République romaine (1849)
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République romaine
Repubblica Romana (it)
9 février 1849 – 4 juillet 1849
Carte des États pontificaux en 1849.
| Statut | République présidé par un triumvirat |
|---|---|
| Capitale | Rome |
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La république romaine est instaurée dans les États pontificaux après la fuite du pape Pie IX, en raison de l'activité insurrectionnelle des libéraux romains. Elle est gouvernée par un triumvirat composé de Carlo Armellini, Giuseppe Mazzini et Aurelio Saffi.
La péninsule italienne alors divisée en de multiples États est traversée par un embrasement général au cours du printemps des peuples de 1848. Tous les États se voient obligés de concéder une constitution tandis que Milan et Venise, les principales villes du Royaume lombard-vénitien se rebellent contre l'Empire d'Autriche. Le Royaume de Sardaigne se porte à leur secours ce qui donne lieu à la première guerre d'indépendance italienne entrainant le Grand-duché de Toscane, les États pontificaux et le Royaume des Deux-Siciles qui renoncent rapidement, provoquant une large contestation de leurs éléments les plus libéraux. Cette contestation , alors que se poursuit la guerre austro-sarde bientôt en défaveur des Sardes, prend, à Rome, une tournure révolutionnaire, le Premier ministre Pellegrino Rossi est assassiné, le Pape s'enfuit à Gaète sous la protection de Ferdinand II des Deux-Siciles et la République romaine est instaurée.
Cette nouvelle République romaine ne dure que cinq mois, du 9 février 1849 au 4 juillet 1849, et prend fin après une expédition française votée par l'Assemblée nationale française et avec le soutien de Louis-Napoléon, alors président de la Deuxième République française. Cet épisode est connu, en France, sous le nom d'expédition de Rome. La République romaine, cernée de toutes parts, doit s'opposer aux Espagnols, aux Bourbons de Naples et à l'Autriche qui, forte de sa victoire contre les Sardes, envahit la République romaine. Après de violents combats qui durent un mois, le pape est rétabli dans ses prérogatives par la France.
L’ambiguïté, pour la France, nait de ce que l'intervention est votée par l'assemblée d'une république contre une autre république, alors que toutes deux sont issues du mouvement libéral et démocrate du printemps des peuples et de ce que certains membres de la gauche votent l'expédition afin de défendre une république sœur contre une intervention autrichienne alors que la droite vote l'organisation de la mort de la République romaine. L'opération est accompagnée par un ministre des affaires étrangères, Alexis de Tocqueville, hostile au pouvoir temporel du pape.
La République amplifie les deux mythes du Risorgimento italien, Giuseppe Mazzini et Giuseppe Garibaldi, personnages centraux de la République qui ont déjà une vision nationale, le premier sur le plan politique, le second sur le plan militaire. Elle leur donne une dimension internationale notamment auprès des intellectuels français, George Sand et Victor Hugo.
[modifier] La situation en Europe
[modifier] L'investiture de Pie IX
Après la mort de Grégoire XVI qui s'était montré un pape conservateur, le pape Pie IX, qui est intronisé le 21 juin 1846, prend des mesures jugées libérales. Le 16 juillet 1846, il décrète une amnistie générale pour les détenus et les exilés politiques et fait préparer une constitution qui est concédée le 14 mars 1848. C'est le Statut fondamental pour le gouvernement temporel des États de l'Église (Statuto fondamentale pel Governo temporale degli Stati di Santa Chiesa) qui institue deux Chambres (Alto Consilio et Consiglio dei Deputati). C'est l'époque des réformes politiques : il crée le Conseil d'État (Consulta di Stato), il concède une plus grande liberté de la presse, il établit une commission laïque chargée de la censure, un conseil consultatif composé de laïcs dont le rôle est de lui transmettre les désirs de la population et, auprès de lui, un conseil de cabinet puis une garde civique. Il crée également un certain nombre de commissions auxquelles participent des laïcs, afin de réviser les lois[1],[2].
Ces mesures, qui ont une répercussion immense dans le monde catholique, incitent les libéraux italiens à croire en ses initiatives. Ainsi Giuseppe Garibaldi, depuis son exil en Uruguay, qui est toujours resté en contact avec les patriotes italiens, apprenant les bouleversements qui ont lieu en Italie, notamment l'investiture de ce pape « libéral », rentre en Italie[3]. Giuseppe Mazzini, lui aussi exilé à Londres, demande au pape, le 8 septembre 1847, de prendre la tête d'un mouvement pour l'unité de l'Italie, celui-ci ne lui répond pas[4] :
| Beatissimo Padre, adoro Dio e un’idea che mi pare di Dio: l’Italia una, angelo di unità morale e di civiltà progressiva per le nazioni d’Europa. Non v’è uomo, non dirò in Italia, ma in Europa, che sia più potente di voi. Voi dunque avete immensi doveri. Per opera del tempo e affrettate dai vostri predecessori e dall’alta gerarchia della Chiesa, le credenze sono morte. Il cattolicesimo si è perduto nel dispotismo, il protestantesimo si perde nell’anarchia. Guardatevi intorno, troverete superstiziosi e ipocriti; non credenti. Vi chiamo, dopo tanti secoli di dubbio e di corruttela, ad essere apostolo dell’eterno Vero. Siate credente. Aborrite dall’essere re, politico, uomo di Stato. Unificate l’Italia, la patria vostra. | Très Saint Père, j'adore Dieu et une idée qui me parait de Dieu : l'Italie une, ange d'unité morale et de civilisation progressive pour les nations d'Europe. Il n'est pas un homme, je ne dirai en Italie, mais en Europe, qui est plus puissant que vous. Vous avez donc d'énormes responsabilités. Par l’œuvre du temps qui passe et presser par vos prédécesseurs et par la haute hiérarchie de l'Église, les croyances sont mortes. Le catholicisme s'est perdu dans le despotisme, le protestantisme se perd dans l'anarchie. Regardez autour de vous, vous trouverez des superstitieux et des hypocrites, pas de croyants. J'en appelle à vous, après tant de siècles de doute et de corruption, afin d'être l'apôtre de la vérité éternelle. Soyez croyant. Abhorrez d'être roi, homme politique, homme d'État. Unifiez Italie, votre patrie. |
Le mouvement national italien se trouve catalysé par les réformes et l'attitude libérale de Pie IX engagé dans un quiproquo grandissant[5]. Ces mesures destinées à améliorer les conditions matérielles et morales de ses États sont interprétées comme un manifeste libéral et nationaliste, il s'en explique dans l'allocation Quibus quantisque prononcée dans le consistoire secret, le 20 avril 1849, à Gaète[6]. François Guizot, ministre français des affaires étrangères jusqu'en février 1848, reproche au gouvernement romain d'avoir entretenu l'espoir[5].
[modifier] Les mouvements révolutionnaires
Dés début janvier 1848, les tensions sociales et politiques se développent dans les villes de la péninsule italienne, des manifestations en faveur du pape et des réformes ont lieu. Le 3 janvier, Milan qui appartient alors au Royaume lombard-vénitien sous gouvernance autrichienne, connait des combats qui opposent les patriotes aux troupes autrichiennes, il a 5 morts et 50 blessés[7]. Le 12 janvier, l'insurrection éclate à Palerme contre les Bourbons du royaume des Deux-Siciles qui s'étend, le 27 janvier, à Naples, contraignant, Ferdinand II, deux jours plus tard, à promettre une constitution promulguée le 11 février. Le même jour Léopold II de Toscane, cousin de l'empereur Ferdinand Ier d'Autriche, concède une constitution approuvée par la plus grande partie de ses sujets[8].
Les évènements s'enchaînent : les 22-24 février, c'est la révolution à Paris et l'instauration de la Deuxième république ; le 4 mars, Charles-Albert concède aux états sardes le statut albertin ; le 14 mars, Pie IX concède le Statut fondamental pour le gouvernement temporel des États de l'Église ; le 13 mars, c'est l'insurrection à Vienne et la chute de Metternich ; le 17 mars, une grande manifestation populaire à Venise impose au gouverneur Palffy la libération des détenus politiques, parmi lesquels Tommaseo et Manin ; le 18 mars, c'est le début des cinq journées de Milan qui voit la libération de la ville des Autrichiens[9].
[modifier] Les phases initiales de la première guerre d'indépendance italienne
La nouvelle des cinq journées d'insurrection à Milan provoque un véritable bouleversement politique dans la péninsule : le 21 mars, Léopold II de Toscane, déclare la guerre à l'Autriche et envoie son armée commandée par la général De Laugier[10],[11] vers le quadrilatère, le 23 mars, Charles-Albert passe le Tessin et rejoint Milan[12].
Le gouvernement du pape, par ordonnance ministérielle du 23 mars, ordonne la formation d'un corps militaire avec pour objectifs de procéder à la défense et à la sécurité des territoires pontificaux ainsi qu'aux actions coordonnées avec les forces nationales italiennes. Sous le commandement du général piémontais Giovanni Durando et de son second Massimo d'Azeglio, quatre régiments d'infanterie, deux de cavalerie, trois batteries d’artillerie de campagne, une compagnie d'artificiers et deux du génie sont constitués. [12],[13].
Il s'agit d'un véritable corps expéditionnaire de 7 500 hommes, formé, deux jours plus tard, d'un corps de volontaires, la légion des volontaires pontificaux (Legione dei Volontari Pontifici) formée d'hommes provenant du centre de l'Italie confiée au général Andrea Ferrari[14]. Une force non négligeable si on considère que l'armée de Charles-Albert ne compte que 30 000 hommes à laquelle il faut ajouter les 7 000 Toscans ainsi qu'un renfort, en mai, de 16 000 Napolitains commandés par Guglielmo Pepe[12].
[modifier] Le refus de Pie IX de la guerre contre l'Autriche
Le 16 avril 1848, Pie IX est informé par son représentant à Vienne du mécontentement de l'Autriche notamment de l'opinion publique ce qui le conduit à reconsidérer sa position. Le 25 avril, les ministres sous la signature d'Antonelli, présentent un mémoire au pape en faveur de la guerre[5].
Le 29 avril, par une allocution au consistoire, il condamne la guerre contre l'Autriche[15] : « à nos soldats envoyés aux frontières pontificales, nous recommandons seulement de défendre l'intégrité et la sécurité des États pontificaux. Mais si certains souhaiteraient que nous, ensemble à d'autres peuples et princes d'Italie, prenions part à la guerre contre les Autrichiens … ce n'est pas dans nos intentions et nos recommandations », il conclut en invitant les Italiens « à rester attaché fermement à leurs principes dont ils en avaient expérimenté la bienveillance et qu'ils ne s'en détachent pas[16] ». En fait, le pape se trouve dans l'embarras de combattre une grande puissance catholique : « nous avons su que certains ennemis de la religion catholique ont profité de l'occasion pour enflammer les âmes des Allemands afin de les détacher du saint siège … Les peuples allemands ne devraient pas nourrir un sentiment de dédain à notre égard parce qu'il nous a été impossible de freiner nos sujets qui applaudirent les évènements anti-autrichiens en Italie septentrionale … d'autres souverains européens, qui disposent d'armée plus puissantes que la nôtre, n'ont pu freiner l'agitation de leur peuple[17] ».
Cela met en évidence la contradiction et les incompatibilités de la position du pape comme chef de l'église universelle et en même temps chef d'un état italien ; entre le pouvoir spirituel et temporel[15].
[modifier] La participation des troupes romaines
Les troupes de Durando sont entrées en Vénétie et occupent Vicence, devançant Nugent qui est en route pour Vérone[18].
Informé de l'allocution du 29 avril, Durando décide de ne pas obéir au pape et continue l'opération qui lui a été confiée : défendre les villes libres de Vénétie en s'appuyant sur la puissante forteresse de Venise gouvernée par Daniele Manin. Il harangue ses troupes[19] :
| Il Santo Pontifice ha benedetto le vostre spade, che unite a quelle di Carlo Alberto debbono concordi muovere all'esterminio dei nemici di Dio e d'Italia | Le souverain père a béni vos épées, qui, combinées avec celles de Charles-Albert doivent contribuer à l'extermination des ennemis de Dieu et de l'Italie |
Les 16 000 hommes envoyés par Naples ne rejoignent pas Durando. Arrivés sur le Pô, alors qu'il s'apprête à entrer en Vénétie, le corps expéditionnaire napolitain reçoit l'ordre de Ferdinand II de rentrer à Naples : Le général Pepe, le vieux nationaliste, refuse d'obéir à l'ordre, seules l'artillerie et le génie rejoignent Venise[20]. La ville lui confie le commandement suprême des troupes[21].
Avec 10 000 Romains et les volontaires vénitiens, Durando ne réussit pas à empêcher la jonction du corps d'armée de Nugent avec Radetzky, soit au total 20 000 Autrichiens, mais repousse l'assaut à Vicence le 24 mai[22]. Cependant, il ne peut rien faire lorsque Radetzky, repoussé à l'ouest par l'armée de Charles-Albert à Goito, renverse le front et porte l'armée entière, presque 40 000 hommes sur Vicence. Durando est battu le 10 juin et il doit capituler[23]. Selon l'accord, il restitue Vicence et Trévise et promet de ne pas combattre les Autrichiens pendant trois mois. En échange, il lui est permis de se retirer au-delà du Pô[24],[25].
[modifier] L'invasion autrichienne des légations
Du 23 au 25 juillet, la bataille de Custoza met face à face l'armée sarde et autrichienne qui sort victorieuse, Charles-Albert débute une retraite sur l'Adda et Milan. Le 4 août, les combats reprennent, Charles-Albert se résout à demander l'armistice. Les préliminaires sont signés le 5 août et le définitif le 9 août à Vigevano[26]. Garibaldi accompagné de Mazzini quitte la Lombardie, ils rejoignent tous deux la France, respectivement Nice et Marseille[27].
Les Autrichiens n'ont pas attendu pour attaquer les États pontificaux : à peine Charles-Albert se met-il en marche pour Milan que Radetzky envoie le général Welden traverser le Pô vers Ferrare (28 juillet) pendant que Liechtenstein marche sur Modène et Parme, pour ré-instaurer les ducs qui ont été déposés[28]. Après une avancée qui se signale par des saccages, Welden occupe Ferrare et se présente devant Bologne. Le podestat Cesare Bianchetti cherche un arrangement, mais, Welden profite d'un incident pour ordonner l'entrée dans la ville, ce qui conduit la population à l'émeute et au repli de Welden vers le Pô, le 9 août[29].
Welden qui agit sans aucune autorisation du gouvernement pontifical provoque la protestation énergique de Pie IX. Il parle d'une « invasion autrichienne »[30] et déclare « que la conduite de Monsieur Welden est jugée par sa Sainteté comme hostile au Saint Siège et à Notre Seigneur ». Tout compte fait, les Bolognais se sont comportés en fidèle sujet de Pie IX et en effet ils reçoivent le soutien du ministre de l'intérieur du gouvernement pontifical, le comte Odoardo Fabbri qui dans une déclaration aux Romains parle d'« arrogance de l'insolence étrangère », d'« héroïque défense » et d'« attentat contre les États pontificaux »[31].
[modifier] Les crises politiques à Rome et la fuite de Pie IX
[modifier] Les gouvernements Mamiani et Fabbri
À Rome et dans tous les États pontificaux, Pie IX est l'objet d'une opposition politique croissante due à l'allocution du 29 avril et à ses conséquences. Dans les jours qui suivent, la garde civique occupe le château Saint-Ange et les portes de la ville alors qu'arrive au chef du gouvernement, le cardinal Antonelli, les remontrances des gouvernements sarde, toscan, des représentants de Sicile, Lombardie et Vénétie.
Sept ministres démissionnent dont Marco Minghetti. Le 3 mai, le pape tente de redresser la situation, confiant la charge du nouveau gouvernement au comte Mamiani[32] et écrivant une lettre personnelle à Ferdinand Ier d'Autriche l'invitant à renoncer à la Lombardie-Venetie[33].
Ferdinand Ier ne répond même pas et Mamiani, après s'être présenté devant le parlement romain le 5 juin, donne sa démission le 12 juillet pour désaccord envers la ligne strictement neutre du pape[34]}}. Le 2 août, Mamiani est remplacé par Odoardo Fabbri. Le nouveau gouvernement envoie dans les légations Luigi Carlo Farini, qui arrive, le 2 septembre, à rétablir l'ordre public gravement troublé en raison l'invasion de Welden. Fabbri, qui est âgé et fatigué des luttes intestines, démissionne le 16 septembre[35].
[modifier] Le gouvernement de Pellegrino Rossi
Pie IX nomme le comte Pellegrino Rossi, l'ancien ambassadeur du gouvernement Guizot auprès du Saint-Siège, qui est resté à Rome après la révolution française de 1848[26] et qui a été remplacé par le duc François d'Harcourt nommé par Lamartine alors ministre des affaires étrangères[36],[37]. Rossi est favorable au système constitutionnel mais opposé à une guerre nationale[26]. Il décrète des aides et des pensions aux blessés et aux veuves de guerre et il appelle, pour diriger le ministère de la guerre, le général Carlo Zucchi, qui est un ancien général de Eugène de Beauharnais et un patriote nationaliste[38].
La question qui domine la politique italienne est directement liée à la prochaine reprise des hostilités entre le royaume de Sardaigne et l’Empire d'Autriche. Le gouvernement sarde et les patriotes démocrates cherchent à profiter de la trêve pour mobiliser le plus grand nombre d'hommes. Toutes les illusions sont perdues quant à l'intervention de Ferdinand II des Deux-Siciles, la question reste posée pour Florence et Rome.
Dans le Grand-duché de Toscane la position est désormais clairement en faveur de la cause nationale, après que Léopold II de Toscane a renvoyé le gouvernement modéré Ridolfi, le 17 août, et de Capponi, le 9 octobre. Le 27 octobre, il nomme le démocrate Giuseppe Montanelli, celui-ci prend Francesco Domenico Guerrazzi comme ministre de l'intérieur et inaugure une politique ultra démocratique, dans la terminologie politique de l'époque, tournée vers l'union avec les autres états italiens et la reprise conjointe de la guerre contre l'Autriche.
La question romaine reste ouverte, Pie IX et Pellegrino Rossi sont assez hostile à une intervention. Ils ne nient pas l'exigence de la régénération nationale mais reprennent la politique modérée qui a été bousculée de manière imprévue par les cinq journées de Milan. Politiquement, les piémontais Antonio Rosmini et Vincenzo Gioberti souhaite une confédération alors que Rossi apporte son soutien à une ligue de principautés affirmant ainsi la pleine autonomie des États pontificaux et niant tout soutien aux Sardes et aux Toscans dans le cas d'une reprise de guerre.
[modifier] L'assassinat de Pellegrino Rossi
Le 15 novembre, le parlement rouvre et Pellegrino Rossi est poignardé par un groupe d'anciens combattants de la légion des volontaires en Vénétie en collusion avec le Circolo popolare d'orientation démocratique[39]. Le lendemain, une foule se rassemble devant le palais du Quirinal, pour demander « un ministre démocrate, la constituante italienne et la guerre à l'Autriche »[39]. Pie IX charge Giuseppe Galletti de dire à la foule qu'il n'envisage pas de nouvelle concession. La foule donne alors l'assaut, elle amène même un canon qu'elle pointe sur le palais : un combat s'engage avec la garde suisse pontificale. Mgr Giovanni Battista Palma, secrétaire des lettres latines est tué[40],[41]. Pie IX convoque le corps diplomatique et déclare qu'il cède à la violence et considère nulles toutes les concessions qu'il serait obligé de faire après quoi, sous la pression populaire, il charge, le 20 novembre, Mgr Carlo Emanuele Muzzarelli de former le nouveau gouvernement[39], Giuseppe Galletti est ministre de l'intérieur, Terenzio Mamiani, ministre des affaires étrangères, Pietro Sterbini, ministre des travaux publics[42].
Le soir du 24 novembre, ayant le sentiment d'avoir perdu le contrôle de la situation, le pape s'enfuit de Rome, incognito[39],[43]. Il rejoint le comte Spaur, ambassadeur de Bavière et le soir du 25 novembre, il se trouve en sécurité dans la forteresse napolitaine de Gaète[40].
En ce mois de novembre, une brigade de 3 000 soldats est envoyée à Civitavecchia par le gouvernement français afin d'assurer la protection du pape et avec la consigne de ne pas prendre part aux différents politiques[44].
[modifier] Rome sans le pape
Le gouvernement Galletti, en raison du départ du pape, démissionne, le 3 décembre, mais la chambre des députés confirme les pouvoirs du gouvernement et envoi une mission à Gaète qui, partie le 6 décembre, est repoussée lorsqu'elle arrive à la frontière napolitaine. Le 8 décembre, le gouvernement proteste énergiquement et le 11 décembre, la chambre décrète la création d'une « provisoire et suprême junte d'État » composée aussi de Galletti[45] :
« Les Chambres,
Obligées d'obvier aux dangers imminents de l'anarchie et des guerres civiles, et de maintenir l'ordre public; obligées également de conserver intacts le statut fondamental, l'État et ses droits constitutionnels; Fortes de leur devoir, et obéissant à la nécessité absolue qui leur est imposée par un tel état de choses, décrètent
1° Il sera constitué une junte provisoire de l'État.
2° Cette junte sera composée de trois personnes choisies en dehors de la Chambre des Députés, nommées à la majorité absolue de cette même Chambre, et approuvées par le haut conseil.
3° La junte exercera, au nom du souverain et à la majorité des voix, tous les droits relevant du chef du pouvoir exécutif dans les limites de la constitution, et suivant les formes et les principes du droit constitutionnel.
4° La junte cessera ses fonctions dès l'instant du retour du pontife, ou même dès le moment qu'il croira devoir députer ou investir par un acte légal une personne pour remplir ces pouvoirs, et lorsque cette personne entrera de fait dans l'exercice de ses fonctions. »
— Ce décret est approuvé le 11 décembre 1848
Les trois membres de la junte sont le sénateur de Rome, le prince Corsini, le gonfalonier d'Ancône, le comte Camerata, et le sénateur de Bologne, le comte Zucchini[46].
Après avoir hésité à assister la République de Saint-Marc qui lutte toujours contre les Autrichiens, Garibaldi choisit d'apporter son soutien à la Ville Éternelle. Le 12 décembre, il fait son entrée dans Rome pour négocier les conditions de l'enrôlement de sa légion de volontaires qui reste stationnée à Cesena[47]. Mazzini, depuis Marseille où il se trouve encore, insiste sur l'importance du départ du pape, équivalent, selon lui, à une abdication et permettant la formation d'une république[48].
Le 17 décembre, le pape émet un motu proprio où il conteste l'« usurpation des pouvoirs souverains » et déclare sacrilège le formation de la junte. Le 20 décembre, celle-ci émet une proclamation dans laquelle elle annonce la convocation d'une constituante romaine. L'influence des mazziniens se fait de plus en plus forte, ils réussissent à attirer à eux les mouvements démocrates pourtant enclins à soutenir la Constituante dans la version fédérale et modérée de Mamiani[49]. C'est ainsi que le 23 décembre, celui-ci est appelé pour former un nouveau gouvernement. Le 28 décembre, la junte dissout les chambres (Haut Conseil et Conseil des députés) et convoque 250 000 électeurs pour le 21 et 22 janvier 1849. Les États potificaux deviennent l'État romain (Stato romano)[5]. Le 1er janvier, le pape menace d'excommunication tout ceux qui participeraient aux élections qui ont, cependant, lieu, donnant la victoire aux démocrates ; les légitimistes et les modérés s'étant abstenus. C'est la première assemblée de l'histoire italienne à être élu au suffrage universel direct[48]. La loi électorale permettant l'élection de quiconque est italien, elle fait, de Rome, le centre du mouvement national[50]. Giuseppe Garibaldi et Giuseppe Mazzini, qui n'arrive à Rome que le 6 mars, sont parmi les élus[5].
[modifier] Proclamation de la république
L’assemblée, qui a pour président Giuseppe Galletti et vice-présidents Aurelio Saffi et Luigi Masi, se réunit le 5 février et vote la proclamation de la république, le 9 février[51], après trois mois de négociations[50] (120 députés pour, 9 contre, 14 abstentions, Mamiani y est opposé). C'est le « décret fondamental » (decreto fondamentale) qui établit[52] :
Roma, 9 febbraio 1849, un’ora del mattino. Il présidente G. Galletti |
Rome, le 9 février 1849, une heure du matin, le président G. Galletti |
L'assemblée crée un magistrat suprême pour gouverner l'État avec le nom de « comité exécutif » (Comitato Esecutivo) . Le drapeau adopté est le tricolore italien avec l'aigle romain sur la hampe[53]. Les premières mesures sont l'abolition du tribunal du Saint-Office, de la censure de la presse et de la confiscation des biens ecclésiastiques[39].
Le 14 février, le gouvernement romain se compose des ministres suivants : Président du conseil et instruction publique, Carlo Emanuele Muzzarelli, à l'intérieur, Aurelio Saffi, aux affaires étrangères, Carlo Rusconi, à la justice, Giovita Lazzarini, aux finances, Ignazio Giuccioli, à la guerre, Pompeo di Campello, aux travaux publics, Pietro Sterbini[54].
Dans une intervention le 8 mars, Lamartine défend la République romaine et s'oppose au pouvoir temporel de la papauté et préconise la voie diplomatique sur ce qui est devenue la « question romaine »[5]. La république romaine est aussi saluée par les constituants français :
« 24.II.1849. AUX CITOYENS MEMBRES DE L’ASSEMBLEE CONSTITUANTE ROMAINE.
Citoyens,
La Démocratie française vient saluer en vous, avec enthousiasme, la République glorieusement fondée sur les bords du Tibre. Honneur au peuple romain ! L’histoire admirera la grandeur de son œuvre.
Cette proclamation solennelle du droit nouveau dans l’antique Rome sera certes un des mémorables événements des temps modernes ; les amis de la liberté s’en réjouissent d’autant plus que le peuple romain a montré plus de magnanimité dans l’usage de sa force. Maître de lui-même, calme, et ferme, en reconquérant ses titres imprescriptibles il a respecté la liberté religieuse, il a séparé le pape du prince.
Rome affranchie, c’est le signal de l’affranchissement de l’Italie entière, c’est le premier pas vers le rétablissement de la nationalité italienne, sous la seule forme où elle soit désormais possible, LA REPUBLIQUE.
Courage, Frères ! Déjà la Toscane est libre, Venise combat, la Lombardie est frémissante, le Piémont s’agite, le sang versé à Naples aura ses vengeurs ; bientôt de tous ces états émancipés sortira resplendissante l’unité italienne.
Jusque-là, Romains, veillez sur votre victoire, ne vous en laissez ravir les fruits par aucune faction rétrograde. Voyez ce qui se passe en France, que cette leçon ne soit pas perdue pour vous : c’est par l’énergie révolutionnaire que l’on sauve la révolution. Maintenez le peuple en armes toujours prêt à défendre sa conquête et à foudroyer ses ennemis.
L’Espagne, Naples, et l’Autriche forment, dit-on, une alliance sacrilège pour étouffer le pouvoir populaire à Rome ; ces bruits ne peuvent vous troubler, Citoyens, dans l’austère travail de votre constitution. Les vieux tyrans hésiteront avant d’attaquer les Romains fondant leur indépendance. S’ils l’osaient jamais…Citoyens d’Italie, les sympathies de la démocratie française sont ave vous ; ses volontaires, à votre appel, vous viendraient en aide pour chasser les barbares.
VIVE LA REPUBLIQUE ROMAINE. – VIVE LA REPUBLIQUE ITALIENNE !
LES CITOYENS REPRESENTANTS DU PEUPLE ».
Signataires de l’adresse à la Constituante romaine : Deville – Ledru-Rollin – Pyat (Félix) – Gent (Alphonse) – Schoelcher (Victor) – Mie (Auguste) – Sarrut (Germain) – Buvinier (Isidore) – Ollivier (Démosthénes) – Martin-Bernard – Brives – Benoit – James Demontry – Clément – Menand – Robert (de l’Yonne) – Pégot Ogier – Terrier – Greppo – Pelletier – Bruys – (Amédée) – Doutre – Joly (Edmond) – Gambon (Ferdinand) – Morhéry – Dubarry – Calés – Cholat – Leroux (Pierre) – Joly père – Raspail (Eugène) neveu – Bac (Théodore) – Labrousse – Guinard – Fargin-Fayolle – Dain (Charles) – David d’Angers – Lagrande (Charles) – Delbetz – Signard – Bravard – Toussaint – Madet – Proudhon – Mathé (Félix) – Bertholon – Perdiguier (Agricol) – Maichain – Baune – Lasteyrie – Astaix – Lamennais – Breymand – Joigneaux – Detours – Vignerte – Lefranc (Pierre) – Michot . »
— Le Assemblee del Risorgimento. Atti raccolti e pubblicatti per deliberazione della camera dei deputati, Rome, 1911, vol. III, p.754
[modifier] Les conséquences de la proclamation de la république romaine
Montanelli, premier ministre toscan, apprenant que les cent premiers élus aux élections romaines seraient les représentants à la constituante italienne, demande au grand-duc l'élection de 37 députés à envoyer à cette future assemblée[55]. Il fait approuver la proposition par le parlement, mais la signature du grand-duc n'est pas apposée, en effet, le 30 janvier, Léopold II abandonne Florence pour Sienne d'où il s'embarque pour Gaète et se met sous la protection de Ferdinand II des Deux-Siciles[56]. le 8 février, un gouvernement provisoire est constitué composé de Mazzoni, Montanelli, national-démocrate, et Guerrazzi, démocrate. Ces deux derniers s'opposent rapidement[57]. Mazzini, présent à Florence, fait pression pour que la république soit proclamée et qu'elle fusionne avec celle de Rome, position partagée par Montanelli[50].
Le 18 février, le secrétaire d'État de Pie IX, cardinal Antonelli, envoie à l'Autriche, la France, le royaume des Deux-Siciles et l'Espagne une note diplomatique : « Le Saint Père ayant utilisé tous les moyens qui étaient en son pouvoir, poussé par le devoir qu'il a envers le monde catholique de conserver l'intégralité du patrimoine de l'Église et la souveraineté qui l'accompagne comme chef suprême de l'Église même … s'adresse de nouveau à ces puissances et spécialement à celles catholiques … avec la certitude qu'elles voudront à chaque sollicitation concourir … se rendant ainsi méritante pour l'ordre publique et la Religion[53] ». L'Autriche, sous couvert du congrès de Vienne, s'autorise à intervenir tandis que la France n'est pas disposée à laisser Vienne prendre un plus grand ascendant dans la péninsule. Le Royaume-Uni, quant à lui, est soucieux d'un certain équilibre dans l'Europe méditerranéenne[58].
Arrivé à Gaète le 21 février, Léopold II accepte les offres de protection qui viennent de son cousin, l'empereur d'Autriche François-Joseph[59].
Mazzini se trouve encore à Florence, le 25 février, lorsqu'on lui accorde la nationalité romaine. Il déclare après la proclamation de la république romaine que « vingt ans d'exil lui sont largement payé » avant de prendre la route pour Rome qu'il rejoint le 5 mars[50].
Le 12 mars, les élections des députés ont lieu en Toscane. Le 25 mars, Montanelli propose, de nouveau, l'union de la Toscane à Rome, et le 27 mars, les députés nomment l'avocat Guerrazzi dictateur puis approuvent sa proposition de suspendre la proclamation de la république et l'unification avec Rome[57]. En raison de l'hostilité des modérés envers Guerrazzi, des heurts éclatent et le 12 avril, la municipalité soutenue par ces derniers mettent à profit la situation pour dissoudre l'assemblée et former un nouveau gouvernement. Il est renversé par l'arrivée des troupes autrichiennes qui débutent leur campagne de reconquête le 26 avril et, le 28 juillet1849, Léopold retrouve son trône[60] et suspend la constitution[N 1],[55].
[modifier] La défaite du royaume de Sardaigne
Le 18 février, Joseph Radetzky envoie depuis Vérone un petit corps expéditionnaire de 6 000 hommes pour envahir les États pontificaux mais qui se limite à occuper Ferrare en attente des évènements. La répression contre la république romaine et la république de Toscane demande une importante expédition militaire que ni l'Autriche, ni le Royaume de Sardaigne ne peut se permettre de constituer en raison de l'armistice de Salasco que l'on sait provisoire. Vincenzo Gioberti, le Président du conseil sarde, souhaite restaurer les souverains légitimes en Toscane et à Rome ce qui n'est pas partagé par le roi et les autres membres du gouvernement, aussi démissionne t-il[61].
Les hostilités reprennent le 12 mars, lorsque Raffaele Cadorna, envoyé de Charles-Albert communique à Radetzky la dénonciation de l'armistice de Salasco. La guerre austro-sarde se conclut rapidement, le 22-23 mars avec la défaite de Novare et l'armistice de Vignale du 24 mars[61]. Le nouveau souverain sarde, Victor-Emmanuel II doit se concentrer sur la situation politique interne qui est chaotique[61].
[modifier] La formation du triumvirat
Lors de son premier discours à l'assemblée, Mazzini, avec toujours pour objectif l'unification de l'Italie, fait approuver une motion favorable à l'unification avec la Toscane puis, le 15 mars, il propose des élections pour la formation d'une assemblée pour la future constituante italienne[62]. Une commission de guerre est nommée sous la responsabilité de Carlo Pisacane[63] et le 21 mars, une délibération est votée pour l'envoi de 10 000 hommes pour soutenir le Piémont[62],[64].
Le 29 mars, en raison du désastre de Novare[64], le comité de gouvernement est remplacé par un triumvirat qui prend le nom de Gouvernement provisoire qui reçoit « les pouvoirs illimités pour la guerre de l'indépendance et la sauvegarde de la république ». Il est composé de Aurelio Saffi, député de Forlì, Carlo Armellini, député de Rome, et de Giuseppe Mazzini, député élu dans le collège de Ferrare et Rome élu respectivement 93, 123 et 132 voix[65]. Le triumvirat est dirigé en grande partie par Mazzini en raison de son prestige et de sa personnalité, il tente fréquemment de diriger les travaux de l'assemblée constituante, toutefois le triumvirat se montre peu expérimenté[66].
Le gouvernement du 2 avril se compose de Rusconi aux affaires étrangères, Berti-Picahat à l'intérieur, Sturbinetti à l'instruction publique, Manzoni aux finances, Lazzarini à la justice et Montecchi aux travaux publics. Le ministère de la guerre reste confié à une commission[67]
[modifier] L'expédition française
Le 16 avril, l'expédition française est votée par l'assemblée nationale afin de porter secours aux républicains romains insurgés contre les prétentions papales et la domination autrichienne[68],[69]. Elle s'accompagne du vote d'un crédit de 1 200 000 francs pour les premières dépenses de l'opération[70].
L'expédition française est soutenue aussi par Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République et Odilon Barrot, chef du parti de l'Ordre. Il s'agit de donner des gages au parti de l'Ordre et aux catholiques, animés par Montalembert, qui viennent d'assurer le succès de la candidature de Bonaparte à l'élection présidentielle[71]. D'autre part, la France a des intérêts financier dans l'ancien État pontifical qu'elle souhaite sauvegarder»[5].
La plupart des journaux français se montrent hostiles à une intervention républicaine destinée à soutenir les révolutionnaires romains[72].
Le 22 avril, le corps expéditionnaire français, qui prend le nom de Corps expéditionnaire de la Méditerranée[73], emmené par le général Oudinot, duc de Reggio, embarque de Toulon et Marseille à bord de navires[N 2] commandés par l'amiral François Thomas Tréhouart[74] et débarque le 25 avril à Civitavecchia avec 7 000 hommes[64]. Le corps se compose de trois brigades sous les ordres des généraux Mollière, Levaillant et Chadeysson[73]. Le 23 avril, en prévision de l'arrivée des français, Garibaldi est nommé général[75].
Pour pouvoir débarquer sans opposition, les Français déclarent que « Le gouvernement de la République française, animé d'intentions libérales, déclare vouloir respecter le vœu de la majorité des populations romaines, ne venir qu'en ami, dans le but d'y maintenir son influence légitime, et décidé à n'imposer aux populations aucune forme de gouvernement qui ne soit désirée par elles »[76]. Au cours des jours suivants, les assurances sont répétées devant l'assemblée constituante de Rome. Les envoyés d'Oudinot déclarent que l'occupation est destinée à empêcher l'intervention de l'Autriche, de l'Espagne et de Naples et s'assurer des sentiments précis de la population au sujet de la forme de gouvernement et chercher à amener une réconciliation entre Pie IX et les Romains[77].
Le 27 avril, deux bateaux, le Colombo et le Giulio II, rejoignent le port de Civitavecchia partis de Chiavari. Ils transportent 600 bersagliers de la division Lombarda qui a été dissoute de l'armée sarde : cette division avait été créée au cours de la campagne de 1848 avec des recrues et des volontaires provenant des provinces libérées du royaume lombard-vénitien. Les 600 bersagliers représentent une force importante commandée par un homme à la personnalité particulière, le commandant Luciano Manara[78]. Arrivés à Civitavecchia, ils sont surpris par la présence des troupes françaises d'Oudinot qui essaient de les empêcher de débarquer, ils poursuivent jusqu'à Porto d'Anzio où il débarque le 27 avril. Ils rejoignent Rome, le 28 avril, à marche forcée où ils contribueront de manière significative à la défense de la république[79].
Le 29 avril, 5 800 Français, avec trois jours de vivre, marchent sur Rome[80] certains de rencontrer une faible résistance[81].
[modifier] L'échec de l'assaut français à Rome le 30 avril
Le 30 avril, le corps expéditionnaire français se présente avec 5 000 soldats[78] et se partage entre la porte Cavalleggeri et à la porte Angelica après avoir voulu passer par la porte Pertusa, condamnée depuis des années[81]. Ils tentent d'escalader les murs et sont repoussés par à peu près 10 000 soldats de la République romaine présents dans la ville (l'armée comprend 17 à 18 000 hommes[78]). Au cours de ces combats qui durent jusqu'au soir, Garibaldi avec ses 2 500 hommes[78] (plus 1 800 en réserve) se distingue, sorti par la porte San Pancrazio avec son bataillon universitaire et la légion italienne, il surprend à revers les assaillants à villa Doria Pamphilj et les attaque à la baïonnette, provoquant leur fuite. Le soir Oudinot ordonne la retraite sur Civitavecchia, laissant derrière lui plus de 500 morts et 365 prisonniers, les défenseurs ont perdu 200 hommes[81], le général Vaillant parle de 80 morts, 250 blessés et 250 prisonniers, coté français[82].
[modifier] L'importance de la journée du 30 avril
Au terme de la journée, la république italienne a obtenu un triomphe : en plus d'avoir montré l'attachement de la population et de l'armée, elle a démontré au monde la prétention des arguments de ceux qui justifient la répression comme une opération contre le « nid jacobin » et cela seulement un mois après Novare où la cause italienne a perdu tout espoir de succès. En second lieu, l'intervention française se présente désormais sous son jour, une invasion destinée à restaurer le gouvernement absolutiste du régime pontifical ce qui ne manque pas de provoquer de violentes réactions dans la politique parisienne.
Mazzini interdit à Garibaldi de poursuivre les troupes françaises[81]. Un tel choix sera par la suite très critiqué à la lumière des évènements qui vont suivre[83]. Le 7 mai, le triumvirat rend un décret de nature à prouver aux Français qu'il déplore la douloureuse lutte qui a eu lieu entre les troupes des deux Républiques. Ce décret est ainsi conçu : « Considérant qu'entre le peuple français et Rome il ne peut y avoir d'état de guerre ; que Rome défend par droit et devoir sa propre inviolabilité, mais que le peuple romain ne rend pas responsable des fautes d'un gouvernement trompé les soldats qui n'ont fait qu'obéir en combattant, le triumvirat décrète : les Français faits prisonniers dans la journée du 30 avril sont libres, le peuple romain saluera par une démonstration fraternelle à midi les braves de la République française. Rome, 7 mai 1849[84] »,[85].
Oudinot échange un bataillon de bersagliers capturés à Civitavecchia[86] et l’aumônier des troupes de Garibaldi, le père Ugo Bassi[87].
[modifier] Le trêve avec la France
Informé des évènements, Louis Napoléon, président de la République française ne fait preuve d'aucune hésitation : depuis le 7 mai il accepte toutes les requêtes de renfort demandées par Oudinot :
« La nouvelle télégraphique qui annonce la résistance imprévue que vous avez rencontrée sous les murs de Rome m'a vivement peiné. J'espérais, vous le savez, que les habitants de Rome, ouvrant les yeux à l'évidence, recevraient avec empressement une armée qui venait accomplir chez eux une mission bienveillante et désintéressée. Il en a été autrement ; nos soldats ont été reçus en ennemis : notre honneur militaire est engagé ; je ne souffrirai pas qu'il reçoive aucune atteinte. Les renforts ne vous manqueront pas. Dites à vos soldats que j'apprécie leur bravoure, que je partage leurs peines, et qu'ils pourront toujours compter sur mon appui et sur ma reconnaissance. Recevez, mon cher Général, l'assurance de ma haute estime »
— Lettre du 7 mai au général Oudinot[88]
Le 9 mai, de Toulon, un nouvel ambassadeur plénipotentiaire, le baron de Lesseps s'embarque avec la mission de négocier un accord amiable entre Pie IX et les révolutionnaires[44]. Il s'agit de décisions prises rapidement en raison de la proximité des élections législatives françaises prévues le 13 mai : la restauration du pape constitue un des thèmes du débat et la majorité du corps votant est favorable à sa restauration. S'il y a quelques doutes, ils sont balayés par les résultats des élections qui donnent aux candidats monarchiques et modérés une majorité de 450 sièges sur 790 reléguant les démocrates (comme Alexandre Ledru-Rollin) à un rôle de spectateur[89],[90].
Outre les nécessités électorales, Louis-Napoléon souhaite agir rapidement en raison de l'attitude des autres puissances désireuses d'exercer une influence dans la péninsule. Déjà en 1831, à la suite de l'intervention de l'Autriche en Romagne, la France de la monarchie de juillet avait envoyé un corps expéditionnaire occuper Ancône, afin d'affirmer son droit de regard sur les affaires italiennes et Louis Napoléon ne peut faire à moins que le roi bourgeois Louis-Philippe[91].
[modifier] La république encerclée
Alors que la République romaine vient d'échapper à la menace des troupes françaises, les armées étrangères tentent simultanément mais sans concertation de renverser la république afin de s'en attirer le mérite[92].
[modifier] L'invasion autrichienne
Avec la fin de la guerre austro-sarde, l'Autriche dispose désormais de moyens militaire et l’occupation du Grand-duché de Toscane est nécessaire aux Autrichiens pour rétablir leur influence en Italie centrale et notamment en raison du débarquement du corps expéditionnaire français envoyé par Louis Napoléon, pour réprimer la République romaine. Parallèlement aux actions de d'Aspre, le général Wimpffen se présente devant Bologne. Celui-ci a deux avantages précieux par rapport à Welden : premièrement, il agit non plus comme envahisseur mais au nom du « Pape Roi » et secondement, le corps d'expédition est composé de 16 000 hommes, Radetzky n'a plus la nécessité de maintenir des troupes importantes à la frontière du Tessin. L’assaut contre la ville, défendue par moins de 4 000 hommes, commence le 8 mai. Le 14 mai, Wimpffen reçoit le renfort de Gorzkowski qui arrive de Mantoue avec de l'artillerie. Le 15 mai, la ville est bombardée et elle se rend le jour suivant. Wimpffen poursuit sur Ancône qu'il rejoint le 25 mai. La ville est une place-forte commandée par Tito Livio Zambeccari et défendue par à peine 4 000 soldats. L'attaque terrestre et par mer débute le 27 mai. Le 6 juin, Wimpffen reçoit de Gorzkowski 5 000 Toscans envoyé par Léopold II et commandé par Liechtenstein. Le 17 juin, après deux semaines de bombardement, Zambeccari accepte la proposition de reddition faite par Wimpffen et qui est signée le 19 juin. Le 21 juin, la citadelle et les forts passent aux mains des Autrichiens[93],[94].
[modifier] L'invasion napolitaine
Il existe un autre concurrent : Ferdinand II, roi des Deux-Siciles. Au cours des mois précédents, il réussit à réduire au silence l'insurrection sicilienne (5 mai 1848) et la liberté constitutionnelle par dissolution de la chambre de Naples (les 14 juin 1848 et 12 mars 1849). Le roi de Naples peut aussi compter sur le prestige que lui apporte l'hospitalité qu'il offre depuis le 25 novembre 1848 au pape Pie IX dans la forteresse de Gaète. Ferdinand décide de tenter l'aventure et confie l'invasion de la république romaine au général Antonio Winspeare (it) à la tête d'un corps expéditionnaire de de 10 à 12 000 hommes[86],[92].
le 9 mai, avec 5 000 hommes, le général Ferdinando Lanza qui cherche à prendre Palestrina s'oppose aux 2 300 soldats Garibaldi et à son chef d'état major, Luciano Manara, commandant des bersagliers lombards, qui contre-attaquent et contraignent Lanza à la fuite. Rappelé par Mazzini en raison de la crainte d'une nouvelle attaque des troupes françaises, Garibaldi revient à Rome [95].
Le 13 mai, Garibaldi et Roselli sont nommés général de division et tout les deux sont engagés contre les Bourboniens. Roselli prend le commandant de l'armée romaine et Garibaldi du corps de bataille. Il déplace ses hommes vers Velletri où se trouvent les Bourboniens. Lanza qui a été rejoint entre-temps par Ferdinand II doit faire face à une nouvelle bataille et préfère se retirer vers Terracina avec ses 12 000 hommes. Garibaldi pense l'arrêter avec ses 2 000 hommes et engage ses troupes. La disproportion des forces est trop importante et il est repoussé par l'armée des Bourbons qui termine son repli. Il est alors fermement critiqué par Roselli[96],[97].
Le 22 mai, Roselli est de retour à Rome où l'accueil est enthousiaste tandis que Garibaldi, avec l'autorisation du triumvirat, entre dans Rocca d'Arce, Manara, le 24 mai, dans Frosinone et le 25 mai dans Ripi afin de soulever la population contre le général Carlo Zucchi, le dernier ministre de la guerre de Pie IX. Au cours du retrait des Napolitains, la résistance est constituée uniquement de groupe de paysans, rapidement organisé par Zucchi. Garibaldi est rappelé à Rome par le triumvirat le 27 mai où il arrive le 1er juin[98],[97].
[modifier] L'expédition espagnole
Un corps expéditionnaire espagnol composé de 9 000 hommes commandé par Fernandez de Cordoba arrivent à Gaète vers le 29 mai, il est passé en revue et bénit par Pie IX puis part pour Terracina après le départ de Roselli. Les Espagnols ne poursuivent pas vers Rome et se portent sur l'Ombrie que les Autrichiens n'ont pas occupé. Il y teste jusqu'à la fin de l'année. De tout évidence, Paris ne souhaite pas leur présence à Rome en prévision de la prochaine bataille[97],[99]..
[modifier] La mission diplomatique de Lesseps
L'arrivée de Ferdinand de Lesseps permet la négociation d'une trêve de vingt jours du 17 mai au 4 juin[100]. Giuseppe Mazzini et Ferdinand de Lesseps essaient ensuite de trouver un accord plus durable. Ils se mettent d'accord le 31 mai[101] et rédigent le texte d'un traité[102] :
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Pendant ce temps, les préparatifs militaires s'activent : coté français, débarquement de nouvelles troupes, aménagement d'infrastructures par le génie [103].
[modifier] La dénonciation du traité
Après les élections de mai, Louis-Napoléon reconduit Odilon Barrot à la direction de son deuxième gouvernement comprenant notamment Alexis de Tocqueville, nommé aux Affaires étrangères. La nouvelle assemblée refuse de ratifier la trêve et l'accord négocié par de Lesseps. Louis-Napoléon est bien décidé à obtenir à obtenir le résultat maximum et à consolider son autorité en lavant l'outrage de la défaite du 30 avril. Le 29 mai, il envoie deux lettres : une à Oudinot, lui ordonnant d'assiéger la ville et une à Lesseps dans laquelle, il l'enjoint de considérer sa mission terminée et à rentrer en France, il démissionne du service diplomatique. Lesseps est accusé de collusion avec l'ennemi et sera défendu devant la Chambre par Ledru-Rollin après avoir été déféré par l'Assemblée conservatrice à la juridiction du Conseil d'État qui l'accuse d'avoir reconnu au gouvernement romain « une autorité morale et point seulement de fait »[104]. Il rédige un mémoire qui est rendu public en juillet 1849[105].
Ainsi, à peine informé des accords du 31 mai, Oudinot renie les termes des négociations de Lesseps et en informe ses officiers[106]. Il rassemble 30 000 hommes et de puissants moyens d'assaut. Il dénonce la trêve auprès de Roselli le 1er juin avec effet à partir du 4 juin ce qui annonce la reprise des combats[107].
[modifier] La déclaration de la reprise des hostilités
- 1e Brigade (Commandant Garibaldi)
Légion Italienne (1 300 hommes)
Régiment des vétérans (600)
Bataillon Fianciers (250)
Bataillon Étudiants Universitaires (300)
Bataillon des Émigrés (300)
- 2e Brigade (Commandant Masi)
1e, 2e, 3e, 5e, 6e et 8e régiment d'infanterie de ligne pontificale (1 700 hommes)
Bataillon Gardes Nationaux (environ 1 000 hommes)
- 3e Brigade de Cavallerie (Commandant Savini)
Régiment Dragons Pontificaux (304)
Escadron Carabiniers à Cheval (61)
- 4e Brigade (Commandant Galletti[N 3])
Bataillon Bersagliers Lombards (300 hommes, Commandant Manara)
Bataillon Carabiniers (450)
Bataillon Artilleurs Pontificaux (505)
Bataillon Sapeurs Pontificaux (450)
Aux soldats vaincus le 30 avril s'ajoutent 24 000 hommes et 75 cannons soit un total de 30 000 hommes[107] ce qui correspond à l'effectif engagé par Charles-Albert pendant la première phase de la première guerre d'indépendance italienne. Les troupes sont organisés en trois divisions commandées par les généraux Guesviller, d'Angely et Rostolan[109],[110],[111].
Pour le gouvernement romain, la question est de savoir comment défendre Rome, Garibaldi et Pisacane propose de combattre hors de Rome tandis que Mazzini, conscient que la partie est perdue, choisit de maintenir les troupes dans Rome afin de consacrer l’héroïsme et le sacrifice de la Ville éternelle[107].
Oudinot fait déplacer ses troupes qui s'emparent dans la nuit du 2 au 3 juin la Villa Pamphili avec un jour d'avance contrairement à l'engagement pris[107].
[modifier] Le siège de Rome
Les Français rejoignent le mur d’enceinte et le font exploser, les 400 défenseurs sont capturés dans leur sommeil ou s'enfuit vers la villa Corsini et le couvent de San Pancrazio qui sont des points-clés de Rome. Soutenu par l'artillerie, les deux objectifs sont conquis par l'infanterie française. La journée se poursuit en une série de contre-attaques. Garibaldi attaque par la porte San Pancrazio dont les rues attenantes, trop exiguës, ne permettent pas une attaque de masse. Certaines phases des combats se font au corps à corps, à la baïonnette. D'autres combats débutent vers la villa del Vascello qui durent toute la journée contre des troupes françaises bien commandées, en supériorité numérique et de mayens[112]. Sur le [[Janicule], les troupes romaines attaquent par vagues, d'abord celles de Garibaldi, trois heures plus tard, celles de Manara, trois heures plus tard, celles de Medici. Cette tactique bien involontaire, les troupes devant se reformer, est reprochée à Garibaldi. À la nuit tombée, La villa Corsini et la villa Valentini sont aux mains des assaillants, on dénombre coté romain, 1 000 morts sur les 6 000 engagés face aux 16 000 Français[113].
C'est le 4 juin que le siège débute réellement. L'état major français décide ne pas avoir à combattre dans les rues de la ville, les troupes régulières ayant été mises à mal sur les barricades à Paris, Milan, Vienne lors des révolutions de 1848[113]. L'objectif des Français reste le Janicule, la porte San Pancrazio et la porte Portese défendus par Garibaldi. À l'extérieur, 300 défenseurs commandés par Giacomo Medici tiennent la villa Vascello. Une sortie est réalisée le 10 juin et s'avère un échec[114]. Le bombardement de la ville débute le 13 juin[99].
Les répercussions, en France, de cette expédition militaire atteignent leur paroxysme ce même jour quand, à l'issue du vote de l'assemblée approuvant le renforcement de crédits financiers à l'expédition militaire contre la République romaine, un groupe de députés démocrates-socialistes, sous l’égide d'Alexandre Ledru-Rollin, réclame la mise en accusation du président de la République et du ministère d'Odilon Barrot, à qui ils reprochent de violer l'article 5 du préambule de la constitution selon laquelle la République « respecte les nationalités étrangères, comme elle entend faire respecter la sienne ; n'entreprend aucune guerre dans des vues de conquête, et n'emploie jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple ». La manifestation républicaine organisée sur les grands boulevards de Paris ayant été dispersée par les troupes du général Changarnier, plusieurs députés républicains se retranchent alors au Conservatoire des Arts et Métiers où ils décident de siéger en convention et de constituer un gouvernement provisoire[115]. Au bout de trois quarts d'heure, ils sont néanmoins obligés de prendre la fuite. L'échec de cette journée de manifestation entraîne de nouvelles mesures de répression, qui achèvent de désorganiser l’extrême gauche. Six journaux sont supprimés et, le 19 juin, l'assemblée adopte une loi sur les clubs permettant au gouvernement de suspendre la liberté d’association pour un an. Le 27 juillet, une loi complémentaire sur la presse est votée. Les responsables républicains impliqués dans la journée du 13 juin sont déférés devant la Haute Cour de justice de Versailles. Sur 67 accusés dont 16 députés, poursuivis pour « avoir participé à un complot ayant pour but : de détruire ou de changer la forme du gouvernement et d'inciter à la guerre civile, en armant ou portant les citoyens à s'armer les uns contre les autres », 31 seulement sont présents. Les 16 députés sont déchus de leurs mandats électoraux tandis que Ledru-Rollin et 35 autres accusés absents sont condamnés par contumace à la déportation[116],[117].
Le nouveau premier ministre des affaires étrangères, Tocqueville, nommé le 2 juin, reste sourd au drame romain[68] qui devient le sujet le plus compliqué qu'il a à traiter durant son mandat[118]. Il nomme son ami, Francisque de Corcelle, ambassadeur auprès de Rome, avec qui, il s'oppose rapidement en raison de l'imbroglio politique et diplomatique que constitue l'affaire[119].
La ville de Rome est bombardée jusqu'au 20 juin. Au cours de la nuit du 21 au 22 juin, les Français conquièrent la première ligne de défense[99]. Le gouvernement de la république romaine refuse encore une fois de se rendre, Oudinot reprend les bombardements avec plus de véhémence, cette fois directement sur Rome afin de contraindre le triumvirat à la reddition. Après six jours de bombardements, le 26 juin, un nouvel assaut est ordonné sur le point stratégique de Janicule, la villa Vascello, qui est repoussé par Medici et ses volontaires. Le 30 juin, Oudinot ordonne un assaut général et prend possession du mur d'Aurélien qui constitue la seconde ligne de défense[99]. Sur le Janicule, la dernière bataille de la république romaine a lieu, Garibaldi défend Vascello et les hommes se battent à l'arme blanche. Les Romains déplorent la perte de 400 hommes[99].
[modifier] La fin de la République
Devant l'assemblée constituante réunie, Mazzini déclare que l'alternative est la capitulation totale, la bataille au sein de la ville avec les conséquences désastreuses que cela peut engendrer ou le départ de l'armée[120]. Garibaldi, absent car au front, fait savoir qu'il choisit la troisième solution puis au cours d'un discours à l'assemblée constituante, il se prononce pour le départ de Rome et dit « Là où nous serons, Rome sera » (Dovunque saremo, colà sarà Roma.)[121].
Peu après minuit le 1er juillet, l’Assemblée constituante approuve la motion de reddition qui contient uniquement « l’Assemblée constituante romaine cesse une défense jugée impossible, et reste à son poste. Le triumvirat est chargé de l'exécution du présent décret[122] »,[123]. Une délégation municipale engage des pourparlers en faisant part de leurs conditions qui sont refusées par Oudinot. Mazzini et, avec lui, le triumvirat n'accepte pas la reddition et donne sa démission, ils sont remplacés par Aurelio Saliceti, Allessandro Calandrelli et Livio Mariani[124].
Ce même jour, Garibaldi tient, place Saint-Pierre, un discours : « Moi, je sort de Rome: qui veut continuer la guerre contre les étrangers viennent avec moi … je ne promets pas de solde, ni cantonnement. De l'eau et du pain quand il y en aura. Qui aime la patrie me suive[125] ». Il donne rendez-vous pour le soir même et sort par la porte San Giovanni avec 4 700 soldats avec 800 salué par la foule[125]. Au même moment, la reddition sans condition est acceptée par les Romains[126].
Le 3 juillet vers midi, Les Français occupent Trastevere, le château Saint-Ange, le Pincio et la porta del Popolo tandis l'assemblée constituante approuve la nouvelle constitution. Oudinot pénètre seulement le soir avec 12 000 soldats et publie un communiqué[122]. Il proclame la loi martiale, nommant Rostolan gouverneur de Rome[127],[128].
L'après-midi du 4 juillet, Giuseppe Galletti lit la constitution au peuple depuis le balcon du palais du Campidoglio. Dans la soirée, un bataillon de chasseurs français invite l'Assemblée à évacuer dont la vice-présidence est assurée par Charles Lucien Bonaparte[122]. Celle-ci formule une protestation officielle en français[129] :
« Au nom de Dieu, au nom du peuple des États Romains, qui a élu librement ses Représentants, au nom de l'article V de la Constitution de la République Française, l'Assemblée Constituante Romaine proteste devant l'Italie, devant la France, devant le mode civilisé, contre l'invasion violente de sa résidence opérée par les troupes Françaises le 4 juillet 1849, à 7 heures après midi. »
.
C'est la fin de la république pour laquelle Mazzini a ces mots, quelques années plus tard : « Les monarchies peuvent capituler, les républiques meurent[130] ».
[modifier] La restauration du pouvoir ecclésiastique
La restauration s'accompagne d'une situation chaotique, des religieux et des Français sont assassinés[131],[132] tandis qu'une répression, que Massimo d'Azeglio nomme vendetta pretina[131], s'abat sur les républicains romains. Selon les registres de la Sacra Consulta, 2 000 personnes sont poursuivies dont 300 appartenant à la classe moyenne ou supérieure[133]. Contrairement aux Français, les Autrichiens mettent en place une répression féroce allant jusqu'à des exécutions sommaires[134].
À la demande de Tocqueville, d'Azeglio, président du Conseil du Royaume de Sardaigne, analyse la situation après le retour des autorités ecclésiastiques : « La caste des Monsignori actuels est composée d’obscurs aventuriers (bien entendu qu’il y a quelques rares exceptions), qui ne tenant à rien, n’ont rien à ménager ; qui, considérant l’État comme une mine à exploiter, savent qu’il faut se presser. Car l’éventualité de la mort du Pape, dérangeant toutes les positions et tous les plans, rend plus âpre une avidité qui se sent doublement viagère. Les Monsignori, en général, ont peu de religion[131] ».
Le 31 juillet, trois cardinaux remplacent le triumvirat Della Genga, Vannicelli et Altieri[131], le pape pour sa part ne rentre à Rome qu'en avril 1850.
[modifier] Les répercussions
Les presses italiennes et internationales suivent les événements et particulièrement les actions de Garibaldi : L'Illustration décrit par une lithographie chaque étape de l'opération, en mars, la proclamation de la République, en avril-mai, le départ du corps expéditionnaire français, son débarquement[135], et un portrait de Garibaldi avec le titre « Garibaldi, général romain ». Quant au quotidien britannique The Times, il dépêche un envoyé spécial qui ne cache pas son admiration pour Garibaldi[136].
Cette couverture médiatique donne une grande notoriété à Garibaldi et Mazzini notamment auprès des mouvements démocrates et libéraux en Europe et aux États-Unis, certains dirigeants romains dont Mazzini bénéficient des moyens diplomatiques américains pour quitter Rome[131]. Après cet engagement, George Sand et Louis Blanc lui rendent hommage, Blanc écrit « À vous Italien, que la démocratie française compte au nombre de ses héros[137] ». Pour Mazzini, l'exil devient définitif, par aversion pour la France[130], il choisit le Royaume-Uni et ne rentre en Italie qu'au seuil de sa mort[138].
Pour l'Italie, cet épisode républicain donne naissance à la « question romaine », la controverse politique relative au rôle de Rome, siège du pouvoir temporel du pape mais aussi capitale du Royaume d'Italie, ainsi qu'aux difficiles rapports entre l'État italien et l'Église réglés par les accords de Latran, seulement, en 1929[16].
Par la France, le pape est rétabli dans ses prérogatives au mépris de la volonté des Romains et des Italiens contre lesquels des troupes françaises devront le défendre jusqu'en 1870[139]. Par la suite, Napoléon III soutient le Royaume de Sardaigne dont l'objectif est la conquête des territoires sous domination autrichienne[140]. La France s'engage auprès des Sardes dans une [[|guerre en 1859 mais refuse d'évacuer Rome qui reste un point de tension[141]. Ainsi Garibaldi, par deux fois et de sa propre initiative, tente de prendre Rome. Il est arrêté, une première fois, par l'armée italienne à Aspromonte, en 1862, qui ne souhaite pas voir le Niçois déstabiliser le Royaume d'Italie, nouvellement formée, par une nouvelle campagne militaire de la France qui l'a soutenu pour obtenir son unification, et la seconde fois par les troupes franco-pontificales à Mentana, en 1867[142]. C'est seulement en 1870 que les troupes françaises quittent Rome, en raison de la guerre franco-prussienne, et que la ville devient la capitale de l'Italie[143].
[modifier] Filmographie et littérature
- Tourné en 1973, le film Rugantino de Pasquale Festa Campanile interprété par Adriano Celentano.
- Tourné en 1990 le film télévisé In nome del popolo sovrano de Luigi Magni avec Alberto Sordi, Nino Manfredi, Jacques Perrin, Luca Barbareschi, Elena Sofia Ricci.
- roman historique italien de Ugo Riccarelli, La repubblica di un solo giorno, Mandadori, 2011
[modifier] Notes et références
- (it) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en italien intitulé « Storia della Repubblica Romana » (voir la liste des auteurs)
[modifier] Notes
- La constitution toscane du 17 février 1848 est définitivement abrogée le 6 mai 1852.
- La flotte de Napoléon III. Consulté le 20 février 2012 : Les navires engagés dans l'expédition, le Christophe Colomb, le Labrador, l’Orénoque, l’Infernal.
- Il s'agit de Bartolomeo Galletti (1812-1887), à ne pas confondre avec Giuseppe Galletti
[modifier] Références
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[modifier] Bibliographie
: Ouvrage ou article utilisé comme source pour la rédaction de cet article
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[modifier] Voir aussi
[modifier] Liens internes
[modifier] Liens externes
- (it) La République romaine de 1849 par le Ministère italien des Biens et les activités culturelles
- (it) Les événements de 1849 par le Comité Janicule
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