Pierre II de Savoie

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Pierre II de Savoie
Image illustrative de l'article Pierre II de Savoie

Titre comte de Savoie
(12631268)
Autre titre seigneur de Vaud(1233-1268)
comte de Richmond (1241-1266)
Prédécesseur Boniface de Savoie
Successeur Philippe Ier de Savoie
Biographie
Dynastie Maison de Savoie
Naissance 1203
Château de Suse
Décès
Château de Chillon
Père Thomas Ier de Savoie
Mère Marguerite de Genève, comtesse de Flandres
Conjoint Agnès de Faucigny († 1268), comtesse de Faucigny
Enfants Béatrice de Faucigny
Gaston VII de Béarn

Armoiries Savoie 1180.svg

Pierre II de Savoie, né en 1203 au château de Suse (Piémont) et mort le au château de Chillon[1], est seigneur de Vaud (1233-1268), comte de Richmond (1241-1266), puis 12e comte de Savoie, d'Aoste et de Maurienne (1263-1268).

Comparé par ses contemporains à l'illustre empereur, il fut surnommé « le petit Charlemagne », et jeta les bases d'un grand État savoyard. Guerrier et diplomate de talent, il fut aussi un grand administrateur, légiste et bâtisseur. Riche de ce qu'il a observé en Angleterre, auprès de son neveu le roi Henri III d'Angleterre, il disposait des moyens financiers pour réaliser ses ambitions grâce aux revenus tirés de ses possessions en Angleterre où il détenait 329 fiefs, manoirs, châteaux et cités.

Sa famille[modifier | modifier le code]

Il est le septième fils de Thomas Ier, comte de Savoie, d'Aoste et de Maurienne, et Marguerite de Genève (ou Béatrice), comtesse de Flandres.

Il a épousé en 1234 la comtesse Agnès de Faucigny († 1268), fille d'Aymon II de Faucigny et de Béatrice de Bourgogne(Smiley: ???), qui lui donna une fille, Béatrice de Faucigny (1234 – 1310), dame de Faucigny, mariée en 1253 à Guigues VII (1225 – 1269), dauphin de Viennois, puis en 1273 Gaston VII de Moncade (1225 – 1290), vicomte de Béarn.

Son règne[modifier | modifier le code]

Initialement destiné à l’état ecclésiastique, Pierre est nommé chanoine de la cathédrale de Valence et prévôt de la cathédrale d'Aoste, mais ne se sentant aucune vocation pour cet état, il demande un apanage à son frère Amédée IV de Savoie et reçoit les terres, châteaux et mandements de Lompnes et de Saint-Rambert-en-Bugey, auxquels s’ajoutent quelque temps après le château de Seyllon, le château de Coutey et toutes les terres que la maison de Savoie possédait en Chablais, depuis Monjou jusqu’à Vinay, soit une grande partie du pays de Vaud.

Sa nièce Éléonore de Provence étant fiancée à Henri III, roi d’Angleterre, il l’accompagne à Londres en 1236. Se sentant trop à l’étroit dans son apanage, le futur comte de Savoie se met donc au service de son neveu par alliance, le roi d’Angleterre.

En 1241, Henri III, heureux de la venue de son oncle, l’arme chevalier dans la cathédrale de Westminster et lui attribue de vastes domaines dans le comté de Richmond, l’honneur de Richmond et d’Essex. Il est ainsi enregistré comme comte de Richmond dans la pairie d'Angleterre. Durant son séjour en Angleterre, il s’initie aux méthodes de comptabilité anglaises.

En 1234, il épouse Agnès de Faucigny, héritière de la Maison de Faucigny, au château de Châtillon-sur-Cluses. Elle apporte en dot les baronnies de Faucigny, de Beaufort et plusieurs autres terres.

En 1242, il hérite de son frère Aymon, comte de Chablais et participe au côté de son neveu, le roi Henri III d'Angleterre, à des guerres en Guyenne contre les adversaires de la domination anglaise, en 1242, 1253-1254 et 1255. Il mène le siège de places fortes comme La Réole et Bénauges en 1257, ce qui lui permet de s’initier et de réfléchir aux derniers perfectionnements de l’architecture militaire. Plus de 90 chevaliers savoyards l’accompagnent dans ses expéditions, venant du Genevois, du Chablais, du Faucigny, de la Tarentaise, du Bugey, du Pays de Vaud, du Pays de Gex et de la vallée d’Aoste. Pour le remercier, le roi d’Angleterre lui octroie des sommes considérables qui serviront à Pierre II à financer ses constructions en Savoie. Le roi d’Angleterre lui fait aussi construire un hôtel sur les bords de la Tamise : c'est là l'origine de l'hôtel de Savoie, qui a depuis fait place au Savoy Theatre et l'hôtel Savoy.

Depuis ses domaines, peu à peu agrandis, il étend son influence sur les grands domaines voisins. En 1250, il oblige le comte de Genève à lui livrer tous ses châteaux depuis le Fort l'Écluse jusqu'à l’Aar, y compris le château de Genève, le château d'Arles, le château de Balaison, le château des Clefs et le château de Langin, pour une somme de 20 000 marcs d’argent.

Peu à peu, Pierre devient le protecteur de beaucoup de localités, d'abbayes, de châteaux. L'abbé Rodolphe de l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune lui donna l'anneau de Saint-Maurice, le chef de la légion thébaine qui mourut martyr de la foi chrétienne et saint patron de la Savoie. Cet anneau devient le signe d'investiture de la Maison de Savoie, comme il avait été celui des rois de Bourgogne.

Il oblige aussi l'évêque de Lausanne à lui remettre d'importantes seigneuries du Pays de Vaud.

Il se montre d'une grande dureté avec son frère Thomas II de Piémont, dont il écarte les enfants de la succession paternelle. Il promet sa fille Béatrice de Faucigny à l'âge de 8 ans au dauphin Guigues VII de Viennois.

Douzième comte de Savoie (1263-1268)[modifier | modifier le code]

Son neveu Boniface meurt en 1263. Bien que ce dernier ait des sœurs, que Thomas, son frère aîné déjà décédé, ait des fils, la coutume savoyarde le fait hériter en tant que plus proche parent, la loi de primogéniture au second degré n'étant pas encore établie. Il devient alors le douzième comte de Savoie.

Son premier acte est de convoquer ses barons et de former une armée capable de combattre contre les forces qui avaient vaincu son neveu Boniface. Il passe les Alpes, assiège Turin, défait les Montferrains et les Astésans et châtie les révoltés piémontais qui avaient tué son neveu. Cette brève campagne lui vaut les hommages de nombreux petits fiefs.

Par ses apanages et ses conquêtes, Pierre II étend ses possessions jusqu'au pays de Berne, au nord du pays de Vaud. Il entre en conflit dans ce secteur avec le puissant Eberard d'Haubourg, comte de Lauffemberg et comte de Kybourg. Grâce au renfort d'un corps de troupe d'archers que le roi d'Angleterre lui envoie, et de plusieurs centaines de combattants bernois, Pierre II remporte deux batailles sanglantes qui sauvent la ville de Berne de son ennemi mortel. Les habitants lui jurent fidélité et lui donnent les revenus des péages, de la monnaie et des greffes. Il rend à la ville de Berne sa charte de ville libre, la fait agrandir et embellir, ce qui lui fait mériter les titres de « défenseur », de « tuteur », et de « second fondateur » de la ville.

Il organise ses États en s'inspirant de ce qu'il a vu en France et en Angleterre : bailliage, Chambre des comptes, dépôt d’archives. En 1263, l'empereur germanique lui décerne le titre de vicaire perpétuel, ce qui lui assure désormais la suprématie sur toute la noblesse savoyarde. C'est pour assurer son autorité que le comte constitue un vaste réseau de maisons fortes autour des châtellenies regroupées en bailliages, ce qui lui permet ainsi d'organiser un réseau d'administrateurs, les châtelains, donnant à son État une organisation homogène pré-étatique qui lui permet de faire prévaloir ses prérogatives de monarque sur celles des autres catégories, noblesse et gens d'Église.

Il fait également refaire les fortifications de plusieurs places fortes et fait construire 34 châteaux et donjons, dont le château de Bonneville. Intéressé par l'architecture, il abandonne le classique donjon carolingien carré perché sur une butte ou un rocher à pic, en pierre de taille, entourée d'une ou plusieurs courtines et murs d'enceintes épousant les formes du terrain. Il adopte le plan des châteaux qu'il a vu en Normandie, dans la France du Nord et en Aquitaine, constitués d'une ou plusieurs tours circulaires aux murs très épais, coiffées d'un toit conique, accessibles par pont-levis, comme celui du Louvre et celui de Coucy-le-Château. De 1258 à 1268, l'édification des nouveaux donjons se poursuit à une cadence rapide. La construction est exécutée principalement par une main d'œuvre locale. Ils reçoivent de bons salaires et des avantages en nature comme des vêtements de travail. Pierre II attache aussi à son service le Landais Pierre de Mésoz qui va travailler au château de Chillon et dans toute la région lémanique.

Parmi les châteaux de Pierre II : Aoste (Château de Bramafam, Châtel-Argent), La Bâthie (Saint-Didier), Boëge, Bonneville, Bons-en-Chablais (Tour de Langin), Bulle, Champvent, Clermont (l'ancien château), Conthey (2 châteaux), Cornillon, Estavayer, Évian, Feissons, Féternes[2], Gex, Lucens, Martigny, Montagny, Morgex (Le Châtelard), Orbe, Oron, châtelet du Crédo, Rochefort en Faucigny, Rochefort en Tarentaise, Romont (2 châteaux), Saillon, Saxon, Servoz (Saint-Michel-du-Lac), La Tour de Peilz, Versoix, Yverdon, Regensberg.

Sur le plan législatif, le règne de Pierre II est marqué par des innovations :

  • les plaids : prenant une nouvelle fois modèle sur l'Angleterre, où le « Parlement » réunissant les grands féodaux, les prélats et les délégués des comtés et des villes était devenu un rouage fondamental de la monarchie, il relance et codifie l'ancienne coutume mérovingienne et carolingienne des plaids, assises annuelles des principaux notables, laïques et ecclésiastiques, convoquées chaque année par le souverain pour discuter des questions administratives et judiciaires. En France, elles ne seront codifiées qu'en 1302. Il commence par réunir les États de Vaud où figurent les seigneurs ecclésiastiques, titulaires des abbayes et des prieurés, les grands vassaux et les délégués des « bonnes villes » dotées d'une charte de franchises instaurant une administration municipale. Il fait de Moudon la capitale du bailliage et pour les réunir une « maison » y est même construite. Des assemblées ont également lieu à Lausanne, à Morges et du côté savoyard lorsque Pierre II s'y trouve. D'autres États ont lieu dans le bailliage de Faucigny qui comprend neuf châtellenies (Cluses, Châtillon, Bonneville, Bonne, Samoëns, Sallanches, Faucigny, Châtelet du Crédo (Reignier), Montjoie et Flumet), les assemblées se tiennent à Cluses. À Chambéry, des États généraux se tiennent aussi pour la Savoie jusqu'au milieu du XVIe siècle.
  • les Chartes de franchises municipales : avec les croisades, qui ouvrent de nouveaux marchés à partir de 1150, l'économie de l'Europe se réanime. Cela se traduit par une intensification des trafics routiers à travers les Alpes du Nord. Les villes, lieux de production et d'échanges de biens, sont en plein essor. Leurs bourgeois veulent se libérer des contraintes féodales et les seigneurs ont tout à gagner des villes dont le dynamisme augmente les populations et la richesse des domaines du seigneur. Pierre II accorde de nombreuses franchises : Payerne (1240), Saint-Julien-de-Maurienne (1264), Évian (1265), Thonon (1266), et Moudon (1267) dont la charte a servi de modèles pour plusieurs autres bourgs du pays de Vaud.
  • un début de normalisation de la justice : la justice féodale des pays de Savoie, aux mains des seigneurs locaux, mêlait des principes de droit romain à des coutumes germaniques et locales. Pierre II va opérer une normalisation des règles avec l'installation d'un juge professionnel par bailliage. Les « Statuts », première codification générale de la législation savoyarde, sont édictés de 1263 à 1264. Ils s'articulent en quatre parties : le régime de la propriété et des biens, le droit criminel, le droit civil et la pratique du notariat qui se généralise pour l'enregistrement, la conservation des contrats et la garantie de leur authenticité. Des formations et des examens de capacité sont prévus pour les candidats aux charges de juge et de notaire. Un « juge des appellations » tranche les jugements pour lesquels un appel est interjeté. Les « Statuts » ont permis de simplifier et d'accélérer l'exercice de la justice dans les pays de Savoie et de la rendre moins coûteuse et plus accessible.

Pierre II se montre aussi généreux envers les juifs. En 1254, une importante affaire de crimes rituels avait entraîné la condamnation de plusieurs juifs à périr sur le bûcher à Valréas et à Saint-Paul-Trois-Châteaux. L'archevêque de Vienne ordonne le bannissement de tous les rabbins et israélites du territoire de sa juridiction. Vers la fin de la même année, une délégation de neuf juifs rencontrent Pierre II à Saint-Genix-sur-Guiers et signent avec lui devant notaire un contrat d'hommes-liges moyennant le paiement de 500 pièces d'or et d'une redevance annuelle. C'est aussi en Angleterre que Pierre II avait eu connaissance de ce type de sauvegarde des juifs. Ce statut permet à de nombreux juifs de s'établir dans les villes de Savoie en augmentant leur population et leur richesse. Des quartiers spéciaux, les « juiveries », se développent alors à Montmélian, Chambéry, Genève et Thonon. Leur présence s'étoffe ensuite avec l'arrivée d'autres juifs venus du Piémont et de toute l'Italie du Nord.

Vers la fin de son règne, Pierre II doit restituer la seigneurie d'Argentières à son vassal l'évêque Aymon Ier de Maurienne.

Défenseur de la poésie occitane, Pierre II reçoit en Savoie de nombreux poètes occitans, dont Pierre de la Rovère. Il promeut aussi les romans occitans en vers. Sa nièce Éléonore de Piémont (1250-1296) compose par ailleurs un roman en occitan intitulé Blandin de Cornouailles et Guillot ardit de Miramar.

Pierre II meurt le au château de Chillon sur les bords du lac Léman. Il est inhumé à l'abbaye d'Hautecombe sur les rives du lac du Bourget.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pour Jean Létanche, il serait mort au château de Pierre-Châtel, Jean Létanche, Les vieux châteaux, maisons fortes et ruines féodales du canton d'Yenne en Savoie, Le livre d'Histoire-Lorisse, 2007 (ISBN 9782843738135) p. 79.
  2. Andenmatten 2005, p. 131.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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