile fera également repeindre aux couleurs tricolores trois wagonnets de charbonnage exposés sur un rond-point[15].

Engelmann institue une « Fête du cochon » dans sa ville. L'initiative est vue par ses opposants locaux comme une manière de stigmatiser les musulmans. L’affiche de la quatrième édition de la manifestation prévue le 3 septembre 2017, provoque la polémique. Les chanteurs programmés (Enzo Enzo, Ana K, Caroline Loeb, Eric Morena et Eve Angeli) annulent leur participation à l’événement, « compte tenu du caractère particulièrement politique et polémique de [celui]-ci dont nous n’étions absolument pas informés » déclarent les artistes par la voie de leur producteur[17], « sous la pression médiatique » selon Fabien Engelmann. Les Forbans assurent cependant leur prestation[18], en qualifiant de "sombres crétins", "d'abrutis" et de "chroniqueurs de merde" les journalistes ayant commenté la polémique, et "d'abrutis" les artistes ayant refusé de venir jouer à Hayange - sous les applaudissements du public[19].

En 2015, lors des commémorations du 8 mai 1945 à Hayange, l'association Couleurs Gaies défile avec une banderole porteuse du slogan « Florian, Fabien, Steeve et les autres... Toutes les folles ne sont pas au Front », associant Fabien Engelmann à Florian Philippot et Steeve Briois, et sous-entendant ainsi que le maire de Hayange est homosexuel[20]. La banderole est reprise plus tard à l'occasion de la gay pride de Metz[21]. Fabien Engelmann conteste avoir été victime d'un outing, en déclarant « Qui vous dit que je suis homosexuel ? » et en annonçant son intention de porter plainte pour diffamation contre l'association, qu'il qualifie de « groupuscule d’extrême gauche financé par les socialistes »[20].

En décembre 2016, une prise de position du maire contre le Secours Populaire fait débat. Il accuse ainsi l'association - installée dans un local qu’elle partage depuis 2005, à titre gracieux, avec les Restos du cœur - d'être trop « pro-migrant » et trop « communiste », et supprime les subventions municipales qui étaient de 1 700 euros en 2014. À l'approche de Noël, l'association se voit interdire l'accès aux locaux de la mairie, où elle organise traditionnellement un repas à l'occasion des fêtes. L'association pousse alors un cri d'alarme, estimant que la récolte et la distribution de jouets et de nourriture aux familles étaient désormais compliquées à organiser à Hayange. En décembre 2017, un juge des référés du tribunal de grande instance de Thionville a ordonné mardi à la commune frontiste de Hayange (Moselle) de rétablir le gaz et l'électricité, coupés depuis un an dans le local du Secours populaire. Fabien Engelmann se déclare alors « déçu » par la décision de justice[22].

En février 2017, il est mis en examen, soupçonné de ne pas avoir respecté les règles du code des marchés publics, au sujet d'un contrat de plusieurs dizaines de milliers d'euros[23].

Rejet des comptes de campagne[modifier | modifier le code]

Maire de Hayange depuis avril 2014, Fabien Engelmann voit ses comptes de campagne rejetés le 6 octobre 2014 par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP)[24]. Le 19 décembre 2014 et à la suite de la décision de la CNCCFP, le tribunal administratif de Strasbourg a estimé que la commission avait rejeté « à bon droit » les comptes de campagne de l'élu et a prononcé son jugement : Fabien Engelmann est donc « déclaré inéligible[25] pour une durée d'un an et démissionnaire d'office de son mandat de conseiller municipal de la commune de Hayange à compter de la date à laquelle son jugement revêtira un caractère définitif » en raison « d'un manquement d'une particulière gravité à la loi électorale »[26]. Principal reproche, une somme de 1 575  de frais de dépliants électoraux prise en charge par une de ses colistières durant la campagne et non par son mandataire financier, ce qui est strictement interdit et entraîne le rejet automatique des comptes, cette somme n’est pas mentionnée dans ses comptes de campagne[27]. Dans un document interne datant de mars 2014 et rédigé par Jean-François Jalkh (chargé des affaires juridiques et des élections au FN), le « recueil de dons sans passer par le mandataire financier » fait explicitement partie des « péchés mortels » à éviter absolument.

Fabien Engelmann, également condamné au non remboursement de ses frais de campagne, a annoncé son intention d'épuiser tous les recours possibles jusqu'au conseil d'État, à commencer par un appel du jugement qui lui permettrait de rester en poste. Selon le journal Le Monde, se basant sur « des sources proches du parti », il subirait « en privé les critiques de certains cadres frontistes »[28]. Malgré son éviction du bureau politique du FN, dont il était membre depuis 2011, lors du congrès du parti à Lyon fin novembre 2014, le maire de Hayange se targue d’être toujours soutenu par Marine Le Pen. Elle a évoqué à propos de Fabien Engelmann des « éléments minimes », ajoutant que « les premiers pas des villes FN sont remarquables »[29].

Le 17 juin 2015, le Conseil d'État confirme le rejet des comptes de campagne, mais annule la peine d'inéligibilité, considérant que le montant des dépenses ayant entraîné le rejet des comptes était « demeuré limité » et que cela n'avait pas constitué « un manquement d'une particulière gravité »[30].

Un exemple révélateur des mutations du Front national des années 2010[modifier | modifier le code]

L'historienne Valérie Igounet l'estime typique des nouveaux élus FN marinistes qui rompent avec « l'image traditionnelle de l'extrémiste »[31].

Pour Pascal Perrineau, il est représentatif des « fils de mineurs communistes du Pas-de-Calais ou de sidérurgistes de la vallée de la Fensch, dans la Moselle, qui ont quitté l'univers de référence de la gauche politique ou syndicale pour rejoindre directement la protestation frontiste. » Il est révélateur d'une mutation au terme de laquelle le Front national, et non plus le Parti communiste, assume la fonction tribunitienne qui neutralise les forces opposées au régime en les intégrant politiquement dans un rôle de défense des intérêts des catégories sociales les plus défavorisées.

« [Il] montre à la fois la manière dont des valeurs de gauche (défense des services publics, rejet des licenciements, attachement à la laïcité, maintien des salaires…) peuvent s'investir au Front national et comment un jeune ouvrier peut abandonner les références classiques de la gauche en se rangeant aux solutions de la "préférence nationale"[32]. »

Publication[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Amaury Brelet, « Enquête. Le Front des atypiques », sur valeursactuelles.com, (consulté le 22 août 2014).
  2. Nicolas Bastuck, « Du NPA au FN, le parcours d'un jeune délégué CGT », sur lemonde.fr, (consulté le 22 août 2014).
  3. « VIDEO. FN : "La fête du cochon est un apprentissage de la République" », sur francetvinfo.fr, (consulté le 6 juin 2016).
  4. Nicolas Bastuck, « Le tyran de Lorraine », sur lemonde.fr, (consulté le 6 juin 2016).
  5. a, b, c, d, e, f et g Dominique Andolfatto et Thierry Choffat, « Le Front national et les syndicats : une stratégie d'entrisme ? », dans Sylvain Crépon, Alexandre Dézé, Nonna Mayer, Les Faux-semblants du Front national : sociologie d'un parti politique, Presses de Sciences Po, , p. 82
  6. |titre ouvrage=Temps et politique|titre chapitre=Quand un homme de gauche migre vers le Front national|auteur= Anne Muxel|date=2011
  7. « Chez les nouveaux lepénistes », sur lepoint.fr, (consulté le 22 aout 2014).
  8. Claire Guélaud, « La CGT et la CFDT font face à l'« entrisme » du FN », sur lemonde.fr, (consulté le 22 août 2014).
  9. Dominique Andolfatto et Thierry Choffat, « Le Front national et les syndicats : une stratégie d'entrisme ? », dans Sylvain Crépon, Alexandre Dézé, Nonna Mayer, Les Faux-semblants du Front national : sociologie d'un parti politique, Presses de Sciences Po, , p. 82-83
  10. Dominique Andolfatto et Thierry Choffat, « Le Front national et les syndicats : une stratégie d'entrisme ? », dans Sylvain Crépon, Alexandre Dézé, Nonna Mayer, Les Faux-semblants du Front national : sociologie d'un parti politique, Presses de Sciences Po, , p. 83
  11. Dominique Andolfatto et Thierry Choffat, « Le Front national et les syndicats : une stratégie d'entrisme ? », dans Sylvain Crépon, Alexandre Dézé, Nonna Mayer, Les Faux-semblants du Front national : sociologie d'un parti politique, Presses de Sciences Po, , p. 84
  12. Site de campagne.
  13. Article de France Bleu sur son élection.
  14. Élection d'un maire FN : Arlon veut suspendre les relations officielles avec Hayange sur france3-regions.francetvinfo.fr du 2 avril 2014
  15. a, b et c Le tyran de Lorraine sur lemonde.fr du 13 septembre 2014
  16. En Moselle, un artiste assigne une mairie FN en justice pour avoir repeint sa fontaine sur 20minutes.fr du 10 février 2015
  17. Hayange: Les Forbans remplacent Eve Angeli à la Fête du cochon sur 20minutes.fr du 30 août 2017
  18. Août : temps de cochon sur Hayange sur republicain-lorrain.fr du 4 janvier 2018
  19. La vidéo des Forbans qui "chient sur la presse" à la Fête du cochon sur huffingtonpost.fr du 6 septembre 2017
  20. a et b 8-Mai à Hayange : un défilé très gay, Le Républicain lorrain, 9 mai 2015
  21. « Metz: le FN s'insurge contre l'affiche de la gay pride », sur BFM TV,
  22. Le maire FN d'Hayange va devoir remettre le gaz et l'électricité au Secours populaire sur liberation.fr du 19 décembre 2017
  23. « Le maire FN d'Hayange, Fabien Engelmann, mis en examen », europe1.fr, 18 février 2017.
  24. « Comptes de campagne : le maire FN de Hayange va faire appel de sa condamnation », Le Point, 19 décembre 2014.
  25. Mathieu Magnaudeix, « Le maire FN d'Hayange condamné à un an d'inéligibilité », sur mediapart.fr, (consulté le 19 décembre 2014).
  26. le huffpost et AFP, « Hayange: le maire FN condamné à un an d'inéligibilité », sur huffingtonpost.fr, (consulté le 19 décembre 2014).
  27. Un an d'inéligibilité pour le maire FN Fabien Engelmann: l'élu fait appel, valeursactuelles.com, 19 décembre 2014.
  28. Le maire FN de Hayange inéligible pendant un an, lemonde.fr, 16 décembre 2014
  29. Hayange : un risque politique pour le Front national, lemonde.fr, 10 septembre 2014.
  30. leparisien.fr, « Le Conseil d'Etat annule l'inéligibilité du maire FN d'Hayange », leparisien.fr,‎ (lire en ligne)
  31. Valérie Igounet, Le Front national : de 1972 à nos jours. Le parti, les hommes, les idées, Seuil, 2014, 496 p.
  32. Pascal Perrineau, La France au front, Fayard, 2014, 240 p.
  33. Recension sur Libération.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]