Rokhaya Diallo

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Diallo.
Rokhaya Diallo
Description de l'image Rokhaya Diallo.jpg.
Naissance (39 ans)
Paris (France)
Nationalité Française
Pays de résidence Drapeau de la France France
Diplôme
Maîtrise de droit international et européen (2003)
Master en marketing et distribution dans l’industrie audiovisuelle (2007)
Profession
Formation
Distinctions
Prix de la lutte contre le racisme et la discrimination du Conseil pour la Justice, l'Égalité et la Paix (2012)

Rokhaya Diallo, née le dans le 4e arrondissement de Paris, est une militante associative française, journaliste pour la télévision et la radio, réalisatrice et écrivain dont l'action s'inscrit dans la lutte contre le racisme, « les préjugés ethno-raciaux » et contre l'interdiction des signes musulmans en France, ce qui a suscité diverses controverses.

Elle est l'auteure de plusieurs essais comme Racisme : mode d'emploi, Comment parler de la laïcité aux enfants, elle a aussi réalisé plusieurs documentaires parmi lesquels Les Marches de la liberté.

Biographie[modifier | modifier le code]

Rokhaya Diallo naît à Paris de parents sénégalais et gambien[1], un père mécanicien et une mère professeur de couture ; sa famille déménage en 1989 à La Courneuve.

Diplômée en 2000 d'une maîtrise de droit international et européen, elle fait un court passage chez IBM, qu'elle quitte en 2002 parce qu'elle s'y sent « comme un pion »[2]. Elle entreprend alors un master à l'université Panthéon-Sorbonne (Paris I) en marketing et distribution dans l'industrie audiovisuelle, master qu'elle obtient en 2003[2] ; elle travaille dans la production audiovisuelle[2].

Passionnée d'anime, elle a participé à la fondation de la Japan Expo et a été brièvement actrice de doublage. Elle a ainsi interprété Kamui Shirō enfant dans X1999, d'après CLAMP, et Ex dans Ah ! My goddess : Le film[3].

En 2001, pour financer ses études, elle travaille au sein du service jeunesse de La Courneuve, elle s'occupe alors de l’insertion professionnelle des jeunes les moins favorisés[4]. Elle est ensuite sollicitée lors de la création du Conseil local de la jeunesse avant d'en devenir présidente et de le rester pendant deux ans. Féministe convaincue, elle est militante de l'association anti-sexiste Mix-Cité[5]. Elle s'engage aussi auprès de l'organisation altermondialiste ATTAC[6], notamment lors du festival Images mouvementées.

Les Indivisibles[modifier | modifier le code]

En 2006, à force d'entendre « chez la plupart de mes interlocuteurs, [que] le fait d'être noire et d'origine populaire posait problème », elle fonde l'association des Indivisibles[7],[2], qu'elle préside de 2006 à 2010[8].

L'association milite pour que cesse une « partition de la nationalité française selon une apparence physique » ou une provenance géographique[9]. Conçue d'abord dans la discrétion, pour « travailler avec des institutions telles que l'Éducation nationale », elle compte au printemps 2007 une douzaine de membres, Rokhaya Diallo explique alors ; « le concept de l’association s’est monté autour d’anecdotes tirées de situation que j’ai vécues et partagées avec mes amis. À force d’échanger, je me suis rendue compte que nous avions des vécus similaires. C’est cette caractéristique anecdotique qui nous a très rapidement orientés vers le choix d’une tonalité humoristique[9] ». L'association décide en 2009 de miser tout sur la présence médiatique, en décernant annuellement les Y'a bon Awards. L'action de Rokhaya Diallo se veut inscrite dans la lutte contre le racisme et « les préjugés ethno-raciaux et en premier lieu, celui qui nie ou dévalorise l'identité française des Français non-blancs »[10]

Rokhaya Diallo devient chroniqueuse radio et télévision et publie en 2011 Racisme : mode d'emploi, dans la collection du philosophe Vincent Cespedes[11].

En 2011, son association dénonce ce qu'elle considère comme les dérives de l'UMP[12], mais se montre encore plus critique envers le Parti socialiste qu'elle juge « totalement absent et irresponsable. Le vieux fonds culturel laïcard et antireligieux l'empêche de toucher et comprendre les jeunes musulmans de France[5]. »

La dénonciation de l'islamophobie prend une place grandissante dans son argumentation. Elle affirme ainsi que :« la laïcité n'est aujourd'hui pratiquement évoquée que par rapport à l'islam, dont on veut nous faire croire qu'il n'est pratiqué en France que par des intégristes sexistes, violents et d'origine maghrébine[5]. » Pour Laurence Marchand-Taillade[n 1], interviewée dans Le Figaro fin 2015, Pascal Boniface et Rokhaya Diallo sont des « ennemis déclarés de la laïcité »[13].

Activités depuis 2004[modifier | modifier le code]

En 2002, Rokhaya Diallo participe comme comédienne, chanteuse et parolière à différents court-métrages humoristiques du collectif Une case en moins[14].

En mars 2010, elle est sélectionnée pour participer au programme International Visitor Leadership (en) : invitée du gouvernement fédéral des États-Unis, elle visite le pays pour y étudier la diversité[15].

Avec quatre autres personnalités, François Durpaire, Marc Cheb Sun, Lilian Thuram et Pascal Blanchard, elle lance un appel et cent propositions pour une « République multiculturelle et post-raciale »[16].

Journalisme[modifier | modifier le code]

Elle est chroniqueuse, de 2009 à 2013 pour La Matinale de Canal+, et depuis 2009 sur RTL[17].

Depuis 2011, Rokhaya Diallo anime Fresh Cultures sur le Mouv'. Entre 2011 et 2013, elle présente et co-réalise 18 numéros de l'émission mensuelle Égaux mais pas trop sur LCP, soutenue par l'agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances. L'émission est retirée de la grille de la chaîne parlementaire en 2014[18]. Pour une chronique destinée à la chaîne Canal+ et pour la radio le Mouv', Rokhaya Diallo s'est rendue fin septembre 2011, à la réunion annuelle du Caucus noir du Congrès à Washington, un groupe parlementaire du congrès américain créé à l'époque de la lutte pour les droits civiques des Noirs pour réunir les parlementaires noirs[19]. Avec d'autres personnalités (Audrey Pulvar, Lilian Thuram, Pascal Blanchard…) Rokhaya Diallo est au sommaire du magazine Respect Mag d'octobre 2011 intitulé « 100 % Noirs de France »[20].

Le 6 mars 2014, elle signe l'éditorial de l'hebdomadaire Politis à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes[21].

Du 6 décembre 2014 au 31 mai 2015, elle anime, sur Mediapart, six émissions d'une série intitulée Alter-égaux, consacrée « aux questions d’inégalités et d'égalité, de race et de racisme, de discrimination et d'affirmation »[22]. Elle y invite successivement : Jean-Loup Amselle ; Dominique Sopo ; Nadia Geerts ; Caroline De Haas ; Raphaël Glucksmann ; et James Cohen[n 2].

Notoriété[modifier | modifier le code]

Selon le magazine Slate, Rokhaya Diallo est classée en 2013 en 36e position parmi les 100 Françaises les plus influentes et figure parmi les 30 personnalités noires les plus influentes d'Europe selon le classement du britannique Powerful Media[23].

Elle est désigné Young Leader par la French-American Foundation, ce qui expliquerait selon Eugénie Bastié qu'« écoeurée comme de nombreux descendants d'immigrés par le principe assimilationniste à la française, elle est désormais fascinée par le modèle multiculturaliste à l'américaine »[24].

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • Le 21 janvier 2012, elle reçoit le Prix de la lutte contre le racisme et la discrimination de l'ONG internationale Conseil pour la Justice, l'Égalité et la Paix (COJEP)[25].
  • Le 23 octobre 2014, elle est lauréate du prix #LabComWomen dans la catégorie Générosité[26]. Le prix, créé par TF1 et Labcom[27] récompense les femmes ayant un profil remarquable, actives et ambassadrices dans le digital[28].
  • En mars 2015, son documentaire Les Marches de la liberté, questionnant l'identité de la France sous le prisme de jeunes leaders américains, reçoit le Prix du meilleur film documentaire au Festival régional et international de Guadeloupe (FEMI)[29],[30].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Antiracisme[modifier | modifier le code]

Rokhaya Diallo déclare s'être engagée contre le racisme « après la mort, à Clichy-sous-Bois, de Zyed Benna et Bouna Traoré, deux jeunes issus des quartiers pauvres poursuivis par la police »[31]. Selon le journal Libération, elle est une figure médiatique en France du courant antiraciste « encore minoritaire » qui ne croit plus à la « promesse universaliste », « il est incarné médiatiquement par des personnalités plutôt jeunes, pour beaucoup issues de la deuxième génération d’immigrés, comme Sihame Assbague, Rokhaya Diallo ou encore Marwan Muhammad »[32].

Jane Weston et David Vauclair la qualifient de « militante antiraciste et communautariste »[33]. Pour Bernard Schalscha, elle est une « très médiatique fer de lance du nouvel anti-racisme racialiste[34] ».

Sous-représentation des femmes noires par les magasines féminin[modifier | modifier le code]

En janvier 2012, à la suite de la parution dans les pages du magazine Elle d'un article jugé raciste[35], elle cosigne avec Sonia Rolland, China Moses, Éric Fassin, Clémentine Autain, Audrey Pulvar, et de nombreuses personnalités, une tribune dans le Monde interrogeant le magazine sur l'absence des femmes noires sur ses couvertures[36].

Critique de la notion de « racisme anti-blanc »[modifier | modifier le code]

Rokhaya Diallo fait partie des signataires d'une tribune[37] dénonçant le texte d'orientation adopté pour trois ans par le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) à son congrès des 30 mars et 1er avril 2012 à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Cette tribune, qui vient nourrir un débat lancé et souhaité essentiellement par le Front national[38], critique les références au « racisme anti-blanc » du texte du MRAP. Elle affirme que le racisme ne peut être le fait que d'institutions ou être un fait de société, ce qui ne serait pas, selon elle, le cas du racisme anti-blanc, dû à des individus isolés en France.

Communautarisme[modifier | modifier le code]

Rokhaya Diallo écrit en 2011 dans Racisme mode d'emploi : « Le plus frappant, c’est que les « communautés » stigmatisées par l’accusation d’antirépublicanisme n’existent pas ! Une association peut regrouper des personnes noires non pas au nom d’une appartenance communautaire mais d’un même vécu : celui d’être noir en France. Par ailleurs, les termes « communautaire » et « communautariste » sont souvent confondus : le communautarisme est une démarche politique visant au séparatisme. Or, que réclament les groupes communautaires sinon l’inclusion dans la République ? […] Étrangement, les regroupements communautaires ne sont pas toujours décriés, ils font même l’objet d’un double discours. Les offensives anti-communautaristes visent en particulier les personnes noires ou originaires du Maghreb. Celles d’origine portugaise, chinoise ou de confession juive – ou même les Auvergnats dont l’organisation sociale, économique ou culturelle souvent marquée par l’appartenance communautaire est très visible dans la sphère publique – sont, elles, épargnées de toute critique. »[39]

Liens avec le Sénégal[modifier | modifier le code]

Elle a le projet de demander la nationalité sénégalaise[40] « pour résister à tout le débat sur la binationalité en France ».

Afro-féminisme, féminisme intersectionnel ou décolonial[modifier | modifier le code]

Rokhaya Diallo se définit comme « une féministe intersectionnelle et décoloniale »[41].

Elle est proche de mouvements afro-féministes non mixtes comme le Mwasi-collectif[42] et de ce que l'on appelle le féminisme intersectionnel, qui estime qu'une oppression ou domination peut être multiple (sexe, classe, race…). Rejetant le féminisme universaliste, elle est proche d'un féminisme plus identitaire : afro-féminisme, féminisme islamique. Elle déplore aussi que le féminisme traditionnel (Osez le féminisme !, Les Chiennes de garde…) soit très « blanc » et bourgeois, et ne prenne pas du tout en compte les problèmes spécifiques de certaines femmes, notamment noires, musulmanes ou issues de minorités. Elle soutient par exemple que « la grande majorité des actes islamophobes concernent des femmes voilées, et sont donc manifestement sexistes. Or cela ne suscite aucune réaction des associations féministes traditionnelles[43],[44]. »

En octobre 2015, elle participe à la « marche de la dignité » avec des femmes issues de l'immigration qui, combattant le sexisme et le racisme, se revendiquent « afroféministes » ou « féministes décoloniales » — un mode de luttes qui, d'après Le Monde, « troublent les militantes historiques ». Pour Elsa Dorlin[n 3] ; « aujourd’hui, l’idée que [les femmes blanches] définissent pour toutes les femmes la bonne manière de s’émanciper est – à raison – contestée[45]. ». Selon Maboula Soumahoro[n 4], le féminisme décolonial trouve ses sources outre-Atlantique, en empruntant au black feminism sa théorie et son lexique, il s'inspire de la lutte de personnalités comme Angela Davis. C'est également aux États-Unis que se développe le concept d’« intersectionnalité », qui représente le cumul de plusieurs types de discriminations[45].

Christine Le Doaré[n 5] considère que ce mode de militantisme « sépare les femmes les unes des autres, soit au profit d’autres luttes, soit au profit des idéologies politico-religieuses […] Il ne fait que nous ralentir toutes. » Gaëlle Dupont (Le Monde) note : « La militante regrette que les décoloniales ne fassent preuve d’aucune solidarité avec les femmes contraintes de se voiler dans certains pays musulmans. » Pour les décoloniales, « le voile en France n’a rien à voir avec le voile en Iran. Elles ne devraient pas être obligées de se voiler là-bas, et les Françaises musulmanes ne devraient pas être obligées de se dévoiler[45]. »

En février 2015, Frédérique Calandra, maire PS du 20e arrondissement de Paris, refuse à Rokhaya Diallo le droit de venir parler des violences contre les femmes lors de la Semaine pour l'égalité femmes-hommes. Elle déclare au sujet de sa décision que : « le point de vue de Rokhaya Diallo ne peut pas représenter le féminisme. Elle est faite pour le féminisme comme moi pour être archevêque. [Elle n'est] au mieux qu’une idiote utile de l’intégrisme musulman, au pire un faux-nez de Tariq Ramadan[46],[47] ». Elle a par ailleurs promis « Si un jour Mme Diallo veut débattre, pas de problème, je la défoncerai ! »[48]. Rokhaya Diallo s'est finalement exprimée dans une petite salle du 20e, où plus d'une centaines de personnes sont venues l'écouter, notamment au sujet du traitement discriminatoire des agressions sexuels[47]. Emmanuelle Rivier, adjointe Europe Écologie Les Verts chargée de l’égalité dans l'arrondissement a indiqué ne pas comprendre les raisons du refus de la mairie d'inviter Rokhaya Diallo[47].

En 2015, Caroline Fourest note que : « À lire Rokhaya Diallo, ce n'est jamais le moment de dénoncer l'oppression patriarcale et intégriste, même quand on est victime et soi-même musulmane. Son “féminisme” lui sert à railler les féministes de culture musulmane osant tenir tête à l'intégrisme parfois au prix de leur vie, en les accusant de vouloir vendre des “best-sellers”[49]. »

Prostitution[modifier | modifier le code]

Elle cosigne une tribune parue dans Libération le 21 novembre 2013, prenant position contre la pénalisation des clients de la prostitution. Intitulée « Féministes, donc contre la pénalisation des clients », cette tribune relaye les arguments du Strass, le syndicat des travailleurs du sexe et d'Act Up-Paris. Assumant que la pénalisation des clients va augmenter les cas de transmission du VIH aux prostitué(e)s, elle est signée par le « collectif du 8 mars pour toutes »[50].

Islam[modifier | modifier le code]

Au cours du débat sur l'identité nationale de 2010, Rokhaya Diallo et son association se centrent de plus en plus sur la dénonciation de ce qu'elle considère comme de l'islamophobie[51] : protestation contre la loi interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public[52], débats publics[53], participation à des conférences sur l'islamophobie avec Michel Collon et remise en cause de la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques françaises, comme elle l'énonçait parmi les « 100 propositions concrètes pour une république multiculturelle ».

Autres[modifier | modifier le code]

Le 27 octobre 2010 sur RTL, lors de l'émission On refait le monde, Rokhaya Diallo déclare au cours d'un débat que « ce que dit Ben Laden n'est pas faux » et « qu'on lui donne des arguments pour nous menacer » si on défend un non-retrait des troupes militaires françaises d'Afghanistan parce que lui-même a exigé ce retrait dans ses menaces adressées à la France[46].

Caroline Fourest considère qu'elle a interviewé complaisamment Dieudonné et Alain Soral dans son émission Egaux mais pas trop sur LCP le 9 août 2012[49].

En novembre 2012, elle est cosignataire d'une tribune demandant à la France de voter en faveur de l'admission de la Palestine comme membre observateur de l'ONU[54].

En décembre 2012, elle participe à la manifestation en faveur du projet de loi ouvrant le mariage à tous les couples, tout en y remarquant — selon elle — la faible présence de personnes noires[55].

Le 30 novembre 2015, elle est parmi les signataires de l'Appel des 58 : « Nous manifesterons pendant l'état d'urgence »[56],[57].

Controverses[modifier | modifier le code]

Débats télévisés avec Éric Zemmour[modifier | modifier le code]

Le 13 novembre 2008 sur Arte, dans l'émission Paris/Berlin : le débat[58], Éric Zemmour affirme que Mélanésiens et Antillais sont de la même race : « S'il n'y a pas de races, il n'y a pas de métissage. » Il poursuit, dans un dialogue avec Rokhaya Diallo : « À la sacralisation des races, de la période nazie et précédente, a succédé la négation des races. Et c'est d'après moi, aussi ridicule l'une que l'autre. [...] Qu’est-ce que ça veut dire que ça n’existe pas ? On voit bien que ça existe ! [...] J’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire ! »[59].

Le 6 mars 2010 sur Canal+, dans l'émission Salut les Terriens, Éric Zemmour, au cours d'un débat avec Rokhaya Diallo, dit au sujet des contrôles au faciès : « Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois ? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est comme ça, c'est un fait. »[60]. Il sera condamné pour ces propos[60]. Dans un entretien au magazine Elle, au sujet de cet échange, Rokhaya Diallo dira s'être sentie agressée et que « la moindre des choses serait qu’il s’excuse. Mais je ne suis pas dupe : il ne le fera jamais. (...) En tout cas, une chose est sûre : Éric Zemmour sera mis à l’honneur lors des prochains "Y'a bon Awards". »[61]

Alain Finkielkraut[modifier | modifier le code]

Quelques jours après l'attentat du 22 juillet 2011 en Norvège, Rokhaya Diallo fustige le fait que des intellectuels français soient présents dans le pamphlet de l'auteur des crimes, notamment un passage d'Alain Finkielkraut à propos de l'antiracisme en France. Sur RTL, elle déclare[62] : « On peut s'interroger sur la responsabilité des intellectuels, y compris les intellectuels français. […] Dans le rapport de 1 500 pages de ce terroriste, il cite plusieurs fois Alain Finkielkraut. » Le 10 septembre 2016, Rokhaya Diallo est invitée par Alain Finkielkraut dans son émission de France Culture, aux côtés de l'écrivain Tahar Ben Jelloun, pour débattre au sujet du burkini[63].

Dérives de l’antiracisme et repli identitaire[modifier | modifier le code]

Le 5 octobre 2011, le site Afrik.com dénonce le mensuel Courrier de l'Atlas dans un article intitulé « Les dérives du Courrier de l'Atlas ». Ce dernier avait publié un dossier sur « les dérives de l’antiracisme ». Le magazine s’attaquait à plusieurs associations antiracistes, dont Les Indivisibles, les taxant d’antisémitisme et de pro-islamisme. Plus généralement, le magazine dénonçait le glissement du mouvement antiracisme français vers l’extrémisme et le repli identitaire[64]. Interviewée, Rokhaya Diallo répond aux accusations en reprochant au journaliste du Courrier d'avoir « peut-être lu mon livre, mais les propos cités sont dénaturés. »

Police dans l'affaire Villiers-le-Bel[modifier | modifier le code]

Quelques jours avant le procès de cinq jeunes de Villiers-le-Bel en juin 2010 mis en examen pour attaques contre la police en 2007, elle est cosignataire avec, entre autres, Miguel Benasayag, Éric Hazan, Siné, Miss.Tic d'une tribune publiée dans Libération[65] de soutien aux inculpés, très critique envers la police. La qualification de la police de « force d'occupation » est critiquée par Philippe Bilger dans Marianne, pour qui cette tribune « ne relève même plus de l'extrême gauche ni d'un gauchisme sulfureux », mais ne vise « à rien moins qu'à légitimer les tentatives de meurtre »[66].

Sur i-Télé, quelques jours avant le verdict du procès en appel, elle dénonce une « poursuite »[67] des jeunes par la police, alors que l'accident a été causé par un choc frontal à une intersection (pendant que les jeunes fuyaient la police).

Attentats de novembre 2011 et janvier 2015 contre Charlie Hebdo[modifier | modifier le code]

Une pétition est signée par Rokhaya Diallo pour refuser le soutien au journal satirique Charlie Hebdo au lendemain de l'attentat de la nuit du 1er au , au cours duquel les locaux de l'hebdomadaire ont été incendiés par un cocktail Molotov. Après cet incendie criminel, Rokhaya Diallo cosigne avec 19 autres militants une tribune « Pour la défense de la liberté d'expression, contre le soutien à Charlie Hebdo[68] » qui dénonce une « instrumentalisation bouffonne et intéressée », déclarant qu'il n'y a « pas lieu de s'apitoyer sur les journalistes de Charlie Hebdo, que les dégâts matériels seront pris en charge par leur assurance. » Le texte de cette pétition s'en prend à Charlie Hebdo, en parlant d'un « écœurement face à la nouvelle marque de fabrique de cet hebdomadaire : un anticléricalisme primaire doublé d'une obsession islamophobe »[69] et affirme qu'il « publie des articles ou des dessins antimusulmans »[69], en précisant que « contrairement à ce qui se dit et se répète, le délit de blasphème existe en France : depuis les lois Sarkozy de 2003, de très lourdes amendes et peines de prison sont prévues contre toute “offense au drapeau ou à l'hymne national[69]. » Cette pétition affirme que la liberté d'expression est menacée plutôt par la loi d'un « État national-laïque » contre le port du foulard musulman. La formule « État national-laïque » est comprise comme allusive à un État national-socialiste[70]. Selon Caroline Fourest, cette pétition « Contre le soutien à Charlie Hebdo » est aussi signée par « des responsables d'organisations intégristes »[49].

En mars 2012, après avoir reçu un Y'a bon award, Caroline Fourest écrit vouloir porter plainte contre Les Indivisibles estimant qu'ils soutiennent l'intégrisme religieux, et accréditent l'idée qu'elle-même serait raciste[71]. En juin 2013, Rokhaya Diallo affirme que Fourest n'a pas porté plainte, et que c'était selon elle un « effet d'annonce »[72].

Invitée au lendemain de l'attentat de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, Jeannette Bougrab, ancienne présidente de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité, évoque les innombrables menaces contre l'hebdomadaire satirique et met en cause les Les Indivisibles : « On leur a attribué des Y'a bon Awards, on les a stigmatisés en disant que ce sont eux les racistes […] on les a pointés du doigt pour les faire assassiner[73]. » Le président des Indivisibles, Amadou Ka, note que Jeannette Bougrab « confond les Indivisibles avec les Indigènes de la République, alors que nous sommes bien deux associations différentes. Et elle laisse entendre que nous avons déjà nominé Charlie Hebdo pour les Y’a Bon Awards alors que cela n’a jamais été le cas[74]. »

Action en justice[modifier | modifier le code]

L'auteur d'un tweet anonyme de menaces contre elle, publié le 15 juin 2013, est condamné en janvier 2014 à 2 000 euros d'amende, dont 1 400 avec sursis et 1 000 euros de dommages et intérêts à la plaignante[75]. À la suite de cette agression, elle réalise un documentaire Les Réseaux de la haine pour mieux comprendre les leviers de la violence qui s’exprime quelque fois sur les réseaux sociaux[76].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Laurence Marchand-Taillade est secrétaire nationale du PRG chargée des libertés individuelles et des droits nouveaux et présidente de l'Observatoire de la Laïcité du Val d'Oise
  2. James Cohen est professeur à l'université Sorbonne nouvelle, spécialiste des questions raciales et migratoires, notamment aux États-Unis.
  3. Professeure de philosophie politique et sociale à l’université Paris-VIII
  4. Spécialiste des études afro-américaines, enseignante-chercheuse à l’université François-Rabelais de Tours[45].
  5. C. Le Doaré est la fondatrice du réseau féministe laïque Les VigilantEs.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Rokhaya Diallo : « On peut être raciste en ayant de bonnes intentions » », sur http://www.seneweb.com,
  2. a, b, c et d Didier Arnaud et Charlotte Rotman, « Humour noir », Libération,‎ (lire en ligne)
  3. « Entretien avec Rokhaya Diallo » sur Actua BD, 11 mai 2015.
  4. Rokhaya Diallo, antiraciste de chocJeune Afrique, 14 février 2012
  5. a, b et c « Rokhaya Diallo : « L'islamophobie est un nouveau racisme » », Sud-Ouest, (consulté le 5 juillet 2011)
  6. Rokhaya Diallo Africacultures
  7. « Française, sans commentaire ! », Telerama, (consulté le 24 décembre 2008)
  8. Amadou Ka Rokhaya Diallo : Racisme, mode d’emploi Les Indivisibles Juin 2011
  9. a et b Habibou Bangré, « Les indivisibles face aux préjugés », sur Afrik.com,
  10. « Les Indivisibles : « Le Français de souche est un mythe » », Fdesouche,‎ (lire en ligne)
  11. « L'Université populaire et citoyenne a invité Rokhaya Diallo pour débattre sur le racisme », La Voix du Nord, (consulté le 5 juillet 2011)
  12. « Quand il y a un raciste à l'UMP, ça va… », Les Indivisibles, (consulté le 5 juillet 2011)
  13. « Témoignage : quand les élus locaux flirtent avec l'islam radical » sur lefigaro.fr du 30 novembre 2015.
  14. Davy Mourier, « Youpi et la Paille Magique, vidéo parodique d'animé japonais avec Rokhaya Diallo et Davy Mourier », sur Badstrip
  15. « L'avenir de la France passe par la diversité », Slate, (consulté le 17 avril 2010)
  16. « Cinq personnalités lancent un appel à une "République multiculturelle et post-raciale" », LeMonde, (consulté le 29 juin 2010)
  17. « Face à face Rokhaya Diallo-Anne Fulda », RTL
  18. Emmanuelle Skyvington Egaux Mais Pas Trop, c'est fini Télérama, 16 juillet 2014
  19. « Rokhaya Diallo au black caucus à Washington »
  20. « Respect Mag « 100 % Noirs de France » »
  21. Rokhaya Diallo, « Femmes, prenons la une ! », p. 3, Politis, no 1293, « éditorial ».
  22. Entretiens : Rokhaya Diallo, « Alter-égaux » [vidéo], sur mediapart.fr, 2014-2015 (consulté le 20 janvier 2017)
  23. « Rokhaya Diallo », Radio France Internationale, (consulté le 17 juin 2014)
  24. Adieu mademoiselle: La défaite des femmes. Eugénie Bastié, Éditions du Cerf, 2016. Section 7.
  25. Voir sur le site de l'ONG.
  26. « 1ère édition du #Labcomwomen : les lauréates », sur groupe-tf1.fr, (consulté le 21 janvier 2017)
  27. « Conférences Labcom »
  28. « Rokhaya Diallo, lauréate au #LabcomWomen », sur telesphere.fr
  29. Voir sur le site du FEMI.
  30. « Rokhaya Diallo et ses Marches de la liberté récompensées au FEMI ! » sur afriqueconnection.com.
  31. « De Paris à Ferguson : coupables d'être noirs », sur ujfp.org,
  32. Sylvain Mouillard et Frantz Durupt, « Plongée chez les nouveaux antiracistes », sur liberation.fr,
  33. De Charlie Hebdo à #Charlie: Enjeux, histoire, perspectives. Jane Weston Vauclair, David Vauclair, Éditions Eyrolles, 2015. Chapitre 1, page 33
  34. http://laregledujeu.org/2015/06/18/22640/todd-contre-les-integristes-tout-contre/
  35. Après la polémique sur son article sur la mode "noire", "Elle" se défend de tout racisme, lemonde.fr, 2 février 2012
  36. « A quand une femme noire en couverture de "Elle" ? »,
  37. Tribune contre le texte du Mrap.
  38. Jim Jarrassé, dans Le Figaro du 27/09/2012 Le racisme anti-Blanc, un concept hérité du FN
  39. Extraits de Racisme : mode d’emploi (Larousse, 2011), Rokhaya Diallo, « Le « communautarisme », c’est mal ? », sur projet.pcf.fr,
  40. « Rokhaya Diallo, nouvelle bête noire des racistes », Slate Afrique,
  41. On a parlé féminisme avec Rokhaya Diallo Les Inrocks, 8 janvier 2017.
  42. Mwasi, non mixité inscrite dans la charte de l'association.
  43. « Musulmanes, femmes noires : les féministes accusées d'ignorer les minorités », Madame Figaro, 9 juin 2015.
  44. « Intersectionnalité : concept visant à révéler la pluralité des discriminations de classe, de sexe et de race », Libération, 2 juillet 2015.
  45. a, b, c et d Gaëlle Dupont, « Droit des femmes : la lutte en couleurs », sur lemonde.f, (consulté le 19 janvier 2017)
  46. a et b « La mairie du XXe ne veut pas entendre Rokhaya Diallo sur les violences faites aux femmes », Libération.fr,‎ (lire en ligne)
  47. a, b et c « Les Inrocks - Féministes: le bras de fer qui fait tanguer Paris », sur Les Inrocks (consulté le 28 mai 2015).
  48. « La mairie du XXe ne veut pas entendre Rokhaya Diallo sur les violences faites aux femmes », sur Libération (consulté le 29 janvier 2017).
  49. a, b et c Éloge du blasphème. Caroline Fourest, éditions Grasset, 2015. Section 2.
  50. « Féministes, donc contre la pénalisation des clients », sur Libération (consulté le 29 janvier 2017)
  51. « Rokhaya Diallo : « L’islamophobie est un nouveau racisme » », sur SudOuest.fr (consulté le 30 décembre 2016)
  52. « Les Indivisibles soutiennent le groupe Neutralité », Les Indivisibles.fr, (consulté le 8 novembre 2011)
  53. « Islamophobie : état d'urgence », Foulexpress.com, (consulté le 8 novembre 2011)
  54. « La France doit dire oui à l'admission de la Palestine à l'ONU ! », LeMonde.fr, (consulté le 27 novembre 2012)
  55. « Rokhaya Diallo sur le mariage pour tous », Afrik.com, (consulté le 10 janvier 2013)
  56. Collectif, « L'appel des 58 : « Nous manifesterons pendant l'état d'urgence » », Club de Mediapart,‎ (lire en ligne).
  57. AFP, « État d'urgence : 58 personnalités revendiquent la liberté de manifester », Le Point,‎ (lire en ligne).
  58. Paris/Berlin : le débat, retranscription de l'émission du 13/11/2008.
  59. « Zemmour: "J'appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire..." », sur Le Post (consulté le 26 décembre 2015)
  60. a et b AFP, « Éric Zemmour condamné pour provocation à la discrimination raciale », sur Le Point,
  61. « Rokhaya Diallo:«Je me suis sentie agressée par Eric Zemmour» », Elle,‎ (lire en ligne)
  62. Blandine Grosjean, « Finkielkraut, malade de son obsession du métissage », Rue89, (consulté le 27 juillet 2011)
  63. « Islam, islamisme, islamophobie » sur franceculture.fr.
  64. « Presse : les dérives du Courrier de l'Atlas »,
  65. « Pour les cinq de Villiers-le-Bel », Libération, (consulté le 29 juin 2010)
  66. « Quand Libé fait l'apologie de la violence à Villiers-le-Bel », Marianne, (consulté le 29 juin 2010)
  67. « édito Rokhaya Diallo sur i-Télé sur le procès de Villiers-le-Bel », Facebook, vidéo You Tube, (consulté le 14 novembre 2011)
  68. « Pour la défense de la liberté d'expression, contre Charlie Hebdo », lmsi.net (consulté le 8 novembre 2011)
  69. a, b et c Texte de la pétition sur lmsi.net.
  70. Laurent Bouvet, « Charlie Hebdo : pour que ce qui a conduit au pire ne se reproduise pas », sur http://www.slate.fr/, (consulté le 16 mai 2015).
  71. « Les Y’a bon Awards déshonorent l’antiracisme », carolinefourest.wordpress.com, (consulté le 7 janvier 2017).
  72. « La militante antiraciste Rokhaya Diallo évoque ses projets et ses combats », Yahoo actualités, juin 2013.
  73. Voir sur videos.tf1.fr.
  74. David Perrotin, « Charlie Hebdo: Jeannette Bougrab poursuivie pour diffamation par Les Indivisibles », BuzzFeed,‎ (lire en ligne)
  75. Le tweet : « Il faut violer cette conne de rokaya, comme ça, fini le racisme… » « Une amende pour avoir appelé au viol de la militante antiraciste Rokhaya Diallo », Le Monde, (consulté le 24 janvier 2014)
  76. Les réseaux de la haine Le Figarotv,
  77. (en) Les Marches de la liberté with Rokaya Diallo French-American Foundation, mars 2014
  78. Présentation pour France Ô : Rokhaya Diallo, « Paroles d'expert : Qu'est ce que le racisme ordinaire ? » [vidéo], sur dailymotion.com, , durée 01:58.
  79. LCP ; Rokhaya Diallo, « Droit de suite : Les Réseaux de la haine » [vidéo], sur lcp.fr, durée : 51'32"
  80. USA, la recette caribéenne du succès

Liens externes[modifier | modifier le code]