Antigone II Gonatas

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Antigone II Gonatas
Monnaie d'Antigone II Gonatas
Monnaie d'Antigone II Gonatas
Titre
Roi de Macédoine
-277-239
Prédécesseur Sosthène & Ptolémée de Telmessos
Successeur Démétrios II
Biographie
Dynastie Antigonides
Date de naissance v. -319
Date de décès -239
Père Démétrios Ier Poliorcète
Mère Phila Ire
Enfant(s) Démétrios II

Antigone II Gonatas (en grec ancien Αντίγονος B΄ Γονατᾶς / Antigonos Gonatas) est un roi de Macédoine (de -277 à -239) qui installe durablement la dynastie antigonide sur le trône. Il accède au pouvoir en repoussant l'invasion des Galates. Il défait ensuite Pyrrhus puis remporte la Guerre chrémonidéenne ; dans les Cyclades il lutte contre les Ptolémées dans le cadre de leurs conflits avec les Séleucides ; à la fin de son règne il ne peut s'opposer à l'essor de la Ligue achéenne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Né vers -319, il est fils de Démétrios Ier Poliorcète et de Phila Ire ; il est donc à la fois le petit-fils d'Antigone le Borgne et d'Antipater, deux diadoques d'Alexandre le Grand. Il est aussi le frère de Stratonice Ire, épouse de Séleucos Ier puis de son fils Antiochos Ier, et le demi-frère cadet (par sa mère) de Cratère, fils du général d'Alexandre du même nom. L'origine de son épithète Gonatas n'est pas complètement établie ; on peut la rapporter à la cité de Gonnoi (ou Gonni) en Thessalie, où il serait probablement né, ou alors au terme Gonatas désignant une plaque de fer protégeant le genou (gonu en grec ancien).

Conquête du pouvoir[modifier | modifier le code]

Durant le règne de son père Démétrios Poliorcète en Macédoine, il participe au conflit contre Pyrrhus Ier et Lysimaque. En -288, il est chargé de défendre la Grèce tandis que son père est défait en Macédoine. Par la suite il tente en vain d'envoyer des secours à son père qui guerroie en Asie mineure contre Séleucos. En -283, à la mort de son père, captif de Séleucos, il organise de grandioses funérailles à Corinthe et fait ensevelir l'urne funéraire à Démétrias. À cette date, il ne dispose plus que d'une flotte et de quelques possessions en Grèce. Il profite des troubles consécutifs à la mort de Lysimaque et Séleucos Ier pour faire en -281 une première tentative pour s'emparer de la Macédoine, mais est repoussé par Ptolémée Kéraunos. Sa situation s'aggrave par la défection de plusieurs cités grecques ; il tente alors de se tourner vers l'Asie et de se tailler un royaume sur les anciennes possessions de Lysimaque, sans grand succès.

L'invasion galate de -279 qui balaye la Macédoine est une occasion inespérée pour lui de se rétablir. Ayant conclu la paix avec le royaume séleucide, il prend pied en Thrace, où il remporte une victoire retentissante contre une armée de Galates près de Lysimacheia en 277. Cette bataille lui confère un prestige suffisant pour s'imposer comme roi d'une Macédoine bien affaiblie par deux décennies de guerres civiles et de pillages ; après la mort du Stratège Sosthène, il se débarrasse dans le même temps de ses derniers rivaux, Ptolémée de Telmessos et Antipatros Étésias.

Rejetant les politiques asiatiques ambitieuses mais aussi aventureuses de ses prédécesseurs, il se consacre à renforcer le royaume, désormais à l'écart des grands conflits. Il n'y a guère qu'en mer Égée et au sud de la Grèce qu'il se heurte à la puissance de l'Égypte ptolémaïque. Symbole de son retour à la tradition, il ramène la capitale royale à Pella, de Cassandréia et Démétrias où elle avait été successivement déplacée, hors du cœur historique du royaume. À la suite de son père, il bénéficie des services et conseils de Hiéronymos de Cardia qui rédige à sa cour l'Histoire des successeurs d'Alexandre[1].

Guerre contre Pyrrhus[modifier | modifier le code]

Le pouvoir d'Antigone Gonatas est menacé une première fois par le roi d'Épire, Pyrrhus, rentré d'Italie en -275 pour reconstituer son armée : Pyrrhus envahit la Macédoine et Antigone doit se replier sur la côte, à Thessalonique, où mouille sa flotte. Pyrrhus s'aliène toutefois rapidement les Macédoniens en laissant ses mercenaires galates piller la nécropole royale d'Aigéai. Lorsqu'il quitte la Macédoine, laissée à la garde de son fils Ptolémée, pour aller guerroyer dans le Péloponnèse, Antigone reprend vite l'offensive : battu une première fois par Ptolémée, il finit par le chasser de Macédoine en -272 et envoie des secours à Sparte menacée par Pyrrhus. Celui-ci renonce alors à prendre la cité et se replie vers le nord et Argos où Antigone arrive avant lui, bien qu'ayant dû contourner par la mer les territoires de la Ligue étolienne qui lui est hostile. Dans la bataille d'Argos en -272, Pyrrhus est tué, et son fils et successeur Alexandre II doit abandonner pour un temps toute ambition sur la Grèce.

Guerre contre les cités grecques[modifier | modifier le code]

Article connexe : Guerre chrémonidéenne.

La domination macédonienne sur la Grèce est toutefois rapidement menacée : un des chefs du parti anti-macédonien à Athènes, Chrémonidès, manœuvre avec succès pour rapprocher Athènes de Sparte en -268. La première cherche à expulser les Macédoniens de l'Attique, la seconde à asseoir sa domination sur le Péloponnèse. De nombreuses cités du Péloponnèse et de Crète se rallient à cette alliance, qui jouit de surcroît du soutien de Ptolémée II Philadelphe, allié de Sparte. C'est la Guerre chrémonidéenne, dont les opérations ont lieu essentiellement autour de Corinthe, le point fort du dispositif macédonien en Grèce, tenu par le demi-frère du roi, Cratère, et en Attique. Sparte tente par trois fois entre 267 et 265 de prendre Corinthe en vain, et le roi spartiate Areus Ier trouve la mort dans la dernière tentative. Antigone Gonatas assiège Athènes qui trouve un bref répit dans une diversion causée par l'attaque en Macédoine du roi d'Épire Alexandre II en -262 : Antigone doit mener une campagne rapide pour le chasser de Macédoine et d'Épire, avant de revenir mettre le siège devant Athènes qui, affamée, capitule en -261.

Guerre contre les royaumes hellénistiques[modifier | modifier le code]

Monnaie d'Antigone II Gonatas, British Museum

La décennie suivante voit Antigone Gonatas, assuré de la domination sur la Grèce centrale, mener une politique agressive dans les îles et se mêler aux guerres entre Séleucides et Lagides, en allié fidèle des premiers : il remporte ainsi une victoire importante à Cos contre la flotte de Ptolémée II, probablement en -258 dans le cadre de la seconde guerre de Syrie, qu'il célèbre en offrant en dédicace son navire amiral au sanctuaire d'Apollon à Délos, où il est placé dans le Néôrion. Vers -250, une flotte lagide défait néanmoins de façon décisive les Macédoniens et remet en cause leur influence dans les Cyclades jusqu'à une nouvelle victoire d'Antigone, au large d'Andros en -245 dans le cadre de la guerre qui oppose les deux nouveaux rois Ptolémée III et Séleucos II à partir de -246. Antigone célèbre de nouveau cette victoire, sans lendemain, à Délos par deux fêtes, les Sôtèria et les Paneia.

La domination macédonienne sur la Grèce centrale est sérieusement compromise une première fois en -249 avec la révolte de son neveu Alexandre, le fils de Cratère, à qui Antigone avait pourtant confirmé son commandement de la garnison de Corinthe : il se rebelle et entraîne avec lui les cités d'Eubée en échange de leur liberté. Antigone doit attendre la mort impromptue d'Alexandre en -245 pour reprendre le contrôle de l'isthme à la faveur des préparatifs d'un mariage politique entre la veuve d'Alexandre, Nikaia, et son fils Démétrios. Les cités d'Eubée rentrent également dans le rang.

La fin du règne d'Antigone Gonatas est marquée par la montée en puissance de la Ligue achéenne : Aratos réussit à s'emparer de l'Acrocorinthe par un coup de main audacieux en -243, tandis que les cités de Mégare, d'Épidaure et de Trézène rejoignent ses rangs. Antigone reste étonnamment passif après ce revers, et se contente de faire la paix avec la Ligue étolienne, qu'il pousse ensuite à attaquer les Achéens, entre -243 et -240.

Bilan de son règne[modifier | modifier le code]

Malgré les revers en Grèce des dernières années, son règne se caractérise par un retour à la stabilité et à la paix pour la Macédoine, qui, sans atteindre la puissance des grands États hellénistiques asiatiques, demeure l'État le plus puissant de la Grèce continentale. Il n'exerce toutefois plus d'influence en Thrace et dans la vallée du Danube. En Grèce, Antigone ne cherche pas à s'opposer de front à la Ligue étolienne, mais se contente d'assurer son contrôle sur une série de garnisons portuaires qui lui assurent une route maritime vers le Sud : Démétrias, Chalcis, Le Pirée et Corinthe. La révolte d'Alexandre puis la perte de Corinthe représentent un coup important à ce système défensif. Il s'appuie, surtout à la fin de son règne, sur des tyrans locaux pour contrôler les cités d'Argos, Mégalopolis, Phlionte et Hermione. D'autre part, Antigone Gonatas mène délibérément une politique épargnant les levées militaires à la population macédonienne, ayant recours à la place aux mercenaires galates, illyriens ou grecs. Ses contemporains l'estiment en outre pour son amour des arts et des lettres et pour son attachement à la philosophie stoïcienne (Persée de Cition fut précepteur de l'éducation d'Alcyonée, l'un des fils d'Antigonos, mort avant son père).

Antigone II Gonatas est mentionné, avec notamment Antiochos II et Ptolémée II, comme l'un des bénéficiaires d'une mission de prosélytisme bouddhiste envoyée par l'empereur Ashoka de la dynastie Maurya[2].

Antigone Gonatas meurt au printemps -239 et son fils Démétrios II de Macédoine lui succède.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Sur les bonnes relations entre Antigone Gonatas et Hiéronymos voir Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], IX, 8. Mais ce fragment pourrait concerner Antigone le Borgne comme le prétend C. Bottin, « Les sources de Diodore de Sicile » : Revue Belge de Philologie et d’Histoire, no 7 (1928), p.1315.
  2. Édits d'Ashoka (en langue Gandhari), n°13 (paragraphe 9). Il n'existe aucune mention de cet événement dans les sources occidentales.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) N. G. L. Hammond et F. Walbank, A History of Macedonia, vol. 3 : 336-167 B.C., Oxford, Clarendon Press,‎ 1988 (ISBN 0198148151)
  • Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique 323-30 av. J.-C., Paris, Seuil, coll. « Points Histoire »,‎ 2003 (ISBN 202060387X)
  • (en) M. Hatzopoulos, Macedonian Institutions Under the Kings, Athènes, 1996.