Égout

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Le plus fréquemment souterrain, un égout est une canalisation ou un conduit en maçonnerie destiné à collecter et à évacuer les différentes eaux, qu'elles soient naturelles telles que les eaux de ruissellement et les eaux pluviales ou produites par l'activité humaine comme les eaux de lavage, les eaux de drainage ou encore les eaux usées (eaux ménagères et eaux-vannes).

Historique[modifier | modifier le code]

Akrotiri à l'âge du bronze[modifier | modifier le code]

Les bâtiments indiquent un haut degré de civilisation. Les maisons disposaient de salles de bains à l'étage, reliées à l'égout par des descentes en terre cuite : les tuyaux commençaient à l'étage à un mur extérieur, étaient conduits au rez-de-chaussée à travers le mur et aboutissaient devant la maison, sous la rue, à un des fossés reliés à l'égout.

Égout romain à Cologne

Il existe dans les ruines de la ville de Mohenjo-daro bâti au IIIe millénaire av. J.-C. un système complexe d'égouts permettant à la plupart des habitations de la ville d'avoir accès à une salle de bain.

Quand les barbares devinrent possesseurs des cités gallo-romaines, ils ne songèrent pas à entretenir ces égouts antiques qui bientôt s'engorgèrent ou furent perdus ; les villes renfermaient alors de véritables cloaques, les eaux usées et nauséabondes pénétraient le sol.

Au Moyen Âge, le développement désordonné des villes rendit difficile la mise en place de réseaux d'égouts. Des tranchées furent creusées au milieu des axes majeurs de circulation : ces premiers caniveaux, au milieu des rues pavées sans trottoirs de forme concave, servaient de rigole d'écoulement pour évacuer les eaux de pluies et les eaux usées déversées par les habitants (directement depuis les étages dans les maisons à encorbellement). Ainsi les gens du peuple qui croisaient des aristocrates, des bourgeois ou des gens respectables (par leur âge, leur fonction), devaient se décaler vers le cloaque du centre tandis que ces derniers continuaient à « battre le haut du pavé »[1]. Puis des ruisseaux encaissés, parfois recouverts de dalles ou parfois laissés à l'air libre, prirent le relais.

Il fallait alors compter sur la pluie, et notamment les orages pour curer « naturellement » ces profondes rigoles jonchées de détritus de toutes sortes.

Il faudra attendre le XIIe siècle pour que le savoir-faire développé par les Romains soit remis en pratique et que de nouveaux égouts souterrains soient construits en maçonnerie.

Gilles Corrozet parle d'égouts trouvés au Louvre lorsqu'on reconstruisit ce palais en 1538. Il existait, sous le quartier de l'université de Paris, des égouts (romains probablement) qui furent longtemps utilisés et refaits en 1412, parce qu'ils étaient hors de service. Nous avons vu souvent, en faisant des fouilles dans le voisinage d'édifices du Moyen Âge, des restes d'égouts construits en belles pierres de taille. Les établissements religieux et les châteaux féodaux sont déjà munis d'égouts bien disposés et construits dès la fin du XIIe siècle. Il arrive souvent même que ces égouts soient praticables pour des hommes.

Le grand égout de Rome, Cloaca Maxima, aurait été réalisé par Tarquin l'Ancien (qui était un roi d'origine Étrusque) aux alentours de l'an 600 av. J.-C..

Surveillance et entretien[modifier | modifier le code]

Boule destinée à entretenir les égouts
Égoutiers débouchant un égout au moyen d'un combiné hydrocureuse

Des capteurs et une surveillance physique visent à connaitre quantitativement et qualitativement les flux qui circulent dans les égouts, de manière à ce que ces derniers soient correctement dimensionnés. Ils visent aussi à vérifier le bon état des installations. Divers types de robots peuvent servir à inspecter l'intérieur des canalisations de divers diamètres et/ou à les nettoyer, y supprimer les racines d'arbres qui s'y seraient développées, etc. Depuis peu des systèmes de tuyaux ou de coudes transparents, que l'on peut éventuellement surveiller via une webcam permettent aussi de localement visualiser le flux[2] ou optimiser sa circulation[3] des effluents.

L'entretien des égouts est parfois réalisé depuis la surface ou, le plus souvent, en profondeur même. On appelle « égoutiers » les professionnels chargés de manœuvrer les bateaux vannes, les boules de curage, les vannes et le reste du matériel. Leur mission est double :

  • empêcher le bouchage des égouts, y compris par d'éventuelles racines de végétaux qui auraient réussi à s'y infiltrer ;
  • gérer l'afflux variable d'eau.

C'est pour cela que des bassins de retenue d'eau de pluie, d'une très grande capacité, sont aménagés.

Le métier d'égoutier est exigeant et pénible. Il impose de travailler dans des conditions difficiles. La technologie s'est toutefois à présent généralisée dans les réseaux modernes. Le système est construit de façon à pouvoir fonctionner avec une relative autonomie, le flux d'eau récurant directement l'égout. Les boules de nettoyage sont de diamètre juste inférieur à la largeur du conduit. À Paris, les égouts sont sur plusieurs niveaux avec répartition du niveau des égouts entre les différents secteurs en cas de fortes pluies.

Récupération d'énergie ou de chaleur[modifier | modifier le code]

Il est possible, en aval, au niveau de la station d'épuration, de méthaniser les effluents (le méthane alimente par exemple les bus de la communauté urbaine de Lille).

Dans le cadre de son Plan climat, Paris et la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU) ont en 2010 expérimenté la récupération de chaleur dans les égouts. La chaleur est récupérée au moyen de pompes à chaleur et d'échangeurs de chaleur pour être - via les réseaux de chaleur - utilisée pour chauffer des écoles (première expérience avec le groupe scolaire Wattignies, du XIIe arrondissement), piscines, gymnases, bâtiments administratifs, etc. Les circuits seront pour des raisons évidentes d'hygiène totalement sécurisés et étanches[4].

Égout, environnement et santé[modifier | modifier le code]

Risques pour l'environnement[modifier | modifier le code]

Les égouts présentent beaucoup d'avantages environnementaux, mais s'ils ne sont pas étanches, ils peuvent contaminer les nappes et des puits. De plus, certains microbes et parasites indésirables et espèces considérés comme de bons vecteurs biologiques (rats, cafards, mouches, etc.) peuvent y trouver des milieux propices à leur développement.

Quand les égouts conduisent directement dans le milieu naturel, sans passage par une station d'épuration (ou lagunage) performante, ils sont sources de nombreux polluants et eutrophisants, ainsi que d'une flore microbienne qui peut perturber le milieu récepteur autour de l'émissaire et en aval parfois[5].

Risques pour la santé[modifier | modifier le code]

Si les systèmes d'égouts ont amélioré l'hygiène urbaine de surface, ils sont sources de problèmes sanitaires pour le personnel qui les entretient, et pour les riverains en cas de défaillance (débordements, émanations de H2S). Des impacts écotoxicologiques et écoépidémiologiques pourraient être associés, en zone périurbaine notamment.

À titre d'exemple, selon une étude réalisée par l'Inserm avec la mairie de Paris (parue en 2010), les égoutiers parisiens vivent 17 ans de moins que la moyenne nationale, et l'espérance de vie des égoutiers parisiens serait même en baisse (l'étude n'a pas pu identifier les causes de cette baisse)[6].

Les égoutiers sont exposés à des émanations chimiques dont la plus connue et redoutée est le sulfure d'hydrogène (H2S) qui est source de problèmes respiratoires, éventuellement rapidement mortels, mais aussi en cas d'exposition à long terme à des accidents cardio-vasculaires, des problèmes du tube digestif, avec diarrhées à répétition, etc., à de nombreux microbes (issus des excréments, des déchets organiques ou véhiculés par les rats), dont le virus de l’hépatite E qui attaque le foie en conduisant à développer un cancer du foie[7]. Longtemps les égoutiers n'ont pas été informés ou protégés, et une partie des maladies graves, allergies (cutanées notamment), troubles respiratoires et œdèmes oculaires, etc. et les risques qu'ils subissent ne sont pas encore reconnus par les administrations sanitaires[6].

Les égoutiers disposent d'un détecteur de gaz (qui les alerte sur la présence d'un ou plusieurs gaz ou sur le manque d'oxygène). Voir aussi Oxymètre.

Les opérations de réparation et de nettoyage (au Kärcher notamment) sont également sources d'aérosols et poussières qui peuvent être inhalés ou se déposer sur la peau et les vêtements et objets (les transformant en fomites, c'est-à-dire en vecteurs de microbes)[6]. Certaines administrations urbaines cherchent à « à se débarrasser du problème en privatisant »[8]. Selon le service médical de la mairie de Paris, par rapport à un ouvrier moyen de la région parisienne, un égoutier a 97 % de risque en plus de développer un cancer de l'œsophage, plus 85 % de cancer du foie et plus 59 % de cancer de l'oropharynx chez les égoutiers. De plus, « la mortalité a augmenté de 56 % en dix ans »[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Expression « le haut du pavé »
  2. Exemple d'accessoire transparent
  3. Underground research for sewer optimization, 5 aout 2013
  4. Brève d'information Hydroplus ; Plan Climat / Paris teste la récupération de chaleur dans les égouts, juin 2010
  5. G. Muricy (1991), Structure des peuplements de spongiaires autour de l'égout de Cortiou (Marseille, France), Vie et Milieu, (résumé, sur cat.inist.fr)
  6. a, b, c et d Fabrice Corlet et Taous Ouali (2013), « À Paris, les égoutiers meurent 17 ​​ans plus tôt que la moyenne », CFPJ, sur rue89.com
  7. (en) Dr Rakesh Aggarwal DM, Dinesh Kini MD, Sunil Sofat MD, Subhash R Naik MD, Krzysztof Krawczynski MD, Duration of viraemia and faecal viral excretion in acute hepatitis E, The Lancet, vol. 356, issue 9235, p. 1081-1082, 23 septembre 2000, DOI:10.1016/S0140-6736(00)02737-9 (résumé)
  8. Elie Elkayam, égoutier principal de Paris, interrogé par Rue89 in « À Paris, les égoutiers meurent 17 ​​ans plus tôt que la moyenne »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Barles, S, L'Invention des déchets urbains, Seyssel, Champ Vallon, 2005.
  • Barles, S, La Ville délétère, Seyssel, Champ Vallon, 1999.
  • Benevolo, L., Histoire de l'architecture moderne, t. II, Paris, Dunod, 1980.
  • Bourdelais, P., Les Hygiénistes : enjeux, modèles, pratiques, Paris, Belin, 2001.
  • Bourgeois-Gavardin, J., Les Boues de Paris sous l'Ancien Régime. Contribution à l'histoire du nettoiement urbain au XVIIe et XVIIIe siècles, 2 vol., Paris, EHESS, 1985.
  • Chalot, F, La Commune et les Déchets, Paris, Éditions Sorman, 1990.
  • Charvet, M. 2005, Les fortifications de Paris. De l'hygiénisme à l'urbanisme, 1880-1919, Rennes, PUR.
  • Chatzis, K, La Pluie, le métro et l'ingénieur : contribution à l'histoire de l'assainissement et des transports urbains, Paris, L’Harmattan, 2000.
  • Dupuy, G. Knaebel, G, Assainir la ville hier et aujourd'hui, Paris, Dunod, 1982.
  • Foucart, B, 1981, « Au paradis des hygiénistes », Monuments historiques, no 114, avril-mai.
  • Jeudy, H.-P., Le choix public du propre. Une propriété des sociétés modernes, Les Annales de la recherche urbaine, décembre 1991, no 53, p. 102-107.
  • Mory, P, 2001, « Architecture et hygiénisme à Paris au début du 20e siècle. L'architecte entre savoir médical et pouvoir politique » dans Bourdelais Patrice (dir.), Les hygiénistes : enjeux, modèles et pratiques, Belin.
  • Ragon, M., Histoire mondiale de l'architecture et de l'urbanisme moderne, t. II, Paris, Casterman, 1972.
  • Rasmussen, A, 2001, « L'hygiène en congrès (1852-1912) : circulation et configuration internationale » dans Bourdelais Patrice (dir.), Les hygiénistes : enjeux, modèles et pratiques, Paris, Belin.
  • Silguy (de), C, La Saga des ordures du Moyen Âge à nos jours, Montrouge : Instant, 1989.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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