Téléphones blancs

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La période dite des « Téléphones blancs » (Telefoni bianchi) correspond à une assez brève période d'euphorie ambiante, non seulement dans le cinéma italien mais aussi dans la vie de l'Italie tout entière.

Contexte et naissance du courant[modifier | modifier le code]

Assia Noris dans une scène de La casa del peccato (1938)

Cette période se situe entre les années 1937 et 1941, soit quatre à cinq années seulement, ce qui est relativement court pour un courant artistique ; témoignage de cette brièveté, on évoque parfois une saison (stagione).

L'appellation de ce courant est due à la présence quasi-récurrente de téléphones blancs dans au moins une scène des films en question. Le thème de ces films est le plus souvent une romance à l'eau de rose avec des intrigues qui se nouent et se dénouent au... téléphone. La mode était passée des téléphones classiques, noirs et discrets, et toute scène d'intérieur se devait presque de montrer un de ces téléphones qui sous-tendaient un certain luxe, une certaine classe pour son propriétaire. Plus que d'un courant, il s'agit d'une mode cinématographique.

Cette période est la renaissance (rinascita) du cinéma italien. Cinecittà vient d'ouvrir ses portes, le 28 avril 1937, mettant à la disposition des réalisateurs et, dans leur sillage, des techniciens et des acteurs, (sous réserve, bien sûr, qu'ils soient dans la ligne du gouvernement fasciste de l'époque) des locaux et des outils que seuls les réalisateurs d'Hollywood n'envient pas. Qui plus est, la loi Alfieri du 18 janvier 1939 procure aux films « nationaux » une véritable manne financière qui va entraîner un « boom » vertigineux de la production. Par ailleurs, depuis 1934, la Mostra de Venise sert de tremplin aux films qui y sont primés.

Le pays lui-même n'est pas en reste : l'Italie est devenue une puissance « impériale » grâce à la conquête de l'Éthiopie (occupation d'Addis-Abeba le 5 mai 1936) ajoutée à l'Empire italien, après le protectorat sur la Libye et les anciennes colonies de l'Érythrée et de la Somalie. Les commandes gouvernementales ont multiplié les recettes de l'industrie mécanique ; une grande partie de la main-d'œuvre précédemment inoccupée est envoyée vers la colonie ; la classe moyenne redécouvre les divertissements ; les bals, les guinguettes, les salles de cinéma, de concerts, de spectacles sont pleines ; on vit au-dessus de ses moyens et seul Mario Camerini dans son film de 1937, Monsieur Max (Il Signor Max) laisse entendre qu'on ne peut pas continuer ainsi.

C'est en quelque sorte la « Belle époque » que vit le pays. Même les intellectuels, potentiellement dangereux pour le régime, s'éloignent de leur engagement politique pour se tourner vers un cinéma léger, si ce n'est comique, à tout le moins de divertissement. Le cinéma comique, quant à lui, voit naître de nouvelles étoiles comme Erminio Macario et Totò, dans des films un peu insensés tels Imputato alzatevi! (Prévenu, levez-vous !) de Mario Mattoli ou Animali pazzi (Animaux fous) de Carlo Ludovico Bragaglia en 1939. Dans cet environnement, le téléphone blanc est le symbole d'une nouvelle Italie moderne, prospère et heureuse.

Fin d'une époque[modifier | modifier le code]

Lorsque vers la fin 1941, l'Italie, stupéfiée, s'apercevra que le monde a tourné dans un sens totalement différent du sien, que le pouvoir (avec sa propagande) en place mérite véritablement la remise en question que certains suggèrent, cette période éphémère de légèreté, voire d'inconscience, des « Téléphones blancs » aura vécu. La vie redeviendra « sérieuse » et dès la fin de 1942, la montée d'un courant orienté vers la réalité quotidienne des petites gens et des « laissés pour compte » verra le jour : le néoréalisme qui se développera dès la fin de la Seconde Guerre mondiale.

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