Giacomo Matteotti

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Matteotti.
Giacomo Matteotti
Tombeau de Giacomo Matteotti, Fratta Polesine, Rovigo
Plaque commémorative à Civitavecchia (RM)

Giacomo Matteotti (né le 22 mai 1885 à Fratta Polesine, dans la province de Rovigo en Vénétie - mort à Rome le 10 juin 1924) était un député socialiste italien. Son assassinat par un groupe fasciste et les événements qui suivirent sont considérés comme l'un des tournants majeurs du régime mussolinien vers une forme plus autoritaire de gouvernement.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d’une famille aisée, Giacomo Matteotti entreprend avec succès des études de droit à l'issue desquelles il est diplômé de l'université de Bologne en 1907. Dans sa jeunesse, il prend contact avec des mouvements socialistes, dont il devient une figure de proue. Prônant la neutralité de l'Italie lors de la Première Guerre mondiale, il est emprisonné en Sicile.

Membre actif du Parti socialiste italien (PSI), il est élu député en 1919, alors que l'Italie est secouée par une grave crise sociale, économique et politique, ponctuée de grèves sévèrement réprimées. Meneur avec Filippo Turati de l'aile réformiste du PSI, il est expulsé du parti après sa scission en 1922, il est un des fondateurs du Parti socialiste unitaire (1er octobre 1922) et il en devient secrétaire général jusqu'à sa mort.

Les élections législatives de la Chambre des députés en avril 1924 se déroulent dans un climat de violence et de fraudes. Le Listone, liste de députés établie par Mussolini constituant un "Bloc National" comprenant le Parti national fasciste, remporte la victoire. Matteotti continue de dénoncer les méthodes employées en particulier par les fascistes, ainsi que le caractère totalitaire du gouvernement de Benito Mussolini. Le 30 mai, à la Chambre des députés, il s'élève contre le régime dans un discours proposant l’invalidation des élections qui a donné une majorité écrasante au "Bloc National" de 355 sièges contre 176 pour les partis d'opposition.

« Nous contestons en ce lieu et sur le champ la validité des élections de la majorité. L'élection selon nous est non valide et nous ajoutons qu'elle est invalide dans toutes les circonscriptions. »

Le 10 juin 1924, l'après-midi, tandis qu'il se rendait à pied de chez lui au palais du Parlement, il est enlevé par un groupe de squadristi fascistes et il est retrouvé roué de coups et poignardé[1]. Le corps du député ne sera découvert que le 16 août 1924.

Conséquences politiques de l'assassinat de Matteotti[modifier | modifier le code]

Sa disparition provoque le 27 juin 1924 une réaction de protestation (que l'on nomme Sécession aventiniana) des députés de l'opposition qui décident de se retirer, refusant ainsi de siéger. Pendant quelques semaines, le gouvernement semble sur le point de tomber, emporté par une vague d'indignation nationale.

Le 12 septembre 1924, le député fasciste Armando Casalini est assassiné dans le tramway de Rome. L'assassin, Giovanni Corvi, s'il ne semblait pas appartenir à une formation politique quelconque, déclarera cependant avoir agi pour venger Matteotti[2].

Toutefois, Benito Mussolini, dans un discours à la Chambre des députés le 3 janvier 1925, déclare qu'il assume « personnellement la responsabilité politique, morale et historique » des excès de ses escadrons lors des années passées, sans faire mention de l'assassinat de Matteotti. Il annonce en même temps la répression violente des opposants au régime, que ce soit la presse, les organes politiques ou les personnes physiques.

« Je déclare ici, en présence de cette Assemblée et en présence de tout le peuple italien, que j'assume, moi seul, la responsabilité politique, morale, historique de ce qui s'est produit.
Si les phrases plus ou moins déformées suffisent à pendre un homme, sortez le gibet et sortez la corde ! Si le fascisme n'a été que huile de ricin et bastonnade et non en fait une passion superbe de la meilleure jeunesse italienne, la faute m'en revient ! Si le fascisme a été une association de criminels, je suis le chef de cette association de criminels ! »

Les assassins[modifier | modifier le code]

Giovanni Marinelli fut initialement inquiété pour la séquestration (mais non l'homicide) de Matteotti. Pourtant, il ne fut jamais poursuivi, jusqu'à l'amnistie du 31 août 1925.

En 1926 eut lieu le procès de Chieti de certains assassins de Matteotti, des militants fascistes. Il est toujours incertain qu'ils aient agi sur ordre de Mussolini ou indépendamment. Trois d'entre eux, Albino Volpi, Amerigo Dumini et Amleto Poveromo furent condamnés à six ans de prison, mais ils furent libérés avant d'avoir purgé l'intégralité de leur peine.

Après la Seconde Guerre mondiale, un nouveau procès est ouvert.

En avril 1947 à Rome, les principaux accusés, Amerigo Dumini, Amleto Poveromo et Giuseppe Viola, sont condamnés à la détention perpétuelle (sanction la plus lourde en Italie depuis l'abolition de la peine de mort la même année), commuée, vu leur âge, en trente ans de réclusion. Parmi les personnes examinées mais non condamnées figurent Francesco Giunta, Cesare Rossi, Augusto Malacria, Fillippo Filippelli (directeur du Corriere italiano) et Filippo Panzeri.

Ce second procès ne permettra pas de prouver de manière définitive la responsabilité directe de Mussolini.

Analyses[modifier | modifier le code]

De nombreux militants fascistes de la première heure, qui voyaient dans le fascisme le véritable héritier de la tradition républicaine nationaliste et anticléricale illustrée au XIXe siècle par Mazzini et Garibaldi, étaient francs-maçons. Matteotti, qui était sur le point de s'attaquer à l'affairisme maçonnico-fasciste en dénonçant publiquement, sur la base d‘une importante documentation, les fortunes rapides et illicites nées à l‘ombre du nouveau pouvoir, aurait été assassiné pour cette raison. Cesare Rossi, franc-maçon, fut accusé d'être le commanditaire de l'exécution qui a vu la participation d‘Amerigo Dumini (chef des exécutants) et d‘Albino Volpi (qui l‘aurait poignardé), tous deux maçons également[3].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Machiavelli, Mussolini and Fascism, Londra, English Life, 1924
  • The fascisti exposed; a year of fascist domination, Londres, Independent labour party publication Dept., 1924 (Réédition: New York, H. Fertig, 1969)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.yrub.com/histoire/lecasmatteotti.htm
  2. Archives du Time du 22 septembre 1924
  3. La Nouvelle Revue d'Histoire, n°6, mai-juin 2003, p.55, L'affaire Matteotti, juin 1924, par Xavier Rihoit

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :