Dépersonnalisation

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne les symptômes de la dépersonnalisation. Pour le diagnostic, voir trouble de la dépersonnalisation.
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La dépersonnalisation (quelques fois DP) est une anomalie du mécanisme cognitif. Il s'agit d'un sentiment de perte de sens de la réalité, dans lequel un individu ne possède aucun contrôle de la situation[1]. Les patients sentent avoir changé, et leur perception de la réalité est devenue vague, floue, ou manque de sens. Cela peut être une expérience choquante pour les individus qui, comme ils le disent, vivent dans un « rêve ». La dépersonnalisation est une expérience subjective de déréalité de l'individu en lui-même, alors que la déréalisation est la déréalité du monde extérieur. Bien que la majorité du corps médical perçoive actuellement la dépersonnalisation (soi-même) et la déréalisation (entourage) en tant que diagnostics indépendants, la minorité restante ne veut pas séparer la déréalisation de la dépersonnalisation[2].

Une patiente témoigne ainsi de cet état : « Je suis là et pas là. Je suis avec vous, mais ailleurs. C’est comme s’il y avait un voile, une sorte de brume entre le monde et moi[3][...] »

Description[modifier | modifier le code]

Les individus souffrant de dépersonnalisation se sentent à la fois détachés du monde et de leur propre identité / incarnation physique. Souvent, les personnes ayant expérimenté la dépersonnalisation disent avoir l'impression que « la vie ressemble à un film, les choses paraissent irréelles, floues, sensation de vertige et de grosse fatigue[4]. » Le sentiment d'identité de l'individu se brise (d'où le nom). La dépersonnalisation peut déclencher de grands degrés d'anxiété, qui peuvent augmenter de loin ces perceptions[5].

La dépersonnalisation chronique désigne un trouble de la dépersonnalisation, et est classifiée dans le DSM-IV en tant que trouble dissociatif. Une dépersonnalisation et déréalisation empirique peuvent survenir chez un patient à cause d'une anxiété/un stress temporaire, tandis que la dépersonnalisation chronique est liée aux individus ayant fait l'expérience d'un traumatisme ou d'une anxiété/un stress prolongé(e). La dépersonnalisation-déréalisation est le seul symptôme principal dans le spectre des troubles dissociatifs, impliquant trouble dissociatif de l'identité et « trouble dissociatif non-spécifié » (DD-NOS). C'est également un symptôme proéminent dans certains troubles non-dissociatifs comme les troubles anxieux, les dépressions cliniques, les troubles bipolaires, les troubles de la personnalité borderline, les troubles obsessionnels-compulsifs (TOC), les migraines et l'agrypnie. Elle peut également survenir lors d'une ingestion de drogues.

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

La dépersonnalisation est le troisième symptôme psychologique dont la prévalence est inconnue, même si un auteur l'estime un peu moindre[6] que celle des troubles anxieux[7] et la dépression[8]. La dépersonnalisation est un symptôme des troubles anxieux, comme le trouble panique[9]. Elle peut également accompagner l'agrypnie (et survenir lorsqu'un patient souffre de décalage horaire), de migraine, d'épilepsie (spécialement d'épilepsie du lobe temporal)[10], de trouble obsessionnel-compulsif (TOC), de stress et d'anxiété ; l'exposition intéroceptive est une méthode non-pharmaceutique qui peut être utilisée pour réduire la dépersonnalisation[11].

Causes environnementales et pharmaceutiques[modifier | modifier le code]

La dépersonnalisation peut être un effet secondaire suite à l'ingestion de certains types de drogues. Elle survient après l'ingestion d'hallucinogènes dissociatifs ou de drogues psychédéliques, et peut également être un effet secondaire lié à la caféine, à l'alcool, au cannabis et à la minocycline[12],[13],[14],[15],[16]. Elle est un symptôme classique de sevrage chez certaines substances médicamenteuses[17],[18],[19],[20]

La dépendance aux benzodiazépines, durant laquelle elle peut survenir en cas d'utilisation à long terme de benzodiazépine, peut induire la symptomatologie d'une dépersonnalisation chronique et de trouble de la perception chez certains individus, même chez ceux qui prennent une dose modérée, et peut également être causée par le syndrome de sevrage aux benzodiazépines[21],[22].

Traitement[modifier | modifier le code]

Le traitement dépend de la cause qu'elle soit d'origine organique ou psychologique. Si la dépersonnalisation est le symptôme d'une maladie neurologique, alors le diagnostic et le traitement de cette maladie en sont la première approche. La dépersonnalisation peut être un symptôme cognitif comme la sclérose latérale amyotrophique, la maladie d'Alzheimer, la sclérose en plaques (SeP), la neuroborreliose (Borréliose), ou autre maladie neurologique infectant le cerveau. Pour ceux qui souffrent de dépersonnalisation accompagnée de migraine, des antidépresseurs tricycliques sont souvent prescrits.

Si la dépersonnalisation est la cause de symptômes psychologiques comme le traumatisme développemental, le traitement dépend du diagnostic. En cas de trouble dissociatif de l'identité ou de DD-NOS en tant que trouble développemental, le traitement requiert sa propre psychothérapie. Elle peut être un symptôme du trouble de la personnalité borderline, qui peut être traitée à long terme à l'aide de sa propre psychothérapie et psychopharmacologie[23].

Le traitement de la dépersonnalisation chronique est détaillé dans le trouble de la dépersonnalisation.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Association Américaine de Psychiatrie (2004). Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. ISBN 0-89042-024-6.
  2. (en) Radovic F., Radovic S., Feelings of Unreality: A Conceptual and Phenomenological Analysis of the Language of Depersonalization, vol. 9,‎ 2002, 271–279 p. (lien DOI?)
  3. (fr) Marc Hayat Il faudrait la "médiquer" un peu, Revue française de psychanalyse 2/2002 (Vol. 66), p. 529-540.
  4. (en) MerckHome (lire en ligne)
  5. (en) Hall-Flavin Daniel, « Depersonalization disorder: A feeling of being 'outside' your body » (consulté le 8 septembre 2007)
  6. (en) Simeon D, Depersonalisation Disorder: A Contemporary Overview, vol. 18,‎ 2004, 343–354 p. (lien PubMed?)
  7. http://www.anxiete.fr/troubles-anxieux/chiffres/prevalence-france.htm
  8. http://www.irdes.fr/Publications/Rapports1999/rap1277.pdf
  9. (en) Sierra-Siegert M, David AS, Depersonalization and individualism: the effect of culture on symptom profiles in panic disorder, vol. 195,‎ décembre 2007, 989–95 p. (liens PubMed? et DOI?)
  10. (en) Michelle V. Lambert, Mauricio Sierra, Mary L. Phillips, and Anthony S. David. The Spectrum of Organic Depersonalization: A Review Plus Four New Cases J Neuropsychiatry Clin Neurosci, May 2002; 14: 141 - 154.
  11. (en) Lickel J, Nelson E, Lickel A H, Brett Deacon, Interoceptive Exposure Exercises for Evoking Depersonalization and Derealization: A Pilot Study, vol. 22,‎ 2008, p. 4
  12. (en) Stein M. B. et Uhde TW, Depersonalization Disorder: Effects of Caffeine and Response to Pharmacotherapy, vol. 26,‎ juillet 1989, 315–20 p. (liens PubMed? et DOI?)
  13. (en) Raimo E. B., R. A. Roemer, M. Moster and Y. Shan, Alcohol-Induced Depersonalization, vol. 45,‎ juin 1999, 1523–6 p. (liens PubMed? et DOI?)
  14. (en) Cohen P. R., Medication-associated depersonalization symptoms: report of transient depersonalization symptoms induced by minocycline, vol. 97,‎ 2004, 70–73 p. (liens PubMed? et DOI?)
  15. (en) « Medication-Associated Depersonalization Symptoms »
  16. (en) « Depersonalization Again Finds Psychiatric Spotlight »
  17. (en) Marriott S., P. Tyrer, Benzodiazepine dependence: avoidance and withdrawal, vol. 9,‎ 1993, 93–103 p. (liens PubMed? et DOI?)
  18. (en) (he) Shufman E., A. Lerner and E. Witztum, [Depersonalization after withdrawal from cannabis usage], vol. 144,‎ 2005, 249–51 and 303 p. (lien PubMed?)
  19. (en) A., R. Tashjian, Agoraphobia following amphetamine withdrawal, vol. 43,‎ 1982, 248–49 p. (lien PubMed?)
  20. Mourad I., M. Lejoyeux and J. Adès, Évaluation prospective du sevrage des antidépresseurs, vol. 24,‎ 1998, 215–22 p. (lien PubMed?)
  21. (en) Ashton H, Protracted withdrawal syndromes from benzodiazepines, vol. 8,‎ 1991, 19–28 p. (liens PubMed? et DOI?, lire en ligne)
  22. (en) Terao T, Yoshimura R, Terao M, Abe K., Depersonalization following nitrazepam withdrawal, vol. 31,‎ 15 janvier 1992, 212–3 p. (liens PubMed? et DOI?)
  23. (en) Sierra M, Baker D, Medford N, et al., Lamotrigine as an add-on treatment for depersonalization disorder: a retrospective study of 32 cases, vol. 29,‎ 2006, 253–8 p. (liens PubMed? et DOI?)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Graziela Napolitano, Clinica y estructura de los fenomenos de despersonalizacion, vol. 1, t. 1, la Plata, Argentine, De la Campana,‎ 1er octobre 2008, 1e éd., 224 p. (ISBN 978-987-9125-87-8)
  • Olivier Moyano, Le stade du double, Le double originaire, Perspectives psychopathologiques, Éditions Universitaires Européennes, 2010, (ISBN 978-6131508714).

Articles connexes[modifier | modifier le code]