Biram Dah Abeid

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Biram Dah Abeid
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Biram Dah Abeid
Nom de naissance Biram Ould Dah Ould Abeid
Naissance (54 ans)
Rosso (Mauritanie)
Nationalité Mauritanienne
Activité principale
Militant politique, lutte contre l'esclavage en Mauritanie
Formation

Biram Dah Abeid est un militant abolitionniste et homme politique mauritanien, député et deux fois candidat à l'élection présidentielle.

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Biram Dah Abeid fait partie de la caste des Haratins, des Maures noirs descendants d'esclaves. Son père, ayant été affranchi par le maître de sa grand-mère, est né libre[1]. Il sera le seul d’une fratrie d’onze enfants à être scolarisé. Suivant la volonté de son père, il étudie pour combattre l’esclavage[2]. Il intègre l'université, où il étudie le droit et l'histoire. Il consacre sa thèse à l'esclavage, une pratique interdite, sans peine assortie, depuis 1981 et à plusieurs reprises depuis lors[3] en Mauritanie mais toujours répandue dans le pays[4].

Militantisme et vie politique[modifier | modifier le code]

Après ses études, il commence à militer au sein de l'ONG anti-esclavagiste SOS Esclaves[5]. En 2008, il fonde l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA-Mauritanie), qu'il définit comme « une organisation de lutte populaire »[5], et dont il est le président[6]. Il est condamné pour cela à une peine de prison puis gracié en février 2011 par le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz.

En avril 2012, au cours d'une manifestation à Nouakchott, il brûle en public des textes de droit de l’école du droit musulman malikite, considérés comme encourageant la pratique de l’esclavage. Il justifie son acte par le fait que cet enseignement, constitué de normes, de jurisprudence et de principes généraux, codifie l'inégalité de naissance, autorise la vente d'êtres humains, leur châtiment corporel, le viol des femmes esclaves et la castration des mâles noirs[7]. L'ensemble de ces prescriptions figure, en des termes explicites et pratiques, dans de tels livres. Il est emprisonné aux cotés d’autres militants de l’IRA, accusé de porter « atteinte à la sûreté de l’Etat ». L’IRA présentera ses excuses pour l’incident, qui a choqué l’opinion et les médias en Mauritanie[8]. Après des mois de détention préventive suivie de l’annulation de son procès pour vice de forme par la cour criminelle de Nouakchott, Biram Ould Abeid et ses coaccusés sont libérés en septembre 2012[6],[9],[10].

Discours de Biram Dah Abeid à Bordeaux, le 4 février 2017, à l'occasion de la remise du prix Mémoires partagée par l'association internationale Mémoires et Partages.

En 2013, Biram Dah Abeid reçoit le Front Line award for Human Rights Defenders at Risk de l'ONG irlandaise Front Line Defenders et fait partie des six lauréats du prix des droits de l'homme, décerné tous les cinq ans par l'Organisation des Nations unies à des personnes ou associations ayant œuvré pour la défense des droits de l'homme[1],[11],[12].

Fin 2013, Biram Abeid fait partie des six lauréats du Prix des droits de l’homme décerné tous les cinq ans par l’Organisation des Nations unies[8].

Biram Dah Abeid se présente à l'élection présidentielle mauritanienne de 2014. Au 1er tour, il se classe second et obtient 8,6 % des suffrages. Le président sortant est réélu avec 81 % des voix dans des élections boycottées par la Coordination de l'Opposition Démocratique.

En novembre 2014, le militant est de nouveau arrêté, avec neuf autres membres de l'IRA, après avoir pris part à une caravane contre l’esclavage. Il est condamné le 15 janvier 2015 à une peine de 2 ans de prison ferme pour « appartenance à une organisation non reconnue, rassemblement non autorisé, appel à rassemblement non autorisé et violence contre la force publique »[13].

Le 13 août 2015, une loi pénalisant l'esclavage entre en vigueur en Mauritanie[14], la pratique reste malgré tout répandue dans le pays. Ils seraient 150.000 selon l'IRA en 2014[15].

Aux élections législatives de 2018, Biram Ould Abeid se présente sous les couleurs du parti Assawab, aux orientations baassistes (nationaliste arabe), qui a récemment scellé une alliance avec l’aile politique de l’IRA. Le journaliste Daddah Abdallah, qui portera par la suite plainte contre Abeid, réalise alors un documentaire sur cette alliance et la qualifie de « contre-nature »[16]. Le 7 août 2018, deux semaines avant les élections législatives, il est arrêté avec d'autres militants anti-esclavagistes et journalistes et inculpé la semaine suivante pour « atteinte à l’intégrité d’autrui et menace d’usage de la violence ». Son avocat Maître Ebetty dénonce un « un coup monté judiciaire »[17]. Des ONG telles que Amnesty International dénoncent une répression politique visant à étouffer le principal rival du gouvernement au pouvoir dans les élections présidentielles à venir[18]. La manifestation qui suit l'annonce du verdict sera durement réprimé et fera deux blessés graves[17].

En 2019 il se présente à nouveau à l'élection présidentielle et obtient 18,58% des suffrages au 1er tour[19].

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Angélique Mounier-Kuhn, « L’esclavage, une survivance tenace », Le Temps,
  2. « Biram Dah Abeid, la voix des esclaves modernes de Mauritanie », sur lemonde.fr, (consulté le 19 septembre 2019)
  3. "En Mauritanie, les filles esclaves de 9 ans sont violées par le maître, ses fils, son chauffeur ou son hôte de passage", Dorian de Meuûs, La Libre Belgique, 25 février 2017
  4. Jean-Baptiste Naudet, « Esclavage : le Spartacus mauritanien », L'Obs, no 2613,‎ , p. 58 à 63 (ISSN 0029-4713, lire en ligne)
  5. a et b « Il lutte contre la justification religieuse de ce crime: il est passible de la peine de mort », La Libre Belgique,
  6. a et b Christophe Châtelot, « En Mauritanie, les autorités campent dans le déni de l'esclavage », Le Monde,
  7. « Mauritanie - Biram Dah Abeid : « La loi fondamentale sacralise un code négrier » », sur lepoint.fr, Le Point, (consulté le 19 septembre 2019)
  8. a et b « Biram Dah Abeid, la voix des esclaves modernes de Mauritanie », lemonde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 11 septembre 2019)
  9. (en) Christophe Châtelot, « Anti-slavery campaigner arrested in Mauritania », The Guardian Weekly,
  10. Justine Spiegel, « Lutte contre l'esclavage en Mauritanie : Biram Ould Abeid sort de prison, le Coran à la main », Jeune Afrique,
  11. (en) Tisha Lewis, « Human rights prize winner visits Chicago », Fox Broadcasting Company,
  12. (en) « Pakistani activist Malala Yousafzai among winners of 2013 UN human rights prize », UN News Center, https://www.youtube.com/watch?v=6reLVhqXxy8
  13. « Mauritanie : Dah Ould Abeid et 2 autres militants anti-esclavagistes condamnés à 2 ans de prison », sur Jeune Afrique,
  14. « Mauritanie : une experte de l'ONU salue l'adoption d'une nouvelle loi contre l'esclavage », sur www.un.org, (consulté le 21 août 2015)
  15. Damien Roustel, « Mauritanie : ces Spartacus qui gênent le pouvoir », L'Humanité,
  16. « En Mauritanie, inculpation d’un opposant et militant anti-esclavagiste », sur lemonde.fr, (consulté le 19 septembre 2019)
  17. a et b « Invité Afrique - Affaire Biram: «C'est un coup monté judiciaire» selon l'avocat du prévenu », sur RFI, (consulté le 11 septembre 2019)
  18. Hamidou Anne, « Ne laissons pas Biram Dah Abeid seul face à ses bourreaux », Le Monde, 27 août 2018, Lire en ligne
  19. « Mauritanie: Les défis économiques du nouveau président », sur L'Economiste, (consulté le 7 septembre 2019)
  20. « FRANCE – Biram DAH ABEID reçoit le Prix « Mémoires Partagées » – Courrier des Afriques », sur www.courrierdesafriques.net (consulté le 12 février 2017)
  21. http://nieuws.kuleuven.be/en/patron-saints-day-2019-ku-leuven-to-award-six-honorary-doctorates

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