Comté de Savoie

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Comté de Savoie

Fin Xe siècle/début du XIe siècle1416

Blason

Devise : FERT

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Le comté de Savoie (Savoie Propre) vers les XIIe et XIIIe siècles dans le domaine des comtes de Savoie

Informations générales
Statut comté
Capitale Montmélian (1003-1295), Chambéry (1295-1416)
Langue français
savoyard
Religion catholicisme
Histoire et événements
1416 Création du comté par le roi Rodolphe III de Bourgogne
19 février 1416 Elevation du comté en duché par l’empereur Sigismond Ier du Saint-Empire
Comte de Savoie
(1er) v.1003-v.1047 Humbert Ier de Savoie
(Der) 1391-1416 Amédée VIII de Savoie

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le comté de Savoie est un comté issu de la période féodale, faisant suite à une ancienne division de la Sapaudia et du royaume de Bourgogne. Il correspond à la province savoyarde de la Savoie Propre, créé au XVIIIe siècle. L'empereur Sigismond Ier érige le comté de Savoie en duché le 19 février 1416.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le comté de Savoie est issu du fractionnement de la Sapaudia gallo-romaine, puis de la Saboia carolingienne[1],[2].

Ce territoire est souvent confondu avec ce que l'on nomme les États de Savoie, l'ensemble des possessions appartenant aux comtes Humbertiens, futurs comtes de Savoie. Ce territoire bien plus étroit est situé sur les deux rives de la vallée de l'Isère entre la cité de Conflans et Chapareillan (Dauphiné), et remontant le val du Bourget jusqu'au lac, avec pour limites septentrionales Aix et Pugny-Chatenod, ainsi que les Bauges suivant le col de Plainpalais, et le col de Tamié[3],[4]. Il correspond donc aux vallées et leurs contreforts de l'actuelle Combe de Savoie, du Val du Bourget et des Marches.

Le futur comté de Savoie est bordé à l'ouest par le pagus Bellicensis (le Bugey), à l'est par le pagus Genevensis (le Comté de Genève) et le pagus Tarentasia (la Tarentaise), au sud-est par le pagus Maurianensis (me Comté de Maurienne), toutes anciennes partie de la Saboia et plus au sud pagus Gratianopolitanus (Dauphiné)[3]. Le territoire possède un avantage stratégique sur les axes entre les grandes cités de Vienne, Grenoble, Lyon et Genève. Il contrôle par ailleurs la confluence entre les vallées de l'Arc et de l'Isère, soit l'un des axes entre le royaume voisin de France et la péninsule italienne.

La titulature des comtes varie selon les périodes, entre comte de Maurienne (au XIe siècle) et comte de Savoie (au cours du XIIe siècle), ce dernier s'impose à partir du XIIIe siècle. Cette évolution donne une autre dimension géographique à ce comté, notamment en raison de la politique comtale de contrôle de terres au-delà des limites des anciens pagus.

Du point de vue de l'organisation ecclésiastique, il correspond à l'ancien décanat de Saint-André ou de Savoie, qui recouvre une réalité géographique différente que la délimitation politique[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de la Savoie.

Six actes, provenant des cartulaires de Notre-Dame de Grenoble, de Saint -Martin de Savigny et de Saint-Maurice de Vienne, ainsi que les chartriers du prieuré du Bourget et de l'abbaye de Novalaise, mentionnent ce territoire entre la fin du Xe siècle et 1036[Note 1]. Cependant, l'appellation diffère selon les documents. On trouve ainsi les mentions de ager Savogensis, de pagus Savogensis ainsi que comitatus Savogensis[3],[6]. Toutefois, les premières du territoire, sans parler de comté, remontent au VIIIe siècle dans le testament du patrice Abbon (en 739) puis dans Divisio regnorum ou Divisio imperii de Charlemagne (en 806)[2]. Dans ce dernier document, la vaste Saboia carolingienne se confond avec le pagus plus petit du XIe siècle[2]. Dans la donation de Lothaire II à sa femme Ermengarde, en 866, aucune mention directe au pagus n'est faite si ce n'est celles de cités (Chavord, Lémenc et Aix)[2]. Cela pourrait indiquer que l'ensemble appartient à l'empereur Louis[2]. Ce territoire est donc réduit à une petite partie de l'ancien décanat de Savoie, regroupant les mandements d'Aix, de Chambéry, de Montmélian et de La Rochette.

D'après Léon Menabrea, le pagus compterait pas moins d'une soixantaine de feudataires[7]. Les deux familles les plus puissantes du comté sont les vicomtes de Chambéry qui contrôlent les terres entre Aix et Saint-Cassin, soit le carrefour des routes en provenance des cités de Grenoble, Vienne, Lyon et Genève[8] et les Miolans qui de leur château domine la confluence de l'Arc et de l'Isère[9]. Cette famille possède d'ailleurs le château de Charbonnières en Maurienne, qui sera l'un des centres politiques de la future maison de Savoie[9]. Toujours d'après Ménabréa, le comté de Savoie n'appartient pas directement à Humbert aux Blanches Mains, comme souvent prétendu ; l'évêque de Grenoble y jouit aussi de prérogatives. Toutefois, l'étude plus récente du comté, par Bernard Demotz, démontre que Humbert en possède le titre dès 1003[10].

À la fin du XIIe siècle, en son début de règne, le comte Thomas Ier hérite d'un vaste territoire, presque compact, à cheval sur les Alpes et dont ses ancêtres ont assuré le contrôle grâce à un peu plus d'une vingtaine de places fortes[11]. La place de Roussillon garde le Bugey, ainsi que les châteaux d'Angeville (Lompnes) et de Virieu-le-Grand, le reste du territoire étant placé sous l'autorité des vassaux, la famille de Beaujeu et peut-être celle des Seyssel. Sur le Rhône, Pierre-Châtel, Yenne, et peut-être Tolvon (à proximité de Voiron), contrôlent les différents passages. Les routes et ponts de l'avant-pays savoyard (la Novalaise) permettant de rejoindre Chambéry et la Savoie Propre, sont eux aussi sous la coupe des de Savoie aux points stratégiques que sont Les Échelles, ainsi que Saint-Laurent-du-Désert et Saint-Genix sur le Guiers. D'ailleurs, dans le comté de Savoie, les comtes prennent soin de la citadelle de Montmélian, capitale tant militaire qu'administrative du comté, qui domine le passage entre les grandes vallées intra-alpines et le Dauphiné voisin. Dans le massif voisin des Bauges, le contrôle est assuré par la place du Le Châtelard. Face au comté de Genève, Ugine se trouve aux débouchés du Val d'Arly et de la cluse de Faverges, complété en aval par Tournon. Dans la vallée de Maurienne, berceau de la famille, le château d'Hermillon est le centre du comté et le passage par le col du Mont-Cenis est sous leur protection direct. De l'autre côté, en Val de Suse, les comtes détiennent depuis Adélaïde, les châteaux d'Aveillane et de Suse. En Tarentaise, si le comté est placé sous l'autorité des archevêques indépendants et placés directement sous l'autorité impériale, les comtes possèdent les châteaux de Charbonnières à Aiguebelle, de Melphe à Salins et détiennent le haut de la vallée avec la Val d'Isère permettant l'accès au Col du Petit-Saint-Bernard (Colonne de Joux). Au-delà du, la domination est parfaite avec la main mise sur Châtel-Argent et Challant, permettant aussi de rejoindre la Valdigne. Enfin, dans la plaine du Piémont, les places fortes de Pérouse et de Miradol terminent le quadrillage de ces États contrôlés par la maison de Savoie. Il semble, par ailleurs, que les comtes à cette période possède toujours une seigneurie en Viennois avec Saint-Symphorien-d'Ozon[11].

Le comte Thomas Ier et ses successeurs tentent de maintenir cette unité et d'étendre leur pouvoir sur les cols voisins du Jura ou des Alpes du Sud. Cependant, ils se trouvent à proximité de maisons tout aussi puissantes : en Bugey et en Bresse, les seigneurs de Thoire et Villars ; enclavés, les comtes de Genève et leurs alliés, les maisons de Gex et du Faucigny, et à l'Ouest les comtes d'Albon puis dauphins de Viennois[11].

Du XIIIe au XIVe siècle, le bailliage de Savoie Propre compte parmi les treize bailliages importants des États de Savoie avec comme chef-lieu Montmélian, qui « se posait là comme la clef des Alpes »[12], (et non Chambéry). En effet, ce bourg possède une forteresse naturelle très vite transformée en citadelle et lui permettant de contrôler la Combe de Savoie (débouché naturel de la Tarentaise et de la Maurienne), et au loin les Marches donnant accès au Dauphiné, ainsi qu'un pont sur l'Isère. Ce bailliage regroupe quatorze châtellenies : Le Bourget ; Chambéry ; Le Châtelard ; Conflans ; Cusy ; Entremont ; Faverges ; Les Marches ; Montfalcon ; Montmélian ; Les Molettes ; La Rochette ; Tournon et Ugines[13].

Titre comtal[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste des comtes et ducs de Savoie.

Le titre de comte de Savoie est transmis, depuis le depuis le XIIe siècle, de façon héréditaire, de mâle en mâle et par ordre de primogéniture, au sein de la maison de Savoie, respectant ainsi la loi salique qui exclu les femmes[14]. Le rôle de celles-ci, comme celui des bâtards, est très tôt pris en compte dans le règlement des succession du comté. Ceux-ci reçoivent généralement une terre en apanage ou un fief-lige[14]

Au XIe siècle, les Humbertiens semblent posséder des droits sur le comes Savogensium ou Savogensis (comté de Savoie), toutefois ils ne commencent à porter le titre comtale qu'à partir du milieu du XIIe siècle[15]. En effet, le titre apparaît pour la première fois en 1143, se substituant ou complétant celui de comte de Maurienne[16],[17], en même temps que l'utilisation de la croix sur la bannière. Cette dernière semble être une évocation de la croix portée par le saint patron du comté, Maurice d'Agaune[18].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Demotz
    • "La géographie administrative médiévale. L’exemple du comté de Savoie; Début XIIIe - début XVe siècle", Le Moyen Âge, 74, 1972, p. 261-300.
    • "La politique internationale du Comté de Savoie durant deux siècles environ (XIIIe-XVe siècle)", Cahiers d’Histoire, 19, 1974, p. 29-64.
    • Document utilisé pour la rédaction de l’article [Demotz 2000] Bernard Demotz, Le comté de Savoie du XIe au XVe siècle : Pouvoir, château et État au Moyen Âge, Genève, Slatkine,‎ 2000, 496 p. (ISBN 2-05101-676-3).
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article [Sorrel] Christian Sorrel, Histoire de la Savoie en images : images, récits, La Fontaine de Siloé, coll. « Les Savoisiennes »,‎ 2006, 461 p. (ISBN 2-84206-347-3), p. 202.
  • Christian Guilleré, Jean-Michel Poisson, Laurent Ripart et Cyrille Ducourthial, Le royaume de Bourgogne autour de l'an mil, Université de Savoie, coll. « Sociétés, Religions, Politiques »,‎ 2008, 286 p. (ISBN 978-2915797350)
    • Cyrille Ducourthial, « Géographie du pouvoir en pays de Savoie au tournant de l’an mil », dans Op. cit., p. 207-245.
    • Laurent Ripart, « Du royaume aux principautés : Savoie-Dauphiné, Xe-XIe siècles », dans Op. cit. (lire en ligne), p. 247-276.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il y a six différents actes, dont on conserve une copie, qui dont la mention du comté de Savoie[3],[5]. Ce sont :
    • Cartulaires de l'église cathédrale de Grenoble, Notre-Dame de Grenoble (v. 976-1031), Chartularium B, n° CXVIII : « comitatu Savogensi » ;
    • Cartulaire de l'abbaye de Savigny (1013), abbaye Saint -Martin de Savigny, n°582 : « in agro Savogensi » ;
    • Regum Burgundia e stripe Rudolfina diplomata et acta n°108, d'après le cartulaire de Saint-Maurice de Vienne (1016) : « in comitatu Savoignese », « in pago Gratiopolitano vel Savoiense » (deux mentions) ;
    • Archives du prieuré du Bourget (v. 994-1048) : « in comitatu Savogensi » (cité par Samuel Guichenon, Histoire de la royale Maison de Savoie, t. III, p. 5) ;
    • Monumenta Novaliciensia vetustiora, Abbaye de la Novalaise, t.I, n°LXVIII, (1036) : « in pago Savogiense ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Bernard Demotz, « La frontière au Moyen Âge d'après l'exemple du comté de Savoie (début XIIIe - début XVe siècles) », Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, vol. 4, no 4,‎ 1973, p. 95-116 (lire en ligne).
  2. a, b, c, d et e Ducourthial 2008, p. 210-214.
  3. a, b, c et d Ducourthial 2008, p. 214-217.
  4. André Perret, Article « Des particularismes territoriaux à la notion de "patrie" savoyarde depuis le Moyen Âge », La Savoie, Identités et Influences, Le Bourget-du-Lac, Actes du XXXe Congrès des Sociétés Savantes de Savoie,‎ 1985, p. 49.
  5. Les différents actes sont étudiés aussi dans le volume 3 de la thèse de Laurent Ripart, « Les fondements idéologiques du pouvoir des comtes de la maison de Savoie (de la fin du Xe au début du XIIIe siècle) », Université de Nice, 1999, 3 volumes (sous la direction d'Henri Bresc).
  6. Mention faites dans la « donation d'Arbin par l'évêque de Maurienne au monastère de Savigny (1022) », in Revue savoisienne, Académie florimontane, 1867, p.51. Ou encore dans le capitulaire appelé testament de Charlemagne.
  7. Léon Menabrea, Article « De la marche des études historiques en Savoie et en Piémont, depuis le XIVe siècle jusqu'à nos jours, et des développements dont ces études seraient encore susceptibles », Mémoires (n°1, IX), Académie de Savoie,‎ 1839, p. 354. Voir aussi Article « Franchises de Montmélian et d'Arbin », Mémoires et documents, Société savoisienne d'histoire et d'archéologie,‎ 1856, p. 327.
  8. Ducourthial 2008, p. 240-242.
  9. a et b Ducourthial 2008, p. 240 et 242-243.
  10. Demotz 2000, p. 19-20.
  11. a, b et c Demotz 2000, p. 26-28.
  12. Léon Ménabréa, Les Alpes historiques. Première étude Montmélian et les Alpes, étude historique accompagnée de documents inédits, imp. de Puthod, Chambéry, 1841
  13. J.-J. Vernier, Études historiques et géographiques sur la Savoie, Le Livre d'Histoire - Res Universis,‎ 1896, édition 1993 (ISBN 2-7428-0039-5, ISSN 0993-7129), p. 65.
  14. a et b Demotz 2000, p. 157 et suivantes, Partie 2, Chap. 1 « La solidité de la maison princière ».
  15. Sorrel 2006, p. 138-139.
  16. Guy Gavard et Paul Guichonnet, Histoire d'Annemasse et des communes voisines : Les relations avec Genève de l'époque romaine à l'an 2000, La Fontaine de Siloé, Coll. « Les Savoisiennes »,‎ 2002, 439 p. (ISBN 978-2-8420-6342-9), p. 241.
  17. Jean Prieur et Hyacinthe Vulliez, Saints et saintes de Savoie, La Fontaine de Siloé,‎ 1999, 191 p. (ISBN 978-2-8420-6465-5), p. 39.
  18. Charlotte Denoël, Saint André : culte et iconographie en France, Ve-XVe siècles, Librairie Droz,‎ 2004, 302 p. (ISBN 978-2-90079-173-8), p. 84.