Pierre de Coubertin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Pierre Fredy de Coubertin
baron de Coubertin

Description de l'image  Baron Pierre de Coubertin.jpg.
Nom de naissance Pierre Fredy de Coubertin
Alias
Pierre de Coubertin
Naissance 1er janvier 1863
à Paris (France)
Décès 2 septembre 1937 (à 74 ans)
à Genève (Suisse)
Nationalité Drapeau : France Française
Profession Historien et pédagogue
Autres activités
Président du CIO
Distinctions
IRB Hall of Fame
Gloire du sport
Très nombreuses distinctions étrangères
Famille
Père : Charles-Louis de Frédy de Coubertin
Mère : Marie-Marcelle Gigault de Crisenoy

Pierre Fredy de Coubertin, baron de Coubertin, né le 1er janvier 1863 à Paris et mort le 2 septembre 1937 en Suisse à Genève, est un historien et pédagogue français fortement influencé par la culture anglo-saxonne, qui a particulièrement milité pour l'introduction du sport dans les établissements scolaires français. Dans ce cadre, il prend part à l'éclosion et au développement du sport en France dès la fin du XIXe siècle avant d'être le rénovateur des Jeux olympiques de l'ère moderne en 1894 et de fonder le Comité international olympique dont il est le président de 1896 à 1925.

Cet intérêt pour le domaine scolaire ne va pas sans le mettre en concurrence avec les tenants de la gymnastique et de l'éducation physique, plus proches des préoccupations de la IIIe république. Son intérêt pour les innovations pédagogiques d'outre-Manche ne peut pas non plus le laisser étranger au développement du scoutisme laïc français, et il participe à son émergence, là encore dans un contexte conflictuel.

Sa légendaire dimension humaniste, enfin, est très contestée par des chercheurs liés à la critique radicale qui, textes à l'appui, décèlent chez lui un colonialisme teinté de racisme et une misogynie affirmée. Toutefois, des études récentes semblent émettre des avis plus nuancés. Coubertin est également connu pour l'ensemble de son œuvre écrite, partagée entre d'importants ouvrages pédagogiques, le plus souvent en étroite relation avec les pratiques sportives, et des œuvres historiques et politiques.

La maison de Fredy[modifier | modifier le code]

Blason de la famille de Coubertin
Blason du baron de Coubertin.
Château de Coubertin, à Saint-Rémy-lès-Chevreuse
Château de Coubertin, à Saint-Rémy-lès-Chevreuse.

La famille de Fredy est originaire de Rome, en Italie, et c'est dans ses propriétés, sises à l'emplacement des anciens jardins de Néron, qu'est retrouvé le 14 janvier 1506 le groupe du Laocoon dont Felice de Fredy fait cadeau au pape Jules II. Un de Fredy émigré en France achète en 1577 le domaine de Coubertin, situé à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, et Jean de Fredy (1592-1677), avocat au parlement, est anobli par lettres en 1629[1]. La famille de Coubertin a pour blason un écu d'azur à neuf coquilles d'or (3, 3, 2 et 1) et pour devise Voir loin, parler franc, agir ferme.

Pierre de Coubertin est le petit-fils de Bonaventure Julien de Coubertin (1788-1871), haut fonctionnaire de Napoléon Ier à Brême et à Oldenbourg, en Allemagne du Nord[2], haut officier militaire dans l'armée de Louis XVIII, premier baron de Coubertin en 1821 puis maire de Saint-Rémy-lès-Chevreuse jusqu'à sa mort en 1871. Il est le fils de Charles-Louis de Frédy de Coubertin, artiste-peintre[SB 1] décoré de la Légion d'honneur pour son œuvre en 1865, et de Marie-Marcelle Gigault de Crisenoy, héritière du château de Mirville (Seine-Maritime), en Normandie, où Pierre passe son enfance. Le couple a quatre enfants[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative posée sur la façade de la maison natale de Pierre de Coubertin
Plaque commémorative 20, rue Oudinot, à Paris.

Né le 1er janvier 1863 au no 20 de la rue Oudinot, dans le 7e arrondissement de Paris[3], Pierre de Coubertin fait ses études de 1874 à 1881 chez les jésuites de l'école Saint-Ignace, rue de Madrid, où il semble se destiner au métier des armes. Il passe son baccalauréat ès lettres en 1880 et ès sciences en 1881. Admissible à Saint-Cyr, il écarte alors la carrière militaire, et s'inscrit en 1882[D 1] à l'École libre des sciences politiques[N 1], où il obtient le titre de bachelier en droit en 1885[D 2]. Dès 1883 et ses séjours outre-Manche, il pratique tous les sports anglo-saxons (aviron, boxe, équitation et escrime[4], mais c'est au tir qu'il se distingue comme Justinien Clary, premier président du Comité olympique français (COF) et plus tard Jean de Beaumont[N 2]. Coubertin est multiple champion de France de tir au pistolet.

Simultanément et pendant trois ans, il observe le plan de formation sociale et morale des établissements scolaires britanniques, qu'il considère comme une des causes de la puissance de cette nation. De retour en France, il se consacre, à partir de 1887, à l'amélioration du système éducatif français en s'inspirant des exemples britannique et américain, particulièrement des travaux du Britannique Thomas Arnold concernant le sport scolaire et notamment le rugby dont il est passionné. Souhaitant appliquer ce modèle en France à l'instar de Paschal Grousset et de Philippe Tissié, il débute une campagne de promotion du sport scolaire la même année en signant une série de livres et d'articles qui insistent sur la priorité de regénérer la race française par la rééducation physique et morale des futures élites du pays qui a connu la défaite de 1870[5]. Cependant le corps enseignant et les parents d'élèves ne le suivent pas. Il se rallie alors à la République, se mettant à dos sa famille et le clan royaliste. En 1888, il est élu au conseil municipal de Mirville sans s'être présenté, mais manifeste ensuite sa volonté de ne pas persévérer dans la carrière politique : la pédagogie et le sport sont devenus ses seuls centres d'intérêt.

Le 12 mars 1895, Pierre de Coubertin épouse Marie Rothan[N 3] — d’une famille protestante alsacienne disposant du château de Luttenbach[N 4], dans la vallée de Munster — en l'église catholique de Saint-Pierre-de-Chaillot à Paris, mariage suivi d’une cérémonie à l’église réformée[6]. Son histoire personnelle se confond ensuite beaucoup avec celle de l'Olympisme. En 1914, âgé de 51 ans, il se met au service de la Nation, mais il n'est pas envoyé au front, en dépit de ses demandes réitérées. Il est mis à la disposition de la Maison de la presse mise en place par Philippe Berthelot, où il œuvre en direction de l'Amérique latine[D 3]. Au sortir de la guerre, en 1920, l'hôtel familial de la rue Oudinot est vendu, et Coubertin s'installe définitivement en Suisse, d'abord à Lausanne en 1922, puis à Genève à partir de 1934. Le 2 septembre 1937, alors qu'il vient d'être fait citoyen d'honneur de Lausanne, Pierre de Coubertin, ruiné et avec un fils, Jacques, lourdement handicapé[D 2], s’effondre, victime d'une crise cardiaque dans une allée du parc de La Grange, à Genève, sur la rive gauche du Léman. Son corps est enterré à Lausanne au cimetière du Bois-de-Vaux, et son cœur est inhumé près du sanctuaire d’Olympie à l’intérieur du monument commémoratif de la rénovation des jeux olympiques, inauguré en sa présence en 1927[D 4].

Sport français[modifier | modifier le code]

Défilé de l'équipe championne de France de rugby à XV 2010 avec le bouclier de Brennus
En 2010, le bouclier de Brennus reste le trophée du championnat de France de rugby.

Afin de défendre ses convictions pédagogiques, Pierre de Coubertin crée, le 1er janvier 1888, un Comité pour la propagande des exercices physiques dans l'éducation, présidé par Jules Simon, ancien ministre de l'instruction publique, ancien Premier ministre et membre de l'Académie française. Ce comité se consacre un temps à l'organisation des jeux à l'école Monge, puis Coubertin y renonce pour intégrer la direction de l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques[D 5] (USFSA) dès sa création, le 31 janvier 1889. Il y contribue particulièrement au développement du sport scolaire. Afin de promouvoir ses convictions, Coubertin crée, en 1890, la Revue athlétique, puis Les sports athlétiques, avant de fusionner les deux titres. Il sollicite toutes les bonnes volontés, au premier chef l'abbé Didon, qu'il rencontre pour la première fois le 2 janvier 1891[AB 1], alors que, secrétaire général de l'USFSA depuis deux ans, il démarche les établissements scolaires parisiens pour obtenir leur adhésion à son organisation. Il lui emprunte la devise olympique, citius, altius, fortius, officialisée au congrès de 1894[AB 2]. Celle-ci, énoncée le 7 mars 1891[7] sous la forme citius, fortius, altius[D 6], décrit alors le parcours éducatif du collège Albert-le-Grand d'Arcueil, dont Didon est recteur : plus vite (athlétiquement), plus fort (intellectuellement et mentalement), plus haut (spirituellement).

Il se consacre aussi au rugby en arbitrant, notamment, la finale du premier championnat de France le 20 mars 1892. À cette occasion, il dessine lui-même et offre le trophée de l'épreuve, le bouclier de Brennus, qui porte le nom de son réalisateur, Charles Brennus, graveur et aussi président de la commission de rugby de l'USFSA et du Sporting club universitaire de France (SCUF). C'est à l'occasion du cinquième congrès de l'USFSA du 25 novembre de la même année[6] que Coubertin émet l'idée de la rénovation des Jeux olympiques. À partir de 1894, Coubertin néglige quelque peu ses fonctions de secrétaire général au profit du développement de l'olympisme. Des divergences de vue apparaissent bientôt à l'occasion de la préparation des Jeux de Paris, qui entraînent une première rupture en 1898[D 7]. En 1907, en difficultés relationnelles au sein du comité directeur en même temps que Charles Simon, il soutient alors le Comité français interfédéral (CFI) de ce dernier, et en dote le premier championnat de football d’un trophée identique[8], le Trophée de France aujourd'hui perdu de vue. Par la suite, Coubertin réduit son engagement national à la présidence du COF, qu'il reconstitue pour chaque olympiade jusqu'à la déclaration de guerre, et se consacre totalement au Comité international olympique (CIO), qu'il préside depuis 1896.

Olympisme[modifier | modifier le code]

Le drapeau olympique
Le drapeau olympique.
Devise : Citius, Altius, Fortius.

Pour rendre le sport plus populaire, Pierre de Coubertin pense qu'il faut l'internationaliser[9]. L'idée de restaurer les Jeux olympiques connaît bien d'autres tentatives avant lui, comme en témoigne l'ouvrage La Renaissance physique, du pédagogue Paschal Grousset, en 1888. Ainsi, l'Olympiade de la République se tient à Paris en 1796, 1797 et 1798. Esprit-Paul de Laffont-Poulotti réclame même le rétablissement des Jeux olympiques, et présente un projet qui n'est pas retenu par la municipalité de Paris[N 5]. En France, divers établissements scolaires en font un évènement majeur de leur calendrier annuel, tel le séminaire du Rondeau, à Grenoble, où son futur ami Henri Didon fait sa scolarité[AB 3]. Dès 1859 puis 1870, les Grecs marquent leur accès à l'indépendance par des jeux olympiques organisés à Athènes, et Coubertin ne peut alors ignorer que, depuis 1850, William Penny Brookes a fondé une Olympian society, qui organise à Much Wenlock (Shropshire) des Olympian Games, ouverts à tous[N 6]. Invité avec l'ambassadeur de Grèce en 1890 à cet évènement, il en reste marqué après avoir été invité à y planter un chêne.

Statue de Pierre de Coubertin à Atlanta, aux États-Unis)
Statue de Pierre de Coubertin créée pour les Jeux d'Atlanta.

C'est à la suite de son appel du 25 novembre 1892, au cours d'une séance solennelle de l'USFSA dans l'amphithéâtre de la Sorbonne, qu'il organise en 1894 ce qui sera appelé plus tard par les exègètes du coubertinisme le premier Congrès olympique dans ce même amphithéâtre, autour de « cette œuvre grandiose et bienfaisante : le rétablissement des Jeux Olympiques ». Lors de la séance de clôture, le 23 juin 1894, leur rétablissement est proclamé, de même que leur fréquence quadriennale[10]. Coubertin souhaite que leur première édition se déroule à Paris en 1900, en raison de l'exposition universelle, mais, en fin de compte, les premiers Jeux olympiques rénovés ont symboliquement lieu à Athènes en 1896[6]. L'année suivante, Coubertin organise au Havre le second Congrès olympique.

Président du CIO depuis 1896, Pierre de Coubertin connaît des difficultés avec le mouvement sportif français dès les jeux de Paris, et doit faire face aux premiers scandales dès ceux de Saint-Louis en 1904, avec l'organisation de « journées anthropologiques », réservées « aux représentants des tribus sauvages et non civilisées », puis ceux de Londres en 1908, où les hôtes tentent d'imposer des jurys exclusivement composés d'Anglais. Le 24 juillet 1908, il prononce son discours sur les « Trustees » de l'idéal olympique, dans lequel il explique que c'est la cooptation qui garantit l'indépendance du CIO. Il reprend notamment, dans cette allocution, la maxime de l’évêque anglican de Pennsylvanie : « L’important dans ces Olympiades, c’est moins d’y gagner que d’y prendre part[11] ». Dès la même année, Pierre de Coubertin séjourne à Lausanne, où il élit définitivement domicile en 1915. Sur son instigation et en raison de la Première Guerre mondiale, le siège du CIO est alors transféré en terrain neutre dans la capitale vaudoise, à la villa Mon-Repos[12]. Conçu par Pierre de Coubertin en 1913, le prototype du drapeau olympique est fabriqué sur ses indications par le magasin Le Bon Marché à Paris, et présenté le 17 juin 1914 au président de la République française Raymond Poincaré[6].

Après la Première Guerre mondiale, Coubertin s'éloigne du CIO ; il démissionne de son poste en 1925 après les jeux d'été de Paris et les premiers jeux d'hiver de Chamonix. Dès les jeux qui suivent, à Amsterdam, son successeur, le belge Henri de Baillet-Latour, ouvre aux femmes les épreuves d'athlétisme. Aigri, Coubertin déplore que ses successeurs ne fassent pas plus cas de son opinion et ne le tiennent pas plus au courant des événements. Il est cependant lauréat du prix Guy-Wildenstein de l'Académie des sports en 1935, et s'implique occasionnellement dans le suivi des Jeux olympiques de Berlin — accordés à l'Allemagne le 26 avril 1931 —, organisés par son ami Carl Diem[N 7] avant même l'arrivée au pouvoir d'Hitler.

Conflits de Coubertin[modifier | modifier le code]

Portrait du docteur Philippe Tissié
Portrait du docteur Philippe Tissié.

Apôtre de l'œcuménisme sportif à travers l'Olympisme, Coubertin n'en est pas moins, en France et de son temps déjà, une personnalité fort conflictuelle. Cette attitude se manifeste d'abord au sein même de l'USFSA, où son prosélytisme à l'égard des établissements scolaires finit, après la retraite de Georges de Saint-Clair, par inquiéter d'autres dirigeants qui ne voient pas d'un bon œil leurs effectifs dépasser ceux des clubs sportifs au sein de l'Union. La disparition de ce dernier en 1910 n'améliore pas la situation. Toutefois les difficultés relationnelles de Coubertin ne s'arrêtent pas là.

Sport contre éducation physique sous la IIIe République[modifier | modifier le code]

Pierre de Coubertin s'inscrit pleinement dans le débat que Georges Hébert cristallise dans un ouvrage-clef en 1925[13]. Bien que rallié à la République, en prônant le sport et l'excellence de la compétition à l'école, il entre bien en conflit avec les tenants de la gymnastique militaire et hygiéniste prônée officiellement par Paul Bert et bien d'autres et ceux de l'éducation physique égalitaire du plus grand nombre prônée par Paschal Grousset, ancien communard déporté[14]. Ce « Monsieur Paschal Grousset qui est un homme que je méprise et avec lequel je ne veux point avoir de rapports », dit Coubertin[D 8]. Cependant, Coubertin souhaite amener l'activité physique et le sport à l'école[AB 4]. C'est à cette fin qu'il fonde le Comité de propagande des exercices physiques en juin 1888, et le renforce en 1890 avec la Revue athlétique. Les membres du comité sont majoritairement d'une sensibilité de droite (monarchistes, conservateurs et ecclésiastiques), contrairement à ceux de la Ligue nationale de l’éducation physique de Grousset, dont les membres, comme Georges Clemenceau ou Alexandre Dumas, ont une sensibilité radicale : socialistes ou non, mais républicains et athées.

D'où les conflits idéologiques entre un mouvement libéral d'inspiration anglo-saxonne et un mouvement plus égalitaire et collectif, plus proche aussi de l'aura de la IIIe République, alors qu'une troisième composante se garde à l'écart des deux mouvances : la Ligue girondine de l'éducation physique de Philippe Tissié. Cependant, médecin et hygiéniste, celui-ci prend position contre la compétition et ses violences, tandis que Coubertin défend le sport et sa « liberté d'excès » pour aller vers l'excellence de l'individu. Coubertin a aussi une vision internationale du sport, et veut relier les ligues sportives du monde entier entre elles avec une préférence pour les jeux sportifs anglais (football, athlétisme, canoë et tennis), alors que Tissié et Grousset militent pour une approche éducative du sport par les jeux régionaux (la barrette aquitaine plutôt que le rugby) et par la méthode suédoise de Pehr Henrik Ling (1776–1839), déjà mieux insérée dans la tradition nationale.

Aussi Tissié se désintéresse-t-il de la création des Jeux olympiques et des problèmes afférents : « Les questions d'amateurs et de professionnels ainsi que le rétablissement des Jeux olympiques n'intéressent pas directement la Ligue girondine qui ne s'occupe que des jeunes gens ou des enfants en cours de scolarité[D 9] », mais, en tant que délégué du ministre de l'Instruction publique, il participe activement en 1897 au congrès du Havre, fraternel comme les valeurs que veulent incarner les Jeux olympiques, et y défend ses points de vue. En raison de sa prestance, ceux-ci sont fortement écoutés et entendus, en dépit des réserves de Pierre de Coubertin, qui reste cependant en contact avec Tissié « pour travailler sur cette même cause […] » qu'est l'éducation de l'activité physique car « […] même si nous ne la servons pas de la même manière, nous l'aimons pareillement[D 10] ». En dépit de toutes leurs divergences, on relève, de 1889 à 1915, une importante correspondance entre Coubertin et Tissié, que le premier nommé ménage prudemment eu égard à ses fonctions publiques[D 11].

Scoutisme laïc[modifier | modifier le code]

L'intérêt de Coubertin pour le scoutisme est un aspect peu médiatisé du personnage. Cet épisode n'est pas moins caractéristique de l'intransigeance qu'il a déjà exprimée à l'égard de Grousset, par exemple.

Ancien logo des Eclaireurs français
Logo des Éclaireurs français avec mention de la Ligue de l'éducation nationale (LEN).

Le lieutenant de marine Nicolas Benoît, collègue de Georges Hébert à l'École navale, rencontre Robert Baden-Powell lors d’un séjour professionnel en Angleterre. À son retour en France il y milite pour la création d'un mouvement de scoutisme laïc et il adresse un mémoire en ce sens au ministère de la Marine en 1910. Celui-ci restant sans écho, il contacte d'autres militants de l’éducation anglo-saxonne qui le mettent en rapport avec Pierre de Coubertin qu'il rencontre en mai 1911[15]. Celui-ci est vite convaincu de l'intérêt de la méthode ; lors de l'assemblée constitutive de la Ligue de l'éducation nationale (LEN), le 27 octobre de la même année, il préconise « le système des petits groupements d'adolescents organisés en Angleterre sous le nom de boys scouts » et propose pour la France l'appellation d'éclaireurs[D 12].

Des divergences majeures apparaissent ensuite entre les deux hommes sur la place des rites (insignes, uniforme, promesse scoute) et de la tolérance religieuse, que Coubertin veut ignorer[N 8] mais sur lesquels Benoît, fidèle en cela à Baden-Powell, refuse de transiger[15]. Ces dissensions — qui auraient motivé un duel — aboutissent à la création de deux entités différentes :

- les Éclaireurs de France le 2 décembre 1911 par Benoît, André Chéradame et Georges Bertier, directeur de l'École des Roches ;

- les Éclaireurs français, rattachés à la LEN, en août 1912 par Coubertin[15].

Malgré l'appui de cette puissante organisation, ces derniers restent très minoritaires et le décès de Benoît, lors d'une charge à la baïonnette de l'infanterie de marine le 17 décembre 1914 à Nieuport-Steenstrate[15] en Belgique, met fin aux querelles. Cependant la fracture perdure entre ces deux organisations qui ne fusionnent avec les Éclaireuses de France qu'en 1964 au sein d'un mouvement réunifié : les Éclaireuses éclaireurs de France (EEDF). La revue Tout Droit devient alors L'Équipée et un nouvel emblème est élaboré à partir des deux premiers : l'arc des Éclaireurs de France et le trèfle des Éclaireurs français.

Controverses posthumes : derrière l'humanisme olympique[modifier | modifier le code]

Si l'on excepte le livre d'Ernest Seillière[16] paru dès 1917, la littérature sportive française s'est intéressée tardivement à la personnalité et à l'oeuvre de Coubertin et il faut attendre l'ouvrage de Senay et Hervet[17] en 1960, celui Marie-Thérèse Eyquem[18] en 1966, la publication de la thèse de Yves-Pierre Boulongne[19] en 1975 et les travaux plus récents de Jean Dury[D 13],[D 14] pour voir apparaître des œuvres historiques d'importance. Peut-être exagérément laudatives celles-ci ont entraîné en réaction à la fin du siècle dernier des travaux extrêmement critiques de sociologues comme Jean-Marie Brohm[20] puis Michel Caillat[21]. Pour ces derniers, qui l'apparentent à un réactionnaire militant[22], si le nom de Coubertin est souvent associé à un idéal olympique de paix et d'égalité entre les êtres humains, voire d'humanisme, les réalités sous-tendues par l'activisme du baron, y compris à travers sa vision du sport et des jeux, en diffère largement. Des travaux plus récents laissent penser qu'il peut aussi être vu comme un homme de son temps à la recherche d'appuis utiles qui pactise parfois sans précautions avec les idées communément défendues par les pouvoirs politiques et scientifiques de son époque pour faire avancer ses convictions[N 9].

Un réactionnaire …[modifier | modifier le code]

Fervent partisan de la colonisation« dès les premiers jours, j'étais un colonial fanatique[PC 1] » — il voit dans le sport, à l'instar de nombreuses élites de la IIIe République, un instrument utile de « disciplinisation des indigènes[PC 2] ». Pour certains, Coubertin est, de surcroît, clairement raciste : « Les races sont de valeur différente et à la race blanche, d'essence supérieure, toutes les autres doivent faire allégeance[23] ». Ce qui ne l'empêche pas, à propos des « journées anthropologiques », compétitions réservées « aux représentants des tribus sauvages et non civilisées » organisées lors des Jeux de Saint-Louis, de s’opposer à ce qu’il appelle une « mascarade outrageante », qui, ajoute-t-il, « se dépouillera naturellement de ses oripeaux lorsque ces Noirs, ces Rouges, ces Jaunes apprendront à courir, à sauter, à lancer et laisseront les Blancs derrière eux[PC 3] », fidèle en cela à une vision inclusive des indigènes ayant l'apanage d'une certaine force physique, dont l'homme occidental lui apprend à se servir[N 10]. Cette vision du monde ne se limite d'ailleurs pas aux seuls domaines colonial et ethnique ; elle frise parfois l'eugénisme. Pour lui, toute société est divisée entre forts et faibles. « Il y a deux races distinctes[N 11] : celle au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée et celle des maladifs, à la mine résignée et humble, à l'air vaincu. Eh ! bien, c'est dans les collèges comme dans le monde : les faibles sont écartés, le bénéfice de cette éducation n'est appréciable qu'aux forts[PC 4] ».

Défilé d'ouverture des Jeux olympiques de 1936 à Berlin
Cérémonie d'ouverture des JO de 1936.

D'autres s'appuient sur son hostilité à la participation des femmes aux Jeux olympiques pour le qualifier de misogyne : « Une petite Olympiade femelle à côté de la grande Olympiade mâle. Où serait l’intérêt ? [...] Impratique, inintéressante, inesthétique, et nous ne craignons pas d’ajouter : incorrecte, telle serait à notre avis cette demi-Olympiade féminine. Ce n’est pas là notre conception des Jeux Olympiques dans lesquels nous estimons qu’on a cherché et qu’on doit continuer de chercher la réalisation de la formule que voici : l’exaltation solennelle et périodique de l’athlétisme mâle avec l’internationalisme pour base, la loyauté pour moyen, l’art pour cadre et l’applaudissement féminin pour récompense[PC 5] »[N 12]. S'il n'imagine pas des Jeux Olympiques valorisant le corps de l'athlète noir ou celui de la femme[N 13], ses convictions restent cependant souvent théoriques car, si le CIO édicte la doctrine, l'organisation des premiers Jeux est déjà déléguée pour les organisateurs locaux à des entrepreneurs de spectacle qui l'interprètent parfois[24].

Si Coubertin parle des jeux comme instrument de paix, il n'est pas insensible, avant 1914, aux efforts de revanche, et, tout en accordant une grande place à l’honneur patriotique et au nationalisme, il présente aussi le sport comme un moyen de rendre les pratiquants plus aptes à la guerre : « Le jeune sportsman se sent évidemment mieux préparé à partir à la guerre que ne le furent ses aînés et quand on est préparé à quelque chose, on le fait plus volontiers[25] ». Enfin, le baron apporte un soutien implicite au régime nazi à l'occasion des campagnes publicitaires en faveur de Jeux : « Dès aujourd'hui, je veux remercier le gouvernement et le peuple allemands pour l'effort dépensé en l'honneur de la onzième olympiade[26] ». Bien que retiré du CIO, où il reste à titre purement honorifique, et absent physiquement des Jeux, il le soutient implicitement par le discours suivant : « Que le peuple allemand et son chef soient remerciés pour ce qu’ils viennent d’accomplir[27] ». Interrogé sur ce soutien, Coubertin répond : « Comment voudriez-vous que je répudie la célébration de la XIe Olympiade ? Puisque aussi bien cette glorification du régime nazi a été le choc émotionnel qui a permis le développement qu’ils ont connu[28] ». Pour Daniel Bermond, aucun doute n'est possible : Coubertin admire « intensément » Hitler[29].

…ou un homme de son temps ?[modifier | modifier le code]

Il reste cependant difficile de faire ici le tri entre les obligations protocolaires et les convictions personnelles : à partir du moment où les Jeux de Berlin sont maintenus, le ton des discours et des déclarations officiels va de soi, et, depuis 1925, le président du CIO est bien le comte Henri de Baillet-Latour. Voir Coubertin vieillissant comme acquis au national-socialisme est peut-être prématuré, en dépit de ses liens sportifs anciens avec Frantz Reichel — secrétaire général des jeux de 1924 et plus marqué à l'extrême droite — et son estime pour Carl Diem, secrétaire général du comité d'organisation des jeux de Berlin ... depuis 1912. Son absence physique sur le stade en dépit d'invitations pressantes est aussi un élément à décharge. Cependant, sur bien des points, sa vision du monde peut, à juste titre, être qualifiée de réactionnaire, comme n'ont pas hésité à le faire un certain nombre de chercheurs[30]. Toutefois, pour d'autres, si Coubertin peut être considéré parfois comme un visionnaire génial, il n'en reste pas moins un homme de son siècle.

Ses réserves sur l'accès des femmes à la compétition sportive, par exemple, ne sont à cette époque que l'écho de celles de la Faculté quant aux effets de l'effort violent sur la physiologie féminine : « Peu importe la force de la sportive, son organisme n'est pas fait pour supporter certains chocs[22] ». L'éminent docteur Maurice Boigey rappelle également en 1922 que « La femme n'est pas faite pour lutter mais pour procréer[31] », et les deux plus importantes fédérations sportives de l'entre-deux guerres, l'Union des sociétés de gymnastique de France (USGF)[32] et la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France (FGSPF), tout en soutenant chacune une organisation féminine indépendante, restent prudemment exclusivement masculines, jusqu'à ce que le régime de Vichy leur impose la mixité[33]. Notons également que Marie-Thérèse Eyquem, grande figure du sport féminin, est une historienne de Pierre de Coubertin assez peu critique sur ce point à son égard[18].

Ses propos sur le colonialisme restent bien en-deçà de ceux de Jules Ferry[34], ministre de l'Instruction publique (1879-1880), surnommé « le tonkinois » pour son expansionnisme[N 14], et ceux sur l'inégalité des races[35] bien pâles par rapport aux démonstrations scientifiques de Paul Bert[36], éminent physiologiste et également ministre de l'Instruction publique (1881-1882) avant d'être le premier résident général du Tonkin en 1886. Il est couramment admis[37] qu'ils ont tous deux clairement contribué ainsi à donner aux manuels scolaires d'histoire, de géographie et de français de la IIIe République une orientation résolument nationaliste, qui perdure sous la IVe. La question de la race fait alors aussi débat parmi les militants de la gymnastique et de l’éducation physique naissante, tels Edmond Desbonnet[38], qui, en référence à l’existence d’une Société d'encouragement à l'élevage du cheval français, réclame à cor et à cri l'instauration d’une réflexion sur l’amélioration de ce capital que représente aussi la race humaine[39], voire française[N 15], pour éviter peut-être que ne se renouvelle le désastre de 1870, imputé à la supériorité de l'éducation physique du fantassin prussien. La participation de Paul Doumer[40] à la fondation de la Société française d’eugénisme le 29 janvier 1913[41] montre que les politiques ne sont pas insensibles à un débat qui perdure : en 1919 le très modéré docteur Philippe Tissié publie encore chez Flammarion L'éducation physique et la race.

Les travers dénoncés sont donc peut-être plus ceux de l'intelligentsia politique et scientifique de la première partie du XXe siècle, auxquels se conforme l'aristocrate rallié à la République, que les convictions militantes d'un individu dont l'aura et l'influence médiatique restent de surcroît à démontrer en France à l'époque concernée.

Œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

Pierre de Coubertin laisse environ 16 000 pages d'écrits imprimés dont 34 ouvrages, 57 brochures et 1 224 articles actuellement répertoriés[42]. Beaucoup, parfois également autobiographiques, sont relatifs à la pédagogie[D 15] ; d'autres concernent l'histoire politique[D 16] ; et un troisième groupe, la technique sportive. De nombreux ouvrages relatifs à l'histoire politique sont traduits à l'époque en anglais ou en allemand.

Pédagogie[modifier | modifier le code]

  • Pierre de Coubertin, L'éducation en Angleterre, Paris, Hachette,‎ 1888 (OCLC 15215548, notice BnF no FRBNF30277955) ;
  • Pierre de Coubertin, L'éducation anglaise en France, Paris, Nabu Press,‎ 22 mars 2010 (1re éd. 1889), 228 p. (ISBN 978-1-147-79804-3) ;
  • Pierre de Coubertin, Universités transatlantiques, Paris, Hachette,‎ 2010 (1re éd. 1890), 404 p. (ISBN 978-1-148-39079-6, notice BnF no FRBNF30277963) ;
  • Pierre de Coubertin, L'éducation des adolescents au XXe siècle : I. Éducation physique La Gymnastique utilitaire : sauvetage, défense, locomotion, Paris, Félix Alcan,‎ 1905, 160 p. (notice BnF no FRBNF38728542) ;
  • Pierre de Coubertin, L'éducation des adolescents au XXe siècle : II. Éducation intellectuelle. L'analyse universelle, Paris, Félix Alcan,‎ 1906, 155 p. (notice BnF no FRBNF30277954, lire en ligne) ;
  • Pierre de Coubertin (préf. Jean-Pierre Rioux), Essais de psychologie sportive, Grenoble, Éditions Jérôme Millon,‎ 31 mai 1992 (1re éd. Payot 1913), 199 p. (ISBN 978-2-905614-74-2, notice BnF no FRBNF35573947) ;
  • Pierre de Coubertin, Pédagogie sportive, J. Vrin,‎ 1922, 393 p. (ISBN 978-2-7116-0160-8, notice BnF no FRBNF30277954) ;
  • Pierre de Coubertin, Une campagne de 21 ans (1887-1909), Paris, Librairie de l'éducation physique,‎ 1909, 220 p. ;
  • Pierre de Coubertin, Anthologie, Paris, Paul Roubaud,‎ 1933, 184 p. ;
  • Pierre de Coubertin, Mémoires olympiques, Paris, Éditions Revue EPS, coll. « Archives et mémoire de l'éducation physique et du sport »,‎ 1er janvier 1996 (1re éd. 1931), 218 p. (ISBN 978-2-86713-130-1, notice BnF no FRBNF35803524) ;
  • Pierre de Coubertin (préf. Patrick Clastres), Mémoires de jeunesse, Paris, Nouveau monde,‎ 27 avril 2012 (1re éd. 1933-1934), 157 p. (ISBN 978-2-84736-331-9, notice BnF no FRBNF41310859).

Histoire politique[modifier | modifier le code]

  • Pierre de Coubertin, L'évolution française sous la troisième république, Paris, Plon,‎ 1898 ;
  • Pierre de Coubertin, La chronique de France, Lanier,‎ 1904 (ISBN 1146843887) ;
  • Pierre de Coubertin, L'avenir de L'Europe, Imprimerie Deverver-Deweuve,‎ 1910 (ISBN 1174224940).

Technique sportive[modifier | modifier le code]

  • Pierre de Coubertin Notes sur le football dans La Nature, revue des sciences et de leur application aux arts et à l'industrie du 8 mai 1897[43] ;
  • Pierre de Coubertin, La gymnastique utilitaire : sauvetage - défense - locomotion, Paris, Felix Alcan,‎ 1905 ;
  • Pierre de Coubertin et Louis Pascaud, Traité d'escrime équestre, Auxerre, Éditions de la Revue Olympique,‎ 1906, 8 p. (lire en ligne).

Publications étrangères[modifier | modifier le code]

  • (en) Pierre de Coubertin (trad. Isabel Florence Hapgood), The evolution of France under the third republic, New York, Thomas Y. Crowell,‎ 1897, 430 p. (ISBN 1112104631 et 978-1112104633, OCLC 1408881) ;
  • (en) Pierre de Coubertin, France since 1814, The Macmillan co.,‎ 1900 (ISBN 1246613239 et 9781246613230) ;
  • (en) Pierre de Coubertin et Thomas Barclay, England and France. 1.Conditions of Franco-British peace. 2.A general Treaty of Arbitration between Great Britain and France,‎ 1901 ;
  • (de) Pierre de Coubertin (préf. Carl Diem), Olympische Erinnerungen, Limpert,‎ 1959, 222 p. (ISBN 3328001786 et 9783328001782, OCLC 603742527)

On ne prête qu'aux riches ...[modifier | modifier le code]

Coubertin est aussi journaliste : sa carte de membre de l' Association des journalistes parisiens date de 1895, son dernier article de juillet 1937. Entre temps, il en signe plus de 1 200 dans 70 journaux et revues françaises ou étrangères[D 17]. Ses œuvres complètes, réunies par les professeurs Norbert Müller et Otto Schantz, ont été éditées sous forme numérique au début de l'année 2013 par le Comité international Pierre de Coubertin[42]. Le compact disc présenté au public et à la presse pour la première fois lors des vœux de Denis Masseglia, président du Comité olympique et sportif français, contient 16 000 pages imprimées, ouvrages et articles confondus. Il convient toutefois de rectifier quelques légendes tenaces associant son nom à des formules aujourd'hui universelles. En particulier, la devise olympique Citius, altius, fortius, comme déjà vu plus haut, n'est pas son œuvre mais celle du père Didon[D 6] et il n'est pas plus l'inventeur de l'adage l'important, c'est de participer. Il emprunte celui-ci à l'homélie de l'évêque de Pennsylvanie lors de la messe olympique des premiers jeux de Londres, à Saint-Paul : "l'important dans ces olympiades, c'est moins d'y gagner que d'y prendre part" pour y ajouter lui-même quelques jours plus tard le 24 juillet 1908 : "l'important dans la vie n'est pas le triomphe mais le combat ; l'essentiel n'est pas d'avoir vaincu mais de s'être bien battu"[D 6].

Coubertin et les arts[modifier | modifier le code]

Il cultive enfin la fibre artistique familiale[SB 2] en s'essayant au roman autobiographique avec Le roman d'un rallié, sous le pseudonyme de Georges Hohrod[D 18], et en participant aux épreuves artistiques des jeux olympiques de 1912 à Stockholm, où il est médaillé d'or de littérature pour son Ode au sport, présentée sous le double pseudonyme de Georges Hohrod et de M. Esbach[D 19]. Cependant, comme le montre Sylvain Bouchet dans un ouvrage récent, extrait d'une thèse primée, cette vocation artistique, influencée par John Ruskin s'exprime de la façon la plus totale dans les cérémonials — voire la liturgie, terme plus conforme au rôle d'un renouveau du sacré que Coubertin attribue au sport — dont il entoure tous les évènements qu'il suscite, colloques, congrès ou jeux olympiques et qu'il précise souvent dans les moindres détails[SB 3] touchant aussi bien à la décoration, aux accompagnements musicaux, aux éclairages, aux chorégraphies qu'à la pyrotechnie. Même si la seconde guerre mondiale a introduit un temps une certaine rupture du processus, il demeure ainsi le véritable précurseur des actuelles cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux[SB 4].

Notoriété[modifier | modifier le code]

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Un Comité français Pierre-de-Coubertin[N 16] (CFPC) créé en 1950 et un comité international[CI 1] créé en 1975[N 17] perpétuent sa mémoire et son message. Le comité international fédère 24 comités nationaux[CI 2] et le comité français a recensé en France :

Pièce de 20 francs 1994
  • 45 stades, salles de sports et complexes sportifs ;
  • plus de 300 places, rues, boulevards et avenues dont un pont inauguré à Toulouse en 1969 ;
  • 27 établissements scolaires qui portent son nom[44].

En 1936, le CIO propose Coubertin pour le prix Nobel de la paix, mais cette initiative n’aboutit pas[D 2]. La procédure initiée pour proposer son entrée au Panthéon est interrompue par sa famille afin de respecter sa volonté d'être enterré en Suisse. Pierre de Coubertin reçoit le titre de Gloire du sport en 1994 lors de la seconde promotion, et est intronisé au Temple de la renommée IRB en 2007, lors de la seconde promotion également[45].

La médaille Pierre de Coubertin (aussi appelée médaille de la sportivité) est attribuée par le CIO aux athlètes ayant démontré un vrai esprit sportif lors des Jeux olympiques. Selon le musée olympique, elle est considérée par le CIO comme sa plus haute distinction et, par beaucoup d'athlètes et connaisseurs, comme la distinction la plus importante qu'un athlète puisse recevoir, plus importante même qu'une médaille d'or[46].

Une pièce de 20 francs à son effigie est tirée en 1994 et une de 2 euros en 2013.

Hommages des nations[modifier | modifier le code]

La reconnaissance de Coubertin est internationale, et seules les grandes distinctions françaises manquent à son palmarès. Ses démêlés constants avec les instances sportives nationales dès le début du XXe siècle[D 7] expliquent probablement en partie ce paradoxe. Parmi l'impressionnante collection de distinctions qu'il a reçues, même ses pires détracteurs[47] comptabilisent : l'ordre impérial de François-Joseph d'Autriche, l'ordre de Léopold II de Belgique, l'ordre de la rose blanche de Finlande, l'ordre du Phénix de Grèce, l'ordre de Saint-Olaf de Norvège, l'ordre d'Orange-Nassau des Pays-Bas, l'ordre de la couronne prussienne, l'ordre de la couronne roumaine, l'ordre royal de l'étoile polaire de Suède et l'ordre de l'étoile de Roumanie.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Le CIO a proclamé l'année 2013 « année Pierre de Coubertin » afin de marquer le 150e anniversaire de sa naissance[48]. À cette occasion, outre le tirage d'une pièce de 2 euros, le CFPC édite une médaille commémorative à l'effigie du baron.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'École libre des sciences politiques est devenue depuis 1945 Sciences Po. Paris.
  2. Entre ces deux derniers, Armand Massard est escrimeur.
  3. Marie Rothan meurt à Lausanne en 1963 à l'âge de 102 ans.
  4. Celui-ci est détruit pendant la guerre 1914-1918.
  5. Le CIO honore la mémoire de ce visionnaire en 1924.
  6. et pas seulement aux gentlemen
  7. Leur amitié est de longue date, celui-ci étant déjà à la tête du comité d'organisation des Jeux prévus en 1916 à Berlin
  8. Alors qu'en 1906 celui-ci faisait explicitement appel à la très catholique FGSPF pour le soutenir dans ses projets
  9. En 1911 son attitude très "laïque" vis à vis de Benoit au sujet du scoutisme dès lors qu'il a réussi à intéresser la Ligue de l'enseignement contraste avec sa visite au pape en 1905 et son approche de la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France à la même époque, témoignant pour le moins d'un certain opportunisme à défaut de convictions bien établies.
  10. Voir également Georges Hébert et son modèle de l'athlète complet en référence aux primitifs
  11. Cette profession de foi peut prêter à de justes réserves ; mais elle montre aussi que le concept de « race » ne coïncide pas toujours à cette époque au champ sémantique qui est le sien aujourd'hui
  12. Cependant, dès 1900, deux femmes réussissent à participer aux épreuves de croquet des Jeux de Paris
  13. Pas opposé à la pratique sportive féminine (sa sœur et sa mère sont écuyère, escrimeuse), Pierre de Coubertin refuse que les femmes se produisent en public et considère qu'il « est indécent que les spectateurs soient exposés au risque de voir le corps d'une femme brisé devant leurs yeux. En plus, peu importe la force de la sportive, son organisme n'est pas fait pour supporter certains chocs. »[réf. nécessaire]
  14. « Les races supérieures ont des droits parce qu'elles ont des devoirs : le devoir de civiliser les races inférieures »
  15. Avec la régénérescence d'un "vieux sang gaulois"
  16. Ce comité est présidé, en 2012, par Alain Calmat
  17. Ce comité est présidé, en 2012, par le professeur Norbert Müller.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sylvain Bouchet 2013, p. 7,8
  2. Sylvain Bouchet 2013, p. 9
  3. Sylvain Bouchet 2013, p. 75 et suivantes
  4. Sylvain Bouchet 2013, p. 131 et suivantes
  • Jean Durry :
  • Pierre de Coubertin :
  1. Pierre de Coubertin, Mémoires, Archives du CIO,‎ 1936
  2. Pierre de Coubertin, « Projet de colonisation sportive, 1930 », dans Pascal Boniface, JO politiques, Jean-Claude Gawsewitch Éditeur,‎ 2012
  3. Pierre de Coubertin, Mémoires olympiques, Lausanne, Comité international olympique,‎ 1931
  4. Pierre de Coubertin, « L'Éducation anglaise », dans J.-M. Brohm, Pierre de Coubertin, le seigneur des anneaux, Homnisphères,‎ 2008
  5. Pierre de Coubertin, « Les femmes aux Jeux olympiques », Revue olympique, no 79,‎ juillet 1912, p. 109-111 (lire en ligne)
  • Comité international Pierre de Coubertin :
  • Autres références :
  1. a et b (de) Carl Diem, Olympische Rundschau, Berlin,‎ 1940, 31 p. (lire en ligne), « Les ancêtres de Coubertin »
  2. Gerold Schmidt 2002
  3. Henri Charpentier et Euloge Boissonnade 1996, p. 31
  4. Gérard Six 2013)
  5. Jacques Thibault 1987, p. 45
  6. a, b, c et d Fédération française des Médaillés de la Jeunesse et des Sports, « Pierre de Coubertin, le père de l'olympisme », Le médaillé de la jeunesse et des sports, no 60,‎ avril-mai-juin 2012, p. 7
  7. Luis Fernandez 2011, p. 21
  8. Jean-Marie Jouaret 2012, p. 40
  9. Christopher Hill 1996, p. 5
  10. Franck Latty, La Lex Sportiva : Recherche Sur Le Droit Transnational, Martinus Nijhoff Publishers,‎ 2007, p. 164
  11. Revue Olympique du 31 juillet 1908, p. 108-110
  12. « Pierre de Coubertin » dans la base de données du centenaire du Palais de Rumine de la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne.
  13. Georges Hébert, Le sport contre l'éducation physique, Paris, coll. « Archives et mémoire de l'éducation physique et du sport » (no 2),‎ 1er février 1925 (réimpr. 1993 → Notice BnF no FRBNF355782136), extrait de la « Revue de Paris » (ISSN 1243-4655, notice BnF no FRBNF38728546)
  14. Jacques Gleyse, Dominique Jorand et Céline Garcia, « Mystique de “gauche” et mystique de “droite” en éducation physique en France sous la 3ème République », Les Cahiers du CERFEE, no 18 « L’éducation à la citoyenneté »,‎ 2 novembre 2002 (Cerfee : Chercheurs et Recherches en Formation, Éducation et Enseignement)
  15. a, b, c et d « Lieutenant de Vaisseau Nicolas BENOIT », sur http://ansfac.org/ (Association nationale des scouts français anciens combattants)
  16. Ernest Seillière 1917
  17. André Senay et Robert Hervet 1960
  18. a et b Marie-Thérèse Eyquem 1966
  19. Yves-Pierre Boulongne 1975
  20. Jean-Marie Brohm 1981
  21. Michel Caillat 2008
  22. a et b Robert L.E. Billon, « Pierre de Coubertin le fasciste du sport, ses pensées, son œuvre »
  23. Yves-Pierre Boulongne 1975
  24. (en) Pierre de Coubertin, « France on the wrong track », American Monthly Review of Reviews, vol. 23, no 4,‎ avril 1901, p. 449
  25. Daniel Bermond 2008
  26. Méranville 2007, faisant référence aux Archives radio, Paris, INA
  27. Michel Caillat 2008
  28. « Biographie du « baron » », sur Collectif anti-jeux olympiques (CAJO)
  29. Daniel Bermond 2008, p. 362
  30. Jean-Marie Brohm 1981
  31. Florence Carpentier, Le sport est-il éducatif, Rouen,‎ 2004, p. 146
  32. Jean Latte 1948, p. 67-85
  33. Yvon Tranvouez 1999, p. 230
  34. « Jules Ferry (1832 – 1893) », sur http://www.france.fr/
  35. « Paul Bert : Les Blancs et les autres » (consulté le 25 juin 2013)
  36. Carole Reynaud Paligot, La République raciale : paradigme racial et idéologie républicaine, 1860-1930, Paris, PUF,‎ 2006, 338 p. (ISBN 2-13-054975-6), p. 140-141
  37. Suzanne Citron, Le mythe national : l'histoire de France revisitée, Paris, Les éditions de l'Atelier,‎ 2008, 351 p. (ISBN 978-2-7082-3992-0)
  38. Georges Rouhet et Edmond Desbonnet, L’art de créer le pur sang humain, Paris, Berger-Lievrault,‎ 1908
  39. Gilbert Andrieu 1990, p. 13
  40. Une liste des participants est disponible dans (en) William H. Schneider, Quality and Quantity. The Quest for biological regeration in twentieth-century France, Cambridge university press,‎ 1990, « Table 4.1 », p. 85
  41. Anne Carol, Histoire de l’eugénisme en France, Seuil,‎ 1995, p. 79
  42. a et b Norbert Müller et Otto Schantz 2013
  43. s:Notes sur le foot-ball
  44. Archives du Comité français Pierre de Coubertin, consultées le 10 novembre 2012.
  45. (en) « 2007 Inductee: Baron Pierre de Coubertin », sur www.irb.com, IRB,‎ 1er décembre 2007 (consulté le 3 août 2012)
  46. « Ange ou Démon ? Le choix du Fair-play » (site du CIO)
  47. « Les hochets de Coubertin in Pierre de Coubertin. Le fasciste du sport, ses pensées, son oeuvre » (consulté le 12 mai 2013)
  48. « Hommage de J. Rogge, président du CIO, lors de ses vœux au mouvement sportif, le 1er janvier 2013 », sur http://franceolympique.com/ (consulté le 2 mai 2013)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Gilbert Andrieu, L’éducation physique au XXe siècle : une Histoire des pratiques, Paris, Actio,‎ mai 1990, 127 p. (ISBN 2-908617-00-5, notice BnF no FRBNF35088368).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Alain Arvin-Bérod, Et Didon créa la devise des Jeux Olympiques, Grenoble, Scriforius,‎ 2003, 160 p. (ISBN 2-908854-16-3, notice BnF no FRBNF39044783).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Daniel Bermond, Pierre de Coubertin, Paris, Perrin,‎ 2008 (ISBN 978-2-262-02349-2, notice BnF no FRBNF41259924). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Sylvain Bouchet, La mise en scène est de Pierre de Coubertin, Paris, Jacob-Duvernet,‎ 2013, 184 p. (ISBN 978-2-84724-475-5).Préface de Jacques Rogge Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Yves-Pierre Boulongne, La Vie et l'œuvre pédagogique de Pierre de Coubertin : 1863-1937, Montréal/Ottawa, Leméac,‎ 1975, 482 p. (ISBN 0-7761-9359-7). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Marie Brohm, Pierre de Coubertin, le seigneur des anneaux : aux fondements de l'olympisme, Paris, C. Bourgois,‎ 1981 (ISBN 978-2915129366, notice BnF no FRBNF41228908). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Philippe Brossard, « Pierre de Coubertin », Maître-Sport, Paris, no 21,‎ nov-déc 1994.
  • Michel Caillat, Le Sport, Paris, Le Cavalier bleu,‎ 2008 (ISBN 978-2-84670-202-7, notice BnF no FRBNF41265114). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Henri Charpentier et Euloge Boissonnade, 100 ans de Jeux olympiques, Paris, France-Empire,‎ 1996, 31 p. (ISBN 2-7048-0792-2, notice BnF no FRBNF35821958). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Patrick Clastres, Pierre de Coubertin : la réforme sociale par l'éducation et le sport, Paris, Société d'économie et de science sociales,‎ 2003, 176 p..
  • Jean Durry (préf. Juan Antonio Samaranch), Le vrai Pierre de Coubertin, Paris, UP Productions,‎ 1997, 96 p. « pdf ». Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Durry, « Tissier et Coubertin », dans Norbert Müller, Coubertin et l’Olympisme : Questions pour l’avenir, Lausanne, Comité international Pierre de Coubertin,‎ 1998 (ISBN 2-9513212-0-1, notice BnF no FRBNF39167944) « pdf ». Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Marie-Thérèse Eyquem, Pierre de Coubertin, l'épopée olympique, Paris, Calmann-Levy,‎ 1966. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Luis Fernandez, La faillite du sport français, Communauté européenne, Rue du sport,‎ 2011 (ISBN 2-84653-045-9, notice BnF no FRBNF42785560). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Christopher Hill, Olympic Politics, Manchester University Press,‎ 1996. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Marie Jouaret, La fédération des sections sportives des patronages catholiques de France (1898-1998), Paris, L’Harmattan,‎ 2012 (ISBN 978-2-296-55969-1, notice BnF no FRBNF42598758). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Latte, La gymnastique, Paris, Vigot,‎ 1948. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Mathieu Méranville, Le sport, malédiction des noirs, Paris, Calmann-Lévy,‎ 2007 (ISBN 9782702137949, notice BnF no FRBNF41121329). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Norbert Müller et Otto Schantz, Œuvre complètes, Pierre de Coubertin (1863-1937), Lausanne, Comité international Pierre de Coubertin,‎ 2013. Compact disc et livret d'accompagnement Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (de) Gerold Schmidt, Bonaventure Julien, baron de Coubertin (1788-1871) : Le grand-père du fondateur des Jeux olympiques en sa fonction de haut fonctionnaire de Napoléon à Brême et Oldenbourg [« Der Großvater des Gründers der Olympischen Spiele als napoleonischer Beamter in Bremen und Oldenburg »], Oldenburg, Oldenburgische Familienku,‎ 2002. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ernest Seillière, Un artisan d'énergie française, Pierre de Coubertin, Paris, Henri Didier,‎ 1917. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • André Senay et Robert Hervet (préf. Édouard Herriot), Monsieur de Coubertin, Paris, Points à contrepoints,‎ 1960, 189 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Gérard Six, Pierre de Coubertin et l’escrime : ... and fencing / ... y la esgrima, Aubagne, Editions Autres talents,‎ 2013 (ISBN 978-2-35682-187-4, notice BnF no FRBNF43581997). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jacques Thibault, Sport et éducation physique 1870-1970 : l'influence du mouvement sportif sur l'évolution de l'éducation physique dans l'enseignement secondaire Français, étude historique et critique, Paris, Vrin,‎ 1987, 266 p. (ISBN 2-7116-0701-1, notice BnF no FRBNF36148587). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Yvon Tranvouez, Sport, culture et religion, Brest, UBO,‎ 1999 (ISBN 2-901737-39-0, notice BnF no FRBNF37084091). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Zorro et l'Association des enseignants d'EPS, 150 ans d'EPS, Paris, Amicale EPS,‎ 2002 (ISBN 2-90 2568-13-4, notice BnF no FRBNF41209035), pages 56-57. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Liens externes[modifier | modifier le code]

Cet article est reconnu comme « bon article » depuis sa version du 25 mai 2013 (comparer avec la version actuelle).
Pour toute information complémentaire, consulter sa page de discussion et le vote l'ayant promu.