Blocus de Berlin

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Blocus de Berlin
Description de cette image, également commentée ci-après
Aéroports et couloirs de vol du pont aérien pendant le blocus de Berlin.
Informations générales
Date -
Lieu Berlin, Allemagne
Issue
Belligérants
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau de la France France
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Commandants
Drapeau des États-Unis Harry Truman
Drapeau des États-Unis George Marshall
Drapeau de la FranceGeorges Bidault
Drapeau du Royaume-Uni Ernest Bevin
Drapeau des États-Unis Lucius D. Clay
Drapeau de l'URSS Joseph Staline
Drapeau de l'URSS Viatcheslav Molotov
Drapeau de l'URSS Vassili Sokolovski
Pertes
Pertes résultant des accidents d'avions : 39 Britanniques et 31 Américains tués ;
13 civils allemands tués.
Aucune.

Guerre froide

Le blocus de Berlin est l'un des épisodes majeurs de la guerre froide en Europe durant lequel les Soviétiques bloquent les accès terrestres vers Berlin des trois puissances occidentales[note 1] qui en retour organisent un grand pont aérien pour ravitailler leurs garnisons et les populations civiles berlinoises[note 2].

Le , à l’issue d’une longue dégradation des relations entre les quatre puissances occupantes de l’Allemagne, l’Union soviétique bloque toutes les voies routières et navigables par lesquelles Américains, Britanniques et Français communiquent entre leurs secteurs d'occupation en Allemagne et Berlin. Le blocus dure jusqu’à ce que les Soviétiques le lèvent sans contrepartie le , prenant acte ainsi de leur échec à mettre la main sur Berlin.

Le blocus de Berlin est l'une des toutes premières crises[note 3] de la guerre froide. Elle en est aussi la plus grave, et le restera jusqu'à ce qu'une seconde crise à Berlin (1958-1961), puis la crise des missiles de Cuba (1962) plongent à nouveau le monde dans la crainte de la guerre et de l'holocauste nucléaire.

Le devenir de l'Allemagne est en 1948 au cœur de l'opposition entre les États-Unis et l’Union soviétique. Staline a réussi à prendre le contrôle de tous les pays d'Europe centrale sans provoquer de réaction concrète des Occidentaux, et les mouvements communistes sont très actifs dans une Europe de l'Ouest qui peine à se relever de la guerre et dont les Américains veulent à tout prix éviter qu'elle ne passe sous le joug de Moscou. Les deux initiatives majeures prises dans cet objectif par Washington, le plan Marshall de sauvetage économique de l'Europe, et la création de l'Allemagne de l'Ouest arrimée à la sphère atlantique sont totalement contraires aux intérêts de Staline. Isolée au milieu de la zone d'occupation soviétique en Allemagne, Berlin est militairement indéfendable par les Occidentaux. Staline y voit une opportunité de les faire reculer sur leurs initiatives ou à défaut de les chasser de la ville ce qui serait politiquement et symboliquement une grande victoire.

L' Histoire a retenu de cette crise la détermination des alliés occidentaux à conserver leur place à Berlin et le succès du pont aérien mis en œuvre dès les premiers jours par les Américains et les Britanniques. Cette vision occulte les craintes et les incertitudes dans lesquelles furent plongés les dirigeants occidentaux, partagés sur les intentions réelles des Soviétiques, « bluff » ou étape vers le déclenchement d'une guerre au premier prétexte, et sur la capacité du pont aérien de Berlin à assurer dans la durée le ravitaillement de la population berlinoise de plus de 2 millions d'âmes, dont en outre il était difficile de prévoir si elle se tournerait vers Moscou pour éviter de nouvelles privations ou si elle croirait en un avenir au sein du monde occidental. Enfin, la question de l'emploi ou non de l'arme atomique est pour la première fois un enjeu politique et militaire aux États-Unis hors du contexte de la Seconde guerre mondiale.

L'échec du blocus de Berlin permet aux Occidentaux de mener à bien leurs plans relatifs à la création de l'Allemagne de l'Ouest, incluant Berlin-Ouest, et à l'introduction d'une nouvelle monnaie le Deutsche Mark. Les Soviétiques y répondent par l'instauration de l'Allemagne de l'Est. Le blocus précipite aussi la conclusion en avril 1949 du Traité de l'Atlantique nord, alliance militaire transatlantique occidentale, auquel les Soviétiques répondront par le Pacte de Varsovie lorsque l'Allemagne de l'Ouest en deviendra membre en 1954. Le rideau de fer entre le bloc de l'Ouest et le bloc de l'Est ne bougera plus jusqu'à la chute du mur de Berlin qui marquera la fin de la guerre froide, dont Berlin aura été le cœur symbolique pendant quarante ans.

Origines[modifier | modifier le code]

Les origines du blocus remontent aux négociations entreprises par les Alliés à la fin de la Seconde Guerre mondiale pour régler le sort de l’Allemagne nazie. Une des raisons de ce blocus est la réforme monétaire de la zone d'occupation britannico-franco-américaine (la trizone). Face à la décision des Alliés de créer une nouvelle monnaie, le Deutsche Mark, l'URSS qui n'a pas été consultée bloque les voies terrestres d'accès à Berlin-Ouest pour y prévenir l'implantation de la nouvelle monnaie.

Le sort de l’Allemagne et de Berlin après la guerre[modifier | modifier le code]

Les quatre zones d’occupation de l’Allemagne.
Les quatre secteurs d’occupation de Berlin.

Alors que la défaite allemande devient certaine, les gouvernements du Royaume-Uni, des États-Unis et de l’Union soviétique se retrouvent à Londres et commencent à discuter du sort de l’Allemagne vaincue. Ils signent le protocole de Londres le qui stipule que « l’Allemagne, à l’intérieur de ses frontières telles que celles-ci existaient au 31 décembre 1937, sera divisée pour les besoins de l’occupation en trois zones, une de ces zones étant attribuée à chacune des trois Puissances, et en une zone spéciale pour Berlin qui sera occupée conjointement par les trois Puissances »[1]. Lors de la conférence de Yalta en , Winston Churchill, Franklin Roosevelt et Joseph Staline aménagent ces accords de Londres en attribuant à la France une zone d'occupation en Allemagne et à Berlin, formée à partir des zones initiales britannique et américaine. L’objectif est d’« anéantir le militarisme et le nazisme allemands et de faire en sorte que l’Allemagne ne puisse plus jamais troubler la paix mondiale »[2].

Quand la Seconde Guerre mondiale prend fin en Europe le 8 mai 1945, les troupes soviétiques et leurs alliés occidentaux prennent position dans les zones prévues par les accords. Située en pleine zone soviétique, Berlin est, conformément aux accords, divisée en quatre secteurs d’occupation avec une direction quadripartite. Du 17 juillet au 2 août 1945, la conférence de Potsdam esquisse l’après-guerre, alors que les premières tensions se font déjà sentir. En effet, les forces soviétiques, arrivées les premières à Berlin, commencent à démonter des usines et à piller la zone qui leur a été attribuée alors qu’aucun accord n’a été conclu sur les réparations de guerre dues par l’Allemagne et leurs modalités de recouvrement[3]. Harry Truman, le nouveau président des États-Unis, Joseph Staline et Winston Churchill, remplacé en cours de conférence par le nouveau premier ministre du Royaume-Uni Clement Attlee, décident que chaque puissance occupante est libre de prélever des réparations de guerre dans sa propre zone, à condition que l’économie allemande puisse subsister. Il est de plus prévu le démantèlement de l’industrie lourde allemande. Les Alliés prévoient de se dessaisir de leurs pouvoirs au fur et à mesure des manifestations de confiance des Allemands[4]. En novembre 1945, un accord permet le libre survol de la zone soviétique dans des couloirs aériens pour relier les zones française, anglaise et américaine d’Allemagne à leur secteur d’occupation respectif dans Berlin[5].

La mésentente des quatre puissances occupantes[modifier | modifier le code]

Contrairement aux accords conclus, qui proclament la liberté pour chaque nation de choisir son régime politique, Moscou entend imposer le communisme et créer ainsi une zone d’influence, qui aura l’avantage d’apporter une protection supplémentaire au territoire soviétique, et de le protéger d’envahisseurs potentiels venus de l’Ouest. Le premier à mettre en garde le « monde libre » contre la menace que constitue l’expansion soviétique est Winston Churchill dans son célèbre discours de Fulton prononcé aux États-Unis en mars 1946 quand il dénonce le « rideau de fer »[6]. George Kennan, numéro deux de l’ambassade américaine à Moscou, envoie en février 1946 un message connu sous le nom de « Long télégramme ». Dans ce message, il alerte Washington sur la nature totalitaire du régime stalinien et sa propension à sans cesse trouver un nouvel ennemi pour se justifier, mettant ainsi en danger la liberté des peuples, et il conseille un durcissement de la politique américaine à son égard[7].

Harry S. Truman en novembre 1945.

Les Soviétiques réagissent en la personne de Nikolaï Novikov, ambassadeur soviétique à Washington. Dans un télégramme daté du , il met en cause la politique américaine et pointe la volonté des Américains de vouloir dominer le monde. Il affirme que l’impérialisme américain s’illustrera ensuite, entre autres par les aides financières apportées pour contrôler les économies des pays aidés, par l’accroissement du budget militaire et l’implantation de bases militaires dans le monde. Novikov assure que cet impérialisme se heurtera toujours à l’URSS, le seul État à avoir préservé son indépendance vis-à-vis des États-Unis[3]. Le gouvernement américain décide, suivant la doctrine Truman de « l’endiguement »[8], de « soutenir les peuples libres qui résistent à des tentatives d’asservissement qu’elles soient le fait de minorités armées ou de pressions étrangères »[note 4].

Réunie pour traiter de l'avenir de l'Allemagne et de l'Autriche, la « Conférence des ministres des Affaires étrangères »[note 5] des quatre puissances qui se tient à Moscou à partir du 10 mars 1947 ne parvient à aucun accord malgré six semaines de négociations et des rencontres directes entre Marshall et Staline. De ce moment, date la conviction des Américains et des Britanniques qu'aucun accord ne sera possible avec les Soviétiques et qu'ils devront trouver des solutions par eux-mêmes applicables à leurs secteurs d'occupation et à celui de la France qui commence à se rallier à cette ligne politique[9].

Le lancement en du plan Marshall d'aide économique et financière à la reconstruction de l'Europe de l'Ouest comme de l'Est est la conséquence directe de l'échec des négociations de Moscou[10]. Les Soviétiques refusent d'en être partie prenante et obligent leurs États satellites d'Europe de l'Est à en faire autant[11]. Puis ils fondent le Kominform en dont l'objet est d'assurer la coordination idéologique des partis communistes européens et plus spécifiquement de contrôler le PCI et le PCF. C’est à cette occasion qu'Andreï Jdanov énonce la vision soviétique de l'affrontement entre l'Est et l'Ouest : il dénonce l’impérialisme américain et affirme que « les communistes doivent être la force dirigeante qui entraîne tous les éléments antifascistes épris de liberté […] ». Ceci signifie que les communistes doivent essayer de prendre le pouvoir dans tous les États où ils sont présents. Le monde est désormais divisé en deux camps inconciliables[10],[12],[13].

Le 25 février 1948, le coup de Prague accroît encore la tension : le président de la république tchécoslovaque, Edvard Beneš, doit céder tout le pouvoir aux staliniens et à leurs chefs, Klement Gottwald et Rudolf Slánský, après deux semaines de pressions intenses des Soviétiques.

Vers la partition de l'Allemagne[modifier | modifier le code]

Avec le début de la guerre froide, Moscou veut utiliser le territoire allemand comme aire sécurisée pour protéger ses frontières à l’ouest. Les Soviétiques procèdent de la même manière que dans les pays libérés par l’Armée rouge, ils soutiennent la formation du Parti socialiste unifié d'Allemagne créé par la fusion des instances du Parti social-démocrate d'Allemagne et du Parti communiste d'Allemagne dans leur zone, ils autorisent les autres partis mais les maintiennent sous étroite surveillance, ils placent des communistes aux postes clés de leur zone[4]. À partir de 1948, les grandes entreprises de la zone d’occupation soviétique sont nationalisées, ce qui représente 40 % de la production industrielle ; les grandes propriétés sont partagées, les opposants politiques internés et la liberté d’expression supprimée dans les médias. Cependant Staline ne cherche pas dans un premier temps la partition du pays. Il espère en effet pouvoir bénéficier de l’exploitation du charbon de la Ruhr[3].

Dans la zone anglo-américaine, les Américains, pour des raisons humanitaires et politiques, distribuent gratuitement aux Allemands des produits alimentaires dès 1945. Par crainte de l’expansion soviétique, les Américains et les Britanniques souhaitent le redémarrage de l’économie allemande[14]. Les Occidentaux sont soucieux de voir le pays vaincu payer réellement ses réparations de guerre, ce qui nécessite une économie productive. Les autorités américaines et britanniques décident de créer le la bizone, une fusion économique de leurs deux zones. Les barrières douanières entre les deux zones sont supprimées afin de favoriser le développement économique. Le plan Marshall s’applique aux trois zones d'occupation occidentales de l’Allemagne vaincue. L’aide totale est estimée à environ 4 milliards de dollars américain[3]. La reconstitution d’un État allemand démocratique et économiquement viable apparaît de plus en plus nécessaire pour faire barrage au communisme[10].

Crise diplomatique et mise en place du blocus (Février - Juin 1948)[modifier | modifier le code]

La Conférence de Londres sur l'Allemagne[modifier | modifier le code]

Le 23 février 1948 s'ouvre à Londres une conférence qui rassemble les trois puissances occidentales et les trois pays du Benelux dans l'objectif de définir une vue conjointe sur l'Allemagne. Pendant la Conférence de Londres au printemps 1948, la bizone devient la trizone avec l’adjonction de la zone d’occupation française. Elle est incluse dans une organisation économique de l’Europe de l’Ouest[15]. Les puissances occidentales, devant l’impossibilité d’un accord avec l’Union Soviétique, optent pour la séparation pure et simple. Les six États occidentaux participant à la Conférence de Londres préparent une réforme monétaire pour l'Allemagne de l'Ouest. Ils préconisent que les présidents des Länder[note 6] de l’Ouest puissent réfléchir à la création d’un gouvernement démocratique en Allemagne[16].

Dans le même temps, le Congrès américain approuve le Plan Marshall ce qui permet à Truman de signer le « Foreign Assistance Act » le et de débloquer les premiers versements de l'aide aux européens[17].

La riposte des Soviétiques[modifier | modifier le code]

Staline décide d'utiliser Berlin pour forcer les alliés occidentaux à rallier les vues de l'URSS sur le futur de l'Allemagne. L’Union Soviétique se retire, le 20 mars 1948, du Conseil de contrôle allié, mettant ainsi fin au quadripartisme[3]. Puis, pour montrer leur opposition à la création éventuelle d’un État occidental et à la réforme monétaire, les Soviétiques perturbent les liaisons entre Berlin et les zones occidentales à partir du 1er avril 1948. Staline pense par ce moyen de pression amener les Occidentaux à la table des négociations pour conserver l’unité de l’Allemagne. Le personnel américain transitant par la zone soviétique doit montrer ses papiers et son accréditation. Le général Gailey, chef d’état-major du gouvernement militaire américain, proteste contre cette mesure qui va à l’encontre des usages établis depuis 1945. Ceci n’empêche pas les Soviétiques de renforcer leurs mesures de restrictions. Plus aucun chargement de marchandises ne peut quitter Berlin par voie ferrée. Les Américains hésitent entre la fermeté et la crainte d’une escalade pouvant mener à la guerre[18]. Lucius Clay, le gouverneur militaire américain pour l’Allemagne, défend la nécessité de tenir tête aux Soviétiques[19]. Les forces occidentales se rallient à son point de vue, ceci au moment où l’Union soviétique renforce encore sa pression sur les communications entre Berlin et le secteur Ouest de l’Allemagne. Début juin, les voyageurs allemands entrant en zone soviétique doivent obtenir une autorisation spéciale[3].

Le , les trois zones occidentales adoptent le Deutsche Mark en remplacement de la monnaie d’occupation. Par cette réforme monétaire, les Occidentaux détachent économiquement leur trizone de la zone soviétique[20]. La réforme est indispensable pour retirer de la circulation l’excédent monétaire, pour éliminer le marché noir et créer une incitation à la production. Staline proteste contre ce qu’il considère être une violation des accords de Potsdam, en vertu desquels les quatre puissances occupantes détiennent une souveraineté collective sur l’Allemagne. Les Occidentaux souhaitent cependant étendre cette réforme à Berlin. Devant le refus soviétique, ils prennent la décision de n’appliquer cette mesure qu’aux secteurs de l’ancienne capitale du Reich qu’ils contrôlent, à partir du 24 juin[21]. De ce fait, deux monnaies différentes sont amenées à circuler dans Berlin.

En réaction, les Soviétiques arrêtent tout le trafic ferroviaire entrant à Berlin ainsi que celui des péniches. Ils n’approvisionnent plus en courant électrique venant de leurs usines la partie ouest de la ville[22]. Le prétexte d’une telle mesure est la présence de défauts techniques sur les voies ferrées et, pour le trafic routier, la nécessité d’empêcher l’arrivée à Berlin de la nouvelle monnaie occidentale, ce qui serait néfaste pour l’économie du secteur soviétique[3]. Le 24 juin 1948, le blocus devient total en violation complète de l’accord quadripartite exigeant que le ravitaillement de Berlin se fasse en mettant les approvisionnements en commun. Seul le ravitaillement par air reste possible[3].

La résistance occidentale au blocus soviétique (Juin 1948 - Mai 1949)[modifier | modifier le code]

Les autorités occidentales ripostent au blocus en mettant en place un contre-blocus : tout trafic des zones occidentales vers la zone soviétique ou vers l’est de Berlin est prohibé, ce qui pénalise grandement cette zone qui manque cruellement de charbon[note 7]. Clay pense que grâce au pont aérien, il est possible de subvenir aux besoins de la population, même si celle-ci doit souffrir des conséquences économiques d’un isolement prolongé[23].

Le pont aérien de Berlin[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pont aérien de Berlin.
Le général américain Lucius D. Clay.
Voies aériennes pendant le blocus de Berlin
Un monument commémoratif du pont aérien a été élevé à Tempelhof, affichant les noms des 40 pilotes britanniques et des 31 pilotes américains qui ont perdu la vie lors de l’opération. Des monuments similaires peuvent être vus à l’aéroport militaire de Wietzenbruch, près de Celle, et à la base aérienne de Rhin-Main (Rhine-Main Air Base), près de Francfort-sur-le-Main.

En réponse au blocus, le général Lucius D. Clay, suggère d’abord d’envoyer à Berlin-Ouest une colonne blindée ; elle éviterait toute provocation, mais serait prête à se défendre en cas d’attaque[24]. Ce plan ne reçoit l’accord ni du Secrétaire à la Défense des États-Unis, ni des autorités britanniques[25] qui envisagent plutôt la mise en place d’un pont aérien.

Clay n’est tout d'abord pas certain qu’une telle mesure puisse assurer le ravitaillement de deux millions de personnes[26]. Il tient d’abord à s’assurer auprès du nouveau maire de Berlin, Ernst Reuter, que la population berlinoise est prête à accepter les sacrifices qu’une telle situation engendrera nécessairement[27]. Le 25 juin, il téléphone au général Curtis LeMay, chef de l’United States Air Forces in Europe pour qu’il commence à organiser le ravitaillement par les airs. Les premiers avions de transport arrivent à Berlin le lendemain[25]. La mise en place d’un pont aérien est approuvée le jour même par le président des États-Unis qui ordonne que soient dévolus à cet effet tous les moyens aériens nécessaires pour nourrir Berlin jusqu’à ce qu’une solution diplomatique soit trouvée[28].

Cette opération reçoit le concours du général Albert Coady Wedemeyer, le Chief of Plans and Operations de l’armée américaine, en tournée d’inspection en Europe quand la crise survient. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Wedemeyer a été le chef d’état-major de Tchang Kaï-chek et a pu se rendre compte de l’efficacité du pont aérien ravitaillant les forces chinoises par-dessus l’Himalaya. Il est d’avis qu’une entreprise de même nature permettrait de déjouer le blocus. Il pense que le lieutenant-général William H. Tunner, qui avait été responsable du Air Transport Command en Asie du Sud-Est, est le mieux placé pour la mener à bien[25]. Le , le général Clay donne l’ordre de lancer la mise en place d’un gigantesque pont aérien (qui durera 324 jours) pour ravitailler Berlin-Ouest. Le 26 juin, le premier avion américain se pose à l'aéroport de Tempelhof, suivi deux jours plus tard du premier avion britannique à Gatow. L’opération américaine est appelée Operation Vittles (« opération victuailles »). Le plan britannique de ravitaillement Knicker est rebaptisé Carter Paterson le 30 juin 1948, puis Operation Plainfare (« Tarif ordinaire ») le 19 juillet 1948[29].

Les avions de transport présents sur le sol allemand, soit deux groupes de Douglas C-47 Skytrain bimoteurs comprenant théoriquement 96 engins, ne suffisant pas à assurer le ravitaillement de la ville, les Américains font venir des Douglas C-54 Skymaster quadrimoteurs de bases situées en Alaska, à Panama et à Hawaï. 160 sont disponibles en juillet 1948[3].

Ces avions, surnommés Rosinenbomber[30], c’est-à-dire « bombardiers de raisins secs » par les Berlinois, transportent vivres, matériel et matières premières, à savoir du blé, du charbon (un million et demi de tonnes en tout), de l’essence et des médicaments.

L’acheminement de ces énormes quantités est possible grâce à un système efficace : les trois couloirs aériens sont utilisés en sens unique, les vols vers Berlin se faisant dans ceux situés au nord et au sud tandis que celui du centre sert aux vols de retour. Chaque pilote n’a droit qu’à une seule tentative d’atterrissage. S’il échoue, il doit revenir avec la totalité de son chargement. Grâce à ce système, il est possible de faire atterrir un avion toutes les trois minutes en moyenne. Le stationnement au sol dans Berlin-Ouest est réduit à une demi-heure[31]. Les avions emportent sur le vol de retour des enfants berlinois qui peuvent se reposer et se soigner en Allemagne de l’Ouest. Le 16 avril 1949, les avions alliés peuvent atterrir au rythme d’un par minute, et 12 941 tonnes sont transportées ce jour-là, ce qui constitue un record[32]. Les colis vont du gros conteneur au paquet de friandises avec parachute pour les petits Berlinois.

L'idée de larguer des friandises vient d'un pilote de l’US Air Force, Gail S. Halvorsen. Après une de ses missions, il est revenu à Berlin et a discuté avec des enfants. En partant, il a promis de revenir larguer des bonbons, ce qu'il a fait. Il a été blâmé par sa hiérarchie pour la forme avant de recevoir l'ordre de continuer.

Article détaillé : Opération Little Vittles.

Le pont aérien est assuré essentiellement par les Américains et les Britanniques, ces derniers employant outre les C-47, des Handley Page Hastings, des Avro York et des Short S.25 Sunderland, ce type d'appareils réalisant 58 000 missions, ce qui représente presque la moitié de la contribution britannique, mais des pilotes viennent également d’Australie, du Canada, d’Afrique du Sud et de la Nouvelle-Zélande[33]. La France, dont la plupart des avions de transport sont alors engagés en Indochine, n’y participe guère (424 vols). Elle peut néanmoins approvisionner ses garnisons et elle utilise des avions de transport allemands Junkers Ju 52/3m. La participation française majeure à l’effort allié est l’aménagement de l'aéroport de Berlin-Tegel en seulement quatre mois. Le pont aérien est un grand succès. Il semble que la ville puisse ainsi être ravitaillée indéfiniment.

À la fin du blocus, les Alliés ont effectué 278 228 vols, dont 189 963 à mettre sur le compte des Américains, et 2 110 480 tonnes de fret ont été acheminées à Berlin-Ouest (68 % de charbon et 23 % de nourriture). En tout, plus de 8 000 tonnes de marchandises sont ainsi livrées chaque jour en moyenne[32].

Aéroports[modifier | modifier le code]

Les aéroports berlinois impliqués dans ce pont aérien sont l’aéroport de Tempelhof dans le secteur américain, Gatow (de) et Havel dans le secteur britannique et l’aéroport de Berlin-Tegel construit par une unité du génie des troupes d'occupation françaises en Allemagne en 49 jours avec l’aide de volontaires berlinois dans le secteur français[34].

En effet, les Occidentaux comprennent rapidement qu’ils ont besoin d’un aérodrome supplémentaire pour assurer un ravitaillement plus efficace. Le contrôle des ponts aériens des trois secteurs est effectué par le Centre de contrôle du trafic aérien berlinois (CCTAB), basé à Tempelhof. De grands hydravions britanniques, qui transportent du charbon et surtout du sel, atterrissent également sur la rivière Havel et le lac Großer Wannsee.

Quant aux bases de départ en Allemagne de l'Ouest, les Américains décollent essentiellement depuis leurs grandes bases de Wiesbaden et de Francfort[32]. Les centres logistiques principaux pour le produit important qu’est le charbon sont les aérodromes situés dans le secteur britannique à Celle, Faßberg et Wunstorf. Ces aérodromes sont également agrandis de manière significative et raccordés au réseau ferroviaire.

Les Britanniques utilisent notamment l'aéroport de Blackbushe comme base pour leurs Douglas C-47 Skytrain.

Fin du blocus et partition de l'Allemagne (Mai 1949 - Octobre 1949)[modifier | modifier le code]

Levée du blocus par les Soviétiques[modifier | modifier le code]

L’Union soviétique lève le blocus le à minuit. La circulation entre la trizone et la zone soviétique est rétablie. Des journalistes venus du monde entier couvrent l’événement. Le Monde relate dans son édition du 13 mai :

« L’autostrade Hanovre-Berlin se transforma cette nuit en autodrome. Massée derrière la barrière britannique de Helmstedt une file ininterrompue de voitures attendait, encombrant les quatre chaussées inutilisées depuis dix mois. À minuit et une minute la barrière fut levée. À 1 h 46, les premières voitures alliées venant de Helmstedt apparaissaient sur l’autostrade. Six cents personnes étaient venues les acclamer[35]. »

Cependant, les Occidentaux voulant s’assurer que Berlin-Ouest puisse affronter un éventuel nouveau blocus, le pont aérien est maintenu jusqu’au 30 septembre[32]. Le blocus a coûté la vie à 74 participants[36] à la suite d’accidents et d’une collision en vol entre un avion de combat de l’Armée rouge et un appareil britannique lors des multiples tentatives d’obstruction des forces soviétiques (9 accidents causant 40 victimes pour le Commonwealth[33]).

En levant le blocus, Staline reconnaît sa première défaite face à l’Occident dans la guerre froide. Pour le camp occidental, la démonstration est faite qu'une résistance prolongée face aux intimidations soviétiques peut forcer l'URSS à accepter un compromis. Il s'agit pour l'URSS et l'Allemagne de l'Est d'une humiliation, voire d'une grande défaite, et d'une victoire pour les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne de l'Ouest.

Naissance de l'Allemagne de l'Ouest et de l'Allemagne de l'Est[modifier | modifier le code]

L’Europe séparée par le rideau de fer. En rouge, les pays du bloc communiste (la Yougoslavie et l'Albanie finissent par rompre avec l’URSS).

Le blocus de Berlin accélère la partition de l’Allemagne. Suivant en cela les conclusions de la conférence de Londres, un Conseil parlementaire, élu pour élaborer un projet de constitution d'une Allemagne de l'Ouest fédérale se réunit la première fois à Bonn le 1er septembre 1948. Konrad Adenauer est élu à la présidence de ce conseil. Le Conseil parlementaire élabore la Loi fondamentale, constitution d’un nouvel État regroupant les Länder de la trizone, dévoilée aux Allemands le 23 mai 1949[16]. Elle est ensuite adoptée par voie référendaire, donnant naissance à la République fédérale d'Allemagne.

De leur côté, les Soviétiques créent dans leur zone la République démocratique allemande en octobre 1949. Point de rencontre des deux modèles, Berlin devient la vitrine des modèles occidental et soviétique.

Organisation de la défense collective des Occidentaux[modifier | modifier le code]

Les Français et les Britanniques sont depuis 1947 très préoccupés de la menace militaire soviétique, qui prend le pas progressivement sur les craintes d'un renouveau militaire allemand qui dominaient dans l'immédiat après-guerre. Les pays occidentaux n’ont donc pas attendu le blocus de Berlin pour s’organiser contre l’Union soviétique. En mars 1948, la Belgique, la France, le Royaume-Uni, le Luxembourg et les Pays-Bas signent le traité de Bruxelles qui crée une alliance défensive des États membres européens, l’Union de l'Europe occidentale[3].

Mais les Européens ne pensent pas pouvoir assurer leur sécurité sans l'engagement des États-unis à leurs côtés. L'impossibilité de résoudre la crise de Berlin par la diplomatie incite les Occidentaux à former une alliance qui garantisse dans le long terme l'engagement des États-unis dans la défense de l'Europe de l'Ouest : les négociations officielles sur le texte du futur Traité de l'Atlantique Nord s'ouvrent à Washington le 10 décembre 1948 entre les pays signataires du Traité de Bruxelles, le Canada et les États-Unis[37]. La signature du Traité de l'Atlantique Nord le 4 avril 1949 affaiblit encore la position soviétique. L’un des articles du traité précise que « les Parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les Parties. ».

Les Berlinois pendant le blocus[modifier | modifier le code]

Des enfants berlinois près d'un C-74 Globemaster de l'US Air force en cours de déchargement le 19 août 1948 à l'aérodrome de Gatow.

Conditions de vie misérables[modifier | modifier le code]

Avec le blocus, Berlin-Ouest devient un symbole de liberté pour l’Occident. Les Berlinois ne sont plus désormais perçus comme des nazis, mais comme des victimes de la menace soviétique. Au début du blocus, Berlin-Ouest comprend un peu plus de deux millions d’habitants dont il faut assurer l’approvisionnement. Le blocus provoque une pénurie de vivres qui oblige la population berlinoise à cultiver ses fruits et légumes comme le montrent les photographies de l’époque[38]. Le blocus oblige le gouvernement militaire à prendre entièrement en charge le ravitaillement de Berlin-Ouest. Les cartes de rationnement réapparaissent afin de permettre au nouveau système de ravitaillement de répondre aux besoins de la population. Les Berlinois sont approvisionnés par trois voies différentes : la production locale de ces biens, le pont aérien et le marché noir. À l’arrivée de l’hiver, les arbres de la cité sont coupés pour fournir du bois de chauffage aux habitants. Certains fouillent les poubelles à la recherche d’un peu de nourriture[32].

Le manque d’électricité bouleverse l’économie de ce secteur. Seuls les produits essentiels aux Berlinois sont fabriqués. Les autres sont négligés. De ce fait, de nombreuses entreprises ferment. En décembre 1948, même si plus de 40 000 personnes se retrouvent sans emploi, le taux de chômage est de seulement 4 %. Ce faible taux est la conséquence de plusieurs facteurs. Les entreprises sont obligées d’engager plus de travailleurs, l’énergie humaine compensant la perte de l’énergie électrique. Souvent, les entrepreneurs préfèrent engager un surplus de travailleurs pour éviter leur exode vers la zone soviétique. Enfin, la reconstruction de la ville n’est pas achevée et continue même pendant le blocus[3].

Sur le plan de la santé publique, les conditions de vie difficiles et l’hiver entraînent une sensibilité accrue de la population aux différentes maladies. Les hôpitaux ne peuvent être chauffés correctement. Le pont aérien n’empêche pas la pénurie de médicaments. Ainsi, de nombreuses personnes hospitalisées sont envoyées dans des hôpitaux des zones occidentales[3]. Malgré tout, de nombreux civils berlinois meurent durant le blocus à cause de la malnutrition et de la maladie, en particulier la tuberculose[36].

Ralliement des Berlinois à l'Ouest[modifier | modifier le code]

Atterrissage d’un avion à Tempelhof.

Les Soviétiques et les communistes allemands sont convaincus que les Occidentaux ne seront pas en mesure de ravitailler durablement les Berlinois. Ils escomptent un ralliement massif à leur camp en proposant des rations de vivres et de charbon plus importantes. Moins de 5% des Berlinois vivant dans les secteurs occidentaux vont franchir le pas. Dans leur grande majorité, les Berlinois de l’Ouest gardent confiance en l’occupant américain qui s’est mué à cette occasion en protecteur[39]. Les autorités américaines peuvent compter sur les volontaires allemands pour participer au déchargement des avions de ravitaillement en échange d’une ration supplémentaire ou d’une cartouche de cigarettes[32]. Et 17 000 Berlinois participent jour et nuit pendant trois mois à la construction de la piste de l'aéroport de Tegel en secteur français[40].

Le blocus consomme la partition géographique et politique de la ville. L'administration unique issue des élections d'octobre 1946, perdues par les communistes, est peu à peu empêchée de fonctionner. Les Soviétiques tentent d'imposer l'administration communiste de la ville qu'ils instaurent par un coup de force le 30 novembre et d'empêcher la tenue d'élections dans les secteurs Ouest prévues pour le 5 décembre 1948. Le mois de novembre est le plus dramatique de tout le blocus : l'hiver est là, les pont aérien est considérablement ralenti par le brouillard[41] et les communistes mènent toutes sortes d'actions d'intimidation pour rallier la population à leur cause et la convaincre de ne pas aller voter[42],[43]. Pourtant, les Berlinois de l'Ouest tiennent bon[44] et plus de 86% d'entre eux participent aux élections municipales, auquel le parti communiste est-allemand, le SED, ne participe pas considérant que ces élections sont illégales. Les Berlinois de l'Ouest donnent une large victoire au parti social-démocrate, le SPD, déjà vainqueur des élections libres de 1946 dans toute la ville, mais dont son leader, Ernst Reuter, avait été empêché de diriger la ville par les Soviétiques[45].

Le contre-blocus, imposé par les puissances occidentales, pénalise fortement fortement l’activité économique de la zone soviétique en la privant du charbon de la Ruhr[3]. La levée du blocus sera ressentie comme un grand soulagement par la population berlinoise et est-allemande.

La fin du blocus ne signifie pas immédiatement le retour à une situation bien meilleure. Les conditions économiques à Berlin-Ouest s’aggravent après le blocus. Le nombre de chômeurs s’accroît brusquement en grande partie à cause de l’afflux de réfugiés est-allemands qui fuient les conditions de vie difficiles de la zone soviétique. De plus, les entreprises licencient la main-d’œuvre employée pendant le blocus pour compenser la pénurie d’énergie. Adenauer, le premier chancelier de la jeune République fédérale d'Allemagne, fait de la reconstruction du secteur économique de Berlin-Ouest une priorité. Un impôt spécial de solidarité, Notopfer Berlin (« offrande pour secourir la misère à Berlin »), est prélevé jusqu’au 31 mars 1952 et rapporte de 25 à 40 millions de DM par mois pour aider la ville[3].

Une crise longue et dangereuse[modifier | modifier le code]

Négociations infructueuses pendant le blocus[modifier | modifier le code]

Dès le début du blocus, les représentants américains, britanniques et français adressent des protestations officielles à l’Union soviétique[note 8]. Occidentaux et Soviétiques se rejettent chacun la responsabilité de la situation. L’ouverture de négociations semble difficile dans ce contexte tendu.

Fin juillet, les consultations entre les Américains et leurs alliés britanniques et français conduisent à la décision de demander aux Soviétiques d'ouvrir des discussions. Les diplomates occidentaux rencontrent Staline et son ministre des Affaires étrangères, Molotov à Moscou le . Staline avance l’idée que la présence occidentale à Berlin n’est plus juridiquement fondée et propose de lever le blocus en échange du retrait de la circulation des marks occidentaux à Berlin et de négociations sur la décision des Occidentaux de fonder l'Allemagne de l'Ouest.

Les Occidentaux sont prêts à accepter sous condition de la signature d’un accord sur le contrôle quadripartite de la circulation et de l’utilisation de la monnaie soviétique à Berlin. Malgré de nombreuses rencontres et une deuxième réunion, le 23 août, en présence de Staline, les discussions pour la rédaction d’un texte définitif n’aboutissent pas, Molotov refusant tout autre texte que celui qu’il a rédigé. Toutefois un accord intervient le 30 août par lequel les gouvernements des quatre puissances demandent aux gouverneurs militaires de rechercher un accord sur l'introduction du Mark soviétique à Berlin en échange de la levée du blocus. Les réunions se succèdent à partir du 31 août, sans résultat. Le secrétaire d'État américain, George Marshall, dresse le 7 septembre un constat d'échec des négociations qui s'interrompent alors[46].

Les Américains souhaitent dès lors adopter une position ferme, mais ils doivent composer avec leurs alliés européens qui craignent par-dessus tout une issue militaire à la crise. Aussi deux nouvelles rencontres ont-elles lieu avec Molotov les 14 et 18 septembre à l'issue desquelles le sentiment général des Occidentaux est que les Russes ne cherchent pas à négocier réellement. Le fait qu'entre temps la formation de l'Allemagne de l'Ouest avance vite, avec notamment le début des travaux de l'Assemblée constituante de la RFA sous la direction de Konrad Adenauer le 1er septembre 1948 amenuise leur intérêt à trouver un compromis à Berlin. Le pont aérien fonctionne de mieux en mieux et pour la première fois, le temps commence à jouer en faveur des Occidentaux[47].

La décision est prise par les Occidentaux de porter leur différend avec l'Union soviétique concernant Berlin et la question allemande en général devant les Nations-Unies. Marshall se rend à Paris le 19 septembre d'où la diplomatie américaine sera conduite durant les deux mois suivants, pour participer à l'Assemblée générale des Nations-Unies à travers laquelle ils espèrent toucher l’opinion mondiale en mettant en avant les menaces pour la paix que fait courir l’attitude soviétique à Berlin. Le 29 septembre 1948, les Occidentaux saisissent le Conseil de sécurité de l'ONU qui s’empare de la question malgré l’opposition soviétique. Sous l'égide de plusieurs États membres du Conseil, une résolution de compromis est mise au point le 22 octobre qui propose de lever le blocus, d'introduire le Mark allemand de la zone soviétique dans tout Berlin et de réunir le Conseil des ministres des Affaires étrangères des quatre puissances pour rechercher un règlement plus vaste de la question allemande[48]. Celle-ci n'aboutit pas en raison du veto soviétique lors de la réunion du Conseil de sécurité le 25 octobre[49],[50].

En février 1949, les contacts reprennent entre Américains et Soviétiques. Finalement, les quatre puissances occupantes parviennent à un accord le 4 mai 1949. Elles annoncent « la levée du blocus et du contre-blocus de Berlin pour le 12 mai et la réunion du Conseil des quatre ministres des Affaires étrangères le 23 mai suivant ».

Premiers balbutiements de la dissuasion nucléaire[modifier | modifier le code]

En 1948, les Américains ont encore le monopole de l'arme nucléaire, mais pour peu de temps encore : les Soviétiques feront exploser leur première bombe atomique le 29 août 1949, trois mois après la fin du blocus. Les Américains n'ont pas encore de doctrine définie d'emploi de l'arme nucléaire, ont peu développé leur arsenal depuis la fin de la seconde guerre mondiale et l'ont placé sous contrôle civil de l'Atomic Energy Commission (AEC).

À partir du 16 juillet 1948, soixante bombardiers stratégiques Boeing B-29 Superfortress du Strategic Air Command sont progressivement déployés sur des bases en Grande-Bretagne, avec le plein soutien du gouvernement britannique[51]. Ils ne sont pas équipés de bombes atomiques, mais le doute à cet égard est entretenu volontairement. Leur présence sur le sol européen envoie un message clair aux Soviétiques et constitue le tout premier exemple de dissuasion nucléaire[52].

Mi-septembre 1948, le secrétaire à la Défense James Forrestal obtient de Truman l'assurance qu'en cas de guerre il serait prêt à utiliser la bombe atomique[53]. Les premiers plans de bombardement atomique sont élaborés par les états-majors américains durant l'année 1948, mais Truman laisse les armes nucléaires sous le contrôle civil de l'AEC, demande que des plans de bombardement non nucléaire soient également établis et se réserve le droit exclusif de décider de l'usage des bombes atomiques.

Photos et vidéo[modifier | modifier le code]

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Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les « trois puissances occidentales » ou les « Occidentaux » désignent usuellement pendant la guerre froide les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne.
  2. Par les accords de Potsdam, les quatre puissances alliées de la Seconde guerre mondiale, l'Union soviétique, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, ont partagé l'Allemagne en autant de zones d'occupation et partagé de même Berlin, qui se trouve en plein cœur de la zone soviétique, en quatre secteurs. Les trois secteurs dévolus aux Américains, Britanniques et Français formeront ce qui sera appelé couramment Berlin-Ouest. Le secteur soviétique sera appelé Berlin-Est.
  3. Dès 1946, les relations se crispent à la suite entre autres de la crise irano-soviétique.
  4. Discours d'Harry S. Truman devant le Congrès des États-Unis, 12 mars 1947
  5. La gouvernance de l'Allemagne après la guerre a été définie par les accords de Potsdam qui ont instauré pour les décisions et arbitrages au plus haut niveau une « Conférence des ministres des Affaires étrangères » des quatre puissances : États-Unis, France, Grande-Bretagne et Union soviétique. Celle de mars 1947 est la quatrième du genre. Elle est suivie en novembre 1947 d'une cinquième conférence dont les Occidentaux n'attendent plus rien et qui s'achève sans que la date d'une sixième conférence ne soit fixée. Celle-ci se tiendra finalement en mai 1949 après la levée du blocus de Berlin.
  6. Les Länder sont des créations des puissances d’occupation. Ils tiennent plus ou moins compte du découpage historique du pays (voir Histoire de l'Allemagne).
  7. Lucius Clay souligne qu'« il était certain que le contre-blocus allait être plus néfaste pour l’Allemagne orientale que le blocus ne l’était pour l’Allemagne occidentale. La première manquait de coke, de charbon et d’acier et ne pouvait obtenir ces produits de la région située au-delà du rideau de fer qui en éprouvait elle-même la pénurie. L’Allemagne occidentale, intégrée dans le plan Marshall, pouvait puiser dans la production beaucoup plus riche du monde occidental. » (Clay 1950)
  8. La note américaine du 6 juillet 1948 stipule que « le gouvernement des États-Unis considérait ces mesures de blocus comme une violation évidente des accords existant au sujet de l’administration de Berlin par les quatre puissances d'occupation ». Selon la note américaine, ces accords « garantissaient aux États-Unis, en même temps qu’aux autres puissances, un libre accès à Berlin en vue de s’y acquitter des responsabilités leur incombant au titre de puissance d’occupation, ces droits découlant de la défaite totale et de la capitulation sans condition de l’Allemagne ».

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Protocole entre les Alliés relatif aux zones d'occupation en Allemagne (Londres, 12 septembre 1944) », cvce.eu,
  2. « Extraits des accords de Yalta du 11 février 1945 », sur Cliotexte (consulté le 12 septembre 2007).
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Mauro Cerutti, « Le Blocus de Berlin », Séminaire d’histoire diplomatique et des relations internationales, université de Genève, 2003-2004
  4. a et b André Fontaine, « Guerre froide », dans Encyclopædia Universalis, , DVD
  5. Berstein et Milza 1985, p. 281
  6. « Discours de Winston Churchill (Fulton, 5 mars 1946) », sur Centre virtuel de la connaissance sur l'Europe (consulté le 31 janvier 2013).
  7. (en) Georges Kennan, « The Long Telegram », sur University George Washington / The National Security Archive Site
  8. Berstein et Milza 1985, p. 285
  9. La France et la crise internationale du blocus de Berlin, Jacques Bariéty, 1994
  10. a, b et c Berstein et Milza 1985, p. 286
  11. Henri Dunajewski, « Le Plan Marshall et les pays de l'Europe de l'Est », (consulté le 10 novembre 2017)
  12. Berstein et Milza 1985, p. 223
  13. « La doctrine Jdanov et le Kominform », sur CVCE - Centre Virtuel de la Connaissance sur l'Europe[ Site]
  14. Le secrétaire d’État Byrnes déclare le 6 septembre 1946 à Stuttgart : « Les États-Unis ne veulent pas prendre la responsabilité de l’aggravation de la situation économique de l’Allemagne… Le peuple américain décide d’aider les Allemands à regagner une place honorable parmi les nations libres et pacifiques. » (cité par Berstein et Milza 1985, p. 160)
  15. Rita Thalmann, « Histoire de l’Allemagne, la République démocratique allemande », dans Encyclopædia Universalis, , DVD
  16. a et b « Fondation de la RFA », sur Centre virtuel de la connaissance sur l'Europe (consulté le 31 janvier 2013).
  17. (en) « Foreign Assistance Act of 1948 » (consulté le 22 novembre 2017)
  18. À ce sujet, Lucius D. Clay déclare « Je ne crois pas que cela (la fermeté) signifie la guerre. Je tiens à vous faire comprendre que nous ne nous promenons pas avec un fusil en bandoulière et nous tirerons qu’en légitime défense. Je ne crois d’ailleurs pas que nous aurons à recourir à ces moyens ». (Clay 1950)
  19. Il affirme : « Lorsque Berlin sera tombé, ce sera au tour de l’Allemagne occidentale. » (Clay 1950)
  20. Summary of the First Law of Currency Reform Promulgated by the Three Western Military Governors, Effective June 20, 1948, United States-Department of State. Documents on Germany 1944-1985. Washington: Department of State, [s.d.], p. 147-148.
  21. Tripartite Statement Announcing Extension of the Western “Deutsche Mark” as Currency in the Western Sectors of Berlin, Effective June 24, 1948, United States-Department of State. Documents on Germany 1944-1985. Washington: Department of State, [s.d.], p. 149-450.
  22. Measures to safeguard the Soviet Zone dans Soviet News, 21 juin 1948, no 1965, p. 2.
  23. Clay 1950
  24. (en) Jean Edward Smith, The Papers of General Lucius D. Clay: Germany, 1945 - 1949, vol. 2, Indiana University Press, , p. 697
  25. a, b et c (en) D. M. Giangreco et Robert E. Griffin, The Airlift Begins, (lire en ligne), « Airbridge to Berlin --- The Berlin Crisis of 1948, its Origins and Aftermath. »
    Ouvrage publié par le site de la bibliothèque Truman
  26. Heinrich August Winkler, Histoire de l’Allemagne, XIXe - XXe siècle. Le long chemin vers l’Occident, Fayard, (ISBN 2213624437), p. 575
  27. The United States and the Berlin Blockade, 1948-1949 - Chap. 8 Décision Flow, p. 203
  28. Harry S. Truman, Mémoires, Volume II, Doubleday & Company, 1956, p. 123
  29. (en) The Berlin Airlift 1948/49, British Berlin Airlift Association, (lire en ligne [PDF])
  30. (de) Gerhard Keiderling, Rosinenbomber über Berlin, Berlin, Dietz Verlag, (ISBN 3-320-01959-7)
  31. (en) Roger D. Launius et Coy F. Cross II, MAC and the Legacy of the Berlin Airlift, Scott Air Force Base IL, 1989. (Document du service historique du commandement aérien américain)
  32. a, b, c, d, e et f To Save a City - The Berlin Airlift 1948-1949
  33. a et b (en) « British Berlin Airlift Association » [PDF], sur Cold War, (consulté le 16 novembre 2014).
  34. To Save a City - The Berlin Airlift 1948-1949, p. 58-62
  35. « Le blocus de Berlin est levé », Le Monde du 13 mai 1949.
  36. a et b Berlin en ligne
  37. « Origine du Traité de l'Atlantique Nord », sur le site de l'OTAN https://www.nato.int/cps/fr/natohq/index.htm
  38. La Crise de ravitaillement à Berlin, Berlin: Keystone, 1948. (Photographies en noir et blanc)
  39. The Candy Bombers, p. 432
  40. The Candy Bombers, p. 432 et 455
  41. The Candy Bombers, p. 462 à 470
  42. The Candy Bombers, p. 432 et 433
  43. The Candy Bombers, p. 451 et 452
  44. The Candy Bombers, p. 471 à 482
  45. The Candy Bombers, p. 483 à 489
  46. The United States and the Berlin Blockade, 1948-1949 - Chap. 8 Décision Flow, p. 312 à 333
  47. The United States and the Berlin Blockade, 1948-1949 - Chap. 8 Décision Flow, p. 334 à 346
  48. « Projet de résolution du 22 octobre 1948 », sur le site de documentation des Nations-Unies https://library.un.org/fr,
  49. « Conseil de sécurité - Procès-verbaux officiels - 372e séance - 25 octobre 1948 »,
  50. The United States and the Berlin Blockade, 1948-1949 - Chap. 8 Décision Flow, p. 346 à 354
  51. The United States and the Berlin Blockade, 1948-1949 - Chap. 8 Decision Flow, p. 335 à 340
  52. Marc Nouschi, Le XXe siècle, Paris, Armand Colin, , p. 271
  53. The United States and the Berlin Blockade, 1948-1949: A Study in Crisis Decision-Making - Chap. 8 : Decision Flow 1983, p. 337 à 338

Bibliographie et documents[modifier | modifier le code]

Ouvrages consacrés au blocus de Berlin[modifier | modifier le code]

  • Lucius Clay, Guerre froide à Berlin, Paris, Éditions Berger-Levrault,
  • Jacques Bariéty, La France et la crise internationale du blocus de Berlin, (lire en ligne)
  • (en) Andrei Cherny, The Candy Bombers: The Untold Story of the Berlin Aircraft and America's Finest Hour, Dutton Caliber, , 668 p. (ISBN 9781440635953)
  • (en) Daniel F. Harrington, BERLIN ON THE BRINK : The Blockade, the Airlift, and the Early Cold War, University Press of Kentucky, , 422 p. (ISBN 978-0-8131-3614-1, lire en ligne)
  • (de) Volker Koop, Tagebuch der Berliner Blockade. Von Schwarzmarkt und Rollkommandos, Bergbau und Bienenzucht, Bonn, Bouvier, , 241 p. (ISBN 3-416-02808-2 et 978-3-416-02808-0)
  • (en) Eric Morris, Blockade - Berlin and the Cold War, Londres, Hamish Hamilton, , 288 p. (ISBN 0-241-01517-0 et 978-0-241-01517-9)
  • (en) Avi Shlaim, The United States and the Berlin Blockade, 1948-1949: A Study in Crisis Decision-Making, University of California Press, , 463 p. (ISBN 978-0520043855, lire en ligne)

Documents historiques se rapportant au blocus de Berlin[modifier | modifier le code]

  • (en) US Air Force Historical Support Division, To Save a City - The Berlin Airlift 1948-1949, (lire en ligne)
  • (en) US Air Force Historical Support Division, A Report on the Berlin Airlift Mission, (lire en ligne)
  • (en) US Department of State - Office of the Historian, The Berlin Crisis (lire en ligne)
  • (en) US Department of State, The Berlin Crisis - Research Project N° 17 - Department of State (lire en ligne)
  • (en) The Harry S. Truman Presidential Library & Museum, The Berlin Airlift (lire en ligne)
  • (en) The Harry S. Truman Presidential Library & Museum, Extracts of « Airbridge to Berlin --- The Berlin Crisis of 1948, its Origins and Aftermath » (lire en ligne)
  • « Le blocus de Berlin », sur CVCE.eu https://www.cvce.eu

Autres ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Alain Atger et Francis Lachaise, Berlin : miroir de l’histoire allemande de 1945 à nos jours, Paris, Ellipses, coll. « Les Essentiels de la civilisation allemande », , 128 p. (ISBN 2-7298-7864-5 et 978-2-7298-7864-1)
  • Serge Berstein (dir.) et Pierre Milza, Histoire du XXe siècle : le second XXe siècle, t. 1 : La guerre et la reconstruction : 1939-1953, Paris, Hatier, coll. « Collection d’histoire contemporaine », , 318 p. (ISBN 2-218-07345-5)
  • François G. Dreyfus, Histoire des Allemagnes, Paris, Armand Colin, , 495 p.
  • Jean-Baptiste Duroselle et André Kaspi, Histoire des relations internationales, t. 2 : De 1945 à nos jours, Paris, Armand Colin, coll. « Classic », , 12e éd., 663 p. (ISBN 2-247-05533-8, 2-247-03823-9 et 978-2-247-03823-7)
  • Stanislas Jeannesson, La Guerre froide, Paris, La Découverte, coll. « Repères (Maspero) », , 122 p. (ISBN 2-7071-3508-9 et 978-2-7071-3508-7)
  • Michel Mourre, Dictionnaire encyclopédique d’histoire, Paris, Bordas, (réimpr. 2004) (1re éd. 1996), 5 volumes (ISBN 2-04-027205-4 et 978-2-04-027055-1)
  • Raymond Poidevin et Sylvain Schirmann, Histoire de l’Allemagne, Paris, Hatier, coll. « Nations d'Europe », , 278 p. (ISBN 2-218-03826-9 et 978-2-218-03826-6)

Compléments[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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