Humbert Ier de Savoie

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Humbert Ier de Savoie
Cénotaphe dit d'Humbert aux Blanches Mains
Cénotaphe dit d'Humbert aux Blanches Mains

Titre comte de Savoie
(v. 1027 – v. 1042-1047)
Successeur Amédée Ier de Savoie
Biographie
Dynastie Maison de Savoie
Naissance Entre 970 et 980
Maurienne
Décès v. 1042 ou 1048
Maurienne (?)
Père Inconnu
Mère Inconnu
Conjoint Ancilie d'Aoste ou Ancilie de Lenzbourg ou Ancilie de Nyon
Enfants Amédée Ier de Savoie
Burchard de Savoie
Aymon de Savoie
Othon Ier de Savoie
Adélaïde de Turin

Humbert Ier de Savoie, dit « Humbert aux Blanches Mains » (en italien, Umberto I di Savoia dit Umberto Biancamano), est né entre 970 et 980 en Maurienne, et mort un 1er juillet, entre 1042 ou selon la tradition 1048. Il fut comte de Maurienne, et considéré comme comte de Savoie et le fondateur de la Maison de Savoie ou des Humbertiens.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Selon les historiens, Laurent Ripart, maître de conférence à l'université de Savoie, ou encore Cyrille Ducourthial, le personnage est mentionné dans une vingtaine à une soixantaine d'actes[1],[2]. L'origine de Humbert serait le Viennois. Lui ainsi que son frère Burchard et l'évêque de Belley, Odon, qui semble très probablement aussi un frère aîné, possèdent des terres et des droits dans le sud de l'évêché de Belley[2]. Aucun acte ne mentionne le nom de leur père.

Les deux plus anciens actes connus remontent au tout début du XIe siècle. Une source extraite des Cartulaires de l'église Cathédrale de Grenoble (Cathédrale Notre-Dame de Grenoble), du 25 janvier 1000, contient une souscription (signature) composée des trois noms : Signum domni Oddoni, episcopi. Signum Buorchardi. Signum Uberti[3]. Ces trois personnages que l'on associe à une fratrie, sont énoncés avec en premier, Odon, évêque de Belley, qui pourrait être le grand frère, suivi du cadet, Burchard, et enfin le benjamin, Humbert. Un autre document daté du 2 avril 1003 mentionne les trois frères, mais dans un ordre différent : Signum domni Hotdoni, episcopus. Signum Umberto, comiti, et uxori sua. Signum Borcardi[3]. Humbert est durant l'intervalle devenu comte.

Cette famille peut être considérée par ailleurs comme puissante au niveau régional puisqu'une proche parente (une sœur ?), Hermengarde ou Ermengarde, qui épousera en 1011 le dernier roi de Bourgogne, Rodolphe III, pour qui c'est le second mariage[4]. Cette influence familiale s'observe déjà vers la fin du Xe siècle, lorsque Odon, fut qualifié par l’archevêque de Vienne Thibaud de quidam illustris stemmate, ecclesie Bellicensis onomate Odo presul[5]. La famille des Humbertiens semble donc provenir d'une illustre stemma (de « naissance illustre »).

La légende[modifier | modifier le code]

Selon une légende, diffusée par la plupart des historiens jusqu'au XIXe siècle, son vrai père serait un certain Bérold, prince saxon, qui avait fui le Saint-Empire pour se réfugier dans le royaume de Provence après avoir été accusé d’amour impossible avec la femme de l’empereur[6]. Ce Bérold serait un descendant du fameux Witikind, le vaillant antagoniste, puis ami de Charlemagne, mais cette légende aurait été fabriquée par Jean d'Orville, dit Cabaret (XIVe siècle)[7], pour les princes de la Maison de Savoie afin de prouver leur origine saxonne et donc leur droit à ceindre, en tant que princes du Saint-Empire, la couronne impériale[8]. Il semble plus vraisemblable qu'il ait appartenu à une famille de grands propriétaires de la combe de Savoie et qu'il ait eu pour frère Odon, évêque de Belley[4].

Règne[modifier | modifier le code]

Au début du XIe siècle, Humbert reçoit le titre comtal[4]. Il détient le contrôle sur les comtés de Salmourenc, de Savoie en 1003, puis celui de Belley, de Nyon en 1018, enfin celui d’Aoste en 1024[9]. Il domine le nord du comté de Viennois avant 1025, puis celui de Sermorens. Ces deux comitatus de Vienne et du Sermorens sont reçus en douaire (1014-1016) par la reine Ermengarde, à la suite de son mariage avec Rodolphe III[10],[11]. Son fils, Buchard , obtient des suites de ce mariage l'évêché d'Aoste, entre 1018 et 1022[11]. Il prête serment pour ces différents comtés au concile d'Anse de 1025. Il obtient grâce à une politique de mariage dans le Valais et dans le Chablais[9], avec l'ancienne abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune vers 1032[12].

Suite à la mort du roi Rodolphe III en 1032, la reine Ermengarde se réfugie auprès de son parent, le comte Humbert qui semble hériter des comtés. Celui-ci devient d'ailleurs son advocatus[13], ou du moins selon Bernard Demotz son conseiller[9]. Face au conflit de succession du roi, deux camps s'opposent. Le comte Humbert prend le parti de l'empereur du Saint-Empire Conrad II, dit Le Salique, duc de Franconie[11]. Durant le conflit de succession qui oppose l'empereur à son neveu Eudes II de Blois, le comte est chargé du commandement d'une armée qui en provenance du val d'Aoste envahie les terres conquises par Eudes II[11]. Il intervient notamment dans la marche de Maurienne (marquis) en 1033 pour soumettre l’évêque rebelle de Maurienne, qui avait reçu le soutient de Eudes II. Avec quelques troupes qu’il avait levées en Piémont, Humbert organisa un long siège de la ville de Saint-Jean-de-Maurienne, résidence de l’évêque, puis la prit d’assaut et la fit entièrement raser[14]. Il marche ensuite sur la cité de Genève où il obtient la reddition du comte de Genève, Gérold II et l'archevêque de Lyon, Buchard, le propre fils du comte[2]. La victoire est obtenue l'année suivante[11].

L’empereur Conrad annexa l’évêché de Maurienne à celui de Turin, et le siège épiscopal de Saint-Jean-de-Maurienne fut interdit jusqu’en 1061. En remerciement de ce soutien, l'empereur Conrad II aurait fait une donation importante à Ermengarde et Humbert[11]. Dans les années 1030 ou 1043, Humbert fut ainsi titré le comté de Maurienne[9] et nommé lieutenant en le faisant comte souverain de Savoie (comes in agro Savojensi). Cette première concession ne s’étendait qu’à une partie de la Maurienne et à quelques-unes de ses petites vallées. Peut être également au même moment la Tarentaise, mais les sources ne permettent pas de l'énoncer clairement[11]. En tout cas quelques temps après, Humbert possède les titres de comte de Tarentaise, du Val d'Aoste, du Bugey, du Chablais et de Sermorens (1038). À cette même période, son autre fils, Aymon de Savoie, obtient l'évêché de Sion et le titre d'abbé de Saint-Maurice d'Agaune[11].

Humbert s’installa au château-fort de Charbonnières, bâti vers le milieu du IXe siècle et qui dominait la ville d’Aiguebelle, la capitale du comté, et défendait la vallée de la Maurienne. Il était situé à un endroit stratégique, aux marches de la vallée de La Rochette et de ce qui est aujourd’hui la Savoie Propre et la Haute-Savoie. Ce castel féodal resta jusque vers le milieu du XIIIe siècle la résidence ordinaire des premiers comtes de Savoie.

Le comte Humbert s’occupa activement d’améliorer le sort de la population, son surnom (cognomen) de aux blanches mains (Albimanus) semble être pourtant apparu qu'à partir du XIVe siècle[15] ou plus probablement au XVe siècle[4] et signifiait, pour certains, non pas qu’il avait les mains blanches, mais qu’il était un homme généreux, selon d’autres, l’appellation pourrait venir d’une déformation de aux blanches murailles montagneuses faisant référence aux montagnes enneigées, c'est-à-dire celui qui contrôle — qui a la main sur — le passage stratégique des grandes vallées alpines de la Savoie[15].

Humbert mourut vers 1048, selon Jean Cabaret d'Orville dit Cabaret, auteur des Chroniques de Savoie[16]. Cependant, les recherches récentes estiment la mort du comte avant cette date, l'historien Laurent Ripart proposant l'année 1042[2],[16]. La tradition veut qu'il soit également mort au château d'Hermillon (Le Châtel en face de Saint-Jean-de-Maurienne)[17].

Selon la tradition historiographique, le comte Humbert serait enterré dans la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Maurienne[16]. Le cénotaphe que l'on peut voir aujourd'hui (cf. photographie) date du XVIIIe siècle. Jean Cabaret d'Orville dit Cabaret, dans ses Chroniques de Savoie, indique que « fust sevellis en grant pleurs de ses barons et subgés en l’eglise de Saint Jehan en la cité de Maurianne, en laquelle il fonda le chapitre pour moytié »[16]. Cette affirmation semble en fait reposer sur une fausse charte de la cathédrale[16]. Selon l'approche récente de l'historien Laurent Ripart, la sépulture se trouverait plus du côté du prieuré des Échelles, que le comte avait fondé en 1042[16]

Famille[modifier | modifier le code]

Des interrogations existent sur l’identité réelle de son épouse :

  1. Ancilie d'Aoste (ou Ancilia, Ancilla, Auxilia), fille du recteur laïc de l’abbaye de Saint-Maurice d'Agaune, qui semble la plus probable, au vu de la relation très forte de la maison de Savoie avec cette abbaye et sœur d'Anselme évêque d'Aoste[18];
  2. Ancilie de Lenzbourg (ou Ancillie de Lensbourg), (974-?), fille de Arnold Von Schannis, maître de cérémonie de la maison de Bourgogne[15] ;
  3. Ancilie de Nyon, fille d’Anselme de Nyon.

Son épouse lui donna cinq enfants, dont :

Sous son règne, originaires de ses terres, vécurent :

  • Saint Anselme (1033-1109), qui devint archevêque de Canterbury ;
  • Le moine Gérald l’Allobroge (vers 980 - 1061), qui fut pape sous le nom de Nicolas II ;
  • Saint Bernard de Menthon, prédicateur et fondateur des hospices du grand et du petit Saint-Bernard.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon Marie-Claude Guigue de 1037 à 1053, Marie-Claude Guigue, Topographie historique du département de l'Ain,‎ Bourg-en-Bresse et Lyon, A. Brun, 1873, p. 453 disponible en ligne sur Gallica.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Les différents actes sont étudiés dans la thèse de Laurent Ripart, « Les fondements idéologiques du pouvoir des comtes de la maison de Savoie (de la fin du Xe au début du XIIIe siècle) », Université de Nice, 1999, 3 volumes (sous la direction d'Henri Bresc), tome II, p. 496-695.
  2. a, b, c et d Article de Cyrille Ducourthial, « Géographie du pouvoir en pays de Savoie au tournant de l’an mil », paru dans Christian Guilleré, Jean-Michel Poisson, Laurent Ripart et Cyrille Ducourthial, Le royaume de Bourgogne autour de l'an mil, Université de Savoie, coll. « Sociétés, Religions, Politiques »,‎ 2008, 286 p. (ISBN 978-2915797350), p. 223 et suivantes.
  3. a et b (en) Jules Marion, Cartulaires de l'église Cathédrale de Grenoble dits Cartulaires de Saint-Hugues, Cambridge University Press, coll. « Cambridge Library Collection - Medieval History »,‎ 2010, 662 p. (ISBN 978-1-10801-982-8), p. 16-17.
  4. a, b, c et d Christian Sorrel, Histoire de la Savoie en images : images, récits, La Fontaine de Siloé, coll. « Les Savoisiennes »,‎ 2006, 461 p. (ISBN 2-84206-347-3), p. 116-117.
  5. Abbé Chevalier, Documents inédits des IXe, Xe et XIe siècles relatifs à l'église de Lyon, Lyon, 1867, p. 15-6.
  6. Claude Genoux Histoire de la Savoie réédition La Fontaine de Siloé, Montmélian 1997, (ISBN 284206044X)« Bérold de Saxe » p.69-70
  7. Isabelle Parron-Kontis, Bénédicte Palazzo-Bertholon et Gabrielle Michaux, La cathédrale Saint-Pierre en Tarentaise et le groupe épiscopal de Maurienne, Association lyonnaise pour la promotion de l'archéologie en Rhône-Alpes,‎ 2002, 154 p., p. 35.
  8. Demotz 2000, p. 21-22.
  9. a, b, c et d Demotz 2000, p. 19-20.
  10. Die Urkunden der Burgundischen Rudolfinger (Regum Burgundiae e stirpe Rudolfina Diplomata et Acta), n°98, p. 253-4.
  11. a, b, c, d, e, f, g et h Article de Laurent Ripart, « Du royaume aux principautés : Savoie-Dauphiné, Xe-XIe siècles », dans Christian Guilleré, Jean-Marie Poisson, Laurent Ripart, Cyrille Ducourthial (dir.), Le royaume de Bourgogne autour de l’an mil, Chambéry, 2008, p. 247-276.
  12. Ruth Mariotte Löber, Ville et seigneurie : Les chartes de franchises des comtes de Savoie, fin XIIe siècle-1343, Librairie Droz - Académie florimontane,‎ 1973, 266 p. (ISBN 978-2-60004-503-2), p. 4.
  13. Die Urkunden der Burgundischen Rudolfinger (Regum Burgundiae e stirpe Rudolfina Diplomata et Acta), n°141, p. 319-21
  14. Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie, Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie, Chambéry, 1937, p. 43.
  15. a, b et c Palluel-Guillard, p. 4.
  16. a, b, c, d, e et f Article de Laurent Ripart, « La mort et la sépulture du comte Humbert : une tradition historiographique reconsidérée », dans Fabrice Delrieux et François Kayser (dir.), Des plats pays aux crêtes alpines. Hommages offerts à François Bertrandy, Chambéry, 2010, p. 71-86.
  17. Bernard Demotz et François Loridon, 1000 ans d'histoire de la Savoie : La Maurienne, vol. 2, Cléopas,‎ 2008, 845 p. (ISBN 978-2-9522-4597-5), p. 546.
  18. (it) Alessandro Barbero Valle d'Aosta Medievale, Liguori Editore, Naples 2000,(ISBN 8820731622) p. 1-10