Classes moyennes

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La classe sociale dite « classe moyenne » rassemble un ensemble de populations hétérogènes, situées au-dessus des classes pauvres et en dessous des classes aisées. La question de sa définition exacte reste délicate et explique que l'on parle aussi des « classes moyennes ».

Les critères majeurs de définition étant le niveau de vie et l'appartenance ressentie à un statut social, il est patent que la notion varie suivant les pays et dans le temps.

Définitions[modifier | modifier le code]

Tout en admettant qu'« il n'y a pas de consensus sur les frontières exactes de cet ensemble », l'économiste Eric Maurin et la sociologue Dominique Goux[1] estiment que « la composition de son noyau central semble difficile à contester » avec :

  • d'un coté, le petit patronat traditionnel
  • de l'autre, un vaste salariat intermédiaire désigné par l'INSEE comme professions intermédiaires : artisans, commerçants, techniciens, professeurs des écoles, cadres B de la fonction publique, représentants de commerce .

D'autres, comme le chercheur Régis Bigot du CREDOC, avancent la décomposition suivante en :

En 2008, un rapport de la banque Goldman Sachs définissait la classe moyenne mondiale comme étant l'ensemble des individus qui gagnent entre 4 600 et 23 000 euros annuels[4].

En Suisse, l'Office fédéral de la statistique choisit comme définition de la classe moyenne l'ensemble des revenus compris entre 70% et 150% du revenu médian[5]

Typologie et dénombrement[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Catégorie socio-professionnelle.

Selon les estimations établies pour la France par Maurin et Goux, (année 2011),

  • les classes moyennes représentent 30 % de la population nationale ;
  • la catégorie supérieure (chefs d'entreprise, cadres et professions libérales et intellectuelles supérieures) représente 20 % ;
  • la catégorie des employés et ouvriers rassemble 50 %.

Revenu de la classe moyenne[modifier | modifier le code]

  • Définie très largement (mais peut-on parler de la classe moyenne ?), elle inclut les individus d'un revenu allant de 1 200 € à 3 000 € par mois. Cette délimitation généreuse d'une classe moyenne élargie donne un éventail de conditions de vie très différentes.
  • Selon l'Observatoire des inégalités, les classes moyennes correspondent aux salariés gagnant entre 1 163 et 2 127 euros par mois pour une personne seule, entre 2 174 et 4 068 euros par mois pour un couple sans enfant et entre 3 057 et 5 174 euros par mois pour un couple avec deux enfants. En prenant les 40 % de salariés du milieu (au-dessus des 30 % les moins payés et en dessous des 30 % les mieux payés), on obtient des salaires nets compris entre 1 200 et 1 840 euros pour des temps complets. « C'est à ce niveau que se situent les classes moyennes », estime l'Observatoire[6].

Tendances et évolutions[modifier | modifier le code]

Un développement des classes moyennes se serait fait en France dans la période des Trente Glorieuses. Alors que la société d'après-guerre s'enrichit, une partie des classes populaires se serait « embourgeoisée », encouragée par le phénomène de tertiarisation.

Une classe incertaine: de la montgolfière au sablier[modifier | modifier le code]

L'économiste Alain Lipietz a réalisé une représentation de la stratification sociale en France (la largeur est proportionnelle à l'importance numérique de la couche sociale).

Modèle en montgolfière (1955-75)[modifier | modifier le code]

    _/\_         Classes aisées
  _/    \_    
 /        \
|          |     
|          |     Classes moyennes
 \        /
  \      / 
   \    /   
    |__|         Classes populaires

Ici, la classe la plus importante est la classe moyenne, les classes les plus aisées sont peu importantes et la base des classes populaires est aussi réduite.

Modèle en sablier (1975 à nos jours)[modifier | modifier le code]

  ____
 /    \          Classes aisées
 \    /
  |  |          Classes moyennes
 /    \       
/      \
\      /
 \____/        Classes populaires
    

Ici, la classe moyenne s'est disloquée, une partie accède aux classes supérieures (ascension sociale) mais la majorité est reclassée vers les couches populaires. Cela décrit un phénomène d'enrichissement des plus riches et de paupérisation des plus pauvres engendrant la disparition de la classe moyenne.

Le fantasme du « déclin » de la classe moyenne[modifier | modifier le code]

Maurin et Goux[1] bousculent les idées généralement admises : Leurs études s'appuient sur les enquêtes emploi de l'INSEE entre 1982 et 2009, ainsi que sur les fichiers des logements par commune du Ministère de l’Équipement. Leur constat est que « le déclassement des classes moyennes, thème récurrent de notre histoire politique et sociale, reste à bien des égards une fiction ».

Selon eux, les classes dites moyennes - depuis les années 1980 - n'ont pas connu vis-à-vis des autres groupes sociaux de déclin du point de vue salarial ni de déclassement résidentiel, tandis que le prestige social de leurs professions est resté très fort. Elles incarnent plutôt une France « qui tient » et une France « qui monte ».

Les auteurs pointent l'utilisation du fantasme du déclin par les politiques[7] :

  • La droite dépeint des classes moyennes étranglées par des prélèvements dont elles ne bénéficient guère.
  • La gauche agite le risque de leur paupérisation.

Ces représentations trop simplistes peuvent attiser la défiance et fragiliser le lien social. Éric Maurin met en avant la notion de « mouvement social » plutôt que de « catégories statiques et concurrentes : on oublie souvent que les classes moyennes d'aujourd'hui sont pour une large part les pauvres d'hier, et qu'elles savent avoir bénéficié de la redistribution. Il faut aussi tenir compte des services publics, notamment de l'école, dont les classes moyennes ont su tirer parti. »

Une classe valorisée[modifier | modifier le code]

Alors que la classe moyenne est censée être en voie de disparition, un nombre croissant d'individus s'en réclament. La classe moyenne est le stéréotype de "l'idéal raisonnable", elle permet l'accès à la consommation de masse sans avoir « la culpabilité de la classe possédante »[Quoi ?].

  • Intrusion par le haut : on se dit plus facilement de la classe moyenne que de la petite bourgeoisie ; en effet la classe moyenne inspire des valeurs positives (ascension sociale par le travail) tandis que la bourgeoise est chargée d'une symbolique plus négative (classe exploitante).
  • Intrusion par le bas : la classe moyenne est généralement perçue comme un mode de vie inspiré de l'american way of life auquel adhèrent des classes plus modestes qui peuvent consommer au-dessus de leurs moyens et ainsi réaliser une ascension sociale symbolique.
Sentiment d’appartenir à une classe sociale et situation par rapport à l’emploi[8]
en % Actifs ayant un emploi Retraités Ensemble des adultes
« À quelle classe avez vous le sentiment d'appartenir ? »
La classe moyenne 42 36 40
La classe ouvrière 24 24 23
La bourgeoisie 3 7 4
Classe défavorisée 7 7 8
Classe privilégiée 8 5 8
Un groupe professionnel 11 11 9
Un groupe social 2 3 2
Autre 3 7 6

Critique de la notion[modifier | modifier le code]

L’existence même d’une classe moyenne est parfois remise en cause ; par exemple le sociologue Jean Lojkine parle du « mythe de la classe moyenne »[9]. Les personnes considérées comme faisant partie des « classes moyennes » appartiendraient en fait au prolétariat.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • 1998 : Alain Lipietz, La Société en sablier. Le partage du travail contre la déchirure sociale.La Découverte, Paris, 1996, rééd. augmentée 1998 (ISBN 978-2-7071-2847-8)
  • 2001 : Jean Rulhmann, Ni bourgeois ni prolétaires. La défense des classes moyennes en France au XIXe siècle, éditions du Seuil
  • 2005 : Jean Lojkine, L'Adieu à la classe moyenne, La Dispute
  • 2006 : Louis Chauvel, Les Classes moyennes à la dérive. Seuil, Paris (ISBN 2020892448)
  • 2006 : Massimo Gaggi et Edoardo Narduzzi, La Fin des classes moyennes, Liana Levi
  • 2009: Alain Accardo, Le Petit-Bourgeois gentilhomme. Sur les prétentions hégémoniques des classes moyennes, Agone, coll. « Contre-feux »
  • 2011 : Laurent Wauquiez, La Lutte des classes moyennes, Éditions Odile Jacob
  • 2007 : Serge Bosc (dossier réalisé par), Les classes moyennes, Problèmes politiques et sociaux n° 938-939
  • 2008 : Serge Bosc, Sociologie des classes moyennes, La Découverte, coll. Repères
  • Dominique Goux et Éric Maurin, Les nouvelles classes moyennes, éditions du Seuil, coll. « La République des idées »,‎ 2012
  • Julien Damon, « Les classes moyennes : définitions et situations », Études, no 416,‎ mai 2012, p. 605-616 (lire en ligne)
  • 2013  : Julien Damon, Les classes moyennes, PUF, Que sais-je ?

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Goux et Maurin 2012
  2. Régis Bigot, « Les classes moyennes sous pression », Cahiers de recherche du Credoc,‎ décembre 2008 (lire en ligne)
  3. La déstabilisation des classes moyennes
  4. Francis Fukuyama, « La nouvelle lutte des classes », The Wall Street Journal,‎ 28 juin 2013
  5. www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/.../publikationen.Document.167315.pdf
  6. Qui sont les classes moyennes ?
  7. La Croix, mardi 17 janvier 2012.
  8. [PDF]Source, Insee première.
  9. « Nouveaux rapports de classe et crise du politique dans le capitalisme informationnel ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]