Houria Bouteldja

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Houria Bouteldja
Description de cette image, également commentée ci-après
Houria Bouteldja en 2016.
Naissance (45 ans)
Constantine, Algérie
Nationalité Drapeau de l'Algérie Algérienne
Drapeau de la France Française
Activité principale
Autres activités

Houria Bouteldja est une militante politique franco-algérienne, née le à Constantine. Elle est porte-parole du Parti des Indigènes de la République (PIR)[1]. Se présentant comme une militante antiraciste engagée contre l'islamophobie et le néocolonialisme, elle fait l'objet de nombreuses controverses et se voit elle-même accusée d'être antisémite, homophobe, sexiste, communautariste et raciste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Houria Bouteldja suit des études de langues étrangères appliquées en anglais et arabe à Lyon. Depuis 2001, elle est salariée de l'Institut du monde arabe, où elle est chargée de la location des espaces[2].

En 2003, elle participe à la fondation du collectif « Les Blédardes ». Au sein d'un autre collectif, « Une école pour tous et toutes », elle s'oppose à la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques françaises[3], considérant l'interdiction du port du voile comme une pratique « néocoloniale[4] », voire comme « une nouvelle affaire Dreyfus[5] ».

Elle est l'une des initiatrices de l'appel[6] (janvier 2005) qui donnera naissance au mouvement des Indigènes de la République, dont elle devient la porte-parole. Les Indigènes de la République se présentent comme un mouvement de dénonciation du passé colonial de la France, de lutte contre les discriminations dont sont victimes les « descendants des populations colonisées  » et, plus largement, contre l'idéologie raciste et colonialiste qui, selon eux, sous-tendrait les politiques sociales actuelles de l'État français[7].

En 2014, elle reçoit le prix du « combat contre l'islamophobie » de l'Islamic Human Rights Commission, une organisation à but non lucratif militant contre les violations des droits des musulmans, considérée comme une association islamiste « proche du Hamas tête de pont du lobby khomeiniste » selon plusieurs journalistes ou militants dont Caroline Fourest[8].

Lors de la nomination en juin 2007 de Fadela Amara, présidente de Ni putes ni soumises, au secrétariat d'État à la politique de la Ville, elle déclare qu'il s'agit d'une « promotion à l'islamophobie et au racisme »[9].

En novembre 2017, l'université de Limoges invite Houria Bouteldja à l'occasion d'un séminaire d’études décoloniales, ce qui provoque une polémique, du fait de ses prises de position controversées. Dans un premier temps, le président de l'université, Alain Célérier, assume cette sollicitation, avant de finalement annuler sa venue, évoquant un « risque de trouble à l'ordre public », la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal appelant pour sa part les universités « à la vigilance »[10],[11].

Affaires judiciaires[modifier | modifier le code]

  • Mise en examen le pour injure raciale à la suite de son emploi du terme « souchien », relaxée le (lire ci-dessous).
  • Le , elle est aspergée de peinture par un homme devant l'Institut du monde arabe, action revendiquée le lendemain par la Ligue de défense juive[12] (LDJ). Son agresseur, Daniel Benassaya, webmaster de la LDJ, est condamné en mai 2016 à 6 mois de prison avec sursis et 8 500 [13].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Se présentant comme une militante antiraciste engagée contre l'islamophobie et le néocolonialisme, Houria Bouteldja fait l'objet de nombreuses controverses et se voit elle-même accusée d'être antisémite, homophobe, sexiste, communautariste et raciste[14],[15],[16].

En 2006, dans une tribune intitulée « Les habits neufs du doriotisme », elle dénonce ce qu'elle considère comme les « inclinations nationales-populistes d'un certain nombre d'acteurs de la gauche française », notamment au sein de la rédaction de Charlie Hebdo[17].

Tout en disant avoir des « sentiments ambivalents » vis-à-vis de l'humoriste controversé Dieudonné, régulièrement critiqué pour son antisémitisme, elle loue son « attitude de résistance vis-à-vis du monde blanc » et des « sionistes »[18].

En novembre 2011, elle cosigne un manifeste dénonçant le soutien exprimé à Charlie Hebdo après l'incendie de ses locaux[19].

En 2016, elle publie le livre Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l'amour révolutionnaire, qui provoque de vives polémiques. Divers médias et observateurs politiques accusent Houria Bouteldja d'exprimer des opinions racistes et homophobes[20] et d'être dans une logique purement communautariste[15],[14]. Le directeur de la rédaction du Monde diplomatique, Serge Halimi lui reproche notamment de sommer la gauche de « tout subordonner — la domination sociale, la domination masculine, la persécution des minorités sexuelles — au combat contre l’hégémonie « blanche ». Et de le faire adossée à une réflexion théorique ne comportant en définitive qu’une variable, « Occident » contre « Indigènes », symétriquement conçus en blocs presque toujours homogènes, solidaires, immuables. » Aux yeux d’Halimi, avec de telles conceptions, « toutes les balises historiques du combat multiséculaire pour l’émancipation humaine (le rationalisme, le syndicalisme, le socialisme, le féminisme, l’internationalisme…) seront balayées par les torrents essentialistes et religieux[21]. »

Elle signe une tribune le sur le site Mediapart aux côtés d'une cinquantaine de personnalités « pour une justice impartiale et égalitaire » pour Tariq Ramadan, mis en examen pour viols et placé en détention provisoire, et dans laquelle il est demandé de le libérer immédiatement en raison de son état de santé[22].

En mai 2018, elle participe à la conférence internationale « Bandung du Nord », organisée par le Decolonial International Network afin de « questionner la mémoire coloniale »[23]. Toutefois, note le site Conspiracy Watch, y interviennent aussi certaines personnalités « remarquées pour leur complotisme ou leur antisémitisme », ainsi que les militants antiracistes Angela Davis et Fred Hampton Jr. (en), ou encore le journaliste Muntadhar al-Zaidi, connu pour son engagement contre la guerre en Irak[24].

Polémique sur l'utilisation du mot « souchien »[modifier | modifier le code]

Dans l'émission de télévision Ce soir (ou jamais !) dont elle était une invitée régulière, Houria Bouteldja déclare le [9] :

« On met toujours la focale sur les quartiers populaires […] en déficit de connaissances, de conscience politique, il faut les éduquer, etc. et on occulte complètement le reste de la société et ses privilèges […] et moi, j'ai envie de dire : c'est le reste de la société qu'il faut éduquer, […] c'est le reste de la société occidentale, enfin de ce qu'on appelle, nous, les souchiens — parce qu'il faut bien leur donner un nom —, les Blancs, à qui il faut inculquer l'histoire de l'esclavage, de la colonisation… […] la question de l'identité nationale, elle doit être partagée par tout le monde et c'est là qu'il y a un déficit de connaissances. »

Houria Bouteldja affirme qu'elle parlait, sans ambiguïté, de « souchiens »[25], un néologisme grammaticalement correct construit à partir de l'expression « Français de souche »[26], et non de « sous-chiens ». À la suite des polémiques naissantes et grandissantes, elle clarifie ce point à plusieurs reprises, en particulier dans un article dédié intitulé : « Petite leçon de français d'une sous-sous-chienne aux souchiens malentendants »[26].

L'hebdomadaire Marianne fut le premier média à faire part de la polémique, dans un article intitulé « Une petite leçon de racisme », paru le 28 juin 2007. L'orthographe que met en avant l'auteur de l'article est « sous-chiens » : le terme est pour lui une insulte déguisée, masquée par un jeu volontaire sur l'homophonie[26]. L'intéressée réfute les accusations en se désignant elle-même comme une « sous-sous-chienne » et affirme avoir fait usage du néologisme « souchiens » pour désigner les « Français de souche », les « Blancs »[26].

Quand, près d'un an plus tard, le ministre Brice Hortefeux revient sur l'idée qu'elle « traite les Français de sous-chiens », assurant qu'il ne laisserait pas prononcer de tels mots sans réagir[27], un communiqué des Indigènes de la République réaffirme qu'il s'agit d'accusations mensongères[28].

L'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (Agrif), proche de l'extrême droite, lui intente un procès devant le tribunal de Toulouse, ce qui cause sa mise en examen le 10 mai 2010 pour injure raciale[29] à la suite de son emploi du terme « souchien ».

Le 25 janvier 2012, l'Agrif et Bernard Antony perdent leur procès, et Houria Bouteldja est relaxée[30]. Le tribunal correctionnel de Toulouse motive ainsi son jugement : l'expression « Français de souche », utilisée « dans les discours officiels roboratifs à l'attention des Français installés à l'étranger, colons ou expatriés, et plus particulièrement à ceux d'Algérie », a pris « son essor dans les années 1980 sur un mode néo-raciste avec la politisation de la question de l'immigration et des enfants de l'immigration que cet artifice de langage tend à matérialiser en race définie en creux, avec en toile de fond cette idée de la disparition de la grande race ou de la revendication d'un type supérieur d'humanité. »

Le tribunal rappelle cependant que « cette notion de français de souche qui va susciter en miroir celle de souchien a des résonances de pertinence affective et respectable (« la Nation, c'est la terre et les morts », disait Barrès tandis que Zola parlait de ce Français de souche né en France de parents français) ». La partie civile et le parquet ont fait appel[31]. En effet, pour l'avocat général de la Cour d'appel, le terme « souchien » constitue une injure à caractère raciste[32].

Houria Bouteldja a été relaxée par la cour d'appel de Toulouse le 19 novembre 2012[33],[34], puis le pourvoi en cassation de l'Agrif a été rejeté le [35].

Parallèlement, le terme « souchien » est récupéré par le groupe d'extrême droite des Jeunesses nationalistes (fondées en 2011 à Lyon par Alexandre Gabriac)[36] qui appelle à « exprimer la révolte des souchiens »[37], avec ce slogan : « Bouteldja t'es foutue ! Les souchiens sont dans la rue. »

Proche-Orient[modifier | modifier le code]

Lors de l'émission de Ce soir (ou jamais !), elle déclare, parlant du Hamas et du Hezbollah[9] :

« Le Hamas et le Hezbollah sont des mouvements de résistance qui résistent… j'affirme haut et fort que ces deux mouvements sont des mouvements de résistance ; c'est clair, net et précis. »

Dans cette même émission, elle déclare être contre le « lobby sioniste ».

Elle pose sur une photographie, en souriant, près d'une pancarte où est écrit : « Les sionistes au goulag »[20].

À l'occasion de la Marche des Indigènes de la République du 8 mai 2008, interrogée sur la présence de pancartes à l'effigie du fondateur du Hamas, Ahmed Yassine, elle répond :

« Le cheikh Yassine est un anticolonialiste qui a lutté contre le colonialisme israélien. Tous les anticolonialistes sont les bienvenus chez nous[38]. »

L'année suivante, elle déclare lors de la Ve Marche :

« Que nous soyons originaires d'Afrique, du monde arabo-musulman, des Caraïbes, habitants des cités ou tout simplement anti-colonialistes, nous devons nous unir dans ce combat commun au nom de notre dignité en France. Nous devons nous unir pour exprimer ensemble notre solidarité avec tous les peuples en lutte. Nous devons nous unir pour apporter notre soutien inconditionnel à la lutte du peuple palestinien pour retrouver sa terre. Et aucun chantage à l'antisémitisme ne nous fera reculer[39]. »

Selon le politologue et historien Pierre-André Taguieff, elle n'hésite pas à appliquer la célèbre formule de Jean-Paul Sartre de la préface aux Damnés de la terre de Frantz Fanon, à la lettre, au conflit israélo-palestinien et elle juge que Sartre s'est trahi lui-même en défendant le droit à l'existence d'Israël : « Sartre a survécu. Car l’homme de la préface des Damnés de la terre n’a pas achevé son œuvre : tuer le Blanc. Sartre n’est pas Camus, mais il n’est pas Genet non plus. Car au-delà de son empathie pour les colonisés et leur légitime violence, pour lui, rien ne viendra détrôner la légitimité de l’existence d’Israël. [...] La bonne conscience blanche de Sartre… C’est elle qui l’empêche d’accomplir son œuvre : liquider le Blanc. Pour exterminer le Blanc qui le torture, il aurait fallu que Sartre écrive : « Abattre un Israélien, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ». Se résoudre à la défaite ou à la mort de l’oppresseur, fût-il Juif. C’est le pas que Sartre n’a pas su franchir. C’est là sa faillite. Le Blanc résiste. Le philosémitisme n’est-il pas le dernier refuge de l’humanisme blanc ? »[40],[18].

Racisme[modifier | modifier le code]

En février 2006, — au cours d'un entretien réalisé par Christine Delphy et Christelle Hamel, publié dans la revue Nouvelles Questions féministes[41] —, elle soutient que discrimination et ségrégation produisent une logique d'apartheid dont la conséquence est un accroissement de la communautarisation et des revendications identitaires, autant de causes qui développent « le racisme dans les minorités » : le racisme anti-Blanc existe et s'amplifie ; « Oui, on en est là. Parce qu’on a tout fait … On a tout exploré. On est parties de chez nous. On vous a aimé·e·s. On a voulu faire comme vous […] On vous a tant aimé·e·s ! Et on s’est trouvés devant UN MUR D’ARROGANCE … ». Elle ajoute :

« Alors l’appel des Indigènes dit : “Merde.” Il propose de repartir sur des bases saines. […] Prenez-le : le discours ne vous plaît pas … mais prenez-le quand même ! […] Là, on ne cherche plus à vous plaire ; vous le prenez tel quel et on se bat ensemble, sur nos bases à nous ; et si vous ne le prenez pas, demain, la société tout entière devra assumer pleinement le racisme anti-Blanc. Et ce sera toi, ce seront tes enfants qui subiront ça. Celui qui n'aura rien à se reprocher devra quand même assumer toute son histoire depuis 1830. N'importe quel Blanc, le plus antiraciste des antiracistes, le moins paternaliste des paternalistes, le plus sympa des sympas, devra subir comme les autres. Parce que, lorsqu'il n'y a plus de politique, il n'y a plus de détail, il n'y a plus que la haine. Et qui paiera pour tous ? Ce sera n'importe lequel, n'importe laquelle d'entre vous. C'est pour cela que c'est grave et que c'est dangereux ; si vous voulez sauver vos peaux, c'est maintenant. Les Indigènes de la République, c'est un projet pour vous ; cette société que vous aimez tant, sauvez-là… maintenant ! Bientôt il sera trop tard : les Blancs ne pourront plus entrer dans un quartier comme c'est déjà le cas des organisations de gauche. Ils devront faire leurs preuves et seront toujours suspects de paternalisme. Aujourd'hui, il y a encore des gens comme nous qui vous parlons encore. Mais demain, il n'est pas dit que la génération qui suit acceptera la présence des Blancs. »

En juin 2012, elle fait partie des signataires d'une tribune[42] dénonçant le texte d'orientation adopté pour trois ans par le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) à son congrès du 30 mars et du à Bobigny, et notamment les références faites au racisme antiblanc[43].

En avril 2015, elle déclare : « L’idéologie selon laquelle les couples mixtes, la rencontre entre deux cultures, c’est beau est vraiment pourrie. Si on parle dans l’absolu, il n’y pas de raison de ne pas adhérer à ça. Sauf qu’il y a des rapports de domination entre les cultures. »[44].

Dans son ouvrage Les Blancs, les Juifs et nous (La Fabrique, 2016), elle écrit :

« J'appartiens à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l'Algérie, à l'islam[15].
[…] on ne reconnaît pas un Juif parce qu’il se déclare Juif mais à sa soif de vouloir se fondre dans la blanchité, de plébisciter son oppresseur et de vouloir incarner les canons de la modernité. Comme nous[45],[46]. »

Le livre est présenté dans Marianne comme un « petit bréviaire de l'antiracisme détourné en racialisme décomplexé »[15]. Libération qualifie cet ouvrage de « logorrhée haineuse » et de « brûlot odieux » : le journal dénonce la « dérive identitaire » de Houria Bouteldja, soulignant que si cette dernière conserve de « justes indignations », elle apporte des réponses « ahurissantes » aux problèmes qu'elle soulève, tout en faisant preuve d'une « ignorance historique crasse »[14]. Tristan Garcia considère que les positions de l'ouvrage de Bouteldja utilisent la race comme « catégorie stratégique » et que, comme toute pensée décoloniale radicale, ses positions hésitent entre une réappropriation stratégique des divisions raciales et une « sorte d'épistémologie racialiste non blanche »[47].

Peu après la sortie de ce livre, au cours d'un débat dans l'émission Ce soir (ou jamais !), le politologue Thomas Guénolé interpelle Houria Bouteldja, également invitée, en déclarant : « Il y a une partie de l’antiracisme, et cela me fait beaucoup de peine de dire cela, qui est devenue raciste. Je parle de vous Madame Bouteldja. » Il poursuit en accusant Houria Bouteldja d'être raciste, misogyne et homophobe, en citant les divers propos et écrits de cette dernière sur les Juifs, les Blancs, les femmes, les couples mixtes et les homosexuels[48],[20]. Cette analyse est partagée par Jean Birnbaum qui, dans un article du Monde du , décrit le rôle notable de Houria Bouteldja « dans la dérive ethno-différencialiste d'une partie de la gauche ayant rompu avec l'utopie universaliste pour voir dans le Blanc l'ennemi absolu[49]. » Selon Thomas Guénolé, Houria Bouteldja explique que « Si une femme noire est violée par un noir, c'est compréhensible qu'elle ne porte pas plainte pour protéger la communauté noire »[20]. Elle précise à ce sujet « deviner dans la virilité testostéronée du mâle indigène la part qui résiste à la domination blanche ». Elle critique aussi ce qu'elle appelle le « féminisme blanc »[2] (notion également critiquée par les black feminists américaines).

Le , une vingtaine d'intellectuels, dont Christine Delphy ou Annie Ernaux, cosignent — dans le même quotidien, en réaction à l'article de Jean Birnbaum — une tribune de soutien à Houria Bouteldja et à l’antiracisme politique. Pour eux, elle « est la cible privilégiée des accusations les plus insensées, qui sont autant de calomnies : racisme, antisémitisme, homophobie… Il semble décidément que ses contempteurs n’aient pas lu son livre Les Blancs, les Juifs et nous […], se soient arrêtés à son titre sans le comprendre ou à quelques extraits cités à contre-emploi[50] ». Jack Dion, du magazine Marianne, réagit à cette tribune en ces termes : « défendre une raciste décomplexée tout en se prétendant de gauche[51] », et Robert Redeker publie dans Le Figaro Vox une tribune intitulée « Affaire Bouteldja : la pétition, hologramme de l'intellectuel de confort »[52].

Le Canard enchaîné relève qu'Houria Bouteldja parle du vivre-ensemble dans son livre publié en 2016 mais « qu'elle n'en veut pas. Non aux luttes communes », citant en exemple qu'elle refuserait à l'historien Pascal Blanchard de travailler sur le fait colonial, parce qu'il est blanc[2]. Les éditions Libertalia publient le livre La Fabrique du musulman, dans lequel le docteur en sciences politiques Nedjib Sidi Moussa fustige « une gauche cléricale à tendance racialiste » représentée par les positions d'Houria Bouteldja[49].

En novembre 2017, Rony Brauman, Éric Fassin, Lluis Sala Molins parmi une quarantaine d'intellectuels estiment que « l'affaire Tariq Ramadan relance violemment les campagnes menées contre les représentants de l’antiracisme » et que « victime d’une chasse aux sorcières, Houria Bouteldja, et, avec elle, le Parti des indigènes de la République, est devenue la personnalité à abattre ». Ils prennent à partie Jean-Luc Mélenchon et jugent que « les accusations d’antisémitisme qu’il a portées contre Houria Bouteldja sont inacceptables »[53].

Homophobie[modifier | modifier le code]

En 2013, dans le contexte du débat sur le mariage homosexuel, Houria Bouteldja déclare que « le mode de vie homosexuel n’existe pas dans les quartiers populaires », « ce qui n’est pas une tare », et que « le mariage pour tous ne concerne que les homos blancs », tout en précisant que « ça ne signifie pas qu’il n’y a pas de pratiques homosexuelles dans les quartiers, ça signifie qu’elle n’est pas prioritaire et qu’on a d’autres choses beaucoup plus importantes et urgentes. » Le sociologue Daniel Welzer-Lang commente à ce propos : « Dire que des personnes n’existent pas comme le fait Bouteldja, alors qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour les voir, c’est de l’homophobie » ; l'association Le Refuge juge quant à elle qu'un tel discours risque de stigmatiser encore plus les jeunes homosexuels des cités[54].

Elle affirme également : « l'homme arabe qui fait son coming-out, c'est un acte de soumission à la domination blanche[2]. »

Dans un interview avec Jeune Afrique, elle se défend des accusations d'homophobie :

« Mes propos ont été déformés dans la presse. J’ai simplement dit que les identités LGBT sont un phénomène nouveau en Europe, au XIXe siècle ça n’existait pas. Elles sont essentiellement européennes. Il faut distinguer la pratique homosexuelle et l’identité sociale homosexuelle. Celle-ci n’est pas reconnue et nommée dans tous les pays. Dans certains pays il y a une reconnaissance sociale d’un phénomène sans que cela soit politisé, lié à des revendications ou à une demande d’identification. Et, dans d’autres pays c’est l’inverse, comme en Occident[55]. »

Le journaliste Serge Halimi qui relève cet extrait du livre Les Blancs, les Juifs et nous : « "Il n’y a pas d’homosexuels en Iran". C’est Ahmadinejad qui parle. Cette réplique m’a percé le cerveau. Je l’encadre et je l’admire. […] Ahmadinejad, mon héros. […] La Civilisation est indignée. […] Et moi j’exulte », commente : « Étrange jubilation de sa part, tout de même, à entendre le président d’un pays qui exécute les homosexuels prétendre qu’ils n’existent pas[21]. »

Dans le même ouvrage, elle écrit, à propos des homosexuels arabes qui font leur coming out : « Les Blancs, lorsqu’ils se réjouissent du coming out du mâle indigène, c’est à la fois par homophobie et par racisme. Comme chacun sait, « la tarlouze » n’est pas tout à fait « un homme », ainsi, l’Arabe qui perd sa puissance virile n’est plus un homme. ». Thomas Guénolé cite ce passage pour dénoncer ses positions homophobes[20]. Dans une tribune publiée sur le media LGBT Yagg, Thierry Schaffauser, militant Act-Up, reproche à Thomas Guénolé d'avoir fait — lors de l'émission Ce soir (ou jamais !) — une utilisation tronquée des citations extraites du livre d'Houria Bouteldja. Schaffauser estime que le politologue a cherché à tromper son audience et que Bouteldja, loin d'être homophobe, reconnait l'homophobie tout en en faisant une analyse politique[56].

Libération reproche à Bouteldja d'opposer « irrémédiablement les masculinités blanche et indigène, les façons d’être “homme” en Europe ou au Maghreb », de présenter les « virilités de culture différentes » comme inconciliables, comme si un homme ou une femme ne pouvait « se définir en termes de genre que dans l’héritage fantasmé de ses aïeux » : le journal conclut qu'Houria Bouteldja reprend ainsi « le pire du catéchisme postcolonial en surdéterminant les existences par l’origine géographique »[20],[14].

La comédienne, auteure et chroniqueuse Océanerosemarie, elle-même ouvertement lesbienne et militante LGBT, prend la défense de Boutledja dans une tribune où elle déclare que les positions de Boutledja ne peuvent « en aucun cas être résumée[s] à de l’homophobie »[57]. Dans ce texte, Océanerosemarie dénonce, comme d'autres observateurs, des critiques basées sur des citations sorties de leur contexte.

Terrorisme[modifier | modifier le code]

Elle a déclaré : « Mohammed Merah c'est moi. Le pire c'est que c'est vrai. Comme moi, il est d'origine algérienne, comme moi il a grandi dans un quartier, comme moi il est musulman.… Comme moi, il sait qu'il sera traité d'antisémite s'il soutient les Palestiniens colonisés, d'intégriste s'il soutient le droit de porter le foulard. Mohamed Merah c'est moi et moi je suis lui. Nous sommes de la même origine et surtout de la même condition. Nous sommes des sujets postcoloniaux. Nous sommes des indigènes de la république… [...] Mohamed Merah, c’est moi et ca n’est pas moi. [...] Par son acte, [Mohammed Merah] a rejoint le camp de ses propres adversaires. De NOS adversaires. Par son acte, il s’empare d’une des dimensions principales de nos ennemis : celle de considérer les Juifs comme une essence sioniste ou une essence tout court. »[18],[58].

Publications[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Fonction d'Houria Bouteldja sur le site du PIR
  2. a, b, c et d Anne-Sophie Mercier, « La Politique du PIR », Le Canard enchaîné, 15 novembre 2017, page 7.
  3. « Pétition contre l’interdiction du voile à l’école », sur lmsi.net,
  4. Archive, Houria Bouteldja, « De la cérémonie du dévoilement à Alger (1958) à Ni Putes Ni Soumises : l'instrumentalisation coloniale et néocoloniale de la cause des femmes », sur wikiwix.com, .
  5. Houria Bouteldja, Catherine Grupper, Laurent Lévy et Pierre Tévanian, « Le voile à l'école : une nouvelle affaire Dreyfus », .
  6. Texte de l'« Appel pour les assises de l’anticolonialisme postcolonial : Nous sommes les Indigènes de la République ! », intégralement reproduit dans l'article de Jérémy Robine, « Les "indigènes de la République" : nation et question postcoloniale », sur cairn.info,
  7. Romain Bertrand, La mise en cause(s) du « fait colonial », revue Politique africaine, éditions Karthala, 2006/2, no 102.
  8. Caroline Fourest, Éloge du blasphème, chapitre « Brouiller l'alerte », Grasset, Paris, 2016.
  9. a, b et c Voir sur lagrif.net.
  10. Marie-Estelle Pech, « Quand un antiracisme dévoyé s'immisce dans l'éducation », Le Figaro, samedi 25 / dimanche , p. 11.
  11. Alain Policar et Emmanuel Debono, « À l'université, attention à "la banalisation de l’antisémitisme", Le Monde, .
  12. « La porte-parole des indigènes de la république agressée à Paris », Libération, .
  13. « Procès LDJ : des peines allant de 6 mois avec sursis à 12 mois ferme », Le Courrier de l'Atlas, .
  14. a, b, c et d « La dérive identitaire de Houria Bouteldja », Libération, .
  15. a, b, c et d Jack Dion, « Houria Bouteldja ou le racisme pour les nuls », sur marianne.net,
  16. Vianney Passot, « Bouvet : "Que des universitaires défendent Houria Bouteldja est un crime contre l'esprit" », Le Figaro, .
  17. Houria Bouteldja et Omar Benderra, « Les habits neufs du doriotisme », oumma.com, .
  18. a, b et c Gilles-William Goldnadel, « Petit rappel de la litanie raciste d'Houria Bouteldja à une Insoumise amnésique », lefigaro.fr, 7 novembre 2017.
  19. « Pour la défense de la liberté d'expression, contre le soutien à Charlie Hebdo ! »
  20. a, b, c, d, e et f Bruno Rieth, « Indigènes de la République : Thomas Guénolé démontre le racisme, la misogynie et l'homophobie de Houria Bouteldja », Marianne,‎ (lire en ligne).
  21. a et b Serge Halimi, « Ahmadinejad, mon héros », Le Monde diplomatique,
  22. « Pour une justice impartiale et égalitaire », mediapart.fr, le .
  23. « Un « Bandung du Nord » antiraciste, féministe et anticapitaliste », Politis.fr,‎ 20180508 23:05 (lire en ligne)
  24. « "Bandung du Nord" : le complotisme aussi a droit de cité à Saint-Denis », conspiracywatch.info, 4 mai 2018.
  25. Prononciation : /su.ʃjɛ̃/.
  26. a, b, c et d « Petite leçon de français d'une sous-sous-chienne aux souchiens malentendants » - Houria Bouteldja, Indigènes de la République, .
  27. « Sarkozy n'a pas la nature d'un Machiavel » - Éric Mandonnet et Laurent Chabrun, L'Express, 28 mai 2008.
  28. « Hortefeux s'en va en guerre. Contre le racisme ? Non… Contre le MIR !!! » - Indigènes de la République, .
  29. « Le racisme anti-français et la haine anti-blanc devant les tribunaux » - Chretiente.info, .
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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