Danièle Obono

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Danièle Obono
Danièle Obono en 2017.
Danièle Obono en 2017.
Fonctions
Députée française
En fonction depuis le
(5 mois et 1 jour)
Élection 18 juin 2017
Circonscription 17e de Paris
Législature XVe (Cinquième République)
Groupe politique FI
Prédécesseur Daniel Vaillant
Biographie
Date de naissance (37 ans)
Lieu de naissance Libreville (Estuaire,
Gabon)
Nationalité Française (depuis 2011)
Gabonaise (de naissance)
Parti politique LCR
NPA
C&A (FG)
FI (depuis 2016)
Diplômée de Université Paris-I-Panthéon-Sorbonne
Profession Bibliothécaire
Site web camaradobono.wordpress.com

Danièle Obono, née le à Libreville (Gabon), est une bibliothécaire et femme politique franco-gabonaise. Oratrice nationale de La France insoumise, elle est élue députée dans la 17e circonscription de Paris lors des élections législatives françaises de 2017.

Biographie[modifier | modifier le code]

Danièle Obono naît le [1] à Libreville, au Gabon[2],[3], dans une famille de la petite bourgeoisie gabonaise[4]. Elle est la fille d'Hortense Simbou Mbadinga, secrétaire à Air Gabon[4] et de Martin Edzodzomo Ela[5], économiste, cadre supérieur à la banque Paribas-Gabon de 1975 à 1979, puis écarté pour son opposition au régime d'Omar Bongo[6], après avoir été candidat à l'élection présidentielle gabonaise de 1998[7] où il recueille 0,5 % des voix (66,99 % pour Omar Bongo). Elle vit au Gabon jusqu'à ses dix-onze ans[8], puis rejoint la France lors de son entrée au collège, à Montpellier[4]. Née gabonaise, elle a été naturalisée française en 2011[9],[5].

Elle exerce le métier de bibliothécaire à la médiathèque Marguerite-Yourcenar[10] (15e arrondissement de Paris), tout en étant militante associative[11]. Titulaire d'une maîtrise en histoire (2002)[12], elle prépare depuis 2003 une thèse de doctorat en science politique, portant sur les mouvements sociaux et démocratiques au Nigeria[4], à l'Institut des mondes africains[13].

À 20 ans, soutien de José Bové, elle assiste au démontage du McDonald's de Millau[14]. Elle y rencontre des militants d'Attac et intègre le mouvement trotskiste Socialisme par en bas (SPEB)[15]. Deux ans plus tard, elle adhère à la Ligue communiste révolutionnaire, puis au Nouveau Parti anticapitaliste, où elle intègre la direction du parti (elle déclare dans un entretien à Ballast qu'elle était la seule "Noire" de la direction du NPA), au sein duquel elle milite pour le courant Convergences et alternative. Celui-ci devient une organisation autonome en 2011[16],[14],[17] qui rejoint la coalition du Front de gauche, coalition pour laquelle Danièle Obono participera au conseil national de la campagne présidentielle de 2012 et sera candidate suppléante de Ian Brossat aux législatives de la même année (dans la même circonscription où elle sera élue titulaire cinq plus tard) où celui-ci obtiendra 13,19 % des voix. Elle prend plus tard la tête de la liste « Front de gauche - À Paris, place au peuple ! » qui obtiendra 192 voix (2,8 %) aux élections municipales de 2014 dans le 2e arrondissement de Paris[18], et rejoint ensuite (à partir de 2016) la France insoumise[19].

Pendant la campagne des élections présidentielles 2017, elle est l'une des porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, avec Alexis Corbière[20], et oratrice nationale de la France insoumise[19]. Elle coordonne, avec l'agro-économiste Laurent Levard, la collection des « Livrets de la France insoumise », compléments programmatiques de L'Avenir en commun[21], dont elle coécrit avec le philosophe Benoît Schneckenburger l'un des numéros, intitulé Contre le racisme et les discriminations : Faire vivre l'égalité[22].

Elle est élue députée dans la 17e circonscription de Paris lors des élections législatives de 2017, recueillant 50,71 % des voix (et 19,5 % des inscrits) au deuxième tour face à Béatrice Faillès, candidate de La République en marche ![23].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Danièle Obono se revendique altermondialiste, afroféministe, anti-impérialiste, antiraciste[24], antilibéraliste[25], anti-islamophobe et à la fois internationaliste et panafricaniste[26]. Elle se définit également comme « bolcho-trotsko-marxiste » et « plutôt du genre indigène »[27].

Considérations sur la laïcité[modifier | modifier le code]

Considérant que la laïcité à la française et la loi de 1905 ont été surtout opposées aux musulmans ces dernières décennies, elle s'oppose à la loi interdisant les signes ostentatoires dans les écoles publiques :

« Après la tristement célèbre loi de 2004 sur "la laïcité et les signes religieux ostentatoires dans les écoles" qui visaient majoritairement les jeunes filles musulmanes, une autre loi interdisant de se dissimuler le visage dans les espaces publics a été adoptée en 2011, visant spécifiquement les quelques milliers de femmes portant le niqab et la burqa. Soutenues par une large majorité de la population et des forces politiques, ces mesures juridiques ont alimenté l'islamophobie et encouragé des citoyens ordinaires à être ouvertement racistes[28]. »

Tribune contre l'expression « racisme antiblanc »[modifier | modifier le code]

En 2012, elle cosigne, avec une vingtaine de personnalités (universitaires, militants, artistes)[n 1], une tribune dans L'Obs critiquant un texte d'orientation du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples[29] en lui reprochant d'avoir employé de manière « a-critique » l'expression « racisme antiblanc ». Selon eux, il convient, à la suite d'Albert Memmi, de distinguer « entre le racisme du dominant, reflétant et s'appuyant sur la puissance des dispositifs de domination, et ce qu'il désignait par “racisme édenté”, c’est-à-dire cette forme de “racisme” du dominé, sans force, sans pouvoir, incapable de n’être autre chose que des mots. »

Dieudonné[modifier | modifier le code]

Le 12 octobre 2017, interrogé par Patrick Cohen sur Europe 1, Manuel Valls présente Danièle Obono comme un exemple de la complaisance d'une partie des responsables de La France insoumise à l'égard de l'islamisme. Pour lui, la preuve en est ; « quand elle dit qu'elle a plutôt pleuré pour Dieudonné et pas pour les victimes de Charlie ». Il évoque un texte, publié le 11 janvier 2015 — peu après l'attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo, cause de l'assassinat de plusieurs membres de l'équipe de l'hebdomadaire et de caricaturistes célèbres dont Charb ou Cabu —, dans lequel elle fait allusion à la censure dont aurait été victime Dieudonné, humoriste controversé en raison de positions jugées antisémites[30]. Danièle Obono y écrit :

« J'ai pleuré en pensant à [...] toutes les fois où des camarades ont défendu, mordicus, les caricatures racistes de Charlie Hebdo ou les propos de Caroline Fourest au nom de la « liberté d’expression » (des Blancs/dominants) ou de la laïcité « à la Française ». Mais se sont opportunément tus quand l'État s'est attaqué à Dieudonné, voire ont appelé et soutenu sa censure[31]. »

Le 15 octobre, la députée — qui affirme avoir déploré, dans ce texte « l'attitude d'une certaine gauche dans sa défense de la liberté d'expression, qui fluctue souvent en fonction de l'identité des personnes visées, en citant l'exemple du sinistre Dieudonné M'bala M'bala. » — commente les critiques qui ont suivi cette déclaration, remise au goût du jour : « Là où je pointais la faute politique d'une censure étatique qui alimente l’accusation d'un « deux poids, deux mesures » quand il s'agit de réagir à des propos racistes, de zélés commentateurs se sont autorisés à m'attribuer de la complaisance ou des accointances avec cette crapule d'extrême droite antisémite[32]. »

Marche du 11 janvier 2015[modifier | modifier le code]

Après les attentats de janvier 2015, elle accorde une interview où elle déclare qu'elle ne s'est pas jointe à la marche du 11 janvier :

« Je suis opposée à ses organisateurs, mots d'ordre et liste d'invités nationaux et internationaux [...]. Enfin, il y avait ceux qui ne se sont pas joints aux marches du 11 janvier, parmi lesquels beaucoup de musulmans ont craint d'être attaqués ou en désaccord avec le slogan « Je suis Charlie ». Dans certaines écoles, il y a eu des cas où certains jeunes, souvent de descendance africaine (nord) et/ou de foi musulmane, ont refusé de participer aux minutes de silence organisées dans tout le pays. Il est donc important de se pencher sur ces mobilisations des différents points de vue : ceux qui y participent et les autres. »

Elle défend également son droit de refuser de participer à de telles manifestations au nom de la solidarité : « la gauche n'a pas réussi à se solidariser avec les musulmans, comme elle le devrait toujours en ce qui concerne les groupes religieux et les autres groupes ou minorités opprimés. Et dans de nombreux cas, elle a participé aux attaques, ajoutant les insultes aux blessures, comme l'illustre une décennie de caricatures islamophobes dans Charlie Hebdo[28]. »

Polémiques[modifier | modifier le code]

Proximité alléguée avec les Indigènes de la République[modifier | modifier le code]

Le 8 mai 2015, elle vante sur Twitter sa participation à une conférence du controversé parti des Indigènes de la République (PIR), indiquant également « le PIR est à venir »[33].

Elle participe en mai 2017 à un débat « Mélenchon est-il notre pote ? »[34] où interviennent notamment des militants du PIR. Elle y critique « les siècles et les siècles d'idéologie néocoloniale, esclavagiste, raciste, systémique de la France ». Sur son site officiel[35], elle qualifie de « très beau et très juste » le discours prononcé par la porte-parole du mouvement, Houria Bouteldja, à l'occasion des 10 années du PIR.

Pour le politologue Laurent Bouvet, Danièle Obono « est de longue date proche du Parti des Indigènes de la République »[36]. Tout comme le PIR, elle est favorable à une union antiraciste et populaire[37] et elle s'oppose au « pôle républicaniste-intégrationniste » qui selon elle « évacue la dimension systémique du racisme, se contente d'un antiracisme dépolitisé parsemé de zestes de « diversité » qui perpétue au final l’ordre social et racial dominant. »[38]. Dans une interview pour le site du trimestriel Regards, elle explique qu'elle n'est pas membre des Indigènes mais qu'en revanche elle est une militante politique et une anti-raciste. Et qu'ainsi elle participe et continuera à participer aux mouvements antiracistes[39].

Le 5 novembre 2017, lors d'une interview sur Radio J[40], elle prend la défense d'Houria Bouteldja, critiquée pour des déclarations jugées antisémites. Si Danièle Obono reconnaît ne pas être « d'accord avec tout ce qu’elle dit », elle affirme qu'il s'agit d'« une militante antiraciste [...], une camarade, parce qu'elle fait partie de ce mouvement-là. Et dans ce mouvement-là, on se bat sur la question de l’égalité. » Elle reconnaît que la photo d'Houria Bouteldja à côté d'une pancarte « Les sionistes au goulag » est « de très mauvais goût » mais répond « Je ne sais pas », lorsqu'on lui demande si les propos de la porte-parole du PIR, « Les juifs sont les boucliers, les tirailleurs de la politique impérialiste française et de sa politique islamophobe », relèvent du racisme ou de l'anti-racisme[41],[42],[43]. Elle ajoute cependant « Je ne suis pas et n'ai jamais été membre du PIR. Je suis en profond désaccord avec leurs thèses[44]. »

En réponse à cette nouvelle polémique, Mario Stasi, président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA), adresse un message à Jean-Luc Mélenchon en lui demandant de « clarifier publiquement sa position et celle de son parti » sur ce « groupuscule extrémiste » que seraient les Indigènes de la République[45]. L'intéressé répond sur Facebook en publiant un message de l'adjoint au maire de Lyon, Eliott Aubin, dans lequel il affirme que La France insoumise « n'a rien à voir avec le PIR »[46]. Le 9 novembre, Mélenchon affirme, dans une lettre à destination de la LICRA, que lui et La France insoumise sont en « totale opposition politique avec le PIR », et ce « depuis son origine ». À la question sur laquelle Danièle Obono avait affirmée ne pas détenir la réponse, il déclare que c'est de « l'antisémitisme avéré »[47].

Intervention dans Les Grandes Gueules en 2017[modifier | modifier le code]

Invitée à l'émission Les Grandes Gueules sur Numéro 23 le , Danièle Obono défend sa signature en 2012 d'une pétition lancée par Les Inrockuptibles et faisant suite à la mise en examen du chanteur Saïdou du groupe Zone d'expression populaire et du sociologue Saïd Bouamama pour « injure publique » et « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence », à la suite d'une plainte de l'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne, association proche de l'extrême droite[48]. En cause, un ouvrage et une chanson, Nique la France, sortis en 2010. La chanson disait : « Nique la France, et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes. Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes » ; et encore : « Ton pays est puant, raciste et assassin »[49]. Le chanteur s'adresse au « Petit donneur de leçons, petit Gaulois de souche » qui « juge » et « critique les Arabes et l'Afrique noire »[49]. Alain Marschall, journaliste de l'émission, lui demande : « En tant que députée, êtes-vous fière d'avoir signé ? », auquel elle répond :

« Pour défendre la liberté d'expression de ces artistes, oui. Parce que ça fait partie des libertés fondamentales[50],[51]. »

L'interview déclenche ensuite des réactions indignées[52],[27],[53],[54] mais également le soutien d'une frange du champ politique[55], dont le journal Libération[56] et les partis politiques de gauche Parti communiste français[57] et Nouveau Parti anticapitaliste[58]. De son côté, La France insoumise dénonce un « racisme »[59],[60] car la pétition a également été signée par d'autres personnalités politiques comme Clémentine Autain, Éric Coquerel, Noël Mamère, Eva Joly et Olivier Besancenot sans que cela fasse polémique[56],[59].

La pétition rappelle également que :

« la droite extrême, l'extrême droite ou encore l'État s'emploient à tenter de convaincre l'opinion publique de l’illégitimité de ces discours. NTM, Sniper, Ministère Amër, Mr R, La Rumeur, Youssoupha ou Houria Bouteldja sont autant de rappeurs et militants attaqués ces dernières années pour des paroles jugées trop irrévérencieuses. Pourtant tous n’ont fait que porter publiquement l’expression populaire du rejet des discriminations et de la stigmatisation des quartiers populaires, des Noirs, Arabes et musulmans[56]. »

Radicalisation religieuse[modifier | modifier le code]

Le , interrogée sur la lutte contre le terrorisme et sur un fait divers, elle déclenche une polémique en déclarant : « Un homme qui refuse de conduire un bus après une femme peut être sexiste pas forcément radicalisé[61]. » Elle ajoute :

« Est-ce que quelqu'un qui refuse de conduire un bus après une femme doit être mis sur écoute, perquisitionné, mis en centre de rétention comme le proposaient des députés de la droite ? non[62]. »

Cette nouvelle polémique sur Danièle Obono, qui suit de nombreuses autres, est selon Marianne ou Le Monde une des preuves des attaques racistes contre la députée insoumise, auquel participe volontiers certains médias[63],[64] et personnalités politiques[65].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

  • Chiara Bonfiglioli et Sébastien Budgen (dir.), La planète altermondialiste, texte de Danièle Obono : Aminata Dramane Traoré, figure de proue de l'altermondialisme africain, Paris, Textuel, (ISBN 978-2-84597-185-1).

Avant-propos[modifier | modifier le code]

  • Léon Trotski, Question juive/Question noire, Paris, Syllepse, (ISBN 978-2-84950-294-5, lire en ligne)
    Avant-propos avec Patrick Silberstein : « Salade russe et melting-pot états-unien en forme de composition française »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les signataires sont : Michel Agier ; Paola Bacchetta (professeur, université de Californie à Berkeley) ; Jean Batou (professeur d'histoire, université de Lausanne) ; Omar Benderra (membre du CISA-Comité international de soutien aux syndicats autonomes algériens) ; Saïd Bouamama (sociologue, membre du Front uni des immigrations et des quartiers populaires) ; Houria Bouteldja (porte-parole du parti des Indigènes de la République) ; Casey (rappeuse) ; Grégoire Chamayou (philosophe, CNRS) ; Jim Cohen (en) (universitaire) ; Raphaël Confiant (écrivain) ; François Cusset (professeur, université de Nanterre) ; Christine Delphy (sociologue, directrice de recherche, CNRS) ; Rokhaya Diallo (journaliste, écrivaine, réalisatrice) ; Cédric Durand (économiste) ; François Gèze (éditeur) ; Ramon Grosfoguel (professeur, université de Californie à Berkeley) ; Nacira Guénif (sociologue, université Paris-Nord ; Éric Hazan (éditeur) ; Rada Iveković (philosophe) ; Razmig Keucheyan (maître de conférences en sociologie) ; Michael Löwy (sociologue) ; Danièle Obono (militante altermondialiste et antiraciste, Front de gauche) ; Stéphanie Precioso (professeure d'histoire, université de Lausanne) ; Maboula Soumahoro (enseignante et chercheuse, université de Tours – Bard College, USA) ; Rémy Toulouse (éditeur) ; Eleni Varikas (Paris 8 - CRESPPA CNRS).

Références[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]