Histoire de la Savoie au Moyen Âge

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La période médiévale en Savoie s'étend de la concession de la Sapaudia au peuple germain des Burgondes à l'érection du comté de Savoie en duché en 1416, considéré comme l'apogée du territoire savoyard. Cette période est surtout marquée par l'intégration, en 1032, des territoires de la Sapaudia dans le Saint-Empire romain germanique, et à l'affirmation féodale sur ces terres, avec la naissance des grandes maisons nobles de Genève et de Savoie et des évêques de Belley, des évêques puis archevêques de Tarentaise, ceux Genève, ou encore ceux de Maurienne.

Du royaume burgonde à l'affirmation féodale[modifier | modifier le code]

Vers 443, le général romain Aetius concède la Sapaudia à un peuple germain, les Burgondes d'après une courte notice du Ve siècle « La Sapaudia est donnée aux débris du peuple burgonde pour être partagée avec les indigènes »[1],[Note 1], ayant passé le Rhin vers 407 et originaire du Main. Le territoire de la Sapaudie correspond à cette période à la cité de Genève, une partie du pays de Gex, du nord de la Savoie (Genevois, Faucigny) et la moitié occidentale du plateau suisse[2]. Les Burgondes forment un premier royaume, la Burgondie, de 435 à 534, fixant leur capitale à Genève, un centre religieux dès le IVe siècle, qu’ils brûlent et qu’ils reconstruisent. En 502, le roi burgonde Gondebaud rédige un code de loi dit Loi gombette (recueil de lois germaniques fortement influencées par le droit romain).

En 534, dans la construction de leur royaume, les Francs par l’intermédiaire des fils de Clovis, Childebert et Clotaire, annexent la Burgondie[Note 2], avant de conquérir la Provence. Toutefois, les Mérovingiens laissent la gestion du territoire aux premiers comtes, burgondes ou gallo-romains. La Burgondie retrouve même une sorte d’autonomie durant cette période avec le règne de Gontran (561-593). Toutefois, sa mort est suivie d'une période d'anarchie et un morcellement territorial.

Première partition de l'Empire d'Occident par le traité de Verdun (843).

Avec les Carolingiens, la Savoie prend forme. Un acte de 806 mentionne une Sabaudia. Celle-ci relève d'une importance stratégique grâce au passage du Mont-Cenis[Note 3], emprunté par les pèlerins, les marchands et les militaires. Ainsi Charlemagne l'emprunte, tout comme Pépin le Bref avant lui, pour soumettre les Lombards. Le puissant évêché de Moûtiers[Note 4], correspondant à l’ancienne province romaine des Alpes Pennines, devient archevêché. Charlemagne en profite aussi pour diviser la Savoie en comtés dont les noms et les contours correspondent toujours aux provinces traditionnelles du Genevois, de la Savoie Propre, de la Maurienne, de la Tarentaise, du Chablais, du Faucigny, de l’Albanais et du Bugey[Note 5]. Lors de la préparation de l'héritage, en 811, Louis II de Germanie reçoit en lot cette Sabaudia, qui devient Saboia, la Maurienne, la Tarentaise, le Mont-Cenis et le val de Suse.

Avec le partage de l’Empire (Traité de Verdun, 843), la Savoie est attribuée au royaume de Lothaire. Face aux difficiles successions[Note 6], les comtés de Savoie sont partagés entre Boson V de Provence et Rodolphe II de Bourgogne. Une certaine unité est retrouvée lors du règne de Rodolphe III de Bourgogne vers 993 qui voit l'avènement du second royaume de Bourgogne.

Durant cette période, la Savoie subit des invasions sarrasines. Novalaise, Genève sont pillées et incendiées. « Si les invasions des Sarrasins occupent une place malheureusement trop réelle dans les annales de l’Europe occidentale, le rôle romanesque qu’elles jouent dans les fastes de cette contrée est autrement large encore. »(Henri Ménabréa[3]). Ainsi en Maurienne quelques fables circulent, notamment au sujet de l'étymologie du nom de la province. Le royaume burgonde survit à ces passages.

Le dernier roi, Rodolphe III de Bourgogne, rapproche son royaume du Saint-Empire romain germanique. Il choisit pour successeur un descendant d’Othon, Conrad II, à qui il envoie la lance de saint Maurice, symbole mystique de la royauté burgonde. La Savoie devient terre d'Empire en 1032. Pour l’Empire ce territoire signifie le contrôle des Alpes occidentales et le Mont-Cenis. Toutefois, la fin de règne du dernier roi de Bourgogne marque l'avènement de la féodalité sur les terres de Savoie, une confusion entre la propriété et la souveraineté (François Guizot), les grandes familles profitent des rivalités entre l'Empire et les comtes de Champagne.

La société féodale en Savoie[modifier | modifier le code]

D'après Léon Ménabréa (1839), on compterait une trentaine de feudataires au XIe siècle en province de Sapaudia : « au premier rang, les évêques puis archevêques de Tarentaise, les évêques de Genève, les évêques de Maurienne, les comtes de Maurienne (future Maison de Savoie), les comtes de Genève (qui contrôlent la cité de Genève et le pagus Genevensis), les barons de Faucigny ; en second ordre, les vicomtes de La Chambre, de Briançons, de Chambéry, les sires de Viry, de Chevron, de Miolans, de Montmayeur, de Menthon, de la Rochette, de Compey, de Sales, de Sallenove, de Beaufort, de Lucinges, d'Allinges, etc. »[4]. Liste à laquelle, on se doit de rajouter les évêques de Belley.

Toutefois, « peu à peu, les petits feudataires s'effacent ; une étoile grandit et flamboie au milieu du firmament féodal, c'est l'étoile de la maison de Savoie »[4].

Pour une liste plus complète des maisons féodales, l'article armorial et nobiliaire de Savoie peut être consulté.

Entre comtes de Genève et Humbertiens[modifier | modifier le code]

Avec l’intégration à l’Empire, dans les territoires de Savoie, les seigneurs revendiquent une certaine autonomie politique. La Savoie compte environ 250 familles nobles[5]. Toutefois deux familles vont contrôler le territoire, les comtes de Genève, au Nord autour de Genève, et les Humbertiens, comtes de Maurienne futurs comtes de Savoie[Note 7], à partir de la Maurienne.

Armoiries du comté de Genève : Équipolé de cinq pièces d'or et d'azur.

Les Genèves. L'origine des comes gebennensis (Comte de Genève et non du Genevois comme on le traduit parfois) est douteuse, mais est attestée dès le XIe siècle. Toutefois, on sait qu'elle possède les terres situées entre le lac Léman et celui du Bourget, de même qu'en pays de Vaud et de Gex, ainsi que la ville de Michaille, le Genevois et la cité d'Annecy, la vallée de Chamonix, donnée à l'abbaye de Saint-Michel-de-la-Cluse vers 1090. Seul le Chablais échappe à cette famille. Bien que contrôlant la ville de Genève, ils sont en conflit avec les évêques de Genève et à partir du XIIe et XIIIe siècles ils sont opposés aux comtes de Savoie.

Les Humbertiens. L'origine des Humbertiens - Comtes de Maurienne - est controversée. Les historiens du XXe siècle attestent l'hypothèse de Georges de Manteyer[6], qui assigne à la Maison de Savoie, et au premier de la lignée - Humbert aux Blanches-Mains[Note 8] (v. 980-v. 1048), Umbertus Comes - une origine bourguignone. Henri Ménabréa indique ainsi « ces princes, partis de Champagne et de la Bourgogne, réussirent par une politique habile à mettre la main sur les fiefs ecclésiastiques de la région, en jouant à leur profit de l'émiettement de la souveraineté et en contractant d'avantageux mariages. »[7]. André Palluel-Guillard indique plutôt une origine saxonne avec Humbert, comte de Maurienne, fils d'un certain prince Bérold de Saxe[Note 9]. D'autres hypothèses indiquent que ce premier comte serait le fils de Gérold Ier de Genève. Il semble donc que Humbert reçoit le comté de Maurienne de la part de son beau-frère l'archevêque de Vienne Brochard vers 1030, afin qu'il le sécurise. Il semble plus probable, comme le souligne Bernard Demotz, qu'il appartient à une famille de grands propriétaires de la combe de Savoie dont le frère serait Oddon, évêque de Belley[8].

Dans tous les cas, Humbert possède de hautes-fonctions - conseiller - auprès du dernier roi de Bourgogne, Rodolphe, et surtout de la reine Ermengarde[9]. Il contrôle ainsi les comtés de Salmourenc, de Savoie en 1003, puis celui de Belley, de Nyon en 1018, enfin celui d’Aoste en 1024[9]. Il domine le nord du comté de Viennois avant 1025, puis celui de Sermorens. Il prête serment pour ces différents comtés au concile d'Anse de 1025. Il obtient grâce à une politique de mariage dans le Valais et dans le Chablais[9]. En 1043, il obtient le comté de Maurienne[9]. La Tarentaise, apanage de l'évêque de Moûtiers, n'échappe pas au contrôle humbertien, de même que la Marche de Turin. L'extension engagée rencontre vite une limite au Nord avec les Genève et au Sud avec les Dauphins. Toutefois, il est le seul à contrôler les principaux cols permettant l'accès aux terres italiennes (Col du Mont-Cenis, Col du Petit et du Grand-Saint-Bernard). Rôle qui donne naissance du titre de "Portiers des Alpes" que porteront les futurs comtes de Savoie[10], en concurrence que les comtes d'Albon en Dauphiné[11].

L'affirmation des premiers comtes de Savoie[modifier | modifier le code]

Au cours des siècles suivant, la dynastie savoyarde s'évertue à accroître ces fiefs au gré des mariages et des traités. Le fils d'Humbert, Amédée, obtient de l'empereur la ville d'Asti. Son fils, Odon ou Othon, épouse la comtesse Adélaïde de Suse, en 1045, permettant la mainmise sur le val de Suse et le Piémont. Le comte décédant, elle devient régente des fiefs. Les comtes Pierre Ier (fils du précédent), qui obtient le Bugey et le marquisat d'Ivrée, Amédée II (frère du précédent), ne règne pas longtemps. Adélaïde poursuit donc la politique familiale. Elle accueille donc son beau-fils, l'empereur Henri IV[12], à Chignin (Combe de Savoie), en 1077, et reçoit une « Belle province de Bourgogne », sans nul doute le Chablais[13] en échange du droit de passage par le Mont-Cenis, pour aller à Canossa...

À sa mort, en 1091, Humbert II devient comte mais perd l'héritage du Piémont. Toutefois, il contrôle encore le val de Suse et Pignerol. Il réussit aussi à marier sa fille Adèle avec Louis VI le Gros, engageant ainsi la Savoie dans une diplomatie que ces descendants maintiendront, entre le royaume de France et l'Empire.

Blason des premiers comtes de Savoie

Amédée III (fils du précédent, règne 1103-1149) est marié à la fille du comte de Genève. Il obtient le titre de comte de l'Empire en 1111, vicaire perpétuel et vice-roi d’Arles, abbé séculier de Saint-Maurice d’Agaune, jusqu'en 1116[14]. Il récupère le comté de Turin perdu par son père. Il épouse, en 1123, sur les instances d'une « grosse assemblée des plus prochains parents, amys, barons et chevaliers du païs »[15] la fille du dauphin, Mahaut d'Albon. Son rival au Sud. Par ailleurs, la politique des mariages complique le rôle de la Savoie. Le comte doit en effet lutter contre la tutelle de sa mère et de Louis VI le Gros et combattre les troupes du dauphin Guigues IV d'Albon lors du siège de Montmélian, en 1142. Le dauphin meurt d'ailleurs au cours des combats. Il échange l'année suivante le titre de comte de Maurienne pour celui de comes sabaudiae. Participant, aux côtés de Louis VII de France à la deuxième croisade, et meurt à Nicosie en 1149.

Blason des comtes de Savoie à partir du XIIe siècle

Au-delà de l'action militaire, son action politique et symbolique est primordiale pour la dynastie. Il fonde ainsi en 1125 l'abbaye de Hautecombe, qui devient du XII au XV siècles la nécropole des comtes de Savoie. Par ailleurs, il modifie le blason dynastique, abandonnant l'aigle impérial de sable sur champ d’or, armes des empereurs du Saint-Empire romain germanique dont les comtes sont les vassaux, pour celui de gueules à la croix d'argent[16].

Sur les traces de son père, Humbert III doit lutter contre le dauphin, Guigues V d'Albon, à Montmélian, en 1153. Il participe aussi à la troisième croisade. Malgré la politique guelfe des comtes, se liant avec Henri II de Plantagenêt, il soutient le pape Alexandre III contre l'empereur Frédéric Barberousse. Cependant, il laisse passer l'empereur par le Mont-Cenis, en 1168, chassé par les ligues lombardes[17]. Il repasse le col et incendie Suse en 1174, avant d'aller se faire couronner roi de Bourgogne à Arles. Le conflit est désormais ouvert. Les différends entre le comte et le nouvel empereur Henri VI se poursuivent et se concluent par la mise au ban de l'empire en 1187, dévastant le Piémont. Les différents évêques sur les terres du comte sont désormais protégés par l'Empereur. À sa mort, il est inhumé à l’Abbaye d'Hautecombe.

La politique gibeline des nouveaux comtes[modifier | modifier le code]

Carte de l'Italie du Nord en 1402
  •      Comté de Savoie
  • .

Le fils de Humbert III, Thomas Ier (v. 1177-1233), rentre en grâce auprès de l'empereur, par l'intermédiaire de son tuteur, le marquis de Montferrat, qui avait soutenu l'empereur contre Humbert. Il récupère le Piémont, il est aussi nommé Vicaire en Lombardie par l'empereur. Mais Turin lui échappe encore. Il achète le 15 mars 1232 au vicomte Berlion, la ville de Chambéry[Note 10], nouvelle capitale des comtes de Savoie avec l'acquisition du château en 1295. La ville reste la capitale politique jusqu'à son transfert à Turin en 1536.

En 1248, l'éboulement du Mont Granier, formant les Abîmes de Myans, tue quelques milliers d'habitants dans la ville de Saint-André.

Amédée IV de Savoie (fils du précédent, 1197-1253) obtient de l'empereur les titres de comtes d'Aoste et du Chablais. Lors de ses conquêtes, il accroît son domaine, sans réel plan d'ensemble, avec le Viennois, en Lyonnais, en Piémont, Ligurie et en pays de Vaud avec l'acquisition du château de Moudon. Il obtient le marquisat d'Ivrée en 1248, mais ne réussit pas à prendre Turin. Malgré la politique gibeline de la Maison de Savoie, il permet au pape Innocent IV, alors en fuite, de passer sur ses terres. Son frère, le comte Thomas II, épouse d'ailleurs Béatrice Fieschi, sa nièce[18]. Il échoue cependant à s'emparer de Turin et meurt lors de l'un des assauts qu'il entreprend. Son fils, Pierre, surnommé "le petit Charlemagne", après avoir été chanoine, il épouse l'héritière du Faucigny, Agnès de Faucigny, ainsi que du comté de Romont et de la baronnie de Vaud[18]. Il part ensuite 10 ans en Angleterre, auprès de son neveu, Henri III d'Angleterre, où sa résidence - Hostel de Savoye - rayonne sur la société londonienne. Obtenant le titre de comte, après la mort de Boniface de Savoie en 1263, il entame un agrandissement de son domaine vers l'ouest, obtenant des fiefs en pays de Vaud, pays de Gex, en Chablais.

Cet accroissement du territoire se poursuit sous le règne d'Amédée V le Grand (1282-1323) qui par son mariage avec Sibylle de Baugé, obtient la seigneurie correspondant à la province de la Bresse. Ses guerres en terres italiennes, au-delà d'être victorieuses, lui font obtenir les seigneuries d'Asti et d'Ivrée de l'empereur Henri VII. et en Genevois (dernière enclave en terres savoyardes). Il meurt lors du siège de Rhodes, en 1323. Il faut attendre ensuite le règne de Amédée VI, dit le comte vert (1343-1383), pour poursuivre cette unification de la Sabaudia. Le traité de Paris, en 1355, permet ainsi l'obtention du Faucigny et des seigneuries en pays de Gex, Bugey, et Bresse, en échange de possessions savoyardes en Dauphiné et Viennois[Note 11].

Au début du XVe siècle, après la soumission de la vallée de Barcelonnette et la dédition de Nice à la Savoie (1388), Amédée VIII de Savoie (1391-1439), futur pape Félix V (1439-1449), acquiert la toute dernière enclave en terre, le Genevois, achetée à Odon de Villars. Il achète également la terre de Bourbon et hérite de Louis de Poitiers les comtés de Diois et de Valentinois[Note 12]. La taille des terres savoyardes fait obtenir à son comte, en 1416, le titre de duc de l'empereur Sigismond.

Les États de la Maison de Savoie[modifier | modifier le code]

Depuis le XIe siècle, la maison de Savoie possède les comtés suivant depuis Humbert 1er: Viennois (1003), de Nyon ou des Équestres (1018), du Val d'Aoste (1024, 1038), de Maurienne (1033), de Savoie, du Bugey, du Chablais (1038), de Sermorens (1038), du et ainsi que de la Tarentaise (1038).

Au XVe siècle, les États de Savoie de la Maison de Savoie se composent d'une dizaine de baillis[Note 13] :

Après 1355, le territoire de la principauté savoyarde s'agrandit de la baronnie de Gex, par le traité de Paris, de La Valbonne avec le château de la seigneurie de Montluel) et Faucigny et, en 1402, avec le comté de Genève, achat en 1401.

Le nouveau découpage se complète des bailliages de :

  • le Bailiva Sabaudiae se divise en bailliages de la Savoie Propre, de la Maurienne avec Saint-Jean-de-Maurienne, de la Tarentaise avec Moûtiers.
  • perte de celui du Chablais avec l'occupation des Bernois,
  • création du bailliage du Faucigny, avec Châtillon/Cluses, comprenant onze châtellenies, qui fut réuni au Genevois (et non plus comté de Genève) sous l'apanage du duc de Nemours, après l'acquisition de cette province.

Le développement urbain[modifier | modifier le code]

Les villes neuves

Entre les XIII et XIVe siècles, Ruth Mariotte-Löber dénombre douze villes nouvelles sur les territoires des comtes de Savoie avec la création de : Yverdon (v. 1260), Saint-Georges-d'Espéranche (v. 1257), Villeneuve de Châtel-Argent (1273), La Côte-Saint-André (1281), L'Hôpital-sous-Conflans (1287) fondée par le comte Amédée V, Châtel-Saint-Denis (1296), Pont-d'Ain (1298), Morges (1292), Yvoire (1306), Vaulruz (1316), Rolle (avant 1318) et Ordonnaz (1337)[19].

Les franchises communales

Les premières franchises octroyées à des villes en France datent du XIIe siècle. En Savoie, les « villa libera » apparaissent vers le XIIIe siècle avec Yenne (1215), Montmélian (1223 ou 1233), Flumet (1223 ou 1228), Chambéry (4 mars 1232), Saint-Germain-de-Séez (1259), Évian (1264 ou 65), Saint-Julien-de-Maurienne (1264), Thonon (1268), Seyssel (1283 ou 85), Bonneville (1283 ou 89), L'Hôpital-sous-Conflans (1287), Rumilly (1291 ou 92), Alby (1297), Le Châtelard (1301), Cluses et Sallanches (1310), La Roche (1335), etc.[20]. Pour Annecy, il faut attendre le 19 novembre 1367, par Amédée III de Genève[21].

Christianisation[modifier | modifier le code]

Le christianisme se diffuse en Savoie à partir des communautés de Vienne et de Lyon. Entre l'implantation dans ces deux villes au IIe siècle et la christianisation des terres alpines, il faut attendre le Ve siècle pour voir la création du premier évêché à Darantasia (Moûtiers, Évêché de Moûtiers-Tarentaise) par une lettre du pape Léon le Grand du 5 mai 450. La métropole savoyarde devient archevêché au IXe siècle (Concile de Francfort), rayonnant désormais sur les évêchés d'Aoste, de Sion (apparu vers le IVe siècle) et de Maurienne (apparu au VIe siècle). C'est d'ailleurs vers cette époque que le premier évêque de Belley, Vincentius, est nommé ou encore que l'église de Chambéry (rattachée à l'évêché de Grenoble) est fondée.

La diffusion tardive du christianisme catholique s'explique en partie par le fait que les Burgondes étaient un peuple arien. Il faut attendre donc le Ve siècle pour une modification, dont la conversion du roi Sigismond par saint Avit, évêque de Vienne. Afin d'expier l'étranglement de son fils, sur des accusations mensongères, il développe l'abbaye d'Agaune. Il sera pris par les Francs qui l'égorgeront avec sa famille.

Les diocèses[modifier | modifier le code]

J.-J Vernier (op. cit.) dresse un intéressant tableau de l'organisation ecclésiastique en Savoie qui n'a que peu évolué entre le VIIe siècle et le XVIIIe siècle[22]. En voici une présentation sommaire :

  • Diocèse de Genève avec Genève, suffragant de l'archidiocèse de Lyon, comprenant huit décanats composées de 389 paroisses et 50 prieurés. Le territoire possède aussi 27 couvents ou monastères (dont les abbayes de Bonmont, Hautecombe, Sainte-Marie d'Aulps, Abondance, Entremont, etc), 21 hôpitaux et 23 maladreries.
  • Diocèse de Grenoble, suffragant de l'archevêché de Vienne, avec certaines paroisses de Savoie Propre situées dans le décanat de Grenoble, l'archiprêtré de Viennois, l'archiprêtré d'Au-delà-du-Drac et le décanat de Savoie (66 paroisses, 16 prieurés).
  • Diocèse de Maurienne avec Saint-Jean-de-Maurienne, suffragant de Turin puis de l'archevêché de Tarentaise et ses 102 paroisses, 9 prieurés, le couvent franciscain de La Chambre et l'abbaye cisterciennes de Betton.
  • Diocèse de Moûtiers-Tarentaise avec Moûtiers, élevé au rang d'archevêché en 794, dont relève les diocèses de Maurienne, de Sion et d'Aoste. Il est composé de 84 paroisses, un prieuré, cinq couvents dont l'abbaye Notre-Dame de Tamié.
  • Diocèse de Belley avec Belley, divisé en huit archiprêtrés avec 109 paroisses, deux abbayes et huit prieurés.

Les abbatiales[modifier | modifier le code]

Suivant le mouvement européen, les terres de Savoie sont ensemencées par les abbayes réformées (bénédictines, cisterciennes, augustines, chartreuses), sur les rives des lacs ou dans les vallons des Préalpes, devenant des centres de développement agricole, artisanal et culturel.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir la bibliographie générale sur l'article Histoire de la Savoie ou le site Sabaudia propose une bibliographie complète sur :

Ouvrages spécialisés sur la région
Ouvrages généraux 

Liens externes[modifier | modifier le code]


Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La présence des Burgondes est attestée par de nombreuses nécropoles, notamment dans le pays de Faverges, à Viuz. A. Pavan et A. Piccamiglio, Article « Les fouilles de Viuz-Faverges », Bulletin de la Société des Amis de Viuz-Faverges, Amis de Viuz-Faverges,‎ 1976, p. 23-26. Voir aussi le site du Musée archéologique de Viuz-Faverges.
  2. Le roi Godomar III est mis à mort en 534. Cet événement marque la fin du premier du Royaumes burgondes.
  3. Le col du Mont-Cenis est un point de passage stratégique où passe la Via Francigena, route du pèlerinage entre Canterbury et Rome), porte de l’Italie.
  4. La cité romaine de Darantasia est un évêché érigé au Ve siècle et jusqu'alors suffragant d'Arles, puis de Vienne. Au VIIIe siècle, l'évêque de Moûtiers est élevé au rang de métropolitain dont dépend désormais Aoste, le Valais (dont l’abbaye de Saint-Maurice) et Suze
  5. Le pagus Genevensis correspondait approximativement au pagus minor Genevensis (Diocèse de Genève, Pays de Gex, Genevois), le pagus minor Albanensis (Pays de l'Albanais), le pagus minor Allingiensis (Chablais savoyard) et le pagus minor Falciniacus (hautes vallées de l'Arve), le pagus Savogensis (Savoie Propre), le comitatus caput Lacensi (Chablais), le pagus Bellicensis Bugey, la Tarentaise et le pagus Maurianensis (Maurienne),Conservateur Jules-Joseph Vernier, Études historiques et géographiques sur la Savoie, Le Livre d'Histoire - Res Universis (réimpr. 1993) (1re éd. 1896), 185 p. (ISBN 2-7428-0039-5, ISSN 0993-7129), p. 47.
  6. Alors que la Savoie fait partie du royaume de Charles de Provence, avec la possession de la Maurienne, mais aussi en 858 avec l'obtention des évêchés de Tarentaise et de Belley, le roi Lothaire II fait don à sa femme Thietberge, en 867, d'une vingtaine de domaines dans le pagus genevensis (le Genevois) parmi lesquels Annecy, Seynod, Pringy, Balmont, etc. Soit des terres situées en dehors de ses États. Il fait même donation de biens situés en Maurienne à l'église Saint-Pierre de Lyon. Cité par P. Poupardin, Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933), Paris, Édition Bouillon,‎ 1901, Rééd. 1974, p. 33-35.
  7. Le titre de comte de Savoie est porté à partir de 1143 avec Amédée III de Savoie et les successeurs de Thomas Ier substituent le titre de Savoie à celui de Maurienne. André Perret, Article « Des particularismes territoriaux à la notion de "patrie" savoyarde depuis le Moyen Âge », La Savoie, Identités et Influences, Le Bourget-du-Lac, Actes du XXXe Congrès des Sociétés Savantes de Savoie,‎ 1985, p. 50.
  8. Le surnom de Albimanus ou encore Comte Biancamaro provient du XIVe siècle d'après l'article de André Palluel-Guillard sur Sabaudia.org. Une autre hypothèse, reprise par Comby, indique que la blancheur des mains serait, au Moyen Âge, un signe de distinction et de noblesse, par opposition aux mains calleuses du roturier. Louis Comby, Histoire des Savoyards, Fernand Nathan,‎ 1977, p. 21.
  9. Selon les Grandes chroniques de Savoie de Jean Servion, d'après une commande de Philippe de Bresse, trouve une origine impériale et allemande : Berold descendrait du fils du roi de Cologne Ezeus qui aurait épousé Ysobie, fille de l'empereur de Constantinople. Toutefois, la cathédrale d'Aoste mentionne les donations de Humbert, comte de Maurienne, fils de l'illustre Bérold de Saxe.
  10. « Moi Berlion de Chambéry, je vends à vous, Thomas, comte de Savoie, et à vos successeurs à perpétuité, tout ce que j'ai et dois avoir dans le Bourg de Chambéry, et pour cette vente j'ai reçu 32000 bons sols forts de Suse ». Voir aussi Louis Comby, Histoire des Savoyards, éd. Nathan, coll. « Dossiers de l’Histoire »,‎ 1977, p. 24.), ou Histoire de Chambéry.
  11. Voir les causes du traité et la liste de ces châteaux et seigneuries sur l'article Traité de Paris (1355).
  12. Vernier indique ainsi en note « Les comtés de Diois et de Valentinois passèrent, en 1455, au dauphin Louis qui céda en échange au duc de Savoie la seigneurie directe et l'hommage du Faucigny. Cette dernière province, à la mort du Comte Pierre II (1268), était restée à Agnès, sa femme, qui la laissa à sa fille unique, Béatrix, épouse de Gui VII, dauphin de Viennois », Conservateur Jules-Joseph Vernier, Études historiques et géographiques sur la Savoie, Le Livre d'Histoire - Res Universis (réimpr. 1993) (1re éd. 1896), 185 p. (ISBN 2-7428-0039-5, ISSN 0993-7129), p. 53.
  13. L'organisation est décrite partiellement dans l'ouvrage Conservateur Jules-Joseph Vernier, Études historiques et géographiques sur la Savoie, Le Livre d'Histoire - Res Universis (réimpr. 1993) (1re éd. 1896), 185 p. (ISBN 2-7428-0039-5, ISSN 0993-7129), p. 66-67. Disparition du comté de Nyon qui passe à la maison de Genève.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Favrod 2002, p. 44.
  2. Favrod 2002, p. 45, Carte « La Sapaudia », 47.
  3. Henri Ménabréa, Histoire de la Savoie, Grasset,‎ 1933, p. 25.
  4. a et b Léon Menabrea, Article « De la marche des études historiques en Savoie et en Piémont, depuis le XIVe siècle jusqu'à nos jours, et des développements dont ces études seraient encore susceptibles », Mémoires (n°1, IX), Académie de Savoie,‎ 1839, p. 348.
  5. L’Armorial et nobiliaire de Savoie présente quelques-unes des principales familles nobles de Savoie. Louis Comby, Histoire des Savoyards, Fernand Nathan,‎ 1977, p. 19.
  6. G. de Manteyer, 1901-1904, Les origines de la Maison de Savoie en Bourgogne, Grenoble
  7. Collectif, Visage de la Savoie, Horizons de France, coll. « les Provinciales »,‎ 1947. Avezou et Comby reprennent cette version.
  8. Christian Sorrel, Histoire de la Savoie en images : images, récits, La Fontaine de Siloé, collection « Les Savoisiennes »,‎ 2006, 461 p. (ISBN 2-84206-347-3), p. 116-117.
  9. a, b, c et d Demotz 2000, p. 19-20.
  10. Jean-Pierre Leguay et Thérèse Leguay, La Savoie, Éditions de Borée,‎ 2000, 128 p. (ISBN 978-2-8449-4030-8), p. 12.
  11. Honoré Coquet, Les Alpes, enjeu des puissances européennes : L'union européenne à l'école des Alpes ?, L'Harmattan,‎ 2003, 372 p. (ISBN 978-2-29633-505-9), p. 71.
  12. En effet, l'empereur a épousé Berthe de Savoie, fille de Adélaïde.
  13. Louis Comby, Histoire des Savoyards, éd. Nathan, Coll. Dossiers de l’Histoire,‎ 1977, p. 22.
  14. André Palluel-Guillard, « Amédée III de Savoie », La Maison de Savoie, sur www.sabaudia.org (consulté le 8 janvier 2010).
  15. Louis Comby, Histoire des Savoyards, Fernand Nathan,‎ 1977, p. 22.
  16. Bernard Demotz et François Loridon, 1000 ans d'histoire de la Savoie : La Maurienne (Volume 2), Cléopas,‎ 2008, 845 p. (ISBN 978-2-9522-4597-5), p. 49.
  17. Henri Ménabréa, Histoire de la Savoie, La Fontaine de Siloé (réimpr. 2009) (1re éd. 1933), 676 p., p. 55.
  18. a et b Paul Guichonnet, Maurice Morel, Henri Ménabréa et Emile Vesco, Visages de la Savoie, Horizons de France, coll. « les Provinciales »,‎ 1947, 206 p., p. 77.
  19. Article de Ruth Mariotte-Löber « Ville et seigneurie : Les chartes de franchises des comtes de Savoie: fin XIIe siècle-1343 », Mémoires et Documents (Vol. 4), Académie florimontane - Librairie Droz,‎ 1973, p. 11.
  20. Léon Menabrea, « De la marche des études historiques en Savoie et en Piémont, depuis le XIVe siècle jusqu'à nos jours, et des développements dont ces études seraient encore susceptibles » dans Mémoires, vol. 1-IX, Académie de Savoie,‎ 1839, p. 354. Voir aussi Article de Ruth Mariotte-Löber « Ville et seigneurie : Les chartes de franchises des comtes de Savoie: fin XIIe siècle-1343 », Mémoires et Documents (Vol. 4), Académie florimontane - Librairie Droz,‎ 1973.
  21. Michel Germain et Gilbert Jond, Annecy et son lac autrefois, La Fontaine de Siloé, coll. « Chroniques d'autrefois »,‎ 2000, 256 p. (ISBN 978-2-84206-140-1), p. 134.
  22. Conservateur Jules-Joseph Vernier, Études historiques et géographiques sur la Savoie, Le Livre d'Histoire - Res Universis (réimpr. 1993) (1re éd. 1896), 185 p. (ISBN 2-7428-0039-5, ISSN 0993-7129), p. 67-82.