Yann Piat

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Yann Piat
Plaque commémorative de Yann Piat.
Plaque commémorative de Yann Piat.
Fonctions
Députée de la 3e circonscription du Var
Législature IXe et Xe
Groupe politique Non-inscrite (1988)
UDF (1988-1994)
Successeur Philippe de La Lombardière de Canson
Députée du Var
(scrutin proportionnel par département)
Législature VIIIe
Groupe politique FN-RN
Biographie
Nom de naissance Yannick Marie
Date de naissance
Lieu de naissance à Saïgon en Indochine française
Date de décès (à 44 ans)
Lieu de décès à Hyères dans le Var

Yann Piat, née Yannick Marie le à Saïgon (Indochine française) et morte assassinée le à Hyères (Var), est une femme politique française, membre du Front national, puis de l'UDF.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Yannick Marie naît pendant la guerre d'Indochine, de père inconnu et de mère auxiliaire féminin de l'Armée de terre, qui est ensuite envoyée en Algérie où elle milite à l'OAS et est incarcérée. Élevée loin de sa mère à Saint-Raphaël, elle se marie ensuite à un officier marinier, puis à un pilote d'essai, Philippe Piat, en 1977[1].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Filleule de Jean-Marie Le Pen, elle adhère au Front national. Avec le soutien du leader frontiste, elle devient secrétaire départementale du parti dans les Landes, puis, revenue dans son département d'origine, est élue députée du Var en 1986. Elle est la seule parlementaire du FN réélue en 1988, avec un score de 53,71 % des voix, et sera de nouveau réélue en 1993, sous l'étiquette UDF, dans une triangulaire, avec 42,40 % des suffrages.

Candidate à la présidence de l'Assemblée nationale en 1986, soutenue par le Front national, elle recueille 36 suffrages au premier tour de scrutin, mais en perd deux au second tour.

À l'Assemblée nationale française, Yann Piat est membre de la commission d'enquête sur les tentatives de pénétration de la mafia en France, ce qui lui permet alors de dénoncer la collusion entre la mafia et la classe politique varoise. Elle est alors surnommée « Yann d'Arc », en référence à Jeanne d'Arc.

Du FN à l'UDF[modifier | modifier le code]

Elle s'éloigne peu à peu de son parrain. Et, lorsque celui-ci fait le jeu de mot « durafour-crématoire », elle s'indigne et finit par voter en faveur du projet de loi sur le revenu minimum d'insertion à l'Assemblée nationale. Elle prononce alors cette phrase « J'ai aimé Jean-Marie, j'ai détesté Le Pen ». Elle est exclue du parti en octobre 1988[2].

Elle se rapproche de l'UDF, tout en conservant son discours dénonçant la collusion entre la classe politique locale et le milieu mafieux.

Pressentie pour intégrer la liste UDF-RPR pour les élections régionales de mars 1992, elle en est finalement écartée, ce qui l'entraîne à réfléchir à la constitution d'une liste dissidente. En échange de l'abandon de cette ambition régionale, elle se serait assurée, selon Hervé Gattegno, l'investiture de la droite pour les législatives de 1993[3].

L'affaire Yann Piat[modifier | modifier le code]

Tombe de Yann Piat au cimetière de Bormes-les-Mimosas.

Assassinat[modifier | modifier le code]

Le , elle est assassinée par deux hommes à moto alors qu'elle vient de quitter sa permanence de député et qu'elle rejoint son domicile en Renault Clio conduite par son chauffeur Georges Arnaud. Au débouché d'un lacet sur la route panoramique du Mont des Oiseaux, le passager de la moto qui suit la voiture ouvre le feu à trois reprises. La Clio s'immobilise et il tire à nouveau à trois reprises, de face, blessant mortellement la députée et blessant son chauffeur d'une balle dans la cuisse[4].

À cette époque, Hyères est surnommée « Hyères-les-Bombes » pour ses nombreux attentats, incendies et règlements de compte dans un contexte de spéculations affairistes pour le contrôle de l'économie locale. Une partie de la classe politique locale entretient, à ce moment, des rapports ambivalents avec le milieu[5].

Yann Piat est la première femme députée assassinée en France et la deuxième élue abattue, en douze ans, dans le Var[6].

Piste politique[modifier | modifier le code]

Aussitôt, l'« affaire Yann Piat » suscite en France une vive émotion, et on lui suppose une origine politique. Les suspicions sont alimentées par la révélation dans la presse écrite de lettres[7] et de rapports récents de la députée, concernant des liens entre des élus du Parti républicain et la mafia varoise[8], ainsi que par la découverte d'une lettre écrite par Yann Piat deux ans auparavant, alors qu'elle venait d'être écartée de la liste de droite pour les régionales, et dans laquelle elle met en cause en cas de mort suspecte, cinq hommes dont Maurice Arreckx, Bernard Tapie et le parrain Jean-Louis Fargette abattu entre-temps[3].

Piste mafieuse[modifier | modifier le code]

Puis l'enquête s'oriente vers le meurtre mafieux, la police recueillant les aveux de jeunes « bébés killers » de 20 ans Marco di Caro et Lucien Ferri, arrêtés le , et suspectant le commanditaire comme étant Gérard Finale le patron du bar Le Macama (situé sur le port de plaisance de Hyères), dont l'ambition était de devenir un des parrains de la pègre du Var[1] et qui aurait vu en Yann Piat un obstacle dans cette ascension, la créditant de plus de poids qu'elle n'en avait. Ceux-ci ont été identifiés suite aux confidences de Delphine Capel, une fille de la bande travaillant au bar et interpellée pour une histoire de carte bleue[9].

Polémiques[modifier | modifier le code]

Cependant, en , les journalistes d'investigation André Rougeot et Jean-Michel Verne relancent la piste du complot politique avec L'Affaire Yann Piat : Des assassins au cœur du pouvoir, dans lequel ils affirment que la députée a été assassinée parce qu’elle en savait trop sur les affaires immobilières impliquant des hommes politiques et le grand banditisme varois. Ils citent les propos d'un « général », présenté comme un ancien de la Direction du renseignement militaire, qui font de François Léotard et Jean-Claude Gaudin, sous les surnoms respectifs d'« Encornet » et « Trottinette », les commanditaires du meurtre. Ceux-ci portent plainte et entament une action en référé pour supprimer les passages du livre jugés diffamatoires. Incapables d'apporter la preuve de leurs écrits, les journalistes sont condamnés avec leur éditeur à verser 230 000 euros d'amende, et leur livre est retiré de la vente[10]. En réponse, Léotard écrit Pour l'honneur. Quelques mois plus tard, André Rougeot est écarté de la rédaction du Canard enchaîné[11].

Selon Claude Ardid, il y aurait eu, outre la bande du bar Le Macama, une seconde équipe, chargée de finir le travail. Pour lui, cela s'explique par le fait qu'Yann Piat voulait s'opposer à l'agrandissement de l'aéroport de Toulon-Hyères ainsi qu'à des projets immobiliers (construction d'une marina sur le double tombolo de la presqu'île de Giens, sur les terrains mis en vente par la Compagnie des salins du Midi[12]). Elle entendait, selon lui, en se présentant à la mairie de Hyères, mettre fin aux liens entre les milieux mafieux et politique.

Procès[modifier | modifier le code]

Le , se tient le procès de Gérard Finale et des « baby killers » de la bande du Macama (Lucien Ferri, Marco Di Caro, Romain Gressler, Olivier Tomassone, Stéphane Ali Guechguech, Stéphane Chiarisoli, respectivement tireur, pilote et comparses)[13] devant la cour d'assises du Var. Le président du tribunal interroge Lucien Ferri :

« Le Président : Comment la préparation s'est-elle déroulée ?
Ferri : Il y a eu des réunions préparatoires avec les commanditaires, j'étais présent mais seul.
Le Président : Qui sont ces commanditaires ?
Ferri : Je ne peux pas vous le dire.
Le Président : S'agissait-il d'hommes politiques ou de voyous ?
Ferri : Les deux.
Le Président : Y avait-il des personnalités politiques ?
Ferri : Oui.
le Président : Ces politiques sont-ils si puissants que vous les redoutiez ?
Ferri : Ma foi oui, autrement je vous dirais leurs noms[14]. »

Après six heures de délibération, il aboutit le 16 juin à la condamnation de :

  • Gérard Finale, le commanditaire de l'assassinat, à la réclusion criminelle à perpétuité.
  • Lucien Ferri, le tireur, à la réclusion criminelle à perpétuité.
  • Marco Di Caro, le conducteur de la moto, à vingt ans de réclusion[10].
  • Romain Gressler, chargé de faire de guet et s'occuper des armes, à 15 ans de réclusion criminelle.
  • Olivier Tomassone, chargé de faire de guet et s'occuper des armes, à 13 ans de réclusion criminelle.
  • Stéphane Ali Guechguech, l'incendiaire de la moto, à 6 ans de prison.

Stéphane Chiarisoli est acquitté[15].

Romain Gressler, Olivier Tomassone et Stéphane Ali Guechguech sont aujourd'hui libres, après avoir purgé leurs peines de prison. Gérard Finale, le commanditaire de l'assassinat, décède à l'âge de 65 ans dans un hôpital de Toulouse, après une opération du cœur, dans la nuit du mercredi 12 au jeudi 13 mai 2010 alors qu'il purgeait sa peine à la centrale de Lannemezan (Hautes-Pyrénées) et que son dossier de demande de libération conditionnelle allait être examiné[16],[17]. Lucien Ferri, après un peu plus de seize ans de détention, bénéficie d'une liberté conditionnelle et meurt le 18 février 2013, à 41 ans, d'une méningite foudroyante dans un hôpital de Toulouse[18]. Sorti de prison le 24 novembre 2007, Marco Di Caro y retourne pour une agression à main armée et séquestration d'une directrice de supermarché chez elle à Draguignan le 5 janvier 2008[19],[20].

Hommages[modifier | modifier le code]

Une plaque commémorative était apparente à l'endroit où Yann Piat a été assassinée. Elle a aujourd'hui disparu. En 2011, Antoine de Caunes réalise un film, Yann Piat, chronique d'un assassinat, avec Karin Viard dans le rôle de la députée[21]. L'association portant le nom de la députée dénonce toutefois le tournage du film, opinion critiquée par Angélique Piat, la fille de Yann Piat, qui avait même demandé la dissolution de cette association en estimant que le nom de sa mère n’était pas une « marque de fabrique ».

Il existe une « place Yann-Piat » à Bormes-les-Mimosas dans le Var. En février 2008, la mairie d'Hyères a également inauguré une « rue Yann-Piat »[22].

Synthèse des mandats[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Yann Piat : la femme aux deux visages » Article de François Caviglioli publié dans Le Nouvel observateur no 2022 du 6 août 2003
  2. « La politique victime du milieu ? » Article d'Henri Haget et Marc Neuville publié le dans L'Express
  3. a et b « L'autre énigme de l'affaire Yann Piat » Article de Hervé Gattegno publié dans Le Nouvel observateur
  4. Jean Guisnel, Valérie Guien et Pascal Irastorza, « Les rumeurs et les faits », sur Le Point,‎
  5. Claude Ardid, Jacques-Marie Bourget, Yann Piat. L'histoire secrète d'un assassinat, Plon,‎ 1998, p. 21
  6. Alain Carion, Opération mains sales, Première ligne,‎ 1994, p. 64
  7. « Les assassins de Yann Piat avaient des complices » Article de Pierre Barbancey publié le 7 mars 1994 dans L'Humanité
  8. « Yann Piat : le rapport qui accuse » Article d'Élisabeth Schemla publié dans Le Nouvel observateur no 1530 du 3 mars 1994
  9. Bruno Aubry, Parrains du siècle, destins et déclins, Groupe Express,‎ 2011, p. 121
  10. a et b , « Affaire Yann Piat : le "complot" Encornet et Trotinette » Article de Bénédicte Charles publié le 5 juillet 2008 dans Marianne
  11. Pierre Péan et Philippe Cohen, La Face cachée du Monde : du contre-pouvoir aux abus de pouvoir, éditions Mille et une nuits, Paris, 2003 (ISBN 2-84205-756-2).
  12. « Les salins d'Hyères sauvés de justesse » Article d'Éliane Patriarca publié le 9 février 2005 dans Libération
  13. Claude Ardid, Jacques-Marie Bourget, Yann Piat. L'histoire secrète d'un assassinat, Plon,‎ 1998, p. 39
  14. Christian English et Frédéric Thibaud, Affaires non classées, First éditions,‎ , p. 266.
  15. Roger-Louis Bianchini, 13 mystères de la Côte, Fayard,‎ 2005, p. 203
  16. « Le commanditaire du meurtre de la députée du Var Yann Piat est mort », La Provence,‎ (lire en ligne)
  17. « Le commanditaire du meurtre de Yann Piat est mort » Article de Marie Desnos publié le 17 mai 2010 dans Paris Match
  18. « L’assassin de Yann Piat est mort » Article publié le 25 juin 2013 dans Var-Matin également publié dans Nice-Matin
  19. « Marco Di Caro a été arrêté hier matin à Flayosc par le GIPN » Article publié le 5 août 2008 dans Var-Matin
  20. « Assises : 15 ans pour Marco Di caro » Article publié le 22 septembre 2011 dans Var-Matin
  21. « Polémique autour de la mémoire de Yann Piat » Article publié le 28 juin 2008 dans Var-Matin
  22. « Hyères: Nouvelle avenue, nouveau rond-point, et une rue Yann-Piat » Article publié le 18 février 2008 dans Var-Matin

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles de presse[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]