Déréalisation

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La déréalisation (DR est parfois employé) est une altération de la perception ou de l'expérience du monde extérieur qui apparait étrange ou irréel.

C'est un symptôme dissociatif qui se retrouve associé à d'autres dans un grand nombre de maladies psychiatriques et neurologiques. Ce symptôme est également rencontré, durant quelques secondes, lors de périodes de stress intenses et prolongés. L’expérience d'une déréalisation peut être extrêmement choquante pour ceux qui la vivent, et engendrer des niveaux d'anxiété extrême, ce qui renforce la déréalisation. Un traitement médicamenteux de type benzodiazépine à hautes doses est préconisé, suivant les cas.

Certaines drogues dissociatifs (la kétamine par exemple, mais aussi le cannabis quand il est pris à haute dose), peuvent entraîner de légères et courtes déréalisations, qui sont alors associés à des "bad-trip".

Alors que la déréalisation est une expérience subjective de sentiment d'irréalité ou d'étrangeté du monde extérieur, la dépersonnalisation elle est le sentiment d'irréalité ou d’étrangeté par rapport à soi-même, à son propre corps.

Description[modifier | modifier le code]

Une patiente victime de déréalisation témoigne ainsi : « Je suis là et pas là. Je suis avec vous, mais ailleurs. C’est comme s’il y avait un voile, une sorte de brume entre le monde et moi. […][1] »

Débat[modifier | modifier le code]

Cependant de grands maîtres, adeptes des tantras comme le célèbre anachorète tibétain Milarépa, considèrent cette expérience comme « l’état naturel de notre esprit. » (voir référence et citations ci-dessous) Pour eux l'expérience de déréalisation (absence de perception de solidité de l'environnement) est une expérience objective et non subjective. Pour eux la perception de solidité (la matérialité) du monde est un mode perceptif conditionné engendré par le mental et notre mémoire sensorielle : nous pensons le mur solide car nous avons eu l’expérience sensorielle de solidité du mur via le toucher. Quand bien même nous ne toucherions pas le mur, notre mémoire sensorielle génère donc la perception de solidité. Mais il est possible de demeurer en un état naturel où le mental est au repos, sans fabrications, au sein duquel il n’y a pas émergence de la perception de solidité. C'est alors le mode perceptif qui semble être celui de la déréalisation.

L’anachorète tibétain Jétsun Milarépa a dit : « Pour les esprits réalisés, cette réalité apparaît comme une illusion[1]… »

Dans L’Ornement des sutras il est écrit : « Comprenez bien que rien n’existe hors l’esprit Et que l’esprit lui-même est dénué de réalité. Le sage qui perçoit l’irréalité de l’esprit et de toute chose Reste dans la dimension absolue de la non-dualité. »[2]

Saraha : « Tels une illusion, un mirage ou un reflet, Visions et sons ne sont pas des perceptions duelles. L’esprit qui perçoit l’illusion est comparable à l’espace ; Sans centre ni périphérie, il échappe à l’intellect. »[3]

Depuis cette expérience, mode d’être primordial (antérieur à l’émergence des perceptions de solidité), ils perçoivent que la solidité perçue du monde n’est qu’une perception cognitive. Le fait que la perception de la solidité puisse ne pas être là est la preuve qu’elle n’existe qu’en dépendance du système qui la génère : l’esprit. Affirmer que la non émergence de la perception de solidité est une « altération » par du postulat que cette perception est indispensable ou normale. Mais demeurer dans un mode d’être où cette perception n’est pas là n’est pas un trouble mais un état naturel qu’il convient de connaître, de reconnaître. Cette reconnaissance est un point crucial du processus spirituel appelé « introduction à la nature de l’esprit ». Affirmer cela n’est pas remettre en cause les lois physiques mais considérer la nature des apparences.

La déréalisation : trouble psychiatrique ou réalisation ?

L’expression « altération de la perception » ne semble donc pas juste pour définir l’expérience de déréalisation. Selon les maîtres spirituels et très grands méditants, l’état altéré (bien qu’habituel et normal) est celui ou notre mental surajoute une perception de solidité. Toutefois ils ne parlent pas d’altération de la perception mais de « perception relative conditionnée ». C’est ici que résident les points à éclaircir par le dialogue et la recherche interdisciplinaire qui permettraient de lever les contradictions entre le monde médical qui considère l'expérience de déréalisation comme « trouble psychiatrique » et les sages qui recherchent et demeurent au quotidien en cet « état primordial naturel de l’esprit » au cœur des activités mondaines. Ce dialogue permettrait :

  • d’élaborer des « protocoles de découverte et de familiarisation » à cette expérience naturelle,
  • de discerner les différents aspects au cœur de cette expérience
  • d'identifier les facteurs qui rendent cette expérience problématique et les facteurs qui la rendent naturelle

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Marc Hayat « Il faudrait la "médiquer" un peu », Revue française de psychanalyse 2/2002 (Vol. 66), p. 529-540.
  2. Rayons de Lune - Les étapes de la méditation du Mahamoudra - Dakpo Tashi Namgyal - Éditions Tsadra - p. 231
  3. Rayon de Lune, Les étapes de la méditation du Mahamoudra, Dakpo Tashi Namgyal, Éditions Tsadra, p. 284

Vidéo[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]