Phoque commun

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Le phoque commun ou veau marin (Phoca vitulina) est un mammifère carnivore, de la famille des phocidés. Son espérance de vie peut atteindre 25 ans pour le mâle et 35 ans pour la femelle, avec des variations importantes selon les zones de vie et les sous-populations ou sous-espèces.

Ce terme de « veau marin » n’est réservé qu’à cette espèce de phoque, et ne doit pas être confondu avec « veau de mer » qui désigne aussi le requin taupe.

Position en arc du Phoque commun.

Quand l’eau monte, il adopte une position typique en « arc » ou « banane », tête et nageoires hors de l’eau, probablement pour diminuer la perte de calories des parties de son corps les moins protégées par la graisse.

Sous-espèces :

  • Phoca vitulina concolor, qui vit sur les côtes islandaises, de l’est du Groenland, et de l’est de l’Amérique du nord (du Canada jusqu’aux États-Unis).
  • Phoca vitulina mellonae, qui est une espèce des eaux douces des lacs et rivières du nord du Québec (péninsule d'Ungava) et de l’amont de la baie d'Hudson et de la baie James
  • Phoca vitulina richardii, qui vit devant le littoral du Pacifique en Amérique du nord (de l’Alaska au Mexique)
  • Phoca vitulina stejnegeri, qui fréquente les côte ouest de l’océan pacifique (îles Kouriles, Kamtchatka, Japon…).
  • Phoca vitulina vitulina, qui ne fréquente que les côtes européennes atlantiques, du Portugal à la mer de Barents au nord.
  • Phoca vitulina mellonae, qui est un des rare phoque d'eau douce. Il frequente des lacs du nord du Québec (lac des Loups Marins). La population est estimée à moins de 500 individus[1].

Description[modifier | modifier le code]

Crâne de Phoca vitulina

Taille : 80 cm à la naissance, jusqu’à 1,50 m à 1,80 m pour l’adulte (avec un poids de 60 à 120 kg) Pelage : du gris au brun-clair, plus ou moins tacheté. Tête : arrondie avec un net décrochement entre le front et le museau, et des narines en forme de « V ».

Rien n'échappe à un phoque veau marin, grâce à ses moustaches ou vibrisses. Celles-ci sortent de follicules, des cavités cellulaires contenant environ dix fois plus de terminaisons nerveuses que celles des moustaches d'un rat. Selon Wolf Hanke, spécialiste de biologie sensorielle à l'université de Rostock, les vibrisses des phoques se sont adaptées sur plus de 25 millions d'années pour parvenir à lire les moindres changements dans les mouvements de l'eau. Les phoques peuvent ainsi détecter les traces d'un objet dans l'eau calme, même trente secondes après son passage. Des tests ont révélé qu'ils distinguaient aussi des formes et des tailles à l'aide de ses seules moustaches.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Le jeune phoque est nourri du lait de sa mère, très riche. Le régime des adultes est opportuniste, et varie selon la saison, l’abondance en proies et la facilité qu’ils ont à les attraper.
Il est principalement piscivore, consommant quotidiennement environ 2 kg de poisson (hareng, bar, anchois, merlan, morue de l'Atlantique, plie, sole, saumon, cabillaud) mais il consomme volontiers aussi des crustacés (crevettes…) et céphalopodes (calmars…) ou mollusques (jusqu’à environ 4 kg/jour quand les proies sont abondantes, pour les gros individus).

Il plonge facilement jusqu’à 20 mètres et si nécessaire à plus de 50 m de fond, avec des apnées durant en moyenne trois minutes mais pouvant atteindre 10 min. Il ne mâche pas sa nourriture, mais il peut la déchiqueter si la proie est trop grosse.

Reproduction[modifier | modifier le code]

La maturité sexuelle est atteinte vers 4 à 7 ans pour les mâles et plus précocement (vers 3 à 6 ans) pour les femelles. Elle semble effective pour la femelle quand elle dépasse 50 kilogrammes et pour le mâle quand il dépasse 75 kg.

L’accouplement a plutôt lieu dans l’eau, un mâle pouvant s’accoupler avec plusieurs femelles. La saison des amours est double : printemps et début d’automne.

La femelle peut différer de deux mois l’implantation de l’embryon. La gestation dure environ 9,5 mois, parfois 11 mois en raison d’un phénomène d’implantation retardée).
Il n'y a généralement qu’un seul petit (exceptionnellement deux), de 9 à 13 kg (11 kg en moyenne) pour 70 à 90 cm. Les petits savent nager et plonger en apnée dès quelques heures après la mise bas qui se fait toujours sur le rivage. Le mâle ne s’occupe pas des soins et de l’élevage du petit. L’allaitement dure de 4 à 6 semaines.

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

Phoque en Baie de Somme

Ce phoque autrefois comme son nom l’indique "commun" est encore présent sur les eaux littorales des océans de l’hémisphère nord (Atlantique et Pacifique). Il vit sur le plateau continental qu’il explore à marée haute à la recherche de poissons ou autres organismes qu’il consomme. Et il apprécie de se reposer à marée basse sur les bancs ou sur des parties émergées des estuaires. On le voit parfois dans les ports et quelques individus peuvent explorer l’amont de certains fleuves.

Le phoque commun et le phoque gris sont les deux espèces de phocidé qu’il est possible d’observer régulièrement sur certaines plages du nord et du nord-ouest de la France, dont la baie de Somme qui constitue sa principale zone de reproduction. En revanche, le phoque marbré n’est qu’accidentel dans ce pays. La population de phoque commun à la baie de Somme, visible à la pointe du Hourdel, s'est reconstituée suite à une phase de régression pour devenir la principale colonie de France. Elle regroupe aujourd’hui plus de 50 % de la population française.



État de conservation et menaces[modifier | modifier le code]

L’espèce semble en train de localement reconstituer quelques-unes de ses sous-populations (probablement autrefois beaucoup plus denses et nombreuses sur tout le littoral européen), mais avec de fortes disparités régionales. L'UICN estime que la métapopulation reste stable (350 000 à 500 000 phoques, mais avec des populations localement en forte régression, une sous espèce menacée (Phoca vitulina mellonae dont il ne resterait plus que 120 à 600 représentants, alors que quelques autres colonies progressent.

En France, les « pétardage » de munitions non explosées (dont armes chimiques de la Première Guerre mondiale récupérées par les démineurs dans les anciennes zones rouges du nord de la France) ont été interdits en Baie de Somme, et la qualité bactériologique de l’eau a été fortement améliorée sur tout le littoral par la construction ou mise aux normes des stations d’épuration.
Néanmoins si certains polluants comme le cadmium ont fortement régressé en Manche/Mer du Nord, d’autres, dont le mercure, les dioxines, les PCB qui peuvent affecter la santé des phoques restent préoccupants. Ils ne sont pas à l’abri d'une éventuelle catastrophe maritime en Manche ou dans le pas de Calais (qui est le détroit le plus fréquenté du monde en termes de trafic maritime marchand).

Le dérangement par un public voulant les approcher de trop près est aussi une source de stress et de fatigue pour l'espèce (Il est recommandé de ne pas tenter de les approcher à moins de 300 mètres quand ils se reposent sur des bancs ou dans l’estuaire).

Les phoques, comme les dauphins ou marsouins peuvent aussi être piégés par des filets de pêche (actifs ou abandonnés) mais moins facilement semble-t-il que les petits cétacés.

Des phoques ont été victimes de braconnages ces dernières années.

Les changements climatiques par leur impact sur les ressources alimentaires pourraient aussi affecter cette espèce.

Il existe en France un réseau spécialisé de centres de soins des mammifères marins ; le Réseau national d’échouage des mammifères marins coordonné par le Ministère chargé de l'environnement et le CRMM.

Interactions avec les activités humaines[modifier | modifier le code]

Une colonie a en Colombie-Britannique, près de l'Alaska récemment acquis un nouveau comportement (assimilable à de la « surprédation ») en apprenant à utiliser l'éclairage nocturne pour mieux s'emparer des jeunes saumons qui descendent vers la mer.
Des dizaines de phoques se regroupent chaque printemps sous deux grands ponts(parallèles) qui enjambent la Puntledge River, près de la ville de Courtenay en Colombie-Britannique). Ils se positionnent dans le sens du courant, ventre en l'air, forment une barrière vivante et interceptent et avalent des milliers smolts (salmonidés juvéniles) lors de leur dévalaison de nuit vers la mer. Ils le font avec un taux de prédation très anormalement élevé, qui affecte la dynamique des populations de plusieurs espèces de salmonidés[2] (La Puntledge River était historiquement l'une des zones les plus riches en saumon chinook de Colombie-Britannique, mais en 1995, seuls 208 chinook ont été comptés en dévalaison[3]). On a tenté de perturber le comportement de ces phoques en posant en travers de la rivière une barrière mécanique maintenue par des flotteurs de lièges, cela a été un échec. On a aussi testé un dispositif d'effarouchement acoustique (pinger (halieutique)).
Le fait d'éteindre l'éclairage du pont a été plus efficace que de poser une barrière mécanique pour limiter cette surprédation. Le dispositif acoustique a été encore plus efficace[2], mais il pourrait laisser des séquelles auditives aux phoques qui tenteraient de l'affronter, et on ignore s'il peut affecter d'autres espèces. Ce comportement innovant et de groupe est une conséquence inhabituelle du phénomène dit de pollution lumineuse, qu'on a également constaté chez certaines espèces de chauve-souris qui ont appris à profiter des lampadaires pour se nourrir plus facilement (au risque de transformer la zone en un « puits écologique » et de finir par manquer de nourriture, après avoir ainsi piégé et mangé la plupart des insectes nocturnes en âge de se reproduire dans les environs).

Galerie[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.snapqc.org/files/Janvier%202010%20Fiche%20info%20Phoque%20commun_2.pdf
  2. a et b YURK H. & TRITES A.W. (2000) ; Experimental attemps to reduce predation by Harbour seals on out-migrating juvenile salmonids. Trans. Am. Fish. Soc. 129 : 1360-1366.
  3. Trites, A. W., C. W. Beggs, and B. Riddell. 1996. Status review of the Puntledge River summer chinook. Department of Fisheries and Oceans, Pacific Region, PSARC Document S96–16, Namaino.