Régime méditerranéen

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
La diète méditerranéenne *
UNESCO logo.svg Patrimoine culturel immatériel
de l’humanité
Récolte d'Olives en Catalogne.
Récolte d'Olives en Catalogne.
Pays * Drapeau de Chypre Chypre
Drapeau de la Croatie Croatie
Drapeau de l'Espagne Espagne
Drapeau de la Grèce Grèce
Drapeau de l'Italie Italie
Drapeau du Maroc Maroc
Drapeau du Portugal Portugal
Régions * Europe et Amérique du Nord
États arabes
Liste Liste représentative
Fiche 00884
Année d’inscription 2010
* Descriptif officiel UNESCO

Le régime méditerranéen, également appelé régime crétois ou diète méditerranéenne est une pratique alimentaire traditionnelle dans plusieurs pays autour de la mer Méditerranée caractérisée par la consommation en abondance de fruits, légumes, céréales et huile d'olive et une consommation faible de viande et produits laitiers.

Plusieurs études montrent que le régime méditerranéen permet :

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1948, la Fondation Rockefeller a voulu dresser un état des lieux de la santé des habitants de la Crète après la Seconde Guerre mondiale. Elle a constaté que leur alimentation traditionnelle, à base de céréales, fruits et légumes, olives permettait aux Crétois d'être en bonne santé, malgré une faible consommation de produits animaux.

Dès les années 1950, l’intérêt pour ce régime alimentaire fait l'objet d'études menées - auprès d'habitants du Cilento - par le médecin américain Ancel Keys : ses travaux permettent d'établir un lien majeur entre alimentation et maladies cardiovasculaires. Ancel Keys qualifie le repas méditerranéen de « délices partagés[1] ». Indissociable de ses recherches, le manger ensemble est une composante fondamentale du « style de vie » méditerranéen. C’est une qualité séculaire héritée :

« Nous ne nous asseyons pas à la table pour manger mais pour manger ensemble. »

— disait Plutarque au Ie siècle.

Aujourd'hui, cette qualité demeure encore inchangée dans plusieurs régions à forte identité.

Aspects culturels[modifier | modifier le code]

La « diète méditerranéenne » a été inscrite le 16 novembre 2010 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l'UNESCO comme un « ensemble de savoir-faire, connaissances, pratiques et traditions ». L'inscription concerne quatre[2] communautés reliées par le même patrimoine culturel commun et qui sont : Cilento (Italie), Coron (Grèce), Soria (Espagne) et Chefchaouen (Maroc). En 2013, trois nouveaux pays sont ajoutés par l'UNESCO : Chypre, Croatie et Portugal[3].

Caractéristiques alimentaires de ce régime[modifier | modifier le code]

Diversité[modifier | modifier le code]

Il n'existe pas de diète méditerranéenne typique[4], il y a plus de vingt pays bordant la mer Méditerranée et les pratiques alimentaires varient selon les pays et les régions à l'intérieur des pays[4]. On peut citer parmi les cuisines concernées :

En fait, malgré leurs différences, l'ensemble des pays méditerranéens ont une culture culinaire commune qui se caractérise non seulement par les caractéristiques alimentaires communes énoncées ci-dessous, mais aussi par des pratiques culinaires communes (importance du farci, du feuilletage), des goûts commun pour certaines saveurs (parfums d'herbes aromatiques, d'épices, goût pour l'acidulé, l'aigre doux…)[5], mais aussi une idée commune de la diététique partagée par les médecins grecs ou romains de l'Antiquité (Hippocrate, Galien…), les médecins arabes (Rhazès, Avicenne…), les médecins européens (Arnaud de Villeneuve, Aldebrandin de Sienne…)[6].

Caractéristiques communes[modifier | modifier le code]

Les caractéristiques principales du régime méditerranéen traditionnellement citées sont :

Un autre bénéfice probable de ce régime est lié à la façon de manger, au plaisir de manger, à la convivialité des repas, moments importants de sociabilité, oubliée ou négligée dans une bonne partie des pays occidentaux[9]. Le « temps de manger » est pris, ce qui contribue aussi à une bonne mastication et à une meilleure digestion[10].

Bénéfices pour la santé[modifier | modifier le code]

Difficultés d'évaluation[modifier | modifier le code]

Son efficacité est difficile à évaluer car elle repose essentiellement sur des études observationnelles (le régime est noté pour chaque individu, sans qu'on essaye de le modifier) et on ne peut exclure, dans ce cas, un biais dans la comparaison de plusieurs populations. Quelques études sont de type interventionnel (l'investigateur modifie volontairement les habitudes alimentaires d'un groupe de patients), mais n'étant pas en double aveugle, cela ne permet pas d'exclure un effet placebo.

Une autre technique consiste à comparer le devenir au sein d'une même population d'un groupe suivant sérieusement le régime et d'un groupe l'ayant abandonné[11]. La comparabilité de ces deux groupes doit cependant être soigneusement testée.

Les études sont toutefois à utiliser avec précaution, car hors zone méditerranéenne, les personnes suivant ce régime sont souvent par ailleurs plus soucieuses de leur santé et plus attentives à mener une vie saine et des biais d'observation peuvent exister.[réf. nécessaire]

Données[modifier | modifier le code]

Maladies cardio-vasculaires[modifier | modifier le code]

En 1970, une étude[12] comparative ayant porté sur sept pays, choisis par l'investigateur, concluait que les hommes crétois avaient un taux exceptionnellement faible de décès par maladies cardiovasculaires, malgré une consommation modérée à forte de matières grasses.

Près de 30 ans plus tard, une étude intitulée Lyon Diet Heart Study[4] a testé une sorte de régime crétois pragmatiquement adapté à d'autres cultures et habitudes de vie, après avoir constaté qu'une grande partie des personnes suivies par cette étude, uniquement des patients ayant survécu à une première crise cardiaque, seraient réticentes à remplacer le beurre par de l'huile d'olive. Les patients ont utilisé une margarine à base d'huile de colza, et ont augmenté de 20 % leur consommation de fruits riches en vitamine C et de pain, tout en diminuant les viandes rouges et transformées (charcuteries). Ce régime a conduit à une chute spectaculaire (-70 %) de la mortalité toutes causes confondues. Le succès était tel que le comité d'éthique a décidé d'interrompre l'étude prématurément, afin de mettre ces résultats à disposition du public immédiatement[13].

En termes de perte de poids, il semble équivalent à d'autres types de régime (pauvre en graisse ou pauvre en sucre) et apporte un meilleur contrôle de la glycémie[14],[15].

Mi-2009, une étude faite en Grèce conclut que deux composantes du régime méditerranéen (consommation élevée de légumes et faible consommation de viandes) étaient plus significativement associées à un faible risque de mortalité que les autres composants du régime (régime riche en céréales et en poisson). En outre, la consommation modérée de vin, une forte consommation de fruits et de noix, ainsi que de légumineuses étaient également associées à un moindre risque de mortalité[7].

Ce régime pouvait aider à conserver un cerveau en bonne santé en réduisant la fréquence de mini-accidents cérébraux pouvant contribuer au déclin mental[16].

L'impact le plus positif semble être une diminution de la mortalité globale, surtout cardio-vasculaire et par cancer (étude observationnelle[17]). Il semble réduire le risque de survenue de maladies cardio-vasculaires (étude interventionnelle[18],[19]). Cette diminution des maladies cardio-vasculaires pouvant être due à l'amélioration des facteurs de risque ainsi que du risque de survenue d'un syndrome métabolique[20] : obésité (étude interventionnelle[21]), hypertension artérielle (étude observationnelle[22]).

Troubles neurologiques[modifier | modifier le code]

Le régime méditerranéen semble également réduire le risque de survenue de maladie d'Alzheimer et de maladie de Parkinson d'environ un cinquième[11],[8]. De plus, ce régime diminuerait le risque d'apparition de maladie d'Alzheimer (MA), mais aussi freinerait son évolution, avec un effet dose-réponse[23].

Le 13 mai 2013, une sous-étude de l'essai PREDIMED montre que les patients randomisés pour recevoir un régime méditerranéen enrichi en huile d'olive extra-vierge ou en noix ont une meilleure fonction cognitive que les témoins qui suivent un régime pauvre en graisse[24].

Autres[modifier | modifier le code]

Menu d'un bistrot de pays

Ce régime, suivi durant la grossesse, semble protéger les futurs enfants de l'asthme et des allergies[25].

De plus, il faciliterait enfin également la réussite d'une fécondation assistée ; sur 161 femmes de couples traités pour hypofertilité ou infertilité, les grossesses étaient en effet 40 % plus nombreuses chez les femmes ayant le mieux suivi un régime méditerranéen dans les mois précédant le traitement (fécondation in vitro pour 1/3 d'entre elles, et injection intracytoplasmique de sperme pour les autres). Les femmes ayant suivi un simple « régime santé » (riche en fruits, légumes, céréales, féculents, poissons, pauvre en viande, snack-food, et mayonnaises, mais moins riche en huile d'olive que dans le régime méditerranéen) ont eu un résultat un peu moins bon. Les acides gras omega-6 des olives sont des précurseurs des prostaglandines, qui influent sur le cycle menstruel, l’ovulation et la conduite à terme d'une grossesse. La vitamine B6 était déjà connue pour améliorer les chances de fécondation chez des femmes hypofertiles. Ce type d'étude nécessite des confirmations plus scientifiques, car des biais ici non contrôlés par les scientifiques peuvent exister, précisent les auteurs[26].

Globalement le régime méditerranéen permet d'augmenter la forme physique telle que peut en témoigner une vitesse de marche plus grande[27].

Menu french paradox

Il est important de distinguer cette pratique alimentaire des « régimes amaigrissants » ou « régimes » du langage courant, dont la plupart se révèlent contre-productifs. Dès la fin de ces régimes restrictifs, les kilos perdus sont vite regagnés, avec un surpoids. Ici il s'agit plus d'un mode de vie, durable, et dont les bénéfices se font sentir à court et moyen terme.

Quelques caractéristiques de ce régime se retrouvent dans certaines régions du sud de la France, et pourraient selon certains auteurs contribuer à expliquer le paradoxe français.

Ces résultats font qu'ils inspirent de nombreuses recommandations nutritionnelles officielles dans le monde[8].

Enfin, le régime méditerranéen répond aux préceptes du "Programme National Nutrition Santé" de l'INPES (Institut national de prévention et d'éducation pour la santé) : Manger 5 fruits et légumes par jour[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Joan Reguant-Aleix « La diète méditerranéenne : donner un nom au futur » in MediTERRA 2012, Presses de Sciences Po, 2012, p. 27-51.
  2. a et b La diète méditerranéenne, Patrimoine culturel immatériel de l'humanité - UNESCO
  3. Dix-sept nouveaux éléments sur les listes de la Convention, UNESCO, 4 décembre 2013.
  4. a, b et c (en) Lyon Diet Heart Study
  5. Marie Josèphe Moncorgé, La Méditerranée à table, une longue histoire commune, TAMBAO, 2013 (ISBN 9782369320029)
  6. La diététique hppocratique
  7. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k (en) « Anatomy of health effects of Mediterranean diet: Greek EPIC prospective cohort study »
  8. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (en) Sofi F, Cesari M, Abbate R, Gensini GF, Casini A. « Adherence to Mediterranean diet and health status: meta-analysis » BMJ 2008;337:a1344 PMID 18786971 pmc:2533524 DOI:10.1136/bmj.a1344 ([url=http://bmj.com/cgi/pmidlookup?view=long&pmid=18786971 Résumé])
  9. C. Fischier, « Manger pour vivre, ou… » Revue des marques 2008;63
  10. Florica Mateoc, Regards sur la France et les Français, dans « Une année en Provence » de Peter Mayle, Université d’Oradea, Roumanie en ligne
  11. a et b (en) Sofi F, Cesari F, Abbate R, Gensini GF, Casini A, « Adherence to Mediterranean diet and health status: meta-analysis » BMJ 2008;337:a1344
  12. (en) « Coronary heart disease in seven countries » Circulation 1970;41(4):s1–s211 PMID 5442782
  13. (en) de Lorgeril M, Salen P, Martin JL, Monjaud I, Delaye J, Mamelle N. « Mediterranean diet, traditional risk factors, and the rate of cardiovascular complications after myocardial infarction : final report of the Lyon Diet Heart Study » Circulation 1999;99(6):779–85 PMID 9989963
  14. (en) Shai I, Schwarzfuchs D, Henkin Y, Shahar DR, Witkow S, Greenberg I, Golan R, Fraser D, Bolotin A, Vardi H, Tangi-Rozental O, Zuk-Ramot R, Sarusi B, Brickner D, Schwartz Z, Sheiner E, Marko R, Katorza E, Thiery J, Fiedler GM, Blüher M, Stumvoll M, Stampfer MJ, Dietary Intervention Randomized Controlled Trial (DIRECT) Group « Weight loss with a low-carbohydrate, Mediterranean, or low-fat diet » N Eng J Med. 2008;359:229–41. PMID 18635428 DOI:10.1056/NEJMoa0708681
  15. (en) Martínez-González MA, de la Fuente-Arrillaga C, Nunez-Cordoba JM, et al. « Adherence to Mediterranean diet and risk of developing diabetes : prospective cohort study » BMJ 2008;336(7657):1348–51. PMID 18511765 pmc:2427084 DOI:10.1136/bmj.39561.501007.BE
  16. (en) Mediterranean-diet-may-help-keep-you-smarter
  17. (en) Mitrou PN, Kipnis V, Thiébaut A CM et al. « Mediterranean dietary pattern and prediction of all-cause mortality in a US population » Arch Intern Med. 2007;167(22):2461-2468
  18. (en) de Lorgeril M, Renaud S, Mamelle N, Salen P, Martin JL, Monjaud I, Guidollet J, Touboul P, Delaye J. « Mediterranean alpha-linolenic acid-rich diet in secondary prevention of coronary heart disease » Lancet 1994;343(8911):1454-9. PMID 7911176
  19. (en) Singh RB, Dubnov G, Niaz MA et al. « Effect of an Indo-Mediterranean diet on progression of coronary artery disease in high risk patients (Indo-Mediterranean Diet Heart Study): a randomised single-blind trial » Lancet 2002; 360:1455-61.
  20. (en) Kastorini CM, Milionis HJ, Esposito K et al. « The Effect of Mediterranean Diet on Metabolic Syndrome and its Components: A Meta-Analysis of 50 Studies and 534,906 Individuals » J Am Coll Cardiol. 2011 57:1299-1313
  21. (en) Esposito K, Marfella R, Ciotola M, et al. « Effect of a Mediterranean-style diet on endothelial dysfunction and markers of vascular inflammation in the metabolic syndrome: a randomized trial » JAMA 2004;292:1440-6.
  22. (en) Psaltopoulou T, Naska A, Orfanos P, Trichopoulos D, Mountokalakis T, Trichopoulou A. « Olive oil, the Mediterranean diet, and arterial blood pressure: the Greek European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition (EPIC) study » Am J Clin Nutr. 2004;80:1012-8.
  23. résumé sur Neurology.org
  24. (en) Martínez-Lapiscina EH, Clavero P, Toledo E, Estruch R, Salas-Salvadó J, San Julián B, Sanchez-Tainta A, Ros E, Valls-Pedret C, Martinez-Gonzalez MA, « Mediterranean diet improves cognition: the PREDIMED-NAVARRA randomised trial », Journal of neurology, neurosurgery, and psychiatry,‎ 2013 (lien PubMed?, lire en ligne) modifier
  25. (en) Chatzi L, Torrent M, Romieu I, Garcia-Esteban R, Ferrer C, Vioque J, Kogevinas M, Sunyer J. « Mediterranean diet in pregnancy is protective for wheeze and atopy in childhood » Thorax 2008;63:507-13
  26. (en) Marijana Vujkovic, Jeanne H. de Vries, Jan Lindemans, Nick S. Macklon, Peter J. van der Spek, Eric A.P. Steegers, Régine P.M. Steegers-Theunissen « The preconception Mediterranean dietary pattern in couples undergoing in vitro fertilization/intracytoplasmic sperm injection treatment increases the chance of pregnancy » Fertility and Sterility publié en ligne le 2 mars 2010. (Résumé)
  27. Le régime méditerranéen permet de garder la forme !, le 6 mai 2011 sur Futura-sciences
  28. Le régime Crétois (ou méditerranéen), perdre du poids en soignant sa santé !, le 14 décembre 2013 sur Maigrir-comment

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]