Quétiapine

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Quétiapine
Molécule de quétiapine.
Molécule de quétiapine.
Identification
No CAS 111974-69-7
Code ATC N05AH04
DrugBank DB01224
PubChem 5002
SMILES
InChI
Propriétés chimiques
Formule brute C21H25N3O2S  [Isomères]
Masse molaire[1] 383,507 ± 0,025 g/mol
C 65,77 %, H 6,57 %, N 10,96 %, O 8,34 %, S 8,36 %,
Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.
Quetiapine
Noms commerciaux Seroquel (Belgique, Canada, Suisse)

Sequase (Suisse)
Xeroquel (France)

Classe Antipsychotique Neuroleptique Atypique

La quétiapine (commercialisé sous le nom de Xeroquel, Seroquel, Ketipinor) est un antipsychotique atypique utilisé pour traiter la schizophrénie ciblant notamment les symptômes positifs. À faible dose, il est prescrit en tant qu'anxiolytique, troubles bipolaires (en phase aiguë notamment), les troubles anxieux et le syndrome de stress post-traumatique. Depuis 2006, la quétiapine est souvent utilisée pour les troubles du sommeil.

Ce médicament est dangereux pour les femmes enceintes ou qui allaitent. L'arrêt brusque de traitement peut avoir de fortes répercussions négatives comme des troubles du sommeil, des nausées et frissons, ainsi que des problèmes de concentration.

Ce médicament a fait parler de lui aux États-Unis depuis 2009 en raison de procès en class action de patients portant sur des effets secondaires : diabète, prise de poids, non mentionnés dans les informations obligatoires (voire dissimulés volontairement, selon les pièces du procès…) et de la FDA pour des prescriptions qui auraient été faites dans des indications non officiellement acceptées[2].

En France, ce médicament a fait l'objet d'un avis défavorable de la Haute Autorité de santé au remboursement « en traitement adjuvant des épisodes dépressifs majeurs chez des patients ayant répondu de façon insuffisante à un antidépresseur en monothérapie »[3].

Indications[modifier | modifier le code]

Schizophrénie[modifier | modifier le code]

Les essais de la quiétapine ont montré une efficacité contre placebo dans la schizophrénie, cependant de nombreux sujets ont quitté les études (plus de 50 %) et le manque de données sur les variables économiques, le fonctionnement social et la qualité de vie[4].

Il est contestable de déterminer si la classe des neuroleptiques atypiques est plus efficace que la classe des neuroleptiques typiques[5]. Dans les deux cas, il y a des taux non négligeables de sujets qui ne terminent pas les études. Les taux de rechute des symptômes quand les neuroleptiques typiques sont utilisés sont bas aux dosages modérés[6]. Alors que la quiétapine a moins d'effets secondaires de type extrapyramidaux d'autres effets comme la somnolence et la bouche sèche sont plus fréquents[4].

Trouble bipolaire[modifier | modifier le code]

Chez ceux atteints de trouble bipolaire, la quiétapine peut être utilisé dans les épisodes dépressifs, les épisodes maniaque dans le cadre d'un trouble bipolaire en monothérapie ou en association à un thymorégulateur) et en traitement de maintenance[7].

Alzheimer[modifier | modifier le code]

La quiétapine est inefficace dans la diminution de l'agitation parmi les patients atteints de maladie d'Alzheimer. La quiétapine aggrave les troubles cognitifs chez les personnes âgées avec une démence[8].

Autres[modifier | modifier le code]

L'utilisation de doses basses de quiétapine pour l'insomnie, bien que fréquente n'est pas conseillée car il y a peu de preuve de son utilité et sa balance bénéfice risque ne semble pas positive[9],[10]. Il est parfois utilisé hors AMM[Quoi ?], comme traitement associé dans les troubles obsessionnels compulsifs, le syndrome de stress post-traumatique, l'autisme, l'alcoolisme, les troubles de la personnalité borderline, le syndrome de Charles Bonnet, la dépression[11], le syndrome de Gilles de la Tourette[12] et pour les troubles anxieux[13].

Effets secondaires courants[modifier | modifier le code]

La fiche RCP informe professionnels de santé et patients de la survenue éventuelle de[14] :

  • diabète (mis en avant lors des procès ayant eu lieu aux États-Unis[15],[16],[17],[18],[19],[20]) ;
  • effets anticholinergiques (bouche sèche, somnolence, confusion…) ;
  • prise de poids fréquente 2,5 à 15 kg en traitement à long terme en TDM (Trouble dépressif majeur) formulation LP (comprimé à libération prolongée) ;
  • constipation ;
  • sensation de tête légère ;
  • étourdissements quand on passe de la position debout à assise ou coucher, vertiges, perte de conscience ;
  • somnolence, c'est l'effet secondaire le plus fréquent ;
  • assèchement buccal ;
  • indigestion ou douleurs abdominales ;
  • maux de tête (céphalées) ;
  • battements de cœur rapides ou irréguliers ;
  • tachycardie (augmentation du rythme cardiaque) ;
  • embarras de la respiration nasale ou écoulement nasal ;
  • problèmes de concentration : difficulté à lire et / ou écrire…

Effets secondaires rares[modifier | modifier le code]

Plus rares sont[14] :

  • perte d'appétit ;
  • rigidité musculaire ;
  • anomalies de la vue telles que vision floue ;
  • sudation accrue et transpiration abondante ;
  • diminutions dose-dépendantes des taux des hormones thyroïdiennes, essentiellement la T4 totale et la T4 libre ;
  • difficulté respiratoire ou une augmentation du rythme respiratoire inhabituelle ;
  • augmentation (euphorie) ou diminution (dysphorie) de la sensation de bien-être ;
  • photosensibilité pouvant occasionner des lentigos solaires (taches de vieillesse) ;
  • éruptions cutanées ;
  • peau inhabituellement pâle ;
  • troubles de l'équilibre ;
  • confusion ;
  • mouvements lents ;
  • enflures des pieds ou de la partie inférieure des jambes ;
  • tremblement des mains et des doigts ;
  • fourmillement dans les jambes ou jambes sans repos ;
  • perte de contrôle de la vessie ;
  • troubles de déglutition ;
  • signes d'infection (comme fièvre, frissons, vague endolorissement musculaire ou mal de gorge) ;
  • fatigue inhabituelle ;
  • rêves anormaux ;
  • cardiomyopathie et myocardite parfois mortelles comme avec la clozapine et l'olanzapine proches chimiquement[21] ;
  • troubles du rythme cardiaque.

Usage récréatif[modifier | modifier le code]

La quétiapine est principalement utilisée pour ses effets sédatifs et anxiolytiques. Dans l’un des rapports de cas publiés par Reeves et ses collaborateurs, l’un des patients abusant de quétiapine par voie orale a déclaré que l’effet calmant d’une dose de 200 à 300 mg était semblable à celui obtenu avec 1 mg de clonazépam. La quétiapine pourrait donc, sur le marché noir, remplacer certains sédatifs dont le potentiel d’abus est reconnu (benzodiazépines et barbituriques) et qui deviennent plus difficiles à se procurer. L’apparition de noms de rue pour désigner la quétiapine est aussi une preuve de sa présence importante sur le marché noir. On la désigne « Quell », « Susie-Q », « Baby Heroin » ou encore « Q-Ball », lorsqu’elle est mélangée à de la cocaïne[22]. Il semble que la quétiapine remplace parfois l’héroïne en combinaison avec la cocaïne (speedball), une combinaison reconnue pour maximiser l’effet hallucinogène de cette dernière, tout en diminuant la dysphorie associée à l’effet de fin de dose.

Les méthodes répertoriées pour consommer la quétiapine sont l’ingestion par la bouche, l’inhalation de comprimés écrasés et l’injection d’une solution de comprimés dissous. Avec ces deux dernières méthodes, le premier passage hépatique est évité, ce qui permet à une quantité importante de quétiapine d’atteindre le système nerveux central rapidement[23]. La majorité des cas rapportés concerne des hommes ayant des antécédents d’abus de substances, particulièrement avec les benzodiazépines, mais aussi avec l’alcool et les opioïdes.

Les raisons neuropharmacologiques expliquant l’abus de quétiapine sont encore méconnues[24]. De plus, son action sur de multiples neurotransmetteurs du système nerveux central (sérotonine, dopamine, acétylcholine, histamine) ainsi que les évidences croissantes concernant son efficacité dans le traitement des problèmes d’abus de substances ne font que brouiller davantage les pistes[25]. La dissociation rapide de la quétiapine du récepteur dopaminergique est l’une des hypothèses expliquant son abus plus important comparativement aux autres antipsychotiques de deuxième génération. L’effet antihistaminique important de la quétiapine, entrainant la sédation, serait cependant l’hypothèse retenue par la majorité des auteurs. Fischer et Boggs ont rapporté que l’histamine aurait un effet inhibiteur sur le système de récompense dopaminergique. L’effet antihistaminique de la quétiapine pourrait donc entraîner une désinhibition de ce système. Cela pourrait expliquer pourquoi l’abus de quétiapine est surtout rapporté chez les individus ayant des antécédents d’abus de substances, puisque ces individus ont souvent un système de récompense dopaminergique hyperactif[26],[27],[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. Rédaction, « Frapper au portefeuille - Des structures publiques aux États-Unis d’Amérique ont touché plus de 500 millions de dollars d'une firme condamnée pour avoir promu un médicament hors indications autorisées » Rev Prescrire 2010 ; 30(324):777.
  3. Synthèse d'avis de la Haute Autorité de Santé (HAS).
  4. a et b (en) M Srisurapanont, « Quetiapine for schizophrenia », Cochrane database of systematic reviews (Online), no 2,‎ 2004, CD000967 (lien PubMed?).
  5. (en) Kane JM, Correll CU, « Pharmacologic treatment of schizophrenia », Dialogues Clin Neurosci, vol. 12, no 3,‎ 2010, p. 345–357 (lien PubMed?).
  6. (en) Schultz SH, North SW, Shields CG, « Schizophrenia: a review », Am Fam Physician, vol. 75, no 12,‎ juin 2007, p. 1821–1829 (lien PubMed?).
  7. (en) Thase MacFadden Weisler Chang et al. « Efficacy of Quetiapine Monotherapy in Bipolar I and II Depression » J Clin Psychopharmacol. 2006 Dec;26(6):600-9. PMID 17110817 DOI:10.1097/01.jcp.0000248603.76231.b7.
  8. (en) Ballard Margallo-Lana Juszczak Douglas et al. « Quetiapine and rivastigmine and cognitive decline in Alzheimer's disease: randomised double blind placebo controlled trial » BMJ. 2005;330(7496):874. PMID 15722369 DOI:10.1136/bmj.38369.459988.8F.
  9. (en) HV Coe, « Safety of low doses of quetiapine when used for insomnia », The Annals of pharmacotherapy, vol. 46, no 5,‎ 2012, p. 718–722 (lien PubMed?).
  10. (en) M. Maglione, A. R. Maher, J. Hu, Z. Wang, R. Shanman P. G. Shekelle, B. Roth, L. Hilton, M. J. Suttorp, B. A. Ewing, A. Motala, T. Perry, « Off-Label Use of Atypical Antipsychotics: An Update [Internet] », AHRQ Comparative Effectiveness Reviews,‎ 2011 (lien PubMed?).
  11. (en) Croissant Klein Gehrlein Kniest et al. « Quetiapine in relapse prevention in alcoholics suffering from craving and affective symptoms: a case series » Eur Psychiatry 2006;21(8):570-3. PMID 17161284 DOI:10.1016/j.eurpsy.2006.04.007.
  12. (en) Mukaddes et Abali. « Quetiapine Treatment of Children and Adolescents with Tourette's Disorder » J Child Adolesc Psychopharmacol. 2003;13(3):295-9. PMID 14642017 DOI:10.1089/104454603322572624.
  13. (en) Becker. « Treatment of sleep dysfunction and psychiatric disorders » Curr Treat Options Neurol. 2009;11(5):349-57. PMID 19744401 DOI:10.1007/s11940-006-0026-6.
  14. a et b « Monographie Seroquel » [PDF], sur cma.ca (consulté le 8 septembre 2013).
  15. (en) Duff Wilson, « AstraZeneca Pays Millions to Settle Seroquel Cases », New York Times,‎ 29 octobre 2009 (lire en ligne).
  16. (en) Matthew Perrone, « Questions loom over drug given to sleepless vets », Associate Press,‎ 30 août 2010 (lire en ligne).
  17. (en) Ann Knef, « Seroquel suit claims 'so much' is poured into marketing and away from research », The Madison St. Clair Record,‎ 2 août 2007 (lire en ligne).
  18. (en) Phil Milford, « AstraZeneca May Link Seroquel, Diabetes, Doctor Says », Bloomberg.com, Bloomberg L.P.,‎ 11 mars 2009 (lire en ligne).
  19. http://www.fiercepharma.com/story/astrazeneca-wins-bellwether-seroquel-case/2010-03-19
  20. (en) « AstraZeneca pays out million dollar damages », The Local,‎ 9 août 2010 (lire en ligne).
  21. La revue Prescrire mai 2013, tome 33, no 355, page 350.
  22. (en) Waters BM, Joshi KG, Intravenous quetiapine-cocaine use (“Q-ball”), Am J Psychiatry 2007 Jan; 164 (1) : 173-4 PMID 17202567.
  23. (en) Pierre JM, Shnayder I, Wirshing DA, Wirshing WC. « Intranasal quetiapine abuse », Am J Psychiatry 2004;161(9):1718. PMID 15337673.
  24. (en) Murphy D, Bailey K, Stone M, Wirshing WC. « Addictive potential of quetiapine », Am J Psychiatry 2008 Jul; 165 (7) : 918. PMID 18593794.
  25. (en) Reeves RR, Brister JC. « Additional evidence of the abuse potential of quetiapine », South Med J. 2007;100(8):834-6. PMID 17713313.
  26. (en) Fischer BA, Boggs DL. « The role of antihistaminic effects in the misuse of quetiapine : a case report and review of the literature », Neurosci Biobehav Rev. 2010;34(4):555-8. PMID 19896973.
  27. (en) Hussain MZ, Waheed W, Hussain S. « Intravenous quetiapine abuse », Am J Psychiatry 2005 Sep; 162 (9) : 1755-6. PMID 16135642.
  28. (en) Bogart GT, Ott CA, Ellingrod VL. « Abuse of second-generation antipsychotics : what prescribers need to know »[PDF], Current psychiatry 2011;10(5):77-9.

Liens externes[modifier | modifier le code]