Mapuches

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Mapuches

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Famille mapuche c. 1910.

Populations significatives par région
Drapeau du Chili Chili 600 000 env.
Drapeau de l’Argentine Argentine 200 000 env.
Population totale 800 000 env.
Autres
Régions d’origine

Cordillère des Andes

Langues

Mapudungun, Espagnol

Religions

Christianisme (catholicisme et évangélisme) adapté aux croyances traditionnelles

Ethnies liées

Picunche, Huilliche, Chiliens

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Carte de répartition

Drapeau mapuche
Intérieur et métier à tisser, Chili

Les Mapuches, littéralement « Peuple de la terre » en mapudungun, sont les communautés aborigènes de la zone centre-sud du Chili et de l'Argentine, connues également sous le nom d'Araucans.

Population mapuche[modifier | modifier le code]

Selon le recensement officiel de 2002, les Mapuches représentent 4 % de la population chilienne (87,3 % des indigènes), soit un peu plus de 600 000 personnes. D'autres statistiques en donnent un nombre plus élevé. Ils vivent principalement dans les zones rurales de la région d'Araucanie ainsi que dans la région des Lacs et la région métropolitaine de Santiago (la capitale, Santiago du Chili).

On estime à environ 200 000 leur nombre en Argentine, répartis principalement sur la province du Neuquén, mais aussi sur celles de Río Negro et de Chubut[1]. Les autres populations autochtones du Chili, moins nombreuses sont Aymaras et Rapanuis.

Communautés mapuches[modifier | modifier le code]

La culture mapuche s'est étendue aux communautés :

  • Picunches (peuple du nord). Ils vivaient entre les fleuves Choapa et Itata. Certains des leurs étaient intégrés à l'Empire Inca. Leur dialecte est connu sous le nom de chilidengu ou chilidungun.
  • Huilliches (peuple du sud)
  • Pehuenches : peuple du pehuén (Araucaria), vivant dans les montagnes[2].
  • Cuncos
  • Mapuches (ou Araucans, les protagonistes de la Guerre d’Arauco contre les Conquistadors)
  • Puelches (peuple de l'est)
  • Poyas
  • Ranquels (Rankul-che: peuple des cannes)
  • Tehuelches (ou Patagons selon les Espagnols), pour la grande majorité des Tehuelches du nord (Gününaküna, en tehuelche) et une minorité de Tehuelches du sud (Aonikenk, en tehuelche).
  • Lafkenches (peuple de la côte)

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre d’Arauco.

Originaires des Andes chiliennes, ils ont propagé leur culture aux tribus het et tehuelches, de la Pampa à la Patagonie argentine, entre le XVIIIe et le XIXe siècles. Ni les Incas ni les Conquistadors ne réussirent à les soumettre. Cette résistance a inspiré le fameux poème épique La Araucana[3] (1569, 1578 et en 1589) d'Alonso de Ercilla.

La résistance de Lautaro, qui apprit la tactique et la stratégie militaires lorsqu'il était prisonnier des Espagnols, et plus tard la rébellion de Pelantaro en 1602, ont fixé la frontière militaire entre Espagnols et Mapuches au niveau de la rivière Biobío. Dès lors, les Espagnols hésitèrent à se risquer en territoire mapuche.

Vers 1880, l'Argentine et le Chili entreprirent des guerres de conquête contre les Indiens (Mapuches et Patagons) qui vivaient au sud du continent dans des régions incontrôlées et difficilement pénétrables. Ces guerres, dont la « conquête du Désert » du général Julio Argentino Roca, qui firent des dizaines de milliers de morts parmi les Indiens, poursuivaient aussi un autre objectif : l'accès aux deux océans. Le Chili voulait s'ouvrir sur l'Atlantique par le sud et l'Argentine sur le Pacifique, là aussi par le sud. Finalement, la frontière fut stabilisée dans sa forme actuelle à la fin du XIXe siècle.

Après l'Indépendance, l'élection du juriste périgourdin Orélie Antoine de Tounens en tant que Roi de l'Araucanie alarma les autorités chiliennes qui craignaient que cette poussée d'indépendantisme coupe géographiquement le pays en deux. Cornelio Saavedra entreprit alors la Pacification de l'Araucanie, une série de campagnes militaires de conquête qui débouchèrent sur la soumission complète des Mapuches en 1882. Les Mapuches se sont ensuite peu à peu intégrés à la nation chilienne, même si des foyers de résistance ont poursuivi la lutte armée jusqu'à la fin du XXe siècle.

Dans la zone argentine, la pacification menée par le futur président argentin Julio Argentino Roca fut également cruelle.

En 2009, le Chili a vu l'entrée en vigueur, vingt ans après sa promulgation par l'Organisation internationale du travail, de la Convention n°169 relative aux peuples indigènes et tribaux[4]. Cela devrait conduire à un certain nombre de réformes juridiques, en particulier dans les codes de l'eau, du minerai, de la pêche et de celui régissant les concessions électriques [4] (voir économie du Chili).

Culture[modifier | modifier le code]

Rehue, symbole sacré mapuche (Isla Teja, Chili)

Au XVIe siècle, les Mapuches ou Araucans, organisés en groupes séparés, vivent de chasse, de pêche, d’agriculture et d’élevage. Guerriers redoutables, ils ont une extrême habileté dans le maniement de l’arc, du javelot et du casse-tête. Les Mapuches vivaient essentiellement de l'agriculture (horticulture). Leur culture est de tradition orale et leur conduite sociale et religieuse était régie par le Admapu (ensemble de traditions ancestrales, de lois et de normes).

Leur langue est le mapudungun ou mapuchedungun, littéralement le « parler de la terre ». Ils pratiquaient un sport assez proche du hockey connu sous le nom de palín (ou chueca) qui se jouait avec un bâton recourbé.

Organisation sociale[modifier | modifier le code]

Petite communauté mapuche, en 1897

Leur organisation sociale tournait autour de la famille, ils étaient polygames. Les familles mapuche possédant un lien de parenté ancestral vivaient dans des communautés connues sous le nom de Lof (forme basique d'organisation sociale des Mapuche réunissant plusieurs familles partageant des terres) et dirigées par un lonko (« tête » en mapudungun).

En période de guerre, ils se réunissaient en groupes appelés Rehues, composés de plusieurs Lofs et formaient ainsi un groupe équivalent à celui de la tribu. Chaque Rehues était dirigé par un chef militaire nommé 'Toqui.

En cas de grandes catastrophes comme des sécheresses, des épidémies, des invasions ennemies, ou tout autre problème qui affectait une grande partie du territoire, de nombreux rehues se réunissaient pour former des rassemblements nommés aillarehues et dirigés alors par le Mapu-toqui (chef militaire d'une région en guerre).

Du fait de la lutte contre les conquistadores espagnols, les Mapuche furent obligés de former des alliances entre plusieurs Aillarehues. Ces groupes ainsi formés se sont appelés Butalmapus ou Zone de guerre. Les chefs des Butalmapus étaient élus par les Toquis et connus des Espagnols comme les Gran toqui.

Les trois Butalmapus principaux sont :

  • Lafquen-mapu: la côte
  • Lelfun-mapu: la vallée
  • Inapire-mapu: la précordillère

Croyances et religion[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Croyances et religion mapuches.

Les croyances du peuple Mapuche sont fondées sur le culte des esprits des ancêtres (l'esprit Pillán), et des esprits et/ou éléments de la nature (l'esprit Ngen). Ces esprits ne correspondent pas à des "divinités" comme on pourrait l'entendre dans le monde occidental. Malgré le nombre d'"êtres" présents dans leurs croyances, ils n'ont jamais érigé de panthéons à leur image comme c'est le cas dans d'autres civilisations d'origine andine.

Les figures les plus importantes sont par excellence le Machi (chaman) et le Ngenpin (autorités religieuses). Les croyances et les mythes Mapuches se distinguent par des caractéristiques uniques qui font partie de leur idiosyncrasie.

Une fête rituelle est nommée nguillatun.

Les mythes les plus importants sont la légende de Trentren Vilu y Caicai Vilu, le spirits Pillán, le spirits Ngen, le kalku, le Chonchón, le spirits Wekufes (exemple: le Peuchen), etc.

Musique[modifier | modifier le code]

La musique traditionnelle est principalement religieuse, il existe également de nombreuses compositions sur la Terre Mère (Ñuke Mapu). Ils utilisent différents instruments tels que le cultrún (tambour), pour un usage rituel exclusivement, les cascahuillas' (cloches), la pifilca un sifflet en bois, la trutruca, une tige creuse de coligüe (sorte de bambou) terminée par une corne, ou encore le torompe (sorte de harpe buccale).

Littérature[modifier | modifier le code]

La culture mapuche s'appuie traditionnellement sur une transmission orale, leur littérature écrite est relativement récente. Ce peuple s'intègre dans les modes de transmission dominants. À partir du XXe siècle les porteurs du savoir ont commencé à apparaître sur la scène de la littérature écrite. Parmi les écrivains, le poète Elicura Chihuailaf est parvenu à une reconnaissance au niveau latino-américain. Auteur du livre "Sueños azules y contrasueños", il est professeur à l'Université de Temuco, au sud du Chili, la région la plus peuplée par cette communauté amérindienne.

Mapuches célèbres[modifier | modifier le code]

  • Galvarino : Selon la légende, les Espagnols lui auraient coupé les mains mais il aurait continué le combat après avoir attaché à ses bras des couteaux.
  • Caupolican : Un des plus célèbres Mapuches, il fut chef de guerre. Il était le plus fort de la tribu : il avait porté un tronc d'arbre sur ses épaules pendant 6 jours.
  • Lautaro : Il a appris les techniques de combat des Espagnols qu'il a enseignées par la suite aux siens après s'être enfui.
  • Colo Colo : Il dirigea plusieurs combats contre les Espagnols, en particulier les destructions de Santiago et de Concepcion.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

  • Alain Devalpo, Voyage au pays des Mapuches, éditions cartouche,‎ 2007 (lire en ligne)
  • Guillaume Boccara, Guerre et ethnogenèse mapuche dans le Chili colonial. L'invention du soi, Paris, L'Harmattan,‎ 1998 (ISBN 2-7384-7298-2)
  • Michèle Arrué, « Les Mapuches du Chili et la question de leur identité », Amérique Latine Histoire et Mémoire,‎ octobre 2004 (lire en ligne)
  • Michèle Arrué. Comment peut-on être mapuche ? Continuité et adaptation des Mapuches du Chili. 1992, thèse de doctorat, Paris : Université Paris 8. 446 p.
  • Sergio Zamora, Les Guerriers de la pluie - Histoire du peuple Mapuches , t. 1, Yvelinédition,‎ avril 2010 (ISBN 978-2-84668-264-0)
  • Pierre Kalfon, PAMPA : (roman), Editions du Seuil,‎ avril 2007
  • Sergio Zamora, Les Guerriers de la pluie - Histoire du peuple Mapuches , t. 1, Yvelinédition,‎ avril 2010 (ISBN 978-2-84668-264-0)
  • Sergio Zamora, Les Guerriers du crépuscule - Brève histoire des mapuche (1810-1884), Yvelinédition,‎ septembre 2011
  • Thomas Hakenholz. Un peuple autochtone face à la « modernité ». La communauté mapuche-pewenche et le barrage Ralco (Alto Bío Bío, Chili). 2002, mémoire de maîtrise, Université Aix-Marseille. 213 p.
  • Abrégé géopolitique de l'Amérique latine, ellipses, Paris, 2006
  • Raúl Zibechi, « La longue résistance mapuche », sur RISAL.info,‎ 2007 (consulté le 1er mai 2012)
  • Alain Devalpo, « Opposition pacifique des Mapuches chiliens », Le Monde Diplomatique,‎ février 2006 (lire en ligne)
  • Charles Wiener, Lebrun, Araucanie et indiens Araucans : Pris dans un étau l'Araucan a été, définitivement, vaincu et écarté 1881, 1888 [lire en ligne]

En espagnol[modifier | modifier le code]

  • Aldunate, Carlos. 1997. Mapuche: gente de la tierra in Culturas de Chile. Ed. Andrés Bello. Santiago de Chile.
  • Bengoa, José. (1985) 1999. Historia del pueblo mapuche: Siglo XIX y XX. LOM Ediciones. Santiago de Chile.
  • Fédération Internationale des Droits de L’homme. Los Mapuche-Pehuenche y el proyecto hidroelétrico de Ralco en Alto Bío Bío : un pueblo indígena amenazado. Genève, mars 1998, n° 256, 27 p.
  • Hérnandez, Isabel. 2003. Autonomía o ciudadanía incompleta. El pueblo mapuche en Chile y Argentina. Pehuén ed. Santiago de Chile. (ISBN 956-160-371-3).
  • Néstor Barron, Kallfv Mapu, Tierra Azul] (Poètes mapuches contemporains, édition bilingue espagnol-mapudungun), Ediciones Continente,‎ 2008 (ISBN 978-950-754-255-8, lire en ligne)
  • Saavedra Peléz, Alejandro. 2002. Los Mapuche en la sociedad chilena actual. LOM Ediciones Santiago de Chile (ISBN 956-282-490-X).
  • Verta, Ricardo, Jose Aywin, Andrea Coñuecar et Elicura Chihauilaf. 2004. El despertar del pueblo mapuche. Nuevos conflicto, viejas demandas. LOM Ediciones Santiago de Chile (ISBN 956-282-647-3).

En anglais[modifier | modifier le code]

  • Ward Churchill, A Little Matter of Genocide.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]