Phobie sociale

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Phobies sociales
Classification et ressources externes
CIM-10 F40.1, F93.2
CIM-9 300.23
MeSH D010698
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La phobie sociale, ou anxiété sociale (DSM-IV 300.23), est un trouble de l'anxiété caractérisé par une crainte (appréhension, inconfort émotionnel ou inquiétude) persistante et intense[1] causant une détresse considérable et une capacité diminuée de quelques fonctions dans la vie quotidienne. Elle est causée par la crainte, pour un individu, de se trouver face à une situation sociale durant laquelle il s'expose à une interaction avec d'autres individus. Ces gens ont peur de l'embarras ainsi que la peur d'être détesté par les autres[2].

Les personnes affectées par cette pathologie savent que leurs craintes sont irrationnelles. Pourtant, elles appréhendent énormément les situations dans lesquelles elles sont confrontées au regard des autres. Ainsi elles font tout pour les éviter. Lorsqu'elles sont dans les situations redoutées, les personnes atteintes de phobie sociale ont tendance à croire qu'elles sont jugées négativement. Celles-ci craignent d'être vues comme anxieuses, stressées, bizarres, distantes, folles ou stupides. De facto, elles s'isolent.

Historique[modifier | modifier le code]

Des descriptions concernant la timidité peuvent être tracées à l'époque d'Hippocrate aux alentours de 400 av. J.-C.[3]

Le premier terme psychiatrique de la phobie sociale (« phobie des situations sociales ») a été cité durant les années 1900[4]. Des psychologues ont utilisé le terme de « névrose sociale » pour décrire les patients extrêmement timides durant les années 1930. À la suite des travaux de Joseph Wolpe sur la désensibilisation systématique, les recherches sur les phobies et leurs traitements augmentent. L'idée que la phobie sociale était une entité mise à part des autres phobies provient du psychiatre britannique Isaac Marks durant les années 1960. Cette idée a été acceptée par l'association américaine de psychiatrie (AAP) et a été officiellement incluse dans la troisième édition du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. La définition de la phobie a été revue en 1989 pour permettre une comorbidité avec le trouble de la personnalité évitante et intronisant ainsi une phobie sociale généralisée[5].

Symptômes[modifier | modifier le code]

Aspects cognitifs[modifier | modifier le code]

Dans les modèles cognitifs de la phobie sociale, les individus souffrant de ce type de trouble anxieux font l'expérience d'une angoisse plus ou moins intense en fonction de ce qu'ils ont vécu. Ils peuvent devenir extrêmement consciencieux, faire excessivement attention à ce qui se trouve autour d'eux voire devenir très protecteur envers eux-mêmes.

Aspects comportementaux[modifier | modifier le code]

La phobie sociale est une peur excessive d'une ou plusieurs situations durant lesquelles un individu peut être exposé à une possible manipulation d'autres individus qui l'entourent et d'agir d'une manière qui pourrait mener à une humiliation ou un embarras. Elle dépasse la « timidité » dite normale et peut mener à un évitement social exagéré de toute activité sociale. Ces activités qui peuvent être craintes incluent toute interaction sociale, particulièrement en petit groupe, des rendez-vous, des fêtes, parler à des inconnus, aller au restaurant, etc. Les symptômes physiologiques possibles peuvent impliquer une tachycardie, des difficultés respiratoires, rougissement, douleur abdominale, nausée, hyperventilation, crise de panique. Les pensées sont souvent infondées et très pessimistes.

Les individus souffrant de phobie sociale ont peur d'être jugés par les autres en société (attention: il ne s'agit pas ici d'une simple appréhension mais bien d'une peur lourde et handicapante sur un plan social qui amène à des comportements d'évitement majeurs et au repli sur soi). Ces individus qui souffrent de phobie sociale peuvent agir d'une manière particulière ou raconter quelque chose puis se sentir peu après humilié ou embarrassé. Ainsi, ils choisissent de s'isoler de la société pour éviter de telles situations. Ils peuvent également se sentir mal à leur aise lorsqu'ils rencontrent d'autres individus qu'ils n'ont auparavant jamais vus et agir d'une manière distante lorsqu'ils sont en groupe. Dans certains cas, à la suite de ce trouble, ils tentent d'éviter tout contact visuel ou de rougir lorsque quelqu'un leur parle (c'est leur manière de montrer leur inconfort)[6].

D'après le psychologue B. F. Skinner, les phobies sont contrôlées par des comportements évitants. Par exemple, un étudiant pourrait quitter une salle de classe (s'échapper) lorsque celui-ci doit s'exprimer d'une manière verbale devant un groupe. Les comportements évitants majeurs pourraient impliquer des mensonges pathologiques/compulsifs pour conserver une bonne image de soi et ainsi éviter tout jugement des autres. Les comportements évitants mineurs surviennent lorsqu'un individu tente d'éviter tout contact visuel ou de croiser les bras pour éviter d'exposer tout tremblement[5]. Une réponse combat-fuite peut survenir à certains moments. Prévenir ces réponses automatiques peut être un moyen de lutter contre les troubles diagnostiqués dans la phobie sociale.

Aspects physiologiques[modifier | modifier le code]

Les effets psychologiques, similaires à ceux diagnostiqués dans d'autres troubles anxieux, sont présents chez les individus souffrant de phobie sociale[7]. Chez les adultes, elles peuvent causer des pleurs, de la transpiration, des nausées, des difficultés respiratoires, des tremblements et des palpitations, résultats d'une réponse combat-fuite. Des troubles de la parole (dans lesquels un individu se soucie de la manière dont il parle) peuvent apparaître, spécifiquement devant un groupe de personnes. Le rougissement est également un symptôme apparent chez les individus qui souffrent de phobie sociale[5]. Ces symptômes visibles auprès des autres renforcent l'anxiété émise par les patients. Une étude de 2006 montre qu'une partie du cerveau nommée l'amygdale, située dans le système limbique, devient hyperactive lorsque les patients se confrontent à des situations menaçantes ou effrayantes. Ils découvrent également que les patients souffrant d'une phobie sociale plus prononcée montrent une corrélation Page d'aide sur l'homonymie en réponse à l'amygdale[8].

Origine[modifier | modifier le code]

La phobie sociale est généralement un comportement acquis. Parmi les causes environnementales, on trouve des situations d'environnement familial renfermé, diminuant les expériences de sociabilisation. La phobie devient acquise lors de l'adolescence, parfois à la suite d'un événement traumatisant. La phobie sociale peut aussi être due à une surprotection de l'enfant par des parents trop possessifs ou eux-mêmes angoissés. L'enfant est alors peu habitué à se retrouver seul et a tendance à rester dépendant de ses parents à l'adolescence et même à l'âge adulte.

Une étude par imagerie TEP (tomographie par émission de positons) a montré que chez les sujets phobiques sociaux, l’accroissement d'anxiété au moment de s'exprimer en public était accompagnée par une suractivation du complexe amygdalien par rapport aux sujets témoins (Tillfors et al.[9] 2001). L'hyperactivité de l'amygdale des anxieux sociaux a ensuite été vérifiée dans de nombreuses situations. Par exemple, l'activation de leur amygdale à la vue de visages en colère ou effrayés est plus grande que chez les sujets témoins et l'ampleur de l'activation est positivement corrélée à la sévérité de leurs symptômes[10].

Prévalence[modifier | modifier le code]

Pays Prévalence
États-Unis 2–7 %[11]
Royaume-Uni 0,4 %

(enfants)[12]

Scotland 1,8 %

(enfants)[12]

Pays de Galles 0,6 %

(enfants)[12]

Australie 1 à 2,7 %[13]
Brésil 4,7 à 7,9 %[14]

Bien que les estimations dans la prévalence soient fondées sur des données psychiatriques, on a pu penser que la phobie sociale était un trouble relativement rare. Le contraire cependant a été établi; la phobie sociale est bel et bien répandue mais la majorité des patients ne cherchent aucune aide psychiatrique, faussant ainsi les statistiques[5]. La prévalence varie grandement selon les symptômes liés au trouble. Des discussions ont eu lieu concernant les études psychologiques menées et sur le diagnostic officiel de la phobie sociale. Le psychologue Ray Crozier explique qu'il est difficile de savoir si un patient interrogé peut accéder au critère exposé dans le DSM-III-R ou bien s'il souffre d'une profonde timidité[15].

L'enquête nationale de comorbidité (National Comorbidity Survey (en), NCS) conduite en 1994 auprès de plus de 8 000 Américains a montré une prévalence sur un an de 7,9 % et une prévalence tout au long de la vie de 13,3 % : la phobie sociale constitue ainsi, en prévalence, la troisième affection mentale après la dépression et l'alcoolisme, et le plus détectable des troubles anxieux[16]. D'après les statistiques épidémiologiques américaines de la National Institute of Mental Health, la phobie sociale affecte plus de 5,3 millions d'adultes américains en une année[17],[18]. Cependant, d'autres statistiques estiment de 2 à 7 pour cent la prévalence chez la population adulte américaine[19].

La phobie sociale est principalement diagnostiquée entre 10 et 13 ans[20]. La comorbidité est rare après 25 ans et peut être typiquement précédé par des troubles paniques et un épisode dépressif majeur[21]. La phobie sociale survient chez les femmes environ deux fois plus que chez les hommes, et les hommes recherchent en majorité à obtenir de l'aide[19]. La phobie frapperait particulièrement les individus caucasiens de classe aisée et mariés. En tant que groupe, les individus souffrant de phobie sociale généralisée étudient moins bien à l'école et les salaires qu'ils gagnent sont au plus bas[22]. Des études menées en 2002 en Angleterre, en Écosse et au Pays de Galles recensent une prévalence variant entre 0,4 %, 1,8 % et 0,6 % respectivement[23].

Traitements[modifier | modifier le code]

Une baisse de l'estime de soi est couramment engendrée par ce trouble. Après des années elle peut engendrer une dépression. Si le trouble n'est pas résolu, cette boucle peut se reproduire. Le risque de dépression majeure chez un phobique social est multiplié par trois.

Ordre de priorité de traitement : la dépression (habituellement traitée comme une dépression classique) ; puis l'anxiété et le trouble en lui-même.

Les thérapies les plus conseillées pour la phobie sociale incluant les thérapies comportementales et cognitives (TCC), ou thérapie cognitive basée sur la pleine conscience (MBCT), les groupes d'affirmation de soi et les cours de théâtre (improvisation…) réservés aux personnes qui en souffrent.

Controverse[modifier | modifier le code]

Le diagnostic de phobie sociale a fait l'objet de controverses notamment autour de la question du rôle qu'a tenu l'industrie pharmaceutique dans sa constitution (en 1999)[24]. Les Anglo-Saxons évoquent ce scepticisme sous l'expression de disease mongering. Le diagnostic de phobie sociale reste un diagnostic à étudier sur le long terme quant à sa validité autre que pour la délivrance de psychotropes[25].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Webmd. Mental Health: Social Anxiety Disorder », sur Webmd.com (consulté le 14 avril 2010).
  2. (en)Schneier, "Social Anxiety Disorder", The New England Journal of Medicine, 7 septembre 2006.
  3. (en) Robert Burton, « The anatomy of melancholy (L'anatomie de la mélancolie) », Chatto & Windus,‎ 1881 (ISBN 84-206-6026-4), p. 253.
  4. DOI:10.1016/j.amp.2003.09.012.
  5. a, b, c et d (en) Furmark, Thomas. Social Phobia – From Epidemiology to Brain Function[PDF]. Consulté le 21 février 2006.
  6. (en) Murray Stein, « council of University libraries » (consulté le 2 février 2012).
  7. (en) eNotes. Social phobia – Causes. Consulté le 2 février 2006.
  8. (en) Studying Brain Activity Could Aid Diagnosis Of Social Phobia. Monash University. 19 janvier 2006.
  9. (en) Tillfors M, Furmark T, Marteinsdottir I, Fischer H, Pissiota A, Långström B, Fredrikson M, « Cerebral Blood Flow in Subjects With Social Phobia During Stressful Speaking Tasks: A PET Study », The American Journal of Psychiatry, vol. 158, no 8,‎ 2001.
  10. (en) K. Luan Phana, Daniel A. Fitzgeraldb, Pradeep J. Nathanc, Manuel E. Tancerb, « Association between Amygdala Hyperactivity to Harsh Faces and Severity of Social Anxiety in Generalized Social Phobia », Biological Psychiatry, vol. 59, no 5,‎ 2006
  11. (en) « Adults and Mental Health » [PDF] (consulté le 14 avril 2010)
  12. a, b et c (en) « The mental health of young people looked after by local authorities in Scotland » [PDF] (consulté le 14 avril 2010).
  13. (en) « CJO - Abstract - Social phobia in the Australian National Survey of Mental Health and Well-Being (NSMHWB) », sur Journals.cambridge.org,‎ 13 mai 2003 (consulté le 14 avril 2010).
  14. (en) Rocha FL, Vorcaro CM, Uchoa E, Lima-Costa MF, « Comparing the prevalence rates of social phobia in a community according to ICD-10 and DSM-III-R », Rev Bras Psiquiatr, vol. 27, no 3,‎ septembre 2005, p. 222–4 (liens PubMed? et DOI?).
  15. Crozier, page 4.
  16. (en)« Social Anxiety Disorder: A Common, Underrecognized Mental Disorder ». American Family Physician. 15 novembre 1999.
  17. Crozier, page 3.
  18. (en) Stein MB, Gorman JM, « Unmasking social anxiety disorder », J Psychiatry Neurosci, vol. 26, no 3,‎ mai 2001, p. 185–9 (liens PubMed? et PubMed Central?, lire en ligne [PDF]).
  19. a et b (en) Surgeon General Adults and Mental Health[PDF] 1999. Consulté le 22 février 2006.
  20. (en) Nelson E. C., Grant J. D., Bucholz K. K., Glowinski A., Madden P. A. F., Reich W. et al., « Social phobia in a population-based female adolescent twin sample: Co-morbidity and associated suicide-related symptoms », Psychological Medicine, vol. 30, no 4,‎ 2000, p. 797–804 (liens PubMed? et DOI?).
  21. (en) Rapee R. M., Spence S. H., « The etiology of social phobia: empirical evidence and an initial model », Clin Psychol Rev, vol. 24, no 7,‎ 2004, p. 737–767 (liens PubMed? et DOI?).
  22. (en) Nordenberg, Tamar. FDA Consumer. U.S. Food and Drug Administration. Social Phobia's Traumas and Treatments. Novembre–décembre 1999. Consulté le 23 février 2006.
  23. (en) National Statistics. The mental health of young people looked after by local authorities in Scotland[PDF]. 2002–2003. Consulté le 23 février 2006.
  24. « Comment inventer des maladies », L'Humanité,‎ 5 mai 2007 (consulté le 30 juillet 2012).
  25. Christopher Lane, Comment la psychiatrie et l'industrie pharmaceutique ont médicalisés nos émotions,  éd. Flammarion, coll. « Bibliothèque des savoirs », 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christophe André, Patrick Légeron, La Peur des autres, Paris, Odile Jacob, 1995, (ISBN 2-7381-1236-6).
  • Frédéric Fanget, Affirmez-vous !, Paris, Odile Jacob, 2002, (ISBN 2-7381-1136-X).
  • Pr Jean Tignol, La phobie sociale, Phase 5,‎ 2005 (ISBN 2915439192, lien OCLC?).
  • J. Tignol, Les défauts physiques imaginaires, Paris, Odile Jacob, 2006.
  • Antoine Pelissolo, Stéphane Roy, Ne plus rougir et accepter le regard des autres, Paris, Odile Jacob, 2009, (ISBN 2738123252).
  • Stefan G Hofmann, Patricia M DiBartolo. Social Anxiety, Second Edition: Clinical, Developmental, and Social Perspectives, (ISBN 0-1237-5096-2)

Articles connexes[modifier | modifier le code]