Trouble de la personnalité narcissique

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Trouble de la personnalité narcissique
Classification et ressources externes
Michelangelo Caravaggio 065.jpg
Narcisse de Caravaggio. Narcisse admirant son reflet.
CIM-10 F60.8
CIM-9 301.81
MeSH D010554
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Le trouble de la personnalité narcissique est un trouble de la personnalité[1] dans lequel un individu se manifeste par le besoin excessif d'être admiré, et par un manque d'empathie. Cette condition affecte 1 % de la population[2].

Les symptômes apparaissent au début de l'âge adulte. Le sujet narcissique recherche une gratification en lui-même, et s'attache peu au jugement des autres, est très focalisé sur ses problèmes d'adéquation personnelle, de puissance et de prestige[2]. Le trouble de la personnalité narcissique est étroitement lié à l'égocentrisme.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Le trouble de la personnalité narcissique est décrit dans le Diagnostic and Statistical Manual DSM-IV qui classifie chaque trouble de la personnalité dans un groupe parmi trois, en fonction des symptômes qui les caractérisent[3]. Cette classification place le trouble de la personnalité narcissique dans le groupe B des troubles de la personnalité, troubles caractérisés par un sentiment excessif d'importance personnelle. Ce groupe inclut également le trouble de la personnalité borderline, le trouble de la personnalité histrionique et le trouble de la personnalité antisociale.

Le trouble de la personnalité narcissique est également répertorié dans le Manuel de Classification International des maladies (CIM) ICD-10 publié par l'organisation mondiale de la santé. Le CIM décrit le trouble de la personnalité narcissique négativement, comme « un trouble de la personnalité qui n'entre dans aucune rubrique spécifique ». Le trouble de la personnalité narcissique est relégué dans une catégorie intitulée « Autres troubles de la personnalité spécifiques », qui inclut également les troubles excentrique, « haltlose », immature, passif-agressif, et psychoneurotique.

DSM-IV[modifier | modifier le code]

Le patient présente au moins cinq des symptômes suivants :

  • le sujet a un sens grandiose de sa propre importance (par exemple, surestime ses réalisations et ses capacités, s'attend à être reconnu comme supérieur sans avoir accompli quelque chose en rapport) ;
  • est absorbé par des fantasmes de succès illimité, de pouvoir, de splendeur, de beauté, de perfection, ou d'amour idéal ;
  • pense être « spécial » et unique et ne pouvoir être admis ou compris que par des institutions ou des gens spéciaux et de haut niveau ;
  • montre un besoin excessif d'être admiré ;
  • pense que tout lui est dû : s'attend sans raison à bénéficier d'un traitement particulièrement favorable et à ce que ses désirs soient automatiquement satisfaits ;
  • exploite l'autre dans les relations interpersonnelles : utilise autrui pour parvenir à ses propres fins (mensonges, chantages, violence verbale, etc.) ;
  • manque d'empathie : n'est pas disposé à reconnaître ou à partager les sentiments et les besoins d'autrui ;
  • envie souvent les autres, et croit que les autres l'envient ;
  • fait preuve d'attitudes et de comportements arrogants et hautains.

CIM-10[modifier | modifier le code]

Le CIM-10 décrit le trouble de personnalité narcissique comme un trouble de la personnalité qui « n'entre dans aucune des catégories spécifiques » F60.0-F60.7. Le trouble de la personnalité narcissique est donc le trouble de la personnalité qui n'entre pas dans les catégories :

Prévalence[modifier | modifier le code]

0,4 % de la population souffre de ce trouble[4], ce qui correspond de 2 % à 16 % de la population clinique[5].

Causes hypothétiques[modifier | modifier le code]

L'étiologie de ce trouble est encore assez peu connue[6]. Toutefois, certaines causes sont admises comme pouvant être à l'origine du trouble[5] :

  • caractère hypersensible à la naissance ;
  • être utilisé par ses parents comme moyen de réguler leur propre estime de soi ;
  • maltraitance émotionnelle sévère durant l'enfance ;
  • n'avoir pas été flatté pour leur qualités personnelles par leur entourage ;
  • mauvaise estime de soi durant l'enfance ;
  • absence de soutien réel de la part de l'entourage et rancœur à leur égard ;
  • avoir appris des comportements manipulateurs de ses parents.

Certaines caractéristiques narcissiques sont communes et normales dans les phases de développement. Lorsque ces caractéristiques s'accompagnent d'un échec de l'entourage et des relations interpersonnelles, et s'étendent à l'âge adulte, ils peuvent s'intensifier jusqu'à devenir trouble de la personnalité narcissique[7]. Certains psychothérapeutes pensent que l'étiologie du trouble est, en termes freudiens, le résultat d'une fixation à la jeune enfance[8]. Lorsqu'un adolescent ne reçoit pas suffisamment de reconnaissance pour ses talents entre dix et seize ans, il pourrait souffrir d'un trouble de la maturité et rester dans la phase narcissique de développement.

Données cliniques[modifier | modifier le code]

Le trouble de la personnalité narcissique peut résulter d'un sentiment d'inadaptation et de défectuosité personnel. Ce sentiment peut aller jusqu'au point de croire que les autres ne pourront l'accepter[9]. Cette croyance est totalement inconsciente, et les personnes souffrant d'un trouble de la personnalité narcissique nieraient un tel sentiment si elles étaient questionnées en ce sens. Afin de se protéger contre le rejet extraordinairement douloureux et l'isolement (imaginés) qui s'ensuivraient si les autres se rendaient compte de leur nature défectueuse, ces personnes développent de puissantes protections afin de contrôler ce que les autres perçoivent et leur comportement à leur égard[10].

Ces symptômes ont tendance à isoler les sujets, sont particulièrement douloureux pour la personne ainsi que pour son entourage direct.

Les personnes narcissiques ont souvent un besoin de contrôle important, une tendance à la critique et à l'égocentrisme. Ils acceptent difficilement les avis différents, n'ont pas conscience des besoins des autres, ni des effets de leur propre comportement sur leur entourage. Ils se montrent intransigeants et attendent des autres qu'ils les voient tels qu'ils désirent être vus[11]. Ils peuvent aussi être très exigeants face à leurs enfants, les voyant comme des extensions d'eux-mêmes, et voulant par là-même que leur enfant les représente dans le monde comme ils se fantasment[12] (ainsi est rapporté le cas d'un père narcissique qui était avocat et exigeait de son fils, qu'il avait toujours traité comme son favori, d'entrer dans la profession légale. Lorsque son fils choisit une autre carrière, le père le rejeta et le déprécia).

Ces caractéristiques mènent les parents souffrant de troubles de la personnalité narcissique à être très intrusifs dans certains domaines et très négligents dans d'autres domaines. Différents types de « punitions » peuvent être utilisés afin que les enfants agissent comme leurs parents en ont besoin ; comme la maltraitance physique, des crises de colère, le blâme, la culpabilisation, l'abandon émotionnel, etc[12].

Les personnes souffrant du trouble de la personnalité narcissique se sentent communément rejetées, humiliées, et menacées. Pour s'en protéger ces personnes utilisent souvent le dédain, la résistance à toute forme de critique, réelle ou imaginaire[13]. Afin d'éviter de telles situations, certaines personnes narcissiques abandonnent toute vie sociale et peuvent feindre la modestie ou l'humilité. Dans le cas du sentiment d'absence d'admiration, d'adulation et d'affirmation, le sujet peut aussi manifester des désirs d'être craint et d'être célèbre.

Même si les individus souffrant du trouble de la personnalité narcissique sont souvent ambitieux et réussissent, leur inaptitude à supporter les déboires, les désaccords et les critiques, ainsi que leur manque d'empathie, rendent les collaborations professionnelles de long terme avec ces individus difficiles[14].

De nombreuses théories font état de liens entre le trouble de la personnalité narcissique et le sentiment de honte[15].

Glen Gabbard suggère que les liens entre trouble de la personnalité narcissique et sentiment de honte se divisent en deux catégories[16] : le type « inconscient », qui est grandiose, arrogant et insensible, et le type « hypervigilant », facilement blessé, hypersensible et honteux. Il suggère que le type « inconscient » présente un moi grand, puissant, grandiose qu'il veut admiré, envié, apprécié, un soi qui est l'antithèse du moi interne affaibli caractéristique de l'état de honte. C'est ainsi que le moi interne se défend contre la dévalorisation, tandis que le type « hypervigilant » neutralise la dévalorisation en voyant les autres injustes. Le type « hypervigilant » ne se défend pas contre la dévalorisation ; il en est obsédé.

Traitement et pronostic[modifier | modifier le code]

La plupart des psychiatres et des psychologues considèrent le trouble de la personnalité narcissique comme un état relativement stable lorsque c'est le principal symptôme[12]. James F. Masterson présente une des principales approches pour traiter le trouble narcissique, tandis que Johnson[10] discute d'un continuum de types de cas et de types de thérapies dans chaque cas. De façon générale, le narcissisme est une des composantes les plus profondes de la personnalité, plus qu'un désordre chimique, et le traitement médicamenteux est souvent sans effet. La Schema Therapy, une forme de thérapie développée par Jeffrey E. Young qui intègre différentes approches thérapeutiques (psychodynamique, cognitive, comportementale, etc.), offre aussi une voie possible pour le traitement du trouble de la personnalité narcissique[17]. Il est assez rare que des patients se présentent pour chercher une thérapie à leur trouble narcissique. Les peurs subconscientes d'exposition et d'inadéquation causent souvent un dédain défensif du processus thérapeutique[18],[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Narcissistic personality disorderDiagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders Fourth edition Text Revision (DSM-IV-TR) American Psychiatric Association (2000)
  2. a et b (en) Theordore Millon, Disorders of Personality: DSM-IV-TM and Beyond, New York, John Wiley and Sons,‎ 1996 (ISBN 978-0-471-01186-6), p. 393
  3. DSM IV-TR, Diagnostic criteria for 301.81 Narcissistic Personality Disorder
  4. Groupe B - Personnalité Narcissique sur Psychoweb.fr
  5. a et b (en) Narcissistic Personality Disorder
  6. (en) C Groopman, AM Cooper. Narcissistic personality disorder. Treatments of psychiatric disorders (1995), Washington, DC: American Psychiatric Press
  7. (en) Cooper AM. « Narcissism in normal development » in Character Pathology. Edited by Zales M. New York, Brunner/Mazel, 1984, p. 39-56
  8. (en) Joseph Fernando, MPSY, M.D. « The Etiology of Narcissistic Personality Disorder » Psychoanalytic Study of the Child 1998;53:141-158
  9. (en) Golomb, Elan PhD (1992). Trapped in the Mirror. New York: Morrow, pages 19-20
  10. a et b (en) Johnson, Stephen M PhD (1987) Humanizing the Narcissistic Style. New York: Norton, page 39
  11. Références manquantes !
  12. a, b et c (en) Rappoport, Alan, Ph. D. « Co-Narcissism: How We Adapt to Narcissistic Parents » The Therapist, in press
  13. (en) American Psychiatric Association: Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Fourth Edition. Washington, DC, American Psychiatric Association, 1994, p. 659
  14. (en) Golomb, Elan PhD (1992). Trapped in the Mirror. New York: Morrow, pages 22
  15. (en) Wurmser L. « Shame, the veiled companion of narcissism » in The Many Faces of Shame, edited by Nathanson DL. New York, Guilford, 1987, p. 64–92
  16. (en) Gabbard GO. « Two subtypes of narcissistic personality disorder » Bull Menninger Clin. 1989;53:527–32.
  17. (en) Young, Klosko, Weishaar Schema Therapy - A Practitioner's Guide, 2003, chapter 10, Pages 373-424
  18. (en) Golomb, Elan PhD (1992). Trapped in the Mirror. New York: Morrow, page 23
  19. (en) Kohut, Heinz, (1971) The Analysis of the Self.