Le Guépard

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Le Guépard
Auteur Giuseppe Tomasi di Lampedusa
Genre roman
Version originale
Titre original Il Gattopardo
Éditeur original Feltrinelli
Langue originale italien
Pays d'origine Drapeau de l'Italie Italie
Lieu de parution original Milan
Date de parution originale 1958
Version française
Traducteur Fanette Pézard
Lieu de parution Paris
Éditeur Éditions du Seuil
Date de parution 1959
Nombre de pages 256

Le Guépard (Il Gattopardo) est l'unique roman de l'écrivain et aristocrate italien Giuseppe Tomasi di Lampedusa, paru en 1958 à titre posthume et récompensé par le prix Strega l'année suivante.

Tomasi di Lampedusa y trace la vie de don Fabrizio Salina, un prince sicilien, au milieu des tourments révolutionnaires italiens du Risorgimento. Mais c'est surtout une histoire de la Sicile et de la transition entre un ordre ancien et un nouvel ordre.

L'auteur s'est apparemment inspiré de Giulio Fabrizio di Lampedusa, son arrière-grand-père, pour créer le personnage de don Fabrizio. Les armes de cet aïeul étaient un lion léopardé (c'est-à-dire passant à la façon du léopard[1]), que l'auteur a transformé en guépard « dansant » dans son œuvre.

L'auteur a déclaré que les réflexions du prince Salina sur la société étaient en réalité les siennes[2]. À l'approche des célébrations du centenaire de l'unification italienne, l'auteur ressentait l'envie de parler de l'opportunisme qui avait selon lui essentiellement caractérisé l'époque, bien loin de l'enthousiasme que présente l'historiographie officielle italienne. Parfois présenté comme un roman « réactionnaire », cet ouvrage est en réalité très critique sur les élites traditionnelles.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Le roman commence en mai 1860, au milieu du court règne de François II des Deux-Siciles qui vient de succéder à son père Ferdinand II, mort un an auparavant (à 49 ans). Ce mois de mai marque aussi le début de l'expédition des Mille.

Résumé[modifier | modifier le code]

Première partie : mai 1860[modifier | modifier le code]

Entre deux récitations du chapelet, la première partie fait le tour de 24 heures de la vie du prince Salina ; la révolution garibaldienne fait irruption dans le quotidien de cette famille aristocratique. S'annonce le débarquement des Piémontais commandés par Garibaldi. Tancredi, neveu et pupille très aimé du prince, rejoint les troupes révolutionnaires après avoir révélé son calcul à son oncle. Le prince expose à son confesseur sa vision des événements politiques : selon lui, il n'y aura qu'un simple échange de l'exercice de l'autorité entre l'aristocratie et la bourgeoisie montante.

Deuxième partie : août 1860[modifier | modifier le code]

Comme tous les étés, la famille Salina quitte son palais principal de Palerme pour rejoindre sa résidence de Donnafugata. C'est l'occasion d'une description de la Sicile et de l'aridité de son climat en cette fin d'été. Les autorités locales accueillent la famille princière par une cérémonie selon la coutume, ce qui conforte le prince dans l'idée que rien n'a changé même si au premier rang des autorités, don Calogero Sedara, exhibe sa toute nouvelle écharpe tricolore de maire. Au cours de la réception offerte par le prince, la fille du maire, Angelica, trouble tous les convives par sa beauté.

Troisième partie : octobre 1860[modifier | modifier le code]

La campagne de Donnafugata permet au prince Salina de s'adonner à des parties de chasse dans l'automne naissant. Lors de l'une d'elles, le prince discute avec Don Ciccio Tumeo des chamboulements politiques de l'Italie et l'interroge sur don Calogero Sedara car Tancredi est amoureux de sa fille Angelica. Cette partie de chasse mêle avec talent l'Histoire et l'histoire. Comme la première partie, celle-ci se déroule en 24 heures.

Quatrième partie : novembre 1860[modifier | modifier le code]

Angelica et Tancredi sont fiancés. Dès lors Angelica se montre régulièrement au palais des Salina. Le désir du jeune couple se traduit par les courses interminables dans les recoins les plus mystérieux du Palais. La nouvelle Italie envoie le chevalier Aimone Chevalley pour convaincre le prince Salina de devenir sénateur. Ce dernier refuse, laissant la place à don Calogero. Cependant la venue de Chevalley permet aussi de montrer la Sicile à un étranger, ce dont joue Tancredi.

Cinquième partie : février 1861[modifier | modifier le code]

Le père Pirrone revient dans son village natal de San Cono. Il devient le protagoniste de cette partie. On découvre son opinion politique sur la nouvelle Italie. Il rentre donc dans une analyse des classes sociales. Avant de repartir, le père Pirrone arrange le mariage de sa nièce Angelina et de son neveu Santino Pirrone. Ce mariage établit un parallèle avec celui de l'intrigue principale (Angelica / Tancredi). Cette partie est un véritable tournant dans le roman, le poussant ensuite à tirer vers le déclin.

Sixième partie : novembre 1862[modifier | modifier le code]

La famille Salina se rend au bal des Ponteleone. C'est l'occasion de présenter Angelica à la société palermitaine. Le prince, agacé par l'insouciance futile des invités, s'isole dans la bibliothèque du palais. Mais Angelica vient lui demander de lui accorder une valse et le prince oublie un temps ses pensées funestes. C'est à ce moment qu'est suggéré pourquoi le prince a non seulement accepté mais facilité le mariage de son neveu avec Angelica, dont l'extraction ignoble a été longuement expliquée précédemment : il éprouve lui-même un sentiment inavoué pour Angelica qu'il réprime tout en l'actualisant par procuration et en justifiant ce mariage par les bouleversements politiques. Lors du retour vers la maison, que le prince choisit de faire à pied, les étoiles sont l'occasion de retrouver son sentiment de solitude.

Si l'on considère l'heure du retour du prince (6 heures du matin), l'heure d'arrivée au bal (22 h 30) et le temps de s'y préparer, cette partie dure environ une demi-journée, comme la suivante.

Septième partie : juillet 1883[modifier | modifier le code]

21 ans après le bal, le prince revient de voyage à Naples où il s'est rendu pour une visite médicale. Un malaise l'empêche de rentrer chez lui et il doit s'arrêter à l'hôtel Trinacria où il meurt.

Cette partie dure une demi-journée.

Huitième partie : mai 1910[modifier | modifier le code]

Retour dans le palais des Salina des années après la mort du prince. Les trois filles, Concetta, Caterina et Carolina, ne se sont jamais mariées. Bigotes, l'une d'elles (Carolina) collectionne les reliques que le cardinal de Palerme vient faire analyser. La chute est totale : ces reliques sont fausses pour la plupart, Concetta apprend qu'elle a renoncé à Tancredi pour une boutade. En symbole de la fin du dernier des Salina, Concetta jette par la fenêtre la dépouille du chien bien aimé de son père, qui part en poussière.

Personnages[modifier | modifier le code]

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

  • Don Fabrizio Corbera, prince Salina (le Guépard). Il voit l'aristocratie s'effondrer mais ne fait rien pour s'y opposer. Un personnage lucide et clairvoyant, déchiré entre la nonchalance sicilienne de son père et l'orgueil glacé de sa mère allemande. Il ne peut se distinguer que par sa supériorité intellectuelle : il a reçu de nombreuses récompenses pour ses découvertes en astronomie et en mathématiques, qui lui donnent l'impression illusoire de dominer encore le monde - il découvre deux étoiles, inaltérables dans l'imaginaire poétique, qu'il baptise des noms de Salina et de Svelto, l'un de ses chiens (« un braque inoubliable »), il est ainsi assuré de laisser une trace derrière lui, car il sent sa fin approcher.
  • Tancredi Falconeri, neveu et pupille de don Fabrizio. Noble, il participe à la révolution garibaldienne puis rejoint l'armée régulière. D'un caractère joyeux et plein d'esprit, il bénéficie du soutien de son oncle. Selon Tancredi, « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change », c'est ce qui l'amènera à suivre les événements afin de conserver les avantages de sa classe. Il n'a donc rien d'un noble romantique, qui resterait fidèle à une cause perdue, celle des Bourbons et d'une tradition aristocratique : il épouse la cause libérale par ambition dans une société qui bouge. Volontaire et séduisant, il fait un riche mariage avec une jolie fille de parvenu, Angelica Sedàra. Il incarne l'ardeur de vivre sans se laisser entraver par le passé révolu.
  • Don Calogero Sedàra, riche propriétaire sicilien. Il est le maire du village de Donnafugata, situé sur les terres du prince et où la famille Salina vient chaque année en villégiature. Sedàra représente la montée des forces nouvelles. Avare, parvenu et nouveau riche, intelligent et sans culture, il écarte tout ce qui le gêne sur le chemin de son ascension politique et sociale. Marié à donna Bastiana, une créature superbe, mais « animale », il est à demi-mot soupçonné d'avoir assassiné (ou fait assassiner) le père de celle-ci, Peppe Giunta, un métayer du prince, surnommé, en raison de son extrême saleté, « Peppe Merda ». Il découvre la courtoisie en côtoyant le prince Salina. Il juge naïfs les aristocrates qu'il considère comme des moutons à tondre. Il se réjouit de l'ascension sociale que lui permet l'alliance de sa famille avec celle des Falconeri qu'il voit comme une bonne affaire. Il cherche à s'intégrer aux aristocrates au point de chercher à faire croire qu'il est baron del Biscotto.
  • Angelica Sedàra. Elle est la fille de don Calogero Sedàra et de donna Bastiana. Angelica est d'une beauté remarquable mais d'une « grâce vulgaire ». Parvenue, elle a des prétentions à la distinction mais ses origines rustiques percent sous le vernis, par exemple lorsqu'elle mange sa soupe avec sa cuillère « solidement empoignée à mi-manche » lors du dîner chez les Salina. Elle épouse Tancredi par intérêt selon le prince Salina (« C'est une jeune fille comme les autres et qui veut faire un beau mariage ; peut-être même est-elle un peu amoureuse de notre Tancrède… » dit-il). La sensualité et la beauté animale du personnage sont mises en avant à quelques reprises, par exemple quand il est fait mention de « sa croupe magnifique ». Malgré la différence d'âge et de condition entre elle et le prince, Angelica a suffisamment d'intuition pour comprendre les véritables motivations du prince et ressent pour lui plus que de la simple reconnaissance. Au personnage d'Angelica correspond la figure antithétique de Concetta, figée dans ses préjugés.
  • Concetta Salina, fille du prince et cousine de Tancredi. Elle apparaît d'abord comme naïve et placide mais aussi secrètement passionnée dans les derniers chapitres. Elle est amoureuse de Tancredi, qui épousera Angelica. Cette union l'attriste mais elle s'efforce de faire bonne figure dans l'épreuve. Cette attitude noble tranche avec les reflexions opportunistes d'Angelica qui se demande pourquoi les filles Salina n'essaient pas de prendre l'ami de Tancrède, Cavriaghi, lorsqu'elle constate que Concetta ne se rend pas compte de l'amour que celui-ci lui porte. Elle manifeste de la force d'âme face aux épreuves et se révèle plus réaliste que ses frères et sœurs. Elle est emprisonnée dans sa réserve. Elle se rend compte qu'elle a voué sa vie à aimer Tancredi et que ce fut une perte de temps.
  • Père Pirrone, jésuite. Il est dévoué à la famille Salina mais faible, il ne sait pas dire non au prince. Il manifeste une vision claire de la situation politique en mai 1860, quand commence le récit, et met en garde le prince contre le fait de suivre les libéraux, en le prévenant que si la distribution des biens de l'Église ne suffit pas, on dépouillera la noblesse.
  • Don Ciccio Tumeo, compagnon de chasse du prince lors de ses séjours à Donnafugata, il est d'origine modeste, mais très attaché aux Bourbons de Naples, grâce à la générosité desquels sa mère a pu lui donner une éducation. Organiste de l'église de Donnafugata, il a son franc-parler et renseigne le prince sur les antécédents de la famille Sedàra lorsque Salina envisage de marier Tancredi à Angelica. Indigné par ce projet de mariage qui représente selon lui à la fois une mésalliance et une trahison, don Ciccio Tumeo prophétise « Ce sera la fin des Falconeri, et celle des Salina ! » Il vote non lors du plébiscite qui décide de la réunification de l'Italie et du rattachement à la maison de Savoie. En entendant les résultats annoncés par don Calogero Sedàra, le maire de Donnafugata (« inscrits : 515 ; votants : 512 ; oui : 512 ; non : zéro »), il comprend que les dés sont pipés.
  • Bendicò, le dogue allemand du prince qui est bien l'un des personnages principaux, de l'aveu même de l'auteur[3]. Il est là du début de l'œuvre jusqu'à la fin, le roman s'achevant sur la destruction de son cadavre empaillé. Il représente la chute de la caste aristocratique et du prince : le début du roman le montre gambadant innocemment dans le jardin alors que l'orage vient puis la fin du roman alors que tout est consommé, le voit, empaillé, mité, jeté par la fenêtre.

Personnages historiques[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

Une des phrases les plus célèbres reste attachée au neveu du prince Salina, Tancredi. Elle reflète, dans sa pensée comme dans celle du prince, l'aboutissement de toute révolution :

« Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change[4]. »

La révolution correspondrait alors à une rotation, comme lors de la révolution de la Terre autour du Soleil, qui revient toujours à son point de départ.

Cette phrase est introduite par une autre qui éclaire davantage les motivations du personnage : « Crois-moi mon petit oncle, si nous ne nous en mêlons pas, ils vont nous fabriquer une république. » « Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change » se comprend donc en fait comme « entrons dans le mouvement de peur que celui-ci ne nous dépasse et ainsi nous pourrons le diriger à notre guise. »

Le personnage de Tancredi est un opportuniste : le régime ne lui permettant pas ses ambitions, il s'y oppose, d'abord avec les garibaldiens, puis dans la nouvelle armée dès l'arrivée des Piémontais ; il approuve alors que soient fusillés ceux qui étaient restés fidèles à l'idéal garibaldien. C'est un ironique (« pour le roi, oui, mais lequel ? »), voire un cynique comme le montre sa lettre à son oncle où, en apparence, il lui décrit son amour pour Angelica mais sous-entend que cet amour serait une manœuvre politique propre à suivre l'évolution sociale et se faire bien voir du nouveau régime.

Tancredi trahit donc son roi (comme le dit sa tante Stella) et sa classe sociale (en épousant la fille Sedara pour recevoir la fortune de celle-ci) pour se mettre du côté des vainqueurs, conserver un certain art de vivre et réaliser la carrière politique ambitieuse que la monarchie bourbonienne ne lui permet pas. Son oncle en est conscient : « « il a raison, mais je dois dire qu'il est ignoble. »

Autre phrase importante :

« Nous fûmes les guépards, les lions ; ceux qui nous remplaceront seront les chacals et les hyènes. »

Le règne d'affairistes comme don Calogero Sedara succède à celui du prince Salina. Il ne faut pas négliger la suite de cette phrase :

« … et tous, guépards, chacals et moutons, nous continuerons à nous considérer comme le sel de la terre. »

La description d'Angelica lors de sa première apparition est aussi à noter :

« Elle était grande et bien faite, sur la base de critères généreux ; sa carnation devait posséder la saveur de la crème fraîche à laquelle elle ressemblait, sa bouche enfantine celle des fraises. »

Adaptation[modifier | modifier le code]

Le Guépard fut adapté fidèlement au cinéma en 1963 par Luchino Visconti et la scénariste Suso Cecchi D'Amico, avec laquelle il avait déjà collaboré à de nombreuses reprises. Le film lui permit également de retrouver Alain Delon et Claudia Cardinale qui apparaissaient déjà dans Rocco et ses frères. Burt Lancaster était en revanche un nouveau venu dans l'univers du réalisateur. Le choix de l'acteur américain fut amené par Goffredo Lombardo, producteur du film[5].

Cette reconstitution minutieuse de la Sicile de la fin du XIXe siècle mobilisa une équipe nombreuse et un budget très important. Le film obtint un grand succès public et critique, récompensé notamment par une Palme d'or au festival de Cannes en 1963. Certains critiques reprochèrent néanmoins à Visconti, dont les premières réalisations étaient à l'origine du « nouveau réalisme », un classicisme rétrograde.

Visconti donne à voir la solitude du prince Salina et le sentiment qu'il a du déclin de son monde, à travers la longue séquence du bal qui clôt le film.

Éditions[modifier | modifier le code]

En italien[modifier | modifier le code]

  • Il Gattopardo, Feltrinelli, Milan, 1958
  • Il Gattopardo, édition conforme au manuscrit de 1957, Feltrinelli, Milan, 1969

En français[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Blason.
  2. Interview de son fils adoptif dans la nouvelle édition.
  3. Lampedusa disait qu'il était « presque la clé du roman », dans ses addenda à la fin de la nouvelle traduction de Jean-Paul Manganaro, aux éditions du Seuil.
  4. La phrase d'origine, en italien, est : « Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi ! »
  5. Interview présentée dans le DVD.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Baptiste Thoret, Le Guépard : dernière danse et premiers pas (livret du DVD/Blu Ray du film)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]