Pierre II de Savoie

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Pierre II de Savoie
Image illustrative de l'article Pierre II de Savoie

Titre comte de Savoie
(1263-1268)
Autre titre comte de Richmond
Couronnement juin 1263
Prédécesseur Boniface de Savoie
Successeur Philippe Ier de Savoie
Distinctions Anneau de Saint-Maurice ; Vicariat impérial perpétuel (1263)
Autres fonctions chanoine de la Cathédrale de Lausanne
Biographie
Dynastie Maison de Savoie
Nom de naissance le Petit Charlemagne
Naissance 1203
Château de Suse (Piémont)
Décès
Château de Pierre-Châtel (Bugey)
Père Thomas Ier de Savoie
Mère Marguerite de Genève, comtesse de Flandres
Conjoint Agnès de Faucigny († 1268), barone de Faucigny
Enfants Béatrice de Faucigny

Armoiries Savoie 1180.svg

Pierre II de Savoie, dit « le petit Charlemagne »[1], né en 1203 au château de Suse (Piémont) et mort entre le au château de Pierre-Châtel (Bugey), est un prince souverain du comté de Savoie de 1263 à 1968.

Sixième fils du comte Thomas Ier de Savoie, il débute une carrière d'ecclésiastique (1226-1233), avant de devenir seigneur en Bugey, Vaud, Faucigny ainsi qu'en Angleterre (1234-1263), puis de succéder à son frère, puis son neveu, en devenant le 12e comte de Savoie, d'Aoste et de Maurienne (1263-1268). Comparé par ses contemporains à l'illustre empereur, il fut surnommé « le petit Charlemagne » par les historiens savoyards[1], et jeta les bases d'un grand État savoyard. Guerrier et diplomate de talent, il fut aussi un grand administrateur, légiste et bâtisseur. Riche de ce qu'il a observé en Angleterre, auprès de son neveu le roi Henri III d'Angleterre, il disposait des moyens financiers pour réaliser ses ambitions grâce aux revenus tirés de ses possessions en Angleterre où il détenait 329 fiefs, manoirs, châteaux et cités.

Enfance (1203-1224) et carrière ecclésiastique (1226-1233)[modifier | modifier le code]

Pierre de Savoie est né en 1203, peut être au château de Suse dans le Piémont[2],[3]. Il est le neuvième enfant et le sixième fils du comte Thomas Ier de Savoie et de son épouse Marguerite de Genève[2],[4].

Initialement destiné à l’état ecclésiastique, Pierre est qualifié de clerc dès 1224, puis semble être prévôt du chapitre de Genève en mars ou avril 1222-23[5]. À partir de 1224, son frère Thomas est nommé chanoine de la cathédrale de Lausanne[6]. Pierre le rejoints deux ans plus tard[6],[7],[4] mais est constamment absent. Il est nommé chanoine de la cathédrale de Valence et reçoit la prévôté de la cathédrale d'Aoste en 1227, ainsi que Genève[4], vers 1229. Il gère l'évêché de Lausanne lors de la vacance du siège épiscopal, entre le et l'arrivé de Boniface, le [7]. Il reste chanoine jusqu'en août 1233.

Il semble que de par son tempérament, Pierre ne souhaitait pas poursuivre une carrière ecclésiastique. Son frère, Guillaume, alors évêque de Valence aurait joué un rôle dans cette émancipation[8]. L'évêque se rapproche ainsi du baron Aymon II de Faucigny (1202-1253), dont la seconde fille, Agnès, est célibataire[8]. Aymon est considéré comme un allié de Thomas Ier de Savoie[9]. Eugene L. Cox considère même que ce rôle d'entremetteur au service de son frère pouvait être perçu comme un moyen d'éloigner des dangers de la métropole de Valence[10].

Un seigneur guerrier et diplomate (1234-1263)[modifier | modifier le code]

Contrôle des terres autour du Léman et du Rhône[modifier | modifier le code]

Le comte Thomas Ier meurt en 1233 et le frère de Pierre, Amédée, lui succède[11]. Toutefois, le comte Thomas a préparé sa succession en organisant la gestion et la répartition du domaine comtale et des terres en mettant en place une « politique d'inféodation d'apanages, avec hommage de chaque cadet à l'aîné »[11].

En 1234, Pierre épouse Agnès de Faucigny, héritière du Faucigny, au château de Châtillon[8],[9],[12]. Elle apporte en dot les seigneuries de Faucigny, de Beaufort et plusieurs autres terres[13]. Il organise son apanage du Bugey, avec le château de Cornillon de pour la seigneurie de Saint-Rambert-en-Bugey, ainsi que Lompnes[11],[12]. En juin, il obtient, avec le soutien de son beau-père le baron de Faucigny, l'hommage pour le château et le fief de Gex d'Amédée II de Gex, vassal et cousin germain du comte Guillaume II de Genève, ainsi que pour les terres obtenues entre Divonne et la cluses de Gex[12],[14],[15].

En juillet 1234, une réunion se tient à Chillon entre le nouveau comte Amédée IV et ses frères[16],[11]. À la mort de son frère Aymon de certains droits en Chablais[11].

En 1237, Pierre entre en guerre contre le comte de Genève, afin de soutenir son beau-père[12]. Le conflit latent ou direct entre le Faucigny et le Genevois perdurent depuis 1205. De plus, la plupart des acquisitions de Pierre depuis 1234 encerclent et menacent le comté de Genève[1].

Au printemps 1240, il mène, en compagnie de son beau-père Aymon de Faucigny, la guerre de Lausanne[12]. Cette guerre fait suite à la double élection épiscopale de Philippe de Savoie et de Jean de Cossonay, soutenu par le Comte de Genève et la noblesse vaudoise. Ce dernier s'imposera comme évêque. Pierre s'établit dans la ville neuve de Romont[12].

Le 29 mai 1244 est signé le Traité d'Évian entre le comte Amédée IV de Savoie, aîné de Pierre, et l'évêque Jean de Cossonay. Ce traité a pour conséquence de faire basculer bon nombre de nobles vaudois dans la mouvance savoyarde. Pierre reçoit de nombreux hommages.

Depuis ses domaines, peu à peu agrandis, il étend son influence sur les grands domaines voisins. En 1250, il oblige le comte de Genève à lui livrer tous ses châteaux depuis le Fort l'Écluse jusqu'à l’Aar, y compris le château de Genève, le château d'Arles, le château de Balaison, le château des Clefs et le château de Langin, pour une somme de 20 000 marcs d’argent.

Liens avec l'Angleterre (1241-1264)[modifier | modifier le code]

Guillaume, évêque de Valence, prépare le mariage de sa nièce, Éléonore de Provence avec le roi d’Angleterre, Henri de Plantagenet[17],[18]. Le contrat de mariage est signé en 1235 et Éléonore se rend, accompagné de nobles dont Pierre[2], en Angleterre pour rencontrer son futur époux[19]. Le mariage est célébré dans la cathédrale de Cantorbéry en janvier 1236[20].

Guillaume devient l'un des principaux conseiller du roi pendant quelques temps, tandis que son frère Boniface qui devint archevêque de Cantorbéry[21],[22]. Le troisième frère, Pierre, se lie d'amitié également avec le roi. Ce dernier le fait chevalier, en 1241, dans la cathédrale de Westminster, et lui attribue de nombreux domaines dans le comté de Richmond, l’honneur de Richmond, d’Essex, du Sussex, du Norfolk, du Sufolk, etc. (voir section « Titres et possessions »)[17]. Il est ainsi enregistré comme comte de Richmond le [23] dans la pairie d'Angleterre.

La relation entre le roi et le jeune seigneur permet à de nombreux nobles Savoyards de venir s'installer à Londres, mais aussi à Bordeaux alors sous domination anglaise[24],[22].

L'expérience anglaise marque Pierre de Savoie dans plusieurs domaines, notamment dans l'architecture militaire avec l'apport des donjons ou tours rondes à plusieurs étages ou l'organisation administrative avec la comptabilité ou la justice[24].

Il fait de nombreux séjours en Angleterre. Au côté de frère Boniface, il vient en aide à son neveu, le roi Henri III d'Angleterre, qui lutte en Guyenne contre les adversaires de la domination anglaise en 1242. Il intervient militairement en Écosse en 1244[1], puis au Pays de Galles en 1245[1], en 1253-1254 et 1255, ainsi qu'en Gascogne[1]. Sa proximité avec son neveu royal lui permet de participer aux négociations préparant le futur traité de Paris en 1259[1]. Pour le remercier, le roi d’Angleterre lui octroie des sommes considérables qui serviront à Pierre II à financer ses constructions en Savoie. Le roi d’Angleterre lui fait aussi construire ou lui donne de vastes terrains, le , sur la route de Westminster, sur les bords de la Tamise, un hôtel particulier[25],[26],[27] : c'est là l'origine de l'Hôtel de Savoie, détruit en 1816 pour l'édification du pont Waterloo Bridge, puis plus tard au Savoy Theatre (ouvert en 1881) et à proximité l'Hôtel Savoy (ouvert en 1889).

Seigneur du Faucigny et du Chablais[modifier | modifier le code]

À la mort de son frère Aymon († 1238 ou 1242), les terres du Chablais reviennent au domaine comtal[11]. Lorsque le comte d'Amédée IV meurt en 1252, selon ses volontés, un arbitrage est opéré par les archevêques de Vienne et Tarentaise ainsi que de l'évêque de Maurienne. Il est rendu le 16 février 1255[11]. C'est à cette occasion que Pierre hérite des terres que la maison de Savoie possédait en Chablais, depuis le Monjoux jusqu’à Vinay, ainsi que le château de Seyllon, le château de Coutey[28].

À la mort de Aymon II de Faucigny en 1253, il devient, avec sa femme, seigneur du Faucigny. En 1255, il protège les villes de Berne et de Morat[12]. Il s'installe dans le château de Chillon, sur les rives du lac Léman[29]. La place revêt depuis presque un siècle un intérêt stratégique pour la maison de Savoie dans sa politique d'expansion en pays romand[29]. Lorsqu'il sera fait comte, il fera fortifier et aménager le rocher pour en faire une tête de pont dans la partie nord du comté de Savoie[29].

Il mène le siège de places fortes comme La Réole et Benauge en 1257, ce qui lui permet de s’initier et de réfléchir aux derniers perfectionnements de l’architecture militaire. Il obtient trois ans plus tard la moitié de la juridiction temporelle sur la ville de Lausanne[12]. De même, l'évêque de Sion doit reconnaître la Morge de Conthey comme limite entre sa juridiction en Valais et le Chablais savoyard[1].

Entre 1241 et 1264, Pierre de Savoie joue un rôle diplomatique majeur entre la Savoie et l'Angleterre[12]. Plus de 90 chevaliers savoyards l’accompagnent dans ses expéditions, venant du Genevois, du Chablais, du Faucigny, de la Tarentaise, du Bugey, du Pays de Vaud, du Pays de Gex et de la vallée d’Aoste.

Peu à peu, Pierre devient le protecteur de beaucoup de localités, d'abbayes, de châteaux. Les Chroniques de Savoie, rédigées sous le règne d'Amédée VIII de Savoie, relatent que l'abbé Rodolphe de l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune aurait donné à Pierre l'anneau de Saint-Maurice, le chef de la légion thébaine qui mourut martyr de la foi chrétienne et saint patron de la Savoie. En réalité, c'est probablement à Pierre Ier de Savoie qu'est donné cet anneau[30]. Cet anneau est par la suite devenu le signe d'investiture de la Maison de Savoie, comme il avait été celui des rois de Bourgogne.

Douzième comte de Savoie (1263-1268)[modifier | modifier le code]

Son neveu Boniface meurt début juin 1263. Bien que ce dernier ait des sœurs, que Thomas, son frère aîné déjà décédé, ait des fils, la coutume savoyarde le fait hériter en tant que plus proche parent, la loi de primogéniture au second degré n'étant pas encore établie. Il devient alors le douzième comte de Savoie en recevant les hommages de nobles de Savoie Propre le 11 juin à Chambéry. Il gouverne six années durant en organisant administrativement et financièrement la Savoie.

Son premier acte est de convoquer ses barons et de former une armée capable de combattre contre les forces qui avaient vaincu son neveu Boniface. Il passe les Alpes, assiège Turin, défait les Montferrains et les Astésans et châtie les révoltés piémontais qui avaient tué son neveu. Cette brève campagne lui vaut les hommages de nombreux petits fiefs.

Par ses apanages et ses conquêtes, Pierre II étend ses possessions jusqu'au pays de Berne, au nord du pays de Vaud. Il entre en conflit dans ce secteur avec le puissant Eberard d'Haubourg, comte de Lauffemberg et comte de Kybourg. Grâce au renfort d'un corps de troupe d'archers que le roi d'Angleterre lui envoie, et de plusieurs centaines de combattants bernois, Pierre II remporte deux batailles sanglantes qui sauvent la ville de Berne de son ennemi mortel. Les habitants lui jurent fidélité et lui donnent les revenus des péages, de la monnaie et des greffes. Il rend à la ville de Berne sa charte de ville libre, la fait agrandir et embellir, ce qui lui fait mériter les titres de « défenseur », de « tuteur », et de « second fondateur » de la ville.

Il organise ses États en s'inspirant de ce qu'il a vu en France et en Angleterre : bailliage, Chambre des comptes, dépôt d’archives. En 1263, l'empereur germanique lui décerne le titre de vicaire perpétuel, ce qui lui assure désormais la suprématie sur toute la noblesse savoyarde. C'est pour assurer son autorité que le comte constitue un vaste réseau de maisons fortes autour des châtellenies regroupées en bailliages, ce qui lui permet ainsi d'organiser un réseau d'administrateurs, les châtelains, donnant à son État une organisation homogène pré-étatique qui lui permet de faire prévaloir ses prérogatives de monarque sur celles des autres catégories, noblesse et gens d'Église.

Vers la fin de son règne, Pierre II doit restituer la seigneurie d'Argentières à son vassal l'évêque Aymon Ier de Maurienne.

Défenseur de la poésie occitane, Pierre II reçoit en Savoie de nombreux poètes occitans, dont Pierre de la Rovère. Il promeut aussi les romans occitans en vers. Sa nièce Éléonore de Piémont (1250-1296) compose par ailleurs un roman en occitan intitulé Blandin de Cornouailles et Guillot ardit de Miramar.

Pierre II et l'architecture militaire[modifier | modifier le code]

Il fait également refaire les fortifications de plusieurs places fortes et fait construire 34 châteaux et donjons, dont le château de Bonneville. Intéressé par l'architecture, il abandonne le classique donjon carolingien carré perché sur une butte ou un rocher à pic, en pierre de taille, entourée d'une ou plusieurs courtines et murs d'enceintes épousant les formes du terrain. Il adopte le plan des châteaux qu'il a vu en Normandie, dans la France du Nord et en Aquitaine, constitués d'une ou plusieurs tours circulaires aux murs très épais, coiffées d'un toit conique, accessibles par pont-levis, comme celui du Louvre et celui de Coucy-le-Château. De 1258 à 1268, l'édification des nouveaux donjons se poursuit à une cadence rapide. La construction est exécutée principalement par une main d'œuvre locale. Ils reçoivent de bons salaires et des avantages en nature comme des vêtements de travail. Pierre II attache aussi à son service le Landais Pierre de Mésoz qui va travailler au château de Chillon et dans toute la région lémanique.

Parmi les châteaux de Pierre II : Aoste (Château de Bramafam, Châtel-Argent), La Bâthie (Saint-Didier), Boëge, Bonneville, Bons-en-Chablais (Tour de Langin), Champvent, Clermont (l'ancien château), Conthey (2 châteaux), Cornillon, Estavayer, Évian, Feissons, Féternes[31], Gex, Martigny, Montagny, Morgex (Le Châtelard), Orbe, châtelet du Crédo, Rochefort en Faucigny, Rochefort en Tarentaise, Romont (2 châteaux), Saillon, Saxon, Servoz (Saint-Michel-du-Lac), La Tour de Peilz, Versoix, Yverdon, Regensberg.

Un législateur[modifier | modifier le code]

Sur le plan législatif, le règne de Pierre II est marqué par des innovations :

  • les plaids : prenant une nouvelle fois modèle sur l'Angleterre, où le « Parlement » réunissant les grands féodaux, les prélats et les délégués des comtés et des villes était devenu un rouage fondamental de la monarchie, il relance et codifie l'ancienne coutume mérovingienne et carolingienne des plaids, assises annuelles des principaux notables, laïques et ecclésiastiques, convoquées chaque année par le souverain pour discuter des questions administratives et judiciaires. En France, elles ne seront codifiées qu'en 1302. Il commence par réunir les États de Vaud où figurent les seigneurs ecclésiastiques, titulaires des abbayes et des prieurés, les grands vassaux et les délégués des « bonnes villes » dotées d'une charte de franchises instaurant une administration municipale. Il fait de Moudon la capitale du bailliage et pour les réunir une « maison » y est même construite. Des assemblées ont également lieu à Lausanne, à Morges et du côté savoyard lorsque Pierre II s'y trouve. D'autres États ont lieu dans le bailliage de Faucigny qui comprend neuf châtellenies (Cluses, Châtillon, Bonneville, Bonne, Samoëns, Sallanches, Faucigny, Châtelet du Crédo (Reignier), Montjoie et Flumet), les assemblées se tiennent à Cluses. À Chambéry, des États généraux se tiennent aussi pour la Savoie jusqu'au milieu du XVIe siècle.
  • les Chartes de franchises municipales : avec les croisades, qui ouvrent de nouveaux marchés à partir de 1150, l'économie de l'Europe se réanime. Cela se traduit par une intensification des trafics routiers à travers les Alpes du Nord. Les villes, lieux de production et d'échanges de biens, sont en plein essor. Leurs bourgeois veulent se libérer des contraintes féodales et les seigneurs ont tout à gagner des villes dont le dynamisme augmente les populations et la richesse des domaines du seigneur. Pierre II accorde de nombreuses franchises : Payerne (1240), Saint-Julien-de-Maurienne (1264), Évian (1265), Thonon (1266), et Moudon (1267) dont la charte a servi de modèles pour plusieurs autres bourgs du pays de Vaud.
  • un début de normalisation de la justice : la justice féodale des pays de Savoie, aux mains des seigneurs locaux, mêlait des principes de droit romain à des coutumes germaniques et locales. Pierre II va opérer une normalisation des règles avec l'installation d'un juge professionnel par bailliage. Les « Statuts », première codification générale de la législation savoyarde, sont édictés de 1263 à 1264. Ils s'articulent en quatre parties : le régime de la propriété et des biens, le droit criminel, le droit civil et la pratique du notariat qui se généralise pour l'enregistrement, la conservation des contrats et la garantie de leur authenticité. Des formations et des examens de capacité sont prévus pour les candidats aux charges de juge et de notaire. Un « juge des appellations » tranche les jugements pour lesquels un appel est interjeté. Les « Statuts » ont permis de simplifier et d'accélérer l'exercice de la justice dans les pays de Savoie et de la rendre moins coûteuse et plus accessible.

Le comte et les Juifs[modifier | modifier le code]

Pierre II se montre aussi généreux envers les juifs. En 1254, une importante affaire de crimes rituels avait entraîné la condamnation de plusieurs juifs à périr sur le bûcher à Valréas et à Saint-Paul-Trois-Châteaux. L'archevêque de Vienne ordonne le bannissement de tous les rabbins et israélites du territoire de sa juridiction. Vers la fin de la même année, une délégation de neuf juifs rencontrent Pierre II à Saint-Genix-sur-Guiers et signent avec lui devant notaire un contrat d'hommes-liges moyennant le paiement de 500 pièces d'or et d'une redevance annuelle. C'est aussi en Angleterre que Pierre II avait eu connaissance de ce type de sauvegarde des juifs. Ce statut permet à de nombreux juifs de s'établir dans les villes de Savoie en augmentant leur population et leur richesse. Des quartiers spéciaux, les « juiveries », se développent alors à Montmélian, Chambéry, Genève et Thonon. Leur présence s'étoffe ensuite avec l'arrivée d'autres juifs venus du Piémont et de toute l'Italie du Nord.

Fin de règne et succession[modifier | modifier le code]

Dessin du cénotaphe de Pierre II de Savoie.
Dessin du cénotaphe de Pierre II de Savoie, dans l'abbaye d'Hautecombe.

Les derniers jours[modifier | modifier le code]

Le comte Pierre II est bien malade au début du mois de mai[32]. Il meurt le [Note 1], à château de Pierre-Châtel[2],[33],[34]. Toutefois, la tradition reprise par le généalogiste Guichenon voulu que le comte soit mort au château de Chillon, dans le pays de Vaud, au bord du lac Léman[Note 2]. Il est inhumé, le jour suivant probablement, dans la nécropole comtale des Savoie d'Hautecombe sur les rives du lac du Bourget[2]. Sa femme, Agnès, décède quelques mois plus tard, le 11 août[35],[2].

Succession[modifier | modifier le code]

Pierre établit au cours de son existence quatre testaments : 1234, 1255, 1264 et 1268[36]. Ces différents écrits ainsi que les codicilles afférents attestent de l'évolution de la pensée et de l'attitude adoptée par le prince au fur et à mesure son accession au pouvoir en tant que seigneur, puis baron du Faucigny et enfin comte de Savoie[36]. Ainsi, entre 1255 et 1268, Pierre est devenu comte de Savoie et fait modifier le lieu de sa sépulture[36]. Si dans un premier temps, son choix porte sur l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune, il choisit ensuite à la fin de sa vie l'abbaye d'Hautecombe[36].

Avec la mort du comte, la maison de Savoie se trouve dans une situation inédite. Il s'agit de la première fois dans l'histoire du comté qu'un prince n'a pas d'héritier mâle[32]. Pierre en préparant son testament nomme pour successeur son propre frère, Philippe, au détriment de sa fille Béatrice[32]. Son testament de 1264, alors qu'il vient d'être fait comte, indique qu'en cas de décès sa nièce Éléonore, femme du roi Henri III d'Angleterre hériterai du comté de Savoie, son frère Philippe est indiqué en deuxième position, puis ses jeunes neveux Thomas III de Piémont, Amédée et Louis[32]. Un article stipule que sa fille, non prise en compte pour la Savoie, hériterait du comté anglais de Richemond[32], en plus de la terre de Faucigny.

Le dernier testament du 7 mai 1268 modifie, juste avant sa mort, ses volontés[36],[32]. Si Philippe reste l'héritier du comté de Savoie, sa fille obtient « heredem nostram... in tota terra nostra quam habemus in Gebennesio et in Uuaudo[32]. » Le codicille du 14 mai revient sur cette décision[32]. Le comte meurt deux jours plus tard. Le testament du 7 mai indique par ailleurs qu'en cas d'absence d'héritier pour Philippe ce seront leurs jeunes neveux, fils de leur frère Thomas II de Piémont qui hériteront du comté[36],[32].

Jamais la duchesse Béatrice n'a revendiqué un quelconque droit sur l'héritage comtal de son père[32]. Par contre, son oncle a tenté en août de récupérer l'héritage de sa mère Agnès de Faucigny[32]. Le Faucigny, au côté du Dauphiné, est ainsi régulièrement en guerre contre la Savoie jusqu'à ce que le premier rentre définitivement, en 1355, dans le domaine du comte de Savoie[32].

Par son testament de 1264, confirmé par celui de mai 1268, il lègue son palais de Londres, l'hôtel de Savoie, à l'hospice du Grand-Saint-Bernard[25].

Famille et descendance[modifier | modifier le code]

Il est le septième fils de Thomas Ier, comte de Savoie, d'Aoste et de Maurienne, et Marguerite de Genève (ou Béatrice), comtesse de Flandres[2],[4]. Il est le cadet d'Amédée IV de Savoie et de Thomas II de Piémont. Il épouse en 1234 la comtesse Agnès de Faucigny († 1268)[4], fille d'Aymon II de Faucigny, qui lui donna une fille, Béatrice (1234 – 1310)[2].

La dame de Faucigny appelée également la Grande duchesse est mariée en 1253 à Guigues VII (1225 – 1269), dauphin de Viennois, puis en 1273 Gaston VII de Moncade (1225 – 1290), vicomte de Béarn.

Titres et possessions[modifier | modifier le code]

Pierre de Savoie porte en tant que successeur du comté de Savoie les titres de comte de Savoie, d'Aoste et de Maurienne (11 juin 1263 au 16 mai 1268).

Lorsqu'il se trouve en Savoie, Pierre utilise les titres de « fils du comte de Savoie », de « seigneur de Moudon et de Romont »[6]. Le roi Henri III d'Angleterre fait le cadeau de l'« honneur » ou « comté » de Richmond, le [23]. Il ne semble pourtant pas utiliser pas ce titre[6],[23]. Le titre et surtout les droits sont contestés par le duc de Bretagne[23]. Pierre reçu également des privilèges, libertés et des terres comme l'honneur d'Aquila dans le duché de Lancaster dans le Sussex, d'autres dans le comté d'Essex[23] et le reste de l'Angleterre dans les comtés de Norfolk, de Suffolk, de Lincoln et Hereford[17]. Il semble avoir obtenu une quarantaine de manoirs dont celui d'Aldeburg en 1247, puis le château d'Hasting dans le Sussex en 1262[17],[23]. Il reçoit un hôtel particulier dans Londres, l'Hôtel de Savoie ou Savoy[17]. En 1266, le roi remet l'honneur de Richmond à Jean Ier le Roux[23]. En compensation, Pierre semble avoir obtenu des terres et châteaux dans le reste de l'Angleterre[23]. Lors de son décès, la plupart de ses possessions anglaises reviennent à sa nièce, la reine consort Éléonore[23].

Lors de la conquête du pays de Vaud, Pierre se fait céder les droits sur le château de de Romont par Anselme de Billens, entre 1240 et 1249[37], d'où l'usage parfois de le désigner comme comte de Romont[Note 3], mais cela reste une erreur[6]. Les droits de Pierre vers 1240 semble-t-il doivent être confirmés le et le comte Amédée IV se fait investir sur Romont par l'évêque de Lausanne[38].

Richard de Cornouailles obtient pour lui le titre de « Vicaire impériale » en 1263[1]. Ses successeurs recevront un siècle plus tard le « titre perpétuel pour les villes et diocèses de Sion, Lausanne, Genève, Aoste, Ivrée, Turin, la Maurienne, la Tarentaise, Belley et le comté de Savoie »[39].

Pour aller plus loin[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Eugene L. Cox, The Eagles of Savoy : The House of Savoy in Thirteenth-Century Europe, Princeton University Press,‎ , 512 p. (ISBN 978-1-40086-791-2), p. 299 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Michel Germain, Personnages illustres des Savoie, Autre Vue,‎ , 619 p. (ISBN 978-2-9156-8815-3), p. 452 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Bernard Andenmatten, La Maison de Savoie et la noblesse vaudoise (XIII-XIVe s.) : Supériorité féodale et autorité princière, Lausanne, Société d'histoire de la Suisse romande,‎  Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • [Matthieu de la Corbière 2002] Matthieu de la Corbière, L'invention et la défense des frontières dans le diocèse de Genève : Etude des principautés et de l'habitat fortifié (XIIè - XIVè siècle), Annecy, Académie salésienne,‎  Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Bernard Demotz, Le comté de Savoie du XIe au XVe siècle : Pouvoir, château et État au Moyen Âge, Genève, Slatkine,‎ , 496 p. (ISBN 2-05101-676-3) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Bernard Andenmatten et Laurent Ripart, Héraldique et emblématique de la Maison de Savoie : L'anneau de saint Maurice, vol. 10, Lausanne, Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎

Ouvrages spécialisés[modifier | modifier le code]

Actes du colloque international de Lausanne, 30-31 mai 1997 
  • Bernard Andenmatten, Agostino Paravicini Bagliani et Eva Pibiri (sous la dir.), Pierre II de Savoie (+ 1268) : Le "Petit Charlemagne", t. 27, Lausanne, Fondation Humbert et Marie José de Savoie et Université de Lausanne, coll. « Cahiers lausannois d'histoire médiévale »,‎ , 444 p. (ISBN 2-940110-40-9) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
    • Guido Castelnuovo, Christian Guilleré, « Les finances et l'administration de la maison de Savoie au XIIIe siècle », Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎ , p. 33-125.
    • Michael H. Gelting, « Les bases patrimonials du pouvoir », Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎ , p. 127-150.
    • Franco Morenzoni, « Pierre II de Savoie et Genève », Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎ , p. 151-170.
    • Jean-Daniel Morerod, « Pierre II, sa mainmise sur l'église de Lausanne et l'organisation des territoires savoyards au nord du Léman », Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎ , p. 171-189.
    • Jean-Pierre Chapuisat, « Pierre de Savoie, les affaires anglaises et la politique européenne (1252-1255) ou: trois années très remplies », Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎ , p. 257-264.
    • Bernard Andenmatten, « Contraintes lignagères et parcours individuel : les testaments de Pierre II de Savoie », Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎ , p. 265-293.
    • Laurent Ripart, « Non est consuetum in comitatu Sabaudie quod filia succedit patri in comitatu et possessione comitatus Genèse de la coutume savoyarde de l’exclusion des fille », Cahiers lausannois d'histoire médiévale,‎ , p. 295-331 (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La date du 16 est donnée par Victor Bénigne Flour de Saint-Génis[33] ou encore l'historien Michel Germain[2], qui reprennent « la note Sa mort le 16 mai 1268 » [1031] du Régeste genevois. Certains ouvrages ou revues du XIXe siècle ont indiqué qu'il était mort entre le 14 et le 15 mai.
  2. Par exemple l'historien Joseph Dessaix dans son ouvrage La Savoie historique, pittoresque, statistique et biographique (1854, p. 284). La chronique française de Savoie, reprise par Samuel Guichenon indique le château de Chillon, toutefois cette information sera déconstruite notamment par l'historien genevois Édouard Mallet (1805-1856) dans Documents génevois inédits pour la généalogie de la maison souveraine de Savoie, depuis le XIIe jusqu'au XVe siècle (1836), p. 19.
  3. La note [1240] du Régeste genevois indique « l'acte par lequel Pierre, frère du comte de Savoie et comte de Romont, reçoit... ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Demotz 2000, p. 40.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i Germain 2007, p. 452.
  3. Andenmatten 2005, p. 549
  4. a, b, c, d et e Demotz 2000, p. 467-469.
  5. Morenzoni 2000, p. 151-170.
  6. a, b, c, d et e Morerod 2000, p. 171-189.
  7. a et b Paravicini-Bagliani 2000, p. 173.
  8. a, b et c Eugene L. Cox 2015, p. 39.
  9. a et b de la Corbière 2002, p. 49.
  10. Eugene L. Cox 2015, p. 40.
  11. a, b, c, d, e, f et g Demotz 2000, p. 157 et suivantes, Partie 2, Chap. 1 « La solidité de la maison princière ».
  12. a, b, c, d, e, f, g, h et i Demotz 2000, p. 458-459.
  13. Hilaire Feige, « Histoire de Mélan », Mémoires et documents, vol. 20,‎ , p. 9 (lire en ligne).
  14. Eugene L. Cox 2015, p. 41.
  15. de la Corbière 2002, p. 52.
  16. Eugene L. Cox 2015, p. 42.
  17. a, b, c, d et e Demotz 2000, p. 230-231.
  18. Margaret Howell, Eleanor of Provence: Queenship in Thirteenth-Century England, Oxford, Blackwell Publishers,‎ (ISBN 978-0-631-22739-7), p. 1-2.
  19. Margaret Howell, Eleanor of Provence: Queenship in Thirteenth-Century England, Oxford, Blackwell Publishers,‎ (ISBN 978-0-631-22739-7), p. 14.
  20. Margaret Howell, Eleanor of Provence: Queenship in Thirteenth-Century England, Oxford, Blackwell Publishers,‎ (ISBN 978-0-631-22739-7), p. 15-17.
  21. Huw Ridgeway, « King Henry III and the 'Aliens', 1236-1272 », dans Thirteenth Century England: Proceedings of the Newcastle upon Tyne Conference, 1987, vol. 2, Woodbridge, Boydell Press,‎ (ISBN 978-0-85115-513-5), p. 81, 84.
  22. a et b Adrian Jobson, The First English Revolution: Simon de Montfort, Henry III and the Barons' War, Londres, Bloomsbury,‎ (ISBN 978-1-84725-226-5), p. 8.
  23. a, b, c, d, e, f, g, h et i Paul Jeulin, « Un grand « Honneur » anglais. Aperçus sur le « Comté » de Richmond en Angleterre, possession des ducs de Bretagne (1069/71-1398) », Annales de Bretagne, vol. 42, no 3-4,‎ , p. 265-302 (lire en ligne), p. 284-285, « Nouvelle dépossession, puis retour de l'« honneur » de Richemond aux ducs de Bretagne ».
  24. a et b Thérèse Leguay et Jean-Pierre Leguay, Histoire de la Savoie, Paris, Éditions Jean-paul Gisserot,‎ , 128 p. (ISBN 978-2-877-47804-5), p. 28.
  25. a et b Jean-Pierre Chapuisat, « Les deux faces anglaises du Grand-Saint-Bernard au moyen âge », Bulletin annuel de la Bibliothèque et des Archives cantonales du Valais, des Musées de Valère et de la Majorie,‎ , p. 5-14 (lire en ligne), p. 11-12.
  26. (en) John Richardson, The Annals of London : A Year-by-year Record of a Thousand Years of History, University of California Press,‎ , 408 p. (ISBN 978-0-52022-795-8), p. 32.
  27. Paul Guichonnet, Nouvelle histoire de la Savoie, Édition Privat,‎ , 366 p. (ISBN 978-2-7089-8315-1), p. 140.
  28. Eugene L. Cox 2015, p. 299.
  29. a, b et c Demotz 2000, p. 144.
  30. Andenmatten et Ripart 1994, p. 65
  31. Andenmatten 2005, p. 131.
  32. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Ripart 2000, p. 295-331.
  33. a et b Victor Bénigne Flour de Saint Génis, Histoire de Savoie (Volume 1), 1868, p. 255.
  34. Jean Létanche, Les vieux châteaux, maisons fortes et ruines féodales du canton d'Yenne en Savoie, Le livre d'Histoire-Lorisse,‎ , 99 p. (ISBN 978-2-84373-813-5), p. 79.
  35. Note « Sa mort le 11 août 1268 » [1035], Régeste genevois.
  36. a, b, c, d, e et f Andenmatten 2000, p. 265-293.
  37. Demotz 2000, p. 413.
  38. Ruth Mariotte Löber, Ville et seigneurie : Les chartes de franchises des comtes de Savoie, fin XIIe siècle-1343, Librairie Droz - Académie florimontane,‎ , 266 p. (ISBN 978-2-60004-503-2), p. 159.
  39. « Pierre II de Savoie » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du 20 juillet 2012..