Libération de la Corse

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Libération de la Corse
L'opération Vésuve, invasion de la Corse.
L'opération Vésuve, invasion de la Corse.
Informations générales
Date 8 septembre - 4 octobre 1943
Lieu Corse (France)
Issue Victoire des Alliés
Belligérants
Flag of Italy (1861-1946).svg Royaume d’Italie
Drapeau de la France libre France libre
Soutien aérien :
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Commandants
Flag of Italy (1861-1946).svg Giovanni Magli
Drapeau de la France Henry Martin
Drapeau de la France Fernand Gambiez
Drapeau de la France Henri Giraud
Drapeau de la France Paulin Colonna d'Istria
Flag of the NSDAP (1920–1945).svg Fridolin von Senger und Etterlin
Flag of the NSDAP (1920–1945).svg Carl-Hans Lungershausen
Flag of the NSDAP (1920–1945).svg Karl Gesel
Forces en présence
Flag of Italy (1861-1946).svg une partie des 80 000 hommes des troupes d'occupation
Drapeau de la France 10 000 hommes
Flag of the NSDAP (1920–1945).svg 10 000 hommes (Garnison), + 32 000 hommes depuis la Sardaigne[1]
Pertes
Flag of Italy (1861-1946).svg 637 tués
557 blessés
Drapeau de la France 75 tués
239 blessés
12 disparus
Flag of the NSDAP (1920–1945).svg 1 000 tués
400 capturés
Libération de la France,
Seconde Guerre mondiale
Batailles
2e campagne de France

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La Libération de la Corse (nom de code Opération Vésuve) pendant la Seconde Guerre mondiale se déroule du 8 septembre au 4 octobre 1943 par une partie de l'Armée française de la Libération et une partie des Forces armées italiennes d'occupation[2],[3], et marque le début de la libération de la France métropolitaine par les Alliés. Il s'agit en effet du premier territoire de France métropolitaine libéré. Cet épisode, peu connu du grand public, met ainsi fin à une année d'occupation de l'île par les forces de l'Axe.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

La zone libre est envahie le 11 novembre 1942 (opération Attila) par les Allemands et les Italiens à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord le 8. Les Italiens occupent alors, exception des départements du Rhône et des Bouches du Rhône, l'est du Rhône ainsi que la Corse, violant l'accord passé avec le maréchal Pétain lors de l'armistice du 24 juin 1940. Près de 85 000 soldats des forces armées italiennes occupent l'île[4]. L'armée de Vichy, bien que plutôt hostile aux Italiens, n'a pas la possibilité de contester cette occupation sous peine de rompre l'armistice[5]. Les résistants corses mènent une insurrection contre les Italiens en juin et juillet 1943 mais celle-ci est durement réprimée par l'OVRA, la police politique fasciste italienne, et par les chemises noires. 860 Corses sont arrêtés et déportés en Italie et 3 autres partisans du Front national sont exécutés le 30 août à Bastia par un tribunal de guerre fasciste[6].

Après le débarquement allié en Italie, l'Italie fasciste signe un armistice le 8 septembre 1943 alors que Benito Mussolini est arrêté et que le roi Victor-Emmanuel III reprend le pouvoir. L'Italie passe dès lors dans le camp des Alliés. Le général Magli commandant les 80 000 hommes des troupes d'occupation italiennes en Corse ordonne à ses troupes de considérer les Allemands comme des ennemis.

Les Allemands occupent principalement le sud de l'île et tentent de désarmer les unités italiennes. La Corse relevait d'une importance stratégique, servant de bases aériennes et maritimes pour les opérations de l'Axe en Méditerranée, notamment pour évacuer leurs troupes d'Europe du Sud. La Sardaigne est évacuée à l'été 1943 par les Allemands en raison des bombardements alliés incessants sur l'île. Dès lors, les Français libres peuvent concentrer leurs efforts sur la libération de la Corse.

La résistance intérieure (maquis) a joué aussi un rôle non négligeable, avec des figures comme François Vittori, chef d'État-Major des FTP de Corse[7].

Ordre de bataille[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Italie[modifier | modifier le code]

  • Une partie (Division friouli et cremona des généraux de Lorenzis et Pedrotti) des 80 000 hommes des troupes d'occupation du Général Giovanni Magli. Ces unités ont été mises directement sous les ordres du Général Louchet, commandant la 4e DMM, par le commandement italien.

Allemagne[modifier | modifier le code]

Déroulement de l'opération[modifier | modifier le code]

Stèle érigée à l'occasion du 50e anniversaire de la libération de la Corse en 1993, sur la plage de Solaro (plaine orientale).

Après l'armistice du 8 septembre, le général Magli reçoit le commandant français libre Colonna d'Istria pour se mettre d'accord sur des plans opérationnels communs[8]. Le Comité de libération occupe la préfecture d'Ajaccio et contraint le préfet de Vichy à signer le ralliement de la Corse au Comité français de la Libération nationale, le CFLN.

À Bastia, les Italiens ouvrent le feu contre des avions et des navires allemands. Le 9 septembre 1943, dans le port de Bastia, le destroyer Aliseo, sous le commandement du capitaine Carlo Fecia di Cossato, avec la corvette Cormorano, réussit dans une action héroïque à couler sept navires allemands, en endommageant trois autres[9],[10].

Le village de Levie Alta Rocca se leva face aux soldats de la division SS Reichsführer ; cet acte lui a valu d'être honoré avec l'attribution de la Croix de guerre avec palme et une citation à l'Ordre de l'armée. Dès le 9 septembre 1943, les résistants corses et les soldats italiens[8] attaquent les troupes allemandes qui avaient commencé leur mouvement en direction du sud. Pendant plus de dix jours, ces derniers mènent une lutte sans merci. Malgré les contre-attaques, l'exécution de deux patriotes et l'ultimatum allemand menaçant de raser le village, les patriotes se sont maintenus sur le terrain au prix de dix morts et plus de dix blessés avant l'arrivée des Forces françaises libres. Grâce aux habiles dispositions prises, au calme de ses chefs et au courage de tous, les Allemands rebroussent chemin, laissant plus de 200 morts, environ 400 blessés, 20 prisonniers, plus de 30 véhicules blindés, des armes, des munitions et des vivres[11].

À partir du 11, le général Giraud envoie de son propre chef 109 hommes du 1er bataillon parachutiste de choc sous les ordres de Gambiez à bord du sous-marin Casabianca commandé par le capitaine de frégate Jean L'Herminier. Ils débarquent dans le port d'Ajaccio dans la nuit du 12 au 13. Dès le lendemain, dans la nuit du 13 au 14, et jusqu'à la fin septembre, l'acheminement massif de matériels et de troupes entre Alger et Ajaccio, reposant sur plusieurs milliers de goumiers et tirailleurs marocains, est effectué par la 10e division de croiseurs légers, avec Le Fantasque et Le Terrible, commandée par le capitaine de vaisseau Perzo, avec la contribution occasionnelle des croiseurs Jeanne d'Arc et Montcalm et des torpilleurs Alcyon et Tempête. Le général Giraud en informe le CFLN qui lui reproche le noyautage de l'île par les communistes du mouvement Front national. Le général Giraud paiera de la perte de la coprésidence du CFLN le fait d'avoir mené cette opération de sa seule initiative, sans en avoir informé au prélable le CFLN dont il faisait partie, bien que celui-ci le félicite pour sa réussite et lui laisse les mains libres pour terminer l'opération.

L'offensive de l'armée française de la libération débute le 14, lorsque 6 600 soldats de la 4e division marocaine de montagne sont débarqués sur Ajaccio depuis Alger, soutenus par la Royal Air Force et l'United States Army Air Forces afin d'intercepter les unités allemandes en pleine débâcle, l'opération maritime de débarquement, effectuée sous la responsabilité de la 10e D.C.L., ayant également permis de conduire sur l'île, dès le 14 septembre, le nouveau préfet de Corse nommé par le CFLN, Charles Luizet[12]. Le 17, le général Henry Martin rencontre le général italien Magli à Corte afin de coordonner les mouvements des troupes alliées et italiennes. Le 21, Giraud arrive en Corse. Sartène est définitivement libérée le 22. Un bataillon de choc américain de 400 hommes rejoint également les forces françaises[13].

Le 23, les troupes de choc et les patriotes corses atteignent Porto-Vecchio. Les troupes italiennes de la Division d'infanterie Frioul joueront un rôle déterminant[14], avec la participation des troupes coloniales marocaines, en prenant le col de San Stefano le 30 septembre puis le col de Teghime le 3 octobre[15]. Ils rejoignent ensuite les résistants corses pour harceler les 10 000 hommes des troupes allemandes le long de la plaine orientale. Ces dernières détruisent ponts routiers et chemin de fer pour protéger leur retraite et, dans la nuit du 3 au 4 octobre, évacuent Bastia. À 5 heures du matin, le capitaine Then entre dans Bastia déjà libre, à la tête du 73e goum du 6e tabor.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le 5 octobre, la Corse devient le premier département de France métropolitaine libéré après le soulèvement de la population et par l'action conjointe des patriotes corses, des Italiens et des éléments de l'Armée d'Afrique (rattachée à la France libre), et sans véritable intervention des Anglo-Américains qui continuent leur offensive en Italie au même moment[16]. Les pertes allemandes lors de la libération s'élèvent à environ 700 tués et blessés et 350 capturés. Les Italiens perdent de 600 à 800 soldats tués et ont 2 000 blessés, dont de nombreux membres de la division Friuli. Les Français subissent 75 tués, 239 blessés et 12 disparus.

Le 8 octobre 1943 à Ajaccio, le général de Gaulle s'exclame : « La Corse a la fortune et l'honneur d'être le premier morceau libéré de la France »[17],[1]. L'île devient une base de l'United States Army Air Forces et de l'United States Navy pour la poursuite des opérations en Italie puis pour le débarquement en Provence (août 1944) et aura un surnom, l’USS Corsica.

Reconnaissance de l'événement[modifier | modifier le code]

La libération de la Corse est très peu connue du grand public, et l'idée qu'aucun territoire de France métropolitaine n'a été libéré avant l'Opération Overlord est très répandue. Pour cette raison, le député de Corse Sauveur Gandolfi-Scheit a mené une campagne pour que cet événement soit explicitement mentionné dans les livres d'histoire[18].

Bilan humain[modifier | modifier le code]

Au total, l'estimation des victimes de ces combats s'établit ainsi[19] :

  • Allemands : environ 1 600 hommes dont 1 000 tués et 400 prisonniers
  • Italiens : 637 tués et 557 blessés
  • Français : la Résistance enregistre dans ses rangs 170 tués et environ 300 blessés ; les troupes régulières enregistrent 75 tués, 12 disparus et 239 blessés

Hommages[modifier | modifier le code]

Stèle du col de Teghime rendant hommage aux Goumiers marocains dans la bataille du col de Teghime les 1er et 2 octobre 1943

Inscriptions de bataille[modifier | modifier le code]

L'inscription de bataille Corse 1943 est attribuée aux drapeaux des :

  • Goumiers marocains
  • Bataillon de choc

Monuments et plaques commémoratives de la libération de la Corse[modifier | modifier le code]

Un monument situé au col de Teghime rend hommage aux goumiers marocains :

« Remplis du souvenir d'une lumière unique leurs yeux sont fermés aux Brumes d'occident, Seigneur, permettez que les durs guerriers de Berberie qui ont libéré nos foyers et apporté à nos enfants le réconfort de leur sourire se tiennent contre nos épaules et qu'ils sachent, ô qu'ils sachent Seigneur combien nous les avons aimés. »

Remerciements du général Louchet au général de Lorenzis[modifier | modifier le code]

« A Monsieur le Général de Lorenzis. Commandant la Division d’Infanterie Friouli. Mon Général, J’ai été très touché par les sincères félicitations que vous bien voulu adresser à mes troupes et à moi-même à la suite des operations qui ont abouti à la reprise de Bastia et à la liberation totale de la Corse. J’ai spécialement apprécié le concours efficace qui m’a été apporté sans réserve par les troupes de votre Division, non seulement dans l’organisation des communications et des transports, mais encore dans leur participation directe au combat. Les unités que le Commandement Italien avait tenu à mettre directement sous mes ordres, par un geste auquel j’ai été particulièrement sensible se sont distinguées par leur courage et leur ardeur. Elles ont soutenu une lutte dure, dont témoignaient les pertes subies. L’artillerie divisionnaire et de Corps d’Armée aux ordres du Colonnel Brunelli, qui a été pour moi un précieux collaborateur, a montré toute sa valeur militaire et technique. Mon infanterie a rendu un hommage unanime à l’action précise et constante des batteries italiennes, qui ont appuyé au plus près nos attaques en dépit de la réaction ennemie. Je suis donc heureux de vous exprimer toute ma reconnaissance pour votre aide entière et généreuse et je vous demande de transmettre également a vos troupes mes remerciements et mes compliments. Veuillez agréer, mon Général, l’assurance de ma haute considération. »

— Le Général Louchet - Commandant l’Infanterie de la 4e DMM au général De Lorenzis commandant la division Friouli

Citations militaires[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Histoire de la Corse - D’une guerre à l’autre (1914-1945), L’Internet des services de l’Etat en Corse, consulté le 26 mars 2012
  2. a et b Paul Gaujac, L'Armée de la victoire, Lavauzelle, 1984, p. 138-163
  3. Giovanni Magli, Le truppe italiane in Corsica, p. 50, Lecce, Tipografia Scuola AUC, 1950
  4. (it) Rainero, R.H. Mussolini e Pétain. Storia dei rapporti tra l’Italia e la Francia di Vichy (10 giugno 1940-8 settembre 1943), page 29.
  5. [PDF]« La Corse sous l’Occupation (novembre 1942 – octobre 1943) », sur Éditions-Dumane.com (consulté le 26 mars 2012)
  6. Fernand Gambiez, Libération de la Corse, Hachette Littérature, p. 128
  7. Voir les publications résistantes de l'époque, par exemple Les jeunesses Laïques combattantes : http://chsprod.hypotheses.org/jean-rene-chauvin-parcours-dun-militant/annees-40/tracts-jeunesses-laiques-combattantes
  8. a et b (it) 8 SETTEMBRE 1943 - CORSICA VII CdAGen. Giovanni Magli, consulté le 22 octobre 2012
  9. (de) Seekrieg 1943, September, consulté le 22 octobre 2012
  10. (it) Carlo Fecia di Cossato, sur regiamarinaitaliana.it. Consulté le 22 octobre 2012
  11. Les Grands Combattants Volontaires, consulté le 24 avril 2012
  12. « extrait de la Cronica storica di a Corsica d'Orsu Ghjuvan Caporossi », sur Voce di Rutali in Corsica (consulté le 26 mars 2012)
  13. « Les combats de la Libération », sur http://www.resistance-corse.asso.fr/ (consulté le 26 mars 2012)
  14. (it) LA DIVISIONE «FRIULI» ATTACCA I TEDESCHI IN CORSICA (9 settembre - 4 ottobre 1944), consulté le 22 octobre 2012
  15. Domique Lormier, C'est nous les Africains, calmann-lévy, 2006, p. 171
  16. Octobre 1943: la Corse, premier département libéré, L'Express, 28 juin 2004
  17. « Octobre 1943, la libération oubliée de la Corse », sur Libération,‎ 1er juin 2004
  18. Le voile sur la libération de la Corse en 1943 bientôt levé dans les manuels d'Histoire — Le Point
  19. LA LIBÉRATION DE LA CORSE 9 septembre-4 octobre 1943, Site Chemins de mémoire, Ministère de la Défense

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Fernand Gambiez, Libération de la Corse, 1973, Hachette Littérature, 318 p. (ASIN B004U0IZM6)
  • (fr) Mathieu Geagea, Septembre-octobre 1943, l’opération « Vésuve » libère la Corse, in Batailles no 60, Éditions Histoire & Collections, 2013
  • (fr) Paul Silvani, Corse des années ardentes (1939-1976). Éditions Albatros, 1976.
  • (it) C. Paletti, Un'operazione riuscita: Corsica settembre 1943 in Memorie storiche militari. Ufficio Storico Stato maggiore Esercito, Roma, 1999.
  • Karine Varley, 'Between Vichy France and Fascist Italy: Redefining Identity and the Enemy in Corsica During the Second World War', Journal of Contemporary History (2012) 47:3, 505-527.
  • (fr) Maurice Choury, Tous bandits d'honneur. Éditions sociales, 1956 - Alain Piazzola, 2011 (édition enrichie)

Liens externes[modifier | modifier le code]