Sans domicile fixe en France

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Pour l'Insee, les personnes sans-domicile peuvent être des personnes sans-abri, mais résidant également en habitations de fortune, en hébergements collectifs, en l’hôtels, en CADA ou hébergés dans un logement associatif à titre temporaire[1].

Recensement[modifier | modifier le code]

Difficultés[modifier | modifier le code]

Si les enquêtes nationales logement de l'INSEE menées depuis 1955 donnent une indication du mal-logement et des personnes hébergées, les sans-abri échappaient aux recensements faits uniquement à partir du domicile. En 2001, l'INSEE fit une première enquête[2] dans les divers lieux d'hébergement et en compilant des données extérieures telles que celles du Samu social[3].

Le nombre de sans domicile en France est difficile à évaluer, en partie en raison de l'absence d'outils statistiques appropriés[4], ainsi que par la mobilité de cette population. La crise du logement est l'une des causes principales expliquant l'absence d'accès à un toit.

Statistiques[modifier | modifier le code]

L'enquête 2001 de l'INSEE dénombrait 86 000 sans-domicile en France. L’enquête l'Insee de 2012 comptabilisait 133 000 sans-domicile, dont 10% de sans-abri, en France[5].

Selon un rapport de la Cour des Comptes[6], il y aurait environ 150 000 personnes sans domicile à la fin des années 2000, nombre repris par l'Assemblée nationale dans son rapport de janvier 2012 sur l'évaluation  de la politique de l'hébergement d'urgence[7], mais la FNARS évalue ce nombre entre 150 000 à 240 000 personnes.

Selon le rapport sur le mal-logement[8] édité par la Fondation Abbé-Pierre, le nombre de sans domicile a augmenté de 50 % depuis 2001 pour atteindre le chiffre de 141 500 personnes, dont 30 000 enfants début 2012[9].En outre 25 000 personnes résidaient en chambres d'hôtels et 85 000 dans des habitations de fortune selon le recensement de la population de 2006.

Personnes privées de logement[modifier | modifier le code]

Selon une compilation 2002-2008 de l'INSEE parue en janvier 2011[10], la France comptait dans la décennie 2000 environ 250 000 personnes privées de logement.

33 000 personnes vivent en France « entre la rue et les dispositifs d'accueil d'urgence ». Cette population est essentiellement masculine (83 %), urbaine et francilienne à hauteur d'un tiers (36 %).

La France compte par ailleurs environ 100 000 personnes accueillies pour des durées longues dans des services d'hébergement social (66 000 personnes dans des établissements sociaux du type CHRS) ou dans un logement financé par l'allocation logement temporaire (34 000 personnes)[3].

Outre ces personnes sans domicile, d'autres sont privées de logement personnel : en 2006, 38 000 personnes vivaient à l'hôtel (dont 20 % de moins de 20 ans) dans des conditions médiocres, souvent sans sanitaire ou cuisine. L'hébergement chez des tiers concernaient 643 000 personnes en 2013.

Mal-logés et mal-logement[modifier | modifier le code]

En France, 3,6 millions de personnes sont soit privées de domicile personnel (895 000 personnes), soit vivent dans des conditions très difficiles (privation de confort ou surpeuplement) (2 880 000 personnes), soit sont en situation d’occupation précaire (hôtel, caravanes…) selon la Fondation Abbé-Pierre[9].

Âge[modifier | modifier le code]

Les SDF à Paris ont une structure par âge assez différente du reste de la population parisienne, avec par exemple beaucoup moins de personnes âgées de plus de 60 ans.

  • 22 % des hommes SDF à Paris ont entre 16 et 30,5 ans.
  • 57 % des hommes ont entre 31 et 51 ans.
  • 19 % des hommes ont entre 51 et 64 ans.
  • 2 % des hommes ont 65 ans et plus.
  • 48 % des femmes SDF à Paris ont entre 18 et 30 ans.
  • 45 % des femmes ont entre 31 et 50 ans.
  • 6 % des femmes ont entre 51 et 64 ans.
  • 1 % des femmes ont 65 ans et plus.

Proportion de femmes SDF[modifier | modifier le code]

  • 38 % des sans domiciles sont des femmes [11]
  • 48 % des sans domiciles de 18 à 29 ans sont des femmes [11]
  • 17 % des SDF de Paris sont des femmes contre 83% d'hommes.
  • 1 femme SDF sur 3 à Paris est accompagnée d'enfants, avec ou sans conjoint.

Situation matrimoniale des SDF[modifier | modifier le code]

  • 57 % des SDF sont célibataires.
  • 8 % sont mariés.
  • Plus de 1 SDF sur 3 a divorcé ou est veuf.

Situation professionnelle[modifier | modifier le code]

  • 28 % des hommes SDF ont déclaré avoir eu, avant la rue, une profession itinérante, les conduisant à se déplacer de ville en ville durant des années (ouvriers bâtiment, routiers, déménageurs, mariniers, représentants commerce, restauration, spectacle).
  • Environ 25 % des hommes SDF déclarent travailler, soit en CDD, intérim ou CES ou autre petit boulot. 17 % des concernés sont en CDI.

Catégories socio-professionnelles des parents de SDF[modifier | modifier le code]

  • 1 SDF homme sur 5 ne peut préciser le métier de son père, soit qu'il ne l'ait pas connu, soit que les liens avec lui aient été rompus très tôt.
  • Pour les 4 SDF hommes restants, 49 % ont un père ouvrier. Les moins de 34 ans ont plus souvent que leurs aînés un père artisan ou commerçant.

Paris[modifier | modifier le code]

Selon l'ethnologue-psychanalyste Patrick Declerck (2002), il y a à Paris un noyau dur de 10 000 à 15 000 personnes qui vivent habituellement et de manière continue dans la rue (les clochards fortement désocialisés). Au-delà de cette population stable, on trouve un groupe plus instable ou moins durable et deux fois plus grand (20 000 à 30 000)[12].

La moitié des personnes sans-abris en France vivent dans la région Île de France[13].

Morbidité[modifier | modifier le code]

Les principales pathologies des sans-abri sont liées à la malnutrition et notamment aux carences en vitamine C et en calcium : anémie, hémorragies, troubles neurologiques ou cardio-vasculaires, fractures. Le manque de suivi médical empêche la prévention de maladies bien traitées comme le diabète ou l'hypertension. À ceci s'ajoute une forte consommation d'alcool et de tabac, entraînant des maladies cardiovasculaires, des cancers ORL et des cirrhoses.

Décès[modifier | modifier le code]

Hommage spontané des riverains à une femme SDF décédée. Paris XIXe arrondissement, novembre 2011.

2005[modifier | modifier le code]

Le collectif Les Morts de la Rue, créé en 2002 et regroupant une quarantaine d'associations, a recensé 112 morts de février à [14]. La variation saisonnière est peu importante, le froid a tué 5 personnes sur les 112. Ces personnes avaient en moyenne 49 ans, alors que l'espérance de vie est de 77 ans pour les hommes et de 84 ans pour les femmes, le plus jeune avait 31 ans et la moitié avaient moins de 50 ans. L'étude a également recensé 21 morts violentes : 8 assassinats, 7 morts dans des incendies et 6 chutes mortelles.

2006-2007[modifier | modifier le code]

Le collectif Les Morts de la Rue a comptabilisé 145 décès de sans-abri de novembre 2006 à mars 2007, dont 91 en Île-de-France. La durée de vie moyenne de ces 145 morts a été de 49 ans (contre une moyenne nationale de 80 ans). Le collectif avait compté 122 « morts dans la rue » de novembre 2005 à mars 2006[15]. Sur ces 122 décès en 2005-2006, seuls cinq d'entre eux étaient imputables au froid (hypothermie). Les principales causes de mort sont en effet la malnutrition, tandis que le manque de suivi médical empêche la prévention de maladies bien traitées comme le diabète ou l'hypertension. À ceci s'ajoute une forte consommation d'alcool et de tabac, entraînant des maladies cardio-vasculaires, des cancers ORL et des cirrhoses. La création de la CMU par le gouvernement Jospin visait entre autres à améliorer le suivi médical de ces patients, afin de traiter les pathologies dès leur apparition, à moindre coût, plutôt que lorsqu'elles deviennent trop graves.

2013[modifier | modifier le code]

En 2014, le collectif Les Morts de la rue annonce avoir recensé au moins 454 SDF morts en 2013 en France[16],[17].

Selon les mêmes données[17], plus de 90 % sont des hommes ; quinze enfants (moyenne d'âge 4 ans) sont également décédés, 9 de causes accidentelles, 4 en conséquence de maladies résultant de grossesses non suivies, 1 d'une infection non soignée ; la moyenne d'âge des adultes décédés était de 53,4 ans en Île-de-France, 48,4 ans pour les autres régions métropolitaines ; le durée du séjour en rue, lorsqu'il était connu, était en moyenne de 10 ans.

Espérance de vie[modifier | modifier le code]

Dans un éditorial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire[18], Martin Hirsch faisait remarquer que « l’espérance de vie des plus pauvres en France est plus proche de l’espérance de vie au Sierra Leone (34 ans), pays qui a l’une des espérances de vie les plus courtes au monde, que de l’espérance de vie de l’ensemble de la population française. Autrefois, la pauvreté tuait brutalement. Aujourd’hui, elle tue tout aussi sûrement, mais plus lentement. »

L'association les enfants de Don Quichotte évalue l'espérance de vie d'un SDF à 43 ans en 2006[19].

Centres d’hébergement[modifier | modifier le code]

En France en novembre 2006, le gouvernement annonce la création de 100 000 places en centres d’hébergement pour les sans-abri au titre du « plan hiver » (du 1er novembre 2006 au 31 mars 2007)[réf. souhaitée].

Travailleurs pauvres[modifier | modifier le code]

Les sans-abri ne sont pas nécessairement chômeurs, certains travaillent (parfois même pour la Mairie de Paris en tant que fonctionnaires titulaires). Selon l'étude de l'Insee de 2004[20] :

Les dispositifs d'aide aux Sans-abris[modifier | modifier le code]

Aide publique aux sans-abris[modifier | modifier le code]

En 2009, 1,1 milliard d'euros a été consacré à l'hébergement d'urgence et à l'aide alimentaire aux sans-abris. En mai 2010, le secrétaire d'État au logement, Benoist Apparu, a annoncé l'octroi d'une enveloppe de 110 millions d'euros supplémentaires[22].

Déclarations politiques[modifier | modifier le code]

« Je veux si je suis élu président de la République que d'ici à deux ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid. [...] Le droit à l'hébergement, c'est une obligation humaine. Si on n'est plus choqué quand quelqu'un n'a plus un toit lorsqu'il fait froid et qu'il est obligé de dormir dehors, c'est tout l'équilibre de la société, où vous voulez que vos enfants vivent en paix, qui s'en trouvera remis en cause[24]. »

Deux ans plus tard, en 2009, 358 SDF sont morts[25].

Insuffisance de l'aide et aggravation de la situation[modifier | modifier le code]

Près de la moitié des SDF qui sollicitent un hébergement n'obtiennent pas de place. Selon le directeur général de la Fédération nationale des associations de réinsertion sociale (Fnars), la situation des sans-abri ne cesse de se dégrader, et de plus en plus de familles sont sans domicile[26].

Pourtant, un sans abri "coûte" plus cher à la société s'il n'est pas secouru. En effet, le risque de maladie mentale pour les personnes sans abri est beaucoup plus important, et augmente les dépenses de la société en hôpitaux ou en prisons.[27]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Définition de la population sans-domicile », sur http://www.insee.fr/
  2. « INSEE Enquête sans-domicile 2001 »,
  3. a et b Nicolas Clément, Une soirée et une nuit (presque) ordinaires, Les Editions du Cerf, , 326 p. (ISBN 978-2-204-10484-5), p. 45
  4. « Enquête INSEE sans-domicile »,
  5. « L'hébergement des sans-domicile en 2012 », sur INSEE,
  6. « La politique publique de l'hébergement des personnes sans domicile. », sur Cour des Comptes
  7. « Rapport sur l’évaluation de la politique de l’hébergement d’urgence »,
  8. « Rapport mal-logement 2016 », sur Fondation Abbé Pierre,
  9. a et b Soixante ans après l'appel de l'abbé Pierre, le mal-logement perdure, Le Monde, 30 janvier 2014
  10. La France compte plus de 3 millions de mal-logés, selon l'Insee, AFP, 5 décembre 2011
  11. a et b « L’hébergement des sans-domicile en 2012 | Insee », sur www.insee.fr (consulté le 10 février 2017)
  12. Patrick Declerck, Les naufragés, éd. Plon, 2002
  13. « Contre l’exclusion, Paris et Emmaüs Défi gagnent leur pari », sur LaCroix.com, (consulté le 10 mai 2016)
  14. « Dans la rue, l'espérance de vie ne dépasse pas la cinquantaine », Tonino Serafini, Libération, 15 décembre 2005 [1]
  15. Libération, 26 mars 2007, « 145 «morts dans la rue» depuis novembre 2006 » lire en ligne
  16. Bilan provisoire de 453 morts : Au moins 453 SDF morts en France en 2013
  17. a et b Bilan définitif à 454 morts : 454 sans-abri morts en 2013 en France, dont 15 enfants, liberation.fr, 25 aout 2014
  18. Les inégalités sociales de santé en France en 2006 : éléments de l’état des lieux, BEH du 23 janvier 2007, InVS
  19. « L'espérance de vie d'un SDF ? 43 ans. », Hubert Prolongeau, Nouvel observateur p. 67 no 2200 4 janvier 2007
  20. « Pour les sans-abri, l'hiver commence aujourd'hui », Tonino Serafini, Libération, 1er novembre 2004
  21. Du 115 au logement d'insertion, une palette de dispositifs, Le Monde, 10 août 2011
  22. 110 millions supplémentaires en faveur des sans-abri, Le Monde, 20 mai 2010
  23. « L'objectif "Zéro SDF en 2007" est-il réalisable  ? », Le Monde
  24. Video de l'engagement de N. Sarkozy
  25. Le Point
  26. Les sans-abri sont plus nombreux à avoir appelé le 115 en 2014.
  27. AFP, « Loger les SDF coûterait moins cher que de les laisser dans la rue », Midi libre,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]