Démence

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Démence
Classification et ressources externes
CIM-10 F00-F07
CIM-9 290-294
DiseasesDB 29283
MedlinePlus 000739
MeSH D003704
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La démence (du latin demens signifiant « folie ») est une sérieuse perte ou réduction des capacités cognitives suffisamment importante pour retentir sur la vie d'un individu et entraîner une perte d'autonomie. Les fonctions cérébrales particulièrement atteintes peuvent être la mémoire, l'attention, et le langage. Elle peut être temporaire, suite à une lésion cérébrale majeure ou à un déclin psychologique à long-terme.

Le terme de démence, en médecine, est un terme technique qui ne doit pas être confondu avec la signification commune de ce terme dans le langage courant (folie furieuse). Les démences sont synonymes de neurodégénérescences. Elle est classiquement définie comme un affaiblissement psychique profond, global et progressif qui altère les fonctions intellectuelles fondamentales et désintègre les conduites sociales. Elle atteint la personnalité en ce qui concerne le fait d'« être raisonnable », c'est-à-dire dans le système de ses valeurs logiques, de connaissances, de jugement et d'adaptation au milieu social. La démence a d'abord été définie par son caractère de déchéance progressive, incurable. Les progrès thérapeutiques depuis le début du XXe siècle (par exemple avec traitement de la paralysie générale) ont permis de relativiser cette image. il n'en reste pas moins que « spontanément » la démence évolue vers une aggravation progressive et la déchéance psychique terminale (Henri Ey, 1970).

Historique[modifier | modifier le code]

À la fin du XIXe siècle, la démence était un concept clinique plus étendu, qui impliquait maladie mentale et plusieurs incapacités psychosociales incluant les cas qui peuvent être réversibles[1]. La démence se réfère à un individu ayant perdu la « raison », et s'applique également à certaines maladies mentales ; des maladies "organiques" comme la syphilis qui peuvent causer de graves séquelles cérébrales, et la démence associée à l'âge gériatrique.

La démence chez les seniors est appelée démence sénile[2] ou sénilité, et est perçue comme étant un aspect normal et, quelque part, inévitable chez les personnes âgées, plutôt qu'une maladie spécifique. En 1907, une maladie organique connue sous le nom de maladie d'Alzheimer a été décrite. Elle a été associée à des changements microscopiques cérébraux.

Durant les périodes 1913-1920, la schizophrénie est définie, et le terme de démence précoce a été suggéré pour qualifier le développement de la démence de type sénile dès le plus jeune âge.

En 1976, le neurologue Robert Katzmann pense qu'il y aurait une connexion entre la « démence sénile » et la maladie d'Alzheimer[3]. Katzmann pense que la plupart des démences séniles qui surviennent (par définition) après 65 ans, sont pathologiquement identiques à la maladie d'Alzheimer avant l'âge de 65 ans et ne devraient néanmoins pas être traités différemment. Il note le fait que la « démence sénile » n'était pas considérée comme une maladie, mais qu'elle fait plutôt partie de la vieillesse[4]. Katzmann croit ainsi que la maladie d'Alzheimer, si celle-ci survient à l'âge de 65 ans, est répandue, et non rare, et la quatrième, voire cinquième, cause principale de mortalité.

Au XXIe siècle, un nombre d'autres types de démence ont été différenciés de la maladie d'Alzheimer et des démences vasculaires (ces deux-là étant les plus communs). Cette différence est basée sur l'examen anatomopathologique des tissus cérébraux et notamment de leur symptomatologie. Les différentes formes de démence ont un pronostic différent (cause de la maladie), et diffèrent également des facteurs de risques épidémiologiques. Les causes étiologiques, incluant celles de la maladie d'Alzheimer, restent cependant inconnues.

Signes et symptômes[modifier | modifier le code]

La démence n'est pas seulement un problème de mémoire. Elle réduit la capacité à apprendre, à retenir ou à se rappeler les expériences passées et cause également un trouble des pensées, sensations et activités (Gelder et al. 2005). Ces problèmes mentaux et comportementaux affectent souvent les individus souffrant de démence, et peuvent influencer leur qualité de vie, l'entourage et le besoin d'apprendre. Alors que la démence empire, les individus peuvent se négliger eux-mêmes, mettre leur santé en péril et même devenir incontinent (Gelder et al. 2005).

La dépression affecte 20–30 % des individus souffrant de démence, et environ 20 % d'entre eux souffrent d'anxiété[5]. La psychose (souvent, sentiments de persécution) et l'agitation/humeur agressive accompagnent souvent la démence. Ces troubles de l'humeur peuvent être traités indépendamment[6].

Dans les stades évolués de la démence, les individus atteints peuvent être désorientées dans le temps (ignorant le jour, la semaine, le mois ou l'année), et dans l'espace (ignorant où ils se trouvent), ne plus reconnaître des personnes familières, ou encore avoir des difficultés pour communiquer. Certains patients présentent aussi des troubles du comportement.

Les symptômes de la démence peuvent être classifiés réversibles ou irréversibles, aux dépens de l'étiologie de la maladie. Moins de 10 % des cas ont des causes qui peuvent être soignées par traitement. Les formes les plus communes de démence incluent : maladie d'Alzheimer, leucoaraiose, dégénérescence lobaire fronto-temporale, démence sémantique et démence à corps de Lewy. Il est également possible qu'un patient puisse montrer plus d'autres caractéristiques de démence.

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

Espérance de vie corrigée de l'incapacité concernant les démences sur 100 000 habitants en 2002
  •      no data
  •      ≤ 50
  •      50-70
  •      70-90
  •      90-110
  •      110-130
  •      130-150
  •      150-170
  •      170-190
  •      190-210
  •      210-230
  •      230-250
  •      ≥ 250

Une étude de 2005 estime la prévalence globale de la démence à 24,3 millions, avec 4,6 millions de nouveaux cas de démence par an. Le nombre d'individus affecté pourrait doubler à 81,1 millions d'ici 2040[7]. La plupart se trouvent dans les pays développés. Par ailleurs, 60-70 % des individus atteints de démences souffriraient de la maladie d'Alzheimer.

Les troubles cognitifs modérées atteindraient un peu moins du quart des personnes âgées de plus de 70 ans aux États-Unis. L'évolution vers un tableau démentiel concernerait 10 % de ces personnes par an[8].

Diagnostic[modifier | modifier le code]

Clinique[modifier | modifier le code]

Le diagnostic repose sur les critères de démence du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV). La recherche de ces critères impose une évaluation de plusieurs fonctions cognitives. Des outils simples pouvant être utilisés en médecine non spécialisée ont été mis au point pour aider le diagnostic de démence.

Les recommandations de la Haute Autorité de santé (France) [9] préconisent la réalisation du MMS pour évaluer l'état cognitif sans que cela ne préjuge du diagnostic.

D'autres tests de repérage, simples, peuvent être réalisés en pratique quotidienne : Le test Codex[10] est un test simple et rapide, réalisable en trois minutes qui permet d'approcher avec une très bonne fiabilité le diagnostic de démence. Sa sensibilité est de 92 % et sa spécificité de 85 % par rapport aux critères de référence du DSM-IV. Le MoCA (« Montreal cognitive assessment ») [11] est une batterie de tests rapide (10 minutes) qui explore différentes fonctions cognitives et qui a l'avantage d'être validé dans de nombreuses langues.

Il n'y a aucun examen complémentaire qui puisse aider au diagnostic de démence, qui reste un diagnostic posé sur la clinique. En particulier, ni la biologie, ni l'imagerie cérébrale n'apportent de contribution au diagnostic positif de démence.

Différentiel[modifier | modifier le code]

Une dépression chez la personne âgée peut mimer un syndrome démentiel (on parle alors de « pseudo-démence du sujet âgé »), ou l'accompagner. Le taux de suicide est, au Danemark, trois à dix fois plus élevé chez les personnes âgées atteintes de démence, après que cette maladie a été diagnostiquée chez elles[12], probablement parce qu'elles connaissent l'évolution de la maladie. Ces sujets ne veulent pas devenir un poids pour leurs proches suite à la perte de leurs capacités cognitives. Celui qui passe à l'acte laisse généralement préalablement entendre qu'il pense qu'il serait meilleur pour ses proches qu'il soit mort, notent les chercheurs.

Même sans diagnostic médical de démence préalable, le déclin lent des fonctions cognitives (d'origine démentielle ou non) d'un patient peut entraîner une dépression authentique.

Prévention[modifier | modifier le code]

La consommation modérée d'alcool (bière, vin, ou autres boissons alcoolisées) peut éventuellement réduire les risques[13],[14],[15].

Une alimentation humaine de type régime méditerranéen peut possiblement réduire les risques[16].

Une étude a démontré un lien entre la pression artérielle sanguine élevée et le développement de la démence. L'étude, publiée dans le journal Lancet Neurology de juillet 2008, affirme que les médicaments baissant la pression du sang réduisaient la démence de 13 %[17],[18],[19].

Types de démences connues[modifier | modifier le code]

Divers[modifier | modifier le code]

Depuis juillet 2007, dans le cadre du Plan National Maladies Rares[20] (PNMR), un centre de référence a été labellisé pour la prise en charge des personnes atteintes des démences rares suivantes : démence ou dégénérescence fronto-temporale (DFT), paralysie supra-nucléaire progressive (PSP), dégénérescence cortico-basale (DCB) et aphasie primaire progressive (APP). Ce centre de référence des Démences Rares[21], est localisé à l'hôpital de la Salpêtrière à Paris et travaille en collaboration avec 12 centres de compétence régionaux, pour améliorer la prise en charge des patients et des familles sur toute la France.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Berrios GE, Dementia during the seventeenth and eighteenth centuries: a conceptual history, vol. 17,‎ novembre 1987 (DOI 10.1017/S0033291700000623, PMID 3324141), p. 829–837.
  2. « Démence sénile », sur Santeweb (consulté le 1er septembre 2011).
  3. Gina Kolata, Drug Trials Test Bold Plan to Slow Alzheimer's,‎ 17 juin 2010 (lire en ligne).
  4. (en) [1].
  5. (en) Calleo J, Stanley M, Anxiety Disorders in Later Life Differentiated Diagnosis and Treatment Strategies, vol. 25,‎ 2008 (lire en ligne).
  6. (en) Denis Shub et Kunik Mark E, Psychiatric Comorbidity in Persons With Dementia: Assessment and Treatment Strategies, vol. 26,‎ 16 avril 2009 (lire en ligne).
  7. (en) Ferri CP, Prince, M, Brayne, C, Brodaty, H, Fratiglioni, L, Ganguli, M, Hall, K, Hasegawa, K, Hendrie, H, Huang, Y, Jorm, A, Mathers, C, Menezes, PR, Rimmer, E, Scazufca, M, Alzheimer's Disease, International, Global prevalence of dementia: a Delphi consensus study., vol. 366,‎ 17 décembre 2005 (DOI 10.1016/S0140-6736(05)67889-0, PMID 16360788), p. 2112–2117.
  8. (en) Plassman BL, Langa KM, Fisher GG et al. Prevalence of cognitive impairment without dementia in the United States, Ann Int Med, 2008;148;427-434.
  9. [http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2011-12/recommandation_maladie_d_alzheimer_et_maladies_apparentees_diagnostic_et_prsie_en_charge.pdf Maladie d’Alzheimer et maladies apparentées : Version soumise à la validation du collège de la HAS le 25/04/07 diagnostic et prise en charge, HAS, novembre 2011
  10. Site Web du test Codex.
  11. Montreal cognitive assessment
  12. Étude danoise coordonné par Annette Erlangsen, Université d'Aarhus, avec le Pr Yeates Conwell (psychiatrie gériatrique, Centre Médical de l'Université de Rochester) et le Pr Steven H. Zarit (Gérontologie, Université de Pennsylvanie, États-Unis), ayant porté sur plus de 2 millions de personnes âgées de 50 ans et plus, suivis de 1990 à 2000, publiée le 29 février 2008 dans la revue American Journal of Geriatric Psychiatry. Remarque : ces chiffres proviennent de données hospitalières et ne prennent pas en compte les suicides qui concerneraient des patients uniquement soignés par des médecins généralistes.
  13. (en) Mukamal KJ, Kuller LH, Fitzpatrick AL, Longstreth WT, Mittleman MA, Siscovick DS, Prospective study of alcohol consumption and risk of dementia in older adults, vol. 289,‎ mars 2003 (DOI 10.1001/jama.289.11.1405, PMID 12636463), p. 1405–1413.
  14. (en) Ganguli M, Vander Bilt J, Saxton JA, Shen C, Dodge HH, Alcohol consumption and cognitive function in late life: a longitudinal community study, vol. 65,‎ octobre 2005 (DOI 10.1212/01.wnl.0000180520.35181.24, PMID 16247047), p. 1210–1217.
  15. (en) Huang W, Qiu C, Winblad B, Fratiglioni L, Alcohol consumption and incidence of dementia in a community sample aged 75 years and older, vol. 55,‎ octobre 2002 (DOI 10.1016/S0895-4356(02)00462-6, PMID 12464371), p. 959–964.
  16. (en) Sofi F, Cesari F, Abbate R, Gensini GF, Casini A, Adherence to Mediterranean diet and health status: meta-analysis, vol. 337,‎ 2008 (DOI 10.1136/bmj.a1344, PMID 18786971), a1344.
  17. (en) Fillit H, Nash DT, Rundek T, Zuckerman A, Cardiovascular risk factors and dementia, vol. 6,‎ juin 2008 (DOI 10.1016/j.amjopharm.2008.06.004, PMID 18675769), p. 100–18.
  18. (en) Peters R, Beckett N, Forette F, et al., Incident dementia and blood pressure lowering in the Hypertension in the Very Elderly Trial cognitive function assessment (HYVET-COG): a double-blind, placebo controlled trial, vol. 7,‎ août 2008 (DOI 10.1016/S1474-4422(08)70143-1, PMID 18614402), p. 683–689.
  19. Hypertension artérielle et démence. Forum Med Suisse, 2010.
  20. Plan National Maladies Rares [PDF].
  21. Cref-demarres.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]