Ville nouvelle

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Carte de La Nouvelle-Orléans en 1728.

Une ville nouvelle est une ville, ou un ensemble de communes, qui naît généralement d’une volonté politique, et qui se construit en peu de temps sur un emplacement auparavant peu ou pas habité.

Ces projets permettent des modes d'aménagement nouveaux[1], souvent marqués par les réflexions sur la cité idéale à une époque donnée. Elles adoptent souvent un tracé régulier (en damier, en étoile…) ; les bâtiments publics, l'organisation des services et parfois les contraintes architecturales imposées aux constructeurs dénotent un programme social ou intellectuel. Le désir d'ordre s'inscrit dans le réel, dans la société humaine ; dans le tissu urbain s'incarnent alors des visées idéologiques, voire religieuses ou mystiques.

Après quelques décennies, la « ville nouvelle » perd son caractère de nouveauté, mais le centre historique de ces fondations originales reste le témoin d'une aventure humaine, ou d'un rêve personnel.

Certaines villes anciennes se sont aussi vu adjoindre des « villes neuves » (en réalité, des quartiers construits sur des terrains vierges ou libérés), comme à Nancy sous le duc Charles III, ou plus récemment à Grenoble.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Dans l’Antiquité, la création de villes est principalement liée à l’extension territoriale des civilisations. On construit des villes (des colonies) pour s’implanter sur de nouveaux territoires. Dans le bassin méditerranéen en particulier, de nombreuses villes sont ainsi créées par les Grecs (Anatolie, Italie, Sicile…), les Carthaginois (Afrique du Nord, péninsule Ibérique) ou les Romains (Afrique du Nord, Gaule…).

On peut citer :

Si les villes qu'a construit Hippodamos de Milet ne sont pas à proprement parler des villes nouvelles, le plan hippodamien adopté pour leur reconstruction, à Rhodes ou à Milet, a servi de référence pendant des siècles pour la construction des villes nouvelles.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Sauveté, Castelnau et Bastide (ville).
La bastide de Créon en Gironde.

À l’époque féodale, la création d’une ville sur son domaine est le moyen, pour un seigneur, de sédentariser une population migrante ou nomade de journaliers, d’artisans et de marchands. Les premières villes nouvelles médiévales sont :

  • des castelnaus, c’est-à-dire une nouvelle basse-cour établie près du château, entourée de murs et jouissant de la protection du seigneur. Le terrain est divisé en lots où des familles d’habitants de la seigneurie sont invitées à construire une maison ;
  • des sauvetés, qui sont des territoires, en général créés par une autorité religieuse (évêque ou abbé), qui confèrent à ceux qui s’y établissent, des privilèges d’hospitalité et d’immunité.
  • des bastides, à partir du XIIe siècle dans le Sud-Ouest de la France, entre la croisade des Albigeois et la guerre de Cent Ans, avec leurs plans organisés autour d'une halle.

Dans certains cas, les villes fondées proposent des exonérations fiscales à ceux qui viennent s’y installer ; les seigneurs se faisaient en effet concurrence pour peupler leurs fondations de villes et de bastides, et rivalisaient de privilèges pour attirer la population. L’activité économique générait des revenus indirects tout aussi lucratifs (voire plus) que les impôts. C’est l’origine des villes s’appelant Villefranche, Villefranque ou Francheville (franc signifiant à l’époque libre, et plus particulièrement exempté d’impôts).

La plupart des villes ou villages de France portant des noms comme Villeneuve, Villenouvelle ou Neuville, datent de cette époque.

Renaissance et Lumières[modifier | modifier le code]

Une carte du site originel de Saint-Pétersbourg et des premières installations, en 1705

Après le Moyen Âge en Europe, les pouvoirs se centralisent progressivement. Les dirigeants ont besoin de contrôler des territoires de plus en plus vastes, et ils ont besoin d’y organiser des réseaux urbains qui soutiennent leur puissance. Ainsi seront créées des villes dans des régions considérées comme stratégiques, ou données en gage aux populations pour leur fidélité.

Des principautés sont aussi créées par la réunion de territoires disparates: le prince veut alors asseoir son nouveau prestige sur une capitale moderne, dont le tracé et l'aspect correspondent aux réflexions nouvelles sur l'urbanisme et les valeurs de l'Humanisme puis du Classicisme.

Bien souvent, leurs initiateurs ont laissé leur nom à ces villes.

On peut citer:

Des villes nouvelles ont aussi été construites pour permettre la défense d'un territoire. Un des exemples est Brouage, au XVIe siècle, ou Rochefort au XVIIe siècle pour abriter un arsenal. En France, Vauban a eu à construire quelques villes nouvelles entourées de fortifications. La plus célèbre est Neuf-Brisach.

Villes coloniales[modifier | modifier le code]

Carte de New York en 1763.

La colonisation de l’Amérique par les Espagnols, les Portugais, les Anglais (puis les Britanniques), les Français et les Néerlandais entraîne la création de nombreuses villes, nécessaires à une implantation durable. Elles rappellent souvent le nom d’une ville de métropole (Carthagène en Colombie, la Nouvelle-Amsterdam), d’une personne à l’origine de leur création (Montréal qui provient de Mont-Royal, La Nouvelle-Orléans qui font fondée en l’honneur du Régent Philippe d'Orléans), d’un puissant protecteur (Bismarck en hommage au chancelier allemand Otto von Bismarck), de thèmes bibliques ou utopiques comme Philadelphie qui signifie amour fraternel).

Ces villes coloniales, souvent fondées pour réaliser une société utopique et d’abord presque toujours conçues par des ordres religieux ou par des souverains européens, développent des formes urbaines originales qui se placent dans la continuité du mouvement des bastides et se prolongeront jusqu’au XXe siècle avec des villes comme Casablanca.

Révolution industrielle[modifier | modifier le code]

Le 25 mai 1804, Napoléon Bonaparte décrète le transfert du chef-lieu de la Vendée à La Roche-sur-Yon ; naît alors une cité réalisée selon un idéalisme des ingénieurs napoléoniens.

Article détaillé : Pentagone (La Roche-sur-Yon).
Article détaillé : Place Napoléon (La Roche-sur-Yon).

Au XIXe siècle, de nouvelles villes se développent très rapidement, mais beaucoup plus pour des raisons économiques que par une volonté politique. C’est surtout le cas dans toutes les régions d’extraction minière. De grandes cités sont construites spécialement pour y loger les mineurs toujours plus nombreux. De nombreuses villes naissent ainsi dans le bassin de la Ruhr, en Allemagne. En France, on peut citer La Roche-sur-Yon en Vendée, Lens dans le bassin minier du Nord, Decazeville dans le Massif central ou encore Montceau-les-Mines en Saône et Loire. Beaucoup plus tardivement, on peut citer aussi Mourenx, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui se développe à la fin des années 1950 après la découverte du gisement de gaz naturel de Lacq, ou Albertville, en Savoie.

Sous le Second Empire, Le Vésinet, une ville-jardin, est créée dans l’Ouest parisien par Charles de Morny, demi-frère de Napoléon III sous la forme de lotissements paysagers de luxe. Cette spéculation immobilière liée à la transformation de la forêt du Vésinet en une ville nouvelle n’est réalisable que grâce à l’arrivée du chemin de fer au pied de la terrasse de Saint-Germain-en-Laye. Le chemin de fer favorise également la création de la Ville d'Hiver d'Arcachon.

Les villes nouvelles contemporaines[modifier | modifier le code]

Le projet pilote de Brasilia

À partir des années 1960, l’urbanisation rapide dans certains pays incite les autorités à planifier le développement des plus grandes agglomérations par la création de villes nouvelles à leur périphérie, pour limiter la centralisation des plus grandes villes et essayer d’en faire des agglomérations multipolaires. Des villes nouvelles avaient déjà été réalisées aux États-Unis, dans les années 1930, par la Resettlement Administration (RA), dirigée par Rexford Tugwell, membre du Brain Trust de Franklin Roosevelt. On retrouve cette politique volontariste dans plusieurs pays.

La conception de ces nouvelles villes était inspirée d'abord par les principes du CIAM, notamment la Charte d'Athènes et sa volonté de rompre avec tous les modèles préexistants, qu'il s'agisse des villes coloniales issues de l'haussmannisation, des cités-jardins ou des modèles antérieurs de villes régulières comme les bastides. Ensuite elles sont conçues avec une approche qui n'est plus ni perspective, ni figurative, mais strictement fonctionnelle selon le processus ingénieurial développé par Ildefonse de Cerda sous la nouvelle appellation d’urbanisme.

De nombreuses cités à vocation purement industrielle sont aussi créées dans les pays socialistes (URSS, Pologne, Roumanie…), d'abord un peu à la façon des cités minières d’Europe occidentale pendant la révolution industrielle, ensuite selon le modèle des grands ensembles collectifs. En Tchéquie, Most peut se targuer du statut de ville historique et nouvelle : pour faire place à l’extraction extensive du lignite, la ville a été littéralement « déménagée » et construite à quelques distance du centre historique détruit.

Dans d’autres pays, les villes nouvelles sont davantage à vocation scientifique et universitaire comme la ville de Louvain-la-Neuve et son université, en Belgique. Celle-ci cependant a, dès sa conception voulut se distancier des modèles de cités universitaires pour développer une ville à part entière, avec ses habitants, des écoles, une place pour les ainés, de grandes surfaces commerciales.

La carte de Canberra

En Asie. Le pays qui en a créé le plus (246 villes nouvelles créées de 1990 à 2008) est la Chine pour absorber un exode rural massif induit par l'industrialisation de l'agriculture qui a fait passer le nombre d'urbains de 77 millions en 1953 à 190 millions en 1980, puis à 470 millions en 2000, pour atteindre environ 650 millions en 2008 (incluant une « population flottante » de 150 millions de travailleurs migrants). Quatre centaines de nouvelles villes sont encore prévues avant 2020 pour héberger des paysans devenus urbains. D'anciens bourgs comme Shenzhen ou Chongqing ont dépassé les 10 millions d'habitants. Parmi 89 villes chinoises de plus d'un million d'habitants, 49 ont été créées entre la fin des années 1980 et 2008. Seuls 45 % des Chinois sont urbains en 2008, mais ce taux devrait être de 60 % en 2020 d'après les prospectivistes, qui pensent que l'exode rural amènera encore 300 millions d'habitants en ville. La Chine a produit le premier projet de ville écologique pour 1 million d'habitants.

En Algérie, en 1980, le site exigu que la ville de Constantine (1500 hectares) n’arrive pas à desservir correctement les 450 000 habitants. Baptisée ville nouvelle « Ali Mendjeli » par décret présidentiel no 2000/17 du 5 août 2000 commence à vivre : La densité dépasse les 333 personnes/hectare. La préoccupation majeure, à cette période, c’est comment desservir près d’un million d’habitants à la fin du siècle. À défaut de s’élargir, il faut donc chercher ailleurs. D’où l’idée d’une nouvelle ville, unique et importante, destinée à absorber un programme de logements qui abritera plus de 250 000 habitants.

Enfin, certains pays ont créé une nouvelle capitale pour éviter la concentration de trop de pouvoirs (à la fois économiques et politiques) dans une seule ville, pour promouvoir une meilleure répartition de la population sur le territoire, pour placer la capitale au centre du pays, ou simplement pour mettre fin aux convoitises entre villes :

  • Australie : Canberra, capitale fédérale choisie en 1908 comme compromis entre Sydney et Melbourne,
  • Brésil : Brasilia, capitale fédérale vers le centre du pays remplaçant Rio de Janeiro en 1960,
  • Birmanie : La ville de Naypyidaw, vers le centre du pays, encore en construction, devient capitale en novembre 2005 à la place de Rangoon,
  • Canada : Ottawa, capitale fédérale choisie en 1857, pour mettre fin aux rivalités entre Montréal, Toronto, Québec et Kingston,
  • Mauritanie : Nouakchott, L'endroit en lui-même est connu depuis longtemps par les nomades. Cependant la ville, à proprement parler, fut construite par les colons français et leurs servait de fort, dans les années 1950. Le site avait été choisi par la nouvelle administration Mauritanienne qui venait de naitre comme capitale en raison de sa neutralité, elle ne se trouvait sur aucun territoire traditionnel donc ni les populations négro-mauritaniennes, ni arabo-berbère ne pouvaient faire de revendications dessus. Ensuite, pour sa localisation stratégique.
  • Côte d'Ivoire : Yamoussoukro, dont Félix Houphouët-Boigny était le chef traditionnel, vers le centre du pays, devient capitale en mars 1983 remplaçant Abidjan,
  • États-Unis : Washington, capitale fédérale non-côtière, est fondée en 1800 pour ne pas choisir entre les grandes villes comme Philadelphie (qui est temporairement capitale) ou Boston,
  • Kazakhstan : Astana, remplaçant Almaty comme capitale en 1998 (mais la ville existait déjà depuis 1824),
  • Nigeria : Abuja, capitale fédérale vers le centre du pays remplaçant Lagos en 1982,
  • Tanzanie : Dodoma, capitale fédérale vers le centre du pays remplaçant Dar es Salaam en 1973, le parlement est transféré en 1996. Néanmoins, l’ancienne capitale conserve encore de nombreuses structures importantes. De facto, les fonctions de capitale sont donc partagées entre les deux villes,
Le bâtiment du secrétariat de Chandigarh, ville conçue en 1951, par Le Corbusier entre autres.

Certains projets n'aboutissent pas :

La politique des villes nouvelles en France (1965 à nos jours)[modifier | modifier le code]

En France, une politique de villes nouvelles est décidée en 1965 dans le contexte de la mise en place du Schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme de la région de Paris (SDAURP). Il prévoit un développement polycentrique de la région parisienne face à la croissance démographique importante de la région. Ce plan parisien est conçu et mis en place par les équipes de Paul Delouvrier, délégué général au District de la Région de Paris entre 1961 et 1969. Au niveau national, d'autres villes nouvelles sont décidées autour des agglomérations de Rouen, Lyon, Lille et Marseille. Pour cela, un groupe central des villes nouvelles est mis en place pour coordonner le programme. Celui-ci se déroule dans le cadre juridique de l'Opération d'intérêt national (OIN) qui permet à l'État d'avoir la main mise totale en matière d'urbanisme sur le territoire concerné[2].

Au niveau administratif local, de nouvelles structures autonomes sont mises en places : des établissements publics d'aménagement (EPA), constitués de fonctionnaires d'État, chargés de l'élaboration de projets urbains, de l'achat du foncier et de leur revente à des investisseurs. Neuf villes font l'objet d'une OIN et de la création d'un EPA dont cinq en Île-de-France :

Villeneuve-d'Ascq sort rapidement du programme dès 1983, puis Vaudreuil, devenu Val-de-Reuil, en 1985, transformée toutes les deux en communes de droit commun. Puis cela a été le cas d'Évry en 2000, l'Étang-de-Berre fin 2001 puis Cergy-Pontoise et Saint-Quentin-en-Yvelines en 2002. Seules Marne-la-Vallée et Sénart sont encore en cours d'aménagement.

Villes fantômes[modifier | modifier le code]

Plusieurs villes nouvelles construites avant leur mise en vente sur le marché ou dans un pays ayant subi des crises économiques sont considérées comme des villes fantômes, par exemple Kilamba (Angola) ou Ensanche de Vallecas (Espagne)[3].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Steinberg J (1980). L'aménagement des villes nouvelles. In Annales de géographie, juillet 1980, (pp. 478-486). Armand Colin.
  2. « La politique des villes nouvelles (1965-2000) », sur Programme interministériel d'histoire et d'évaluation des villes nouvelles françaises,‎ déc 1999 (consulté en 25 février 2010)
  3. Vincent Joly, « Dans le cœur vide des villes fantômes », in Le Figaro Magazine, semaine du 13 décembre 2013, p. 56-61.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]