Quentovic

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Quentovic est un ancien port de commerce du VIIe au IXe siècle. Il était situé à l'embouchure de la Canche, entre la Morinie et le Ponthieu, à l'emplacement du village de La Calotterie. Son nom est formé de Quentia, nom latin de la Canche, et de vicus, petite agglomération[1]. C'était un des ports de mer principaux des Carolingiens. Comme Dorestad, Quentovic est une possession personnelle de Charlemagne.

De l'essor à la disparition[modifier | modifier le code]

On émet l'hypothèse d'un port de la tribu gauloise des Morins à l'origine du site, attesté par la proximité d'un four gallo-romain. Des objets de parure des Ve et VIe siècles d'origine anglo-saxonne et certains types de céramiques en provenance du Jutland, des embouchures de l'Elbe, de la Weser, ont été découverts sur le site.

La ville est citée pour la première fois par Eddius Stephanus dans sa Vita Wilfridi, puis par Bède le Vénérable dans son Histoire ecclésiastique au début du VIIe siècle. Celui-ci note que Théodore de Tarse, évêque désigné de Canterbury, passe en 669 par Quentovic. Elle a reçu une partie de la flotte romaine, la Classis Sambrica, entre la fin du IIIe et le début du IVe siècle[réf. nécessaire].

À partir du VIIIe siècle, Alcuin, abbé de Ferrières-en-Gâtinais et familier de Charlemagne, gère la fondation.

Une telle prospérité explique la fréquence des invasions normandes qui ravagèrent le pays. On a aussi la preuve de la présence à Quentovic dans les toutes dernières années du IXe siècle et les premières du Xe siècle, des rois vikings, d'origine danoise de l'est de l'Angleterre (Northumbrie), Knut et Siefred qui occupèrent bien le grand port vers 898, époque où se situe précisément le siège de Montreuil-sur-Mer par les mêmes rois précités.[réf. nécessaire]

Longtemps, les historiens de Quentovic ont pensé que l'atelier monétaire avait disparu définitivement à la suite d'une destruction du port par les Vikings. La découverte à Fécamp en 1963 d'un important trésor dont 8584 pièces ont pu être retrouvées, infirme de façon indiscutable cette hypothèse et montre que Quentovic, avec des fortunes diverses, continua d'exister dans les deux premiers tiers du Xe siècle et que son atelier monétaire fonctionna jusqu'à une date voisine de 980, date du rattachement de Montreuil-sur-Mer au domaine d'Hugues Capet, alors simple duc de France et qui devait, en 987, être élu roi. Les villes de Montreuil-sur-mer et Quentovic ont cependant cohabité, comme l'atteste l'existence à Montreuil de fours à poterie et d'un atelier monétaire.

Cette ville champignon a disparu aussi rapidement qu'elle avait prospéré, et a vraisemblablement succombé aux nombreuses incursions pirates et normandes en 842, 840, (844?), 864, 881, 890, et 894. Boulogne-sur-Mer puis Montreuil-sur-Mer ont récupéré ensuite cette fonction de centre commercial[réf. nécessaire]. La disparition de ce port vers l'an 1000[2] a probablement été provoquée conjointement par ces raids normands et par la fragilité des infrastructures en bois soumises aux aléas maritimes.

Le site et ses activités[modifier | modifier le code]

Avers d'une monnaie portant l'inscription RXF, et revers avec l'inscription QUCCI VVIC ; chaque côté est entouré d'une ligne de billes.
Denier de Pépin le Bref fabriqué à Quentovic entre 754 et 768

L'aire occupée par Quentovic est supérieure à 35 ha et proche de celles de Dorestad et Southampton qui comptent 40 ha et 45 ha. C'est une ville portuaire au commerce prospère, célèbre sous Dagobert II (652-679), et qui dispose d'un hôtel de monnaie et de bureaux de péage[3]. Comme à Dorestad, les droits de péage sont considérables et le tonlieu, impôt sur les marchandises, s'élève à 10 % ad valorem. Aussi un haut fonctionnaire qualifié de procurator, comme saint Gervold, puis de prefectus réside-t-il dans le port[4] ; de là, il est chargé d'ambassades chez les rois anglo-saxons. La frappe des monnaies représente, elle aussi, une source d'importants bénéfices pour le pouvoir.

Quentovic devient le centre principal des échanges commerciaux entre les Îles britanniques et le monde carolingien[5] et sert de point de passage pour les insulaires se rendant en pèlerinage. Il fait partie des nouveaux établissements commerciaux qui apparaissent à cette époque dans la zone de la mer du Nord et de la Baltique, avec Ribe, Hedeby (actuelle Schleswig), Dorestad, Birka et Hamwic (actuelle Southampton). Le commerce de la laine anglaise, de l'ambre de la Baltique et de l'étain de l'île de Wight semble confirmé[Par qui ?]. À l'époque, cette partie de la vallée de la Canche était totalement immergée à marée haute.

La puissance du port vient aussi de la volonté politique des rois francs qui contrôlent la Neustrie : ils donnent le saltus, domaine public, aux établissements ecclésiastiques, comme l'abbaye de Ferrières-en-Gâtinais. Des contacts se nouent dès 550 entre le Kent, l'East Anglia et la Neustrie. Quentovic devient l'une des grandes douanes de ces rivages et l'un des principaux ateliers monétaires des premiers Caroligiens.

Quentovic est en relation foncière avec les abbayes de Saint-Wandrille, Saint-Germain des Prés, Abbaye de Saint-Riquier, Saint-Vaast à Arras, Saint Bertin de Saint-Omer, Villemeult[Où ?], Combs-la-Ville, Ferrières-en-Gâtinais.

Le paysage maritime ressemble à celui de la Frise ou de la Saxe. Ces peuples germaniques ont diffusé un type de navire à faible tirant d'eau, doté d'une quille rudimentaire mais à fond plat et arrondi de type houque, qui figurent sur les deniers frappés par Charlemagne et Louis le Pieux à Quentovic comme à Dorestad.

Le rôle spirituel de Quentovic s'appuie sur une fondation monastique, placée en aval sur la même rive à une lieue du port en mémoire de saint Josse, le moine breton fondateur.

Localisation[modifier | modifier le code]

En 2004, pour la première fois, des vestiges ont été localisés à La Calotterie, entre Montreuil-sur-Mer et Étaples-sur-Mer, au mont de Beck, Visemaretz.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Georges Duby (dir.), Paul Albert Février, Michel Fixot, Christian Goudineau et Venceslas Kruta, Histoire de la France urbaine I : La Ville antique, Seuil,‎ 1980 (ISBN 202005590-2), p. 535
  2. Jacques Le Goff (dir.), Histoire de la France urbaine II : La Ville médiévale, Seuil,‎ 1980, p. 57
  3. Qentovic - Monnayage immobilisé au nom de Charles le Chauve (Xe siècle)
  4. Georges Duby (dir.), op. cit., p. 537.
  5. Stéphane Lebecq, Bruno Béthouart et Laurent Verslype, Quentovic : Environnement, Archéologie, Histoire, Éditions du Conseil scientifique de l'université Lille 3,‎ 2010 (ISBN 9782844671233)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]