Démontage du McDonald's de Millau

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Le démontage du McDonald's de Millau est le nom communément donné à l'action accomplie le [1] par des paysans militants des syndicats agricoles Confédération paysanne et SPLB (Syndicat des Producteurs de Lait de Brebis) sur le chantier de construction d'un restaurant de la chaîne McDonald's à Millau, dans l'Aveyron en France. Manifestation visant aussi l'Organisation mondiale du commerce (OMC), l'opération constitue un repère dans l'histoire de l'altermondialisme en France et de la place occupée par la Confédération paysanne au sein du monde agricole français. Pour le sociologue Jean-Pierre Poulain, elle fait par ailleurs entrer la nourriture sur la scène politique[2].

Cette action emblématique de désobéissance civile a été qualifiée majoritairement de « démontage » mais le terme de « saccage » a aussi été largement employé. Cinq agriculteurs militants ont été mis en examen suite à cet événement. Cette destruction d'un bien privé a été sanctionnée au cours d'un procès le 30 juin 2000 devant le tribunal correctionnel de Millau, au cours duquel 40 000 manifestants altermondialistes se sont réunis. La peine est confirmée par la cour d'appel de Montpellier en 2001. Le verdict condamne José Bové à une peine de trois mois de prison ferme et de prison avec sursis pour les quatre autres paysans[3].

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Il s'agissait, pour la Confédération paysanne de protester contre la décision de l'Organisation mondiale du commerce d'autoriser les sanctions américaines (sous forme de taxation punitive de certaines importations d'origine européenne, comme le fromage au lait cru de brebis roquefort), en raison du refus de l'Union européenne d'importer des États-Unis de la viande de vache élevée aux hormones de croissance. McDonald's, entreprise d'origine américaine, représentait à leurs yeux la cible symbolique idéale, tout à la fois de la « malbouffe » et du « capitalisme apatride ».

René Riesel, autre membre de la Confédération paysanne et auteur avec José Bové et d'autres agriculteurs syndicalistes de destructions de cultures OGM, avance que cette action intervient à un moment critique de la lutte contre les OGM, quand celle-ci finissait par prendre de l'ampleur et osait s'attaquer à la recherche publique. Selon Riesel, la médiatisation de la « malbouffe » a permis de masquer la « guerre contre le vivant » que mène la société industrielle, et a permis à un courant de contestation légaliste qu'il qualifie de « citoyenniste » d'occuper seul la scène médiatique, avec Bové à sa tête. Alors que le précédent mouvement dénonçait toute forme de manipulation génétique comme moyen de domination du couple recherche/industrie sur le vivant et les populations, le mouvement « citoyenniste » milite seulement pour que l'État régule cette domination en protégeant le consommateur, ce que Riesel perçoit comme une dérive qui limite considérablement la portée contestatrice, et potentiellement émancipatrice, de la lutte contre les OGM[4],[5].

Déroulement[modifier | modifier le code]

L'histoire débute en juillet 1999 à la terrasse d'un petit café de Saint-Affrique. José Bové, porte-parole du syndicat des producteurs de lait de brebis et six de ses camarades syndiqués ont l'idée de contrer le boycott américain en démontant, le 12 août, le McDonald's de Millau en train de se construire[6]. Ils annoncent cette action en conférence de presse, précisant qu'il s'agira avant tout d'une manifestation bon enfant avec dégustation de roquefort. Quelque temps avant la manifestation, les Renseignements généraux approchent les militants pour leur proposer de démonter un bâtiment factice, plutôt que de s'en prendre au vrai, en vain[3].

Vers 11 heures, 300 agriculteurs se réunissent à l'appel de la Confédération paysanne de l'Aveyron ainsi que du Syndicat des producteurs de lait de brebis. Tandis que certains distribuent des tartines de roquefort, d'autres démontent l'établissement en une heure, sous les yeux impuissants de Marc Dehani, patron des quatre Mc Donald's de l'Aveyron. Les dégâts s'élèveront à 120 000 [7]. Les choses auraient pu en rester là, mais plusieurs faits favorisent l'amplification médiatique : de nombreux journaux reprennent les jours suivants l'évaluation des dégâts faite par le gérant du McDo. Le 19 août, José Bové en vacances apprend par la radio que quatre de ses camarades ont été interpellés. Le meneur se rend le jour même à Millau devant 500 manifestants et presque autant de caméras et d'objectifs. Mis en examen, il ne ressort pas libre comme ses camarades car il est déjà sous le coup dune condamnation pour un saccage de champ OGM. Il est transféré à la maison d'arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone, près de Montpellier, où il est accueilli en héros par les détenus. On lui propose une libération sous caution mais il refuse de payer les 105 000 francs nécessaires à sa libération. Devant cette affaire médiatique, des fermiers américains, indiens et japonais organisent une collecte de solidarité. Finalement 160 000 francs sont collectés, si bien que Bové accepte la libération sous caution. Une meute de caméras et de flashs accueille sa sortie de prison, le 7 septembre. José Bové sourit, le poing levé. L'image fait le tour du monde[8].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Isabelle Sommier, Le renouveau des mouvements contestataires: à l'heure de la mondialisation, Flammarion, , p. 171.
  2. Jean-Pierre Poulain, « Affirmation des particularismes individuels et évolution des modèles alimentaires », in Claude Fischler (dir.), Les Alimentations particulières. Mangerons-nous encore ensemble demain ?, Paris, Odile Jacob, 2013, p. 249.
  3. a et b « Mc Do de Millau : dix ans après... », sur ladepeche.fr, (consulté le 4 mai 2015)
  4. « [...] la différence des objectifs, de la méthode et des mobiles autant que l'engouement médiatique provoqué par les péripéties judiciaires [que cette action] entraîna imposèrent un tournant aux entreprises anti-transgéniques. [...] on pouvait insérer les OGM dans la pseudo-critique de la malbouffe [...] » explique notamment René Riesel in Du progrès dans la domestication, Éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, 2003, p. 41
  5. Déclarations sur l'agriculture transgénique et ceux qui prétendent s'y opposer Éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, Paris 2001
  6. Éric Agrikoliansky, Olivier Fillieule, Nonna Mayer, L'altermondialisme en France: la longue histoire d'une nouvelle cause, Flammarion, , p. 135.
  7. Gwenaëlle Moulins, « Marc Dehani n'a jamais renoncé au McDo de Millau », sur la-croix.com, .
  8. Jean-Philippe Martin, Histoire de la nouvelle gauche paysanne. Des contestations des années 1960 à la Confédération paysanne, La Découverte, , p. 43.

Voir aussi[modifier | modifier le code]