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Peste de Justinien

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Peste de Justinien
Saint Sébastien présenté comme intercesseur lors de la peste de Justinien, par Josse Lieferinxe (Walters Art Museum).
Maladie
Agent infectieux
Localisation
Date d'arrivée
Date de fin
767
Bilan
Morts
inconnu

La peste de Justinien, dite aussi pestis inguinaria ou pestis glandularia en latin, est la première pandémie connue de peste, survenue de 541 à 767 (les « pestes » précédentes restent incertaines quant à leur nature exacte), dans tout le bassin méditerranéen et le moyen-orient.

Elle porte le nom de l'empereur romain d'Orient Justinien Ier qui survit à la maladie en 542, lors de la première vague pandémique rapportée par les chroniqueurs byzantins Procope de Césarée et Jean d'Ėphèse. Cette pandémie aurait affaibli les régions de l'Europe méditerranéenne au profit de l'Europe du nord, accéléré le déclin de l'Empire byzantin et favorisé l'expansion de l'Islam à ses débuts.

Depuis 2012, les analyses de génétique moléculaire menées sur des sites archéologiques ont confirmé que l'agent pathogène était bien Yersinia pestis. L'importance de cette pandémie, son impact démographique, ses effets et conséquences historiques restent en cours de discussion.

Historiographie

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La peste de Justinien désigne, à proprement parler, la première vague (541-544) de la première pandémie de peste, survenue sous le règne de Justinien Ier, mais il est d'usage de nommer ainsi cette pandémie qui s'est déroulée sur près de deux cents ans (541-767), en 15 à 20 vagues selon les historiens[1].

La peste de Justinien est la moins connue des trois pandémies de peste (les deux autres étant la peste noire et la peste de Chine). Les premiers historiens modernes étudiant la peste du haut Moyen Âge sont Jean Noël Biraben et Jacques Le Goff en 1969[2],[3]. En 1975 Biraben utilise le terme de « peste justinienne » pour désigner les deux siècles de peste qui ont suivi[4], terme repris dans le monde anglophone (Justinianic plague) par l'historienne Pauline Allen en 1979[5].

En 1989, une étude critique de Jean Durliat[6] constate que les sources des chroniqueurs qui décrivent une situation catastrophique ne concordent guère avec les autres sources historiques (épigraphiques, archéologiques, numismatiques…). Le milieu des historiens est resté divisé sur la question de l'importance réelle (gravité et conséquences) de la première pandémie de peste[2].

En 2004, l'historien Stathakopoulos présente un tableau complet de la peste de Justinien[7]. Dans les années qui suivent, l'approche de cette pandémie est pluridisciplinaire (climatologie, paléomicrobiologie…)[2]. Si la grande majorité des historiens reconnaissent l'importance de cette pandémie (consensus dominant dit « maximaliste ») un courant minoritaire en doute pour en faire une pandémie « sans conséquences » (opposition dite « minimaliste »)[8],[9].

Chroniqueurs

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Les chroniqueurs contemporains de la pandémie rédigent en grec, en syriaque, en latin, arabe et vieil irlandais. Ils sont issus de divers horizons, de différents milieux sociaux, religieux ou politiques[8].

Les deux principaux chroniqueurs, témoins indépendants l'un de l'autre, sont ceux du début de la pandémie au VIe siècle : l'historien byzantin Procope de Césarée (Les guerres de Justinien, Histoire secrète de Justinien en grec) et Jean d'Éphèse (Histoire ecclésiastique en syriaque). Ces témoignages, qui paraissent se compléter, concernent surtout la première vague (541-544) dans les grands centres urbains de l'Empire byzantin[10],[11].

D'autres chroniqueurs mentionnent des aspects particuliers des vagues suivantes. Évagre le Scholastique (Histoire ecclésiastique en grec) et Agathias (Histoires en grec) témoignent de la deuxième vague en Orient[10]. En Occident, Grégoire de Tours (Histoire des Francs) la signale en Arles en 549 : « Cette province est cruellement dépeuplée », et à Clairmont (aujourd'hui Clermont-Ferrand) en 567 : « Un certain dimanche, on compta 300 cadavres dans la cathédrale »[12]. Il la rapporte aussi en 589-590 à Rome, sous le nom de maladie des aines, entrainant la mort du pape Pélage II[13]. Paul Diacre (Histoire des Lombards) mentionne les dernières vagues de peste en Italie au VIIe siècle et VIIIe siècle[14].

Les sources arabes apparaissent à partir du VIIe siècle, mais elles sont transmises indirectement par des chroniqueurs du VIIIe siècle comme Al-Asmai et Al-Madaini (en) qui rapportent des épidémies survenues en Irak, Palestine et Syrie[11].

La valeur des témoignages historiques a fait l'objet de discussions : sur le fait que les chroniqueurs byzantins prennent modèle sur la description de la peste d'Athènes par Thucydide (notamment sur les conséquences sociales de l'épidémie)[2],[15], qu'il s'agit d'exagérations littéraires à contextualiser par des motivations religieuses ou politiques (mettre en avant la colère divine ou accuser un parti adverse)[9]. D'autres, au contraire, soulignent la convergence des différentes sources[8], le fait que les chroniqueurs ont conscience d'affronter une maladie différente de la peste d'Athènes[10],[16].

Identification de la maladie

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Données littéraires

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Dans les sources latines, Biraben et Legoff (1969) reconnaissent la peste lorsque la maladie est présentée comme une fièvre mortelle dont la description comporte les adjectifs inguinarius ou glandolarius, ce qui caractérise la peste bubonique[3]. Des termes équivalents existent en grec, syriaque et arabe : Procope et Jean d'Éphèse concordent en notant un gonflement de l'aine pouvant donner un abcès (bubon pesteux)[17],[18].

Sur ces bases, Biraben écarte les textes où ces mots clés ne figurent pas, les termes pestilentia et pestis étant jugés imprécis en pouvant correspondre à d'autres épidémies (variole, typhus…)[4],[19]. Il reconnait qu'il prend le risque d'écarter des pestes effectives, mais il préfère rester critique pour être plus près de la réalité. Ce qui l'amène à ne pas reconnaître la peste dans la moitié nord de la France et dans les îles Britanniques[4].

La plupart des sources antiques paraissent indiquer que la peste touche tout le monde, mais des auteurs notent des particularités. Procope affirme que les femmes enceintes sont plus affectées par la peste, elles meurent en fausse couche ou en donnant naissance à un enfant mort-né. Agathias affirme que ce sont les jeunes et les hommes en général les plus touchés, ce qui mène à un pressentiment de l'apocalypse chez les survivants. Théophane écrit que les jeunes, tous sexes confondus, sont atteints par la peste. L'auteur des Miracles de saint Demetrios affirme la même chose concernant la cinquième vague de la peste justinienne en 597[7].

Données biologiques

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Depuis les années 2000, les nouvelles techniques de paléomicrobiologie (archéologie et génomique) permettent d'identifier l'ADN de Yersinia pestis dans des restes humains.

En 2012, Y. pestis a été identifiée sur un site funéraire daté de 500-700 apr. J.-C. en Bavière (Aschheim, près de Munich). Ses éléments génétiques ont été recherchés dans la pulpe dentaire de squelettes inhumés dans des tombes multiples (deux à cinq individus ensemble) de la deuxième moitié du VIe siècle. L'analyse phylogénétique du matériel retrouvé confirme l'origine asiatique de la pandémie (souche génétique d'origine mongole), et infirme l'hypothèse minoritaire d'une origine africaine (à partir d'un foyer angolais). Cette étude apporte aussi un élément nouveau, elle montre que la pandémie (poussées 2 à 5) a franchi les Alpes de l'Italie à la Bavière[20], prolongeant un axe de pénétration déjà connu Constantinople - Ravenne - Vérone. Elle confirme aussi que les Bavarois étaient les alliés des Lombards lors de l'invasion de l'Italie, et que la peste ne fait pas de distinction entre les belligérants.

De 2012 à 2019, la bactérie a été identifiée (8 génomes distincts) dans des sépultures (21 sites datés autour des VIe et VIIe siècles) en Bavière, Espagne, France et Angleterre[8],[21]. En 2025, une découverte de ce type est publiée à propos du site de Jerash en Jordanie[22]. Ces études confirment sans ambiguïtés que la peste était bien impliquée dans cette pandémie, toutefois les datations archéologiques ne sont pas assez précises pour associer ces génomes à des vagues différentes[21],[23].

Ces souches génétiques sont distinctes de celles des autres pandémies de peste et n'ont été retrouvées nulle part par la suite[24],[25]. Ces souches anciennes, contemporaines de la peste de Justinien, sont plus diversifiées que les souches modernes. Il y aurait eu une microdiversité évolutive de Yersinia pestis selon les régions d'Europe occidentale de cette période[21],[26].

Géographie

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L'empire Byzantin, au faîte de sa puissance, sous le règne (525-567) de Justinien Ier.

Les témoins historiques donnent l’Éthiopie et l’Égypte comme point de départ de la pandémie, avec une diffusion terrestre via la Palestine et une diffusion maritime vers Constantinople et l'Asie Mineure. Ce qui a fait pencher vers une origine africaine (région des grands lacs, sources du Nil)[2].

Les auteurs modernes penchent pour une origine asiatique (foyer endémique originel d'Asie centrale) parvenant en Méditerranée orientale par la route de la soie. Si la diffusion d'Égypte vers l'Occident est bien documentée, on ne sait pratiquement rien de sa diffusion via la Perse et l'Inde. Un scénario plausible est la route maritime reliant la mer Rouge à l'océan Indien, l'Empire byzantin étant, dès son début, relié à l'Inde par trafic commercial[24].

L'origine asiatique est renforcée par les études génomiques (phylogénétique) indiquant le nord-ouest de la Chine (région du Xinjiang) ou le Kirghizistan. L'ancêtre commun des souches de Y. pestis de la première pandémie serait daté des IIe et IIIe siècles, en Asie centrale (montagnes Tian Shan). Il existe une possibilité de diffusion par transport terrestre (des steppes d'Asie centrale à la mer Rouge via l'Iran), mais ceci n'est appuyé par aucune donnée[21].

L'origine de la première pandémie reste mal connue. Il semble que la première pandémie n'est pas une évolution linéaire d'une souche microbienne unique, elle serait plutôt le résultat de souches émergeant de façon indépendante de diverses régions, en rapport avec des variations écologiques retentissant sur les réservoirs animaux et les vecteurs (rongeurs sauvages et leurs puces). La première pandémie aurait été précédée d'une diffusion silencieuse dans les réservoirs animaux, avant d'exploser localement dans des populations humaines[26].

La peste humaine est alors favorisée par des transformations socio-économiques : développement agricole, urbanisation, densité et mobilité humaines, routes commerciales et militaires à longue distance. En retour, les humains deviennent hôtes amplificateurs de l'agent pathogène, accélérant l'évolution de Y. pestis par émergence de nouveaux variants[26].

Climatologie

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Des perturbations climatiques auraient pu déclencher la pandémie. Les sources historiques mentionnent l'année 535-536 comme une année « sans été », le soleil étant assombri par un nuage persistant. Ce phénomène serait un nuage de cendres provenant d'une éruption explosive du volcan Rabaul en Nouvelle-Guinée. D'autres hypothèses ont été avancées comme l'explosion du Krakatoa en Indonésie, de la même époque, ou la chute d'un astéroïde[2],[27].

À l'échelle planétaire, des études de carottes de glace et de dendrochronologie confirment l'importance des éruptions volcaniques et de la chute des températures des années 530 et 540. Cependant les mécanismes exacts de ces influences climatiques sur l'émergence d'une pandémie de peste restent mal connus[27].

Le scénario plausible dominant serait : éruptions volcaniques, nuages de cendres, perturbations climatiques (froid, pluies, inondations… ), déséquilibres écologiques (populations de rongeurs sauvages et de rats noirs, comportement des puces…) et humains (mauvaises récoltes, migrations, promiscuité…)[2],[27]. Ce scénario est en discussion car il s'agit d'une combinaison de généralités imprécises, voire contradictoires, et qui n'expliquent pas les différences loco-régionales[28].

Chronologie

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La pandémie s'est déroulée de 541 à 767, en une vingtaine de poussées successives de périodicité d'environ neuf à treize ans, périodes dont le mécanisme reste énigmatique[29]. Les premières poussées sont les plus violentes, il s'agit des poussées de 541-544 (une grande partie de l'Europe), 558-561 (Constantinople et Italie), 570 (Italie et Europe du Sud par Gênes et Marseille), 580-582 et 588-591 (Gaule et Espagne via Narbonne, probablement liées aussi à une épidémie de variole), la sixième poussée 599-600 concerne Ravenne, Rome et Marseille mais avec extension limitée dans les terres[14].

De 600 à 767, les épidémies suivantes sont généralement plus faibles et limitées à des villes portuaires en relation avec la Méditerranée orientale. La peste revient périodiquement après disparition spontanée[14].

En 2004, l'historien Dionysios Ch. Stathakopoulos se livre à une chronologie de la peste de Justinien en distinguant dix-huit vagues épidémiques. Il se base sur des sources primaires ainsi que sur la chronologie de Biraben et Le Goff qu'il s’attelle à corriger[7].

Le concept de vague épidémique

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Des témoins historiques, comme Évagre le Scholastique, rapportent que la peste revenait tous les quinze ans, à Antioche par exemple, pour dévaster chaque nouvelle génération, mais sans associer ces recrudescences à des extensions géographiques. La métaphore de la « vague » épidémique de peste apparait au XIXe siècle en Inde britannique pour indiquer un retour cyclique saisonnier (uniquement temporel), en particulier celle des courbes mensuelles de mortalité de peste[28].

Au cours du XXe siècle, la vague temporelle prend une dimension spatiale : des épidémies de peste apparaissant dans des lieux éloignés sont considérées comme reliées en une même vague par extension progressive (transport commercial, déplacement de population militaire ou civile…). Ce modèle des vagues épidémiques s'est imposé comme cadre dominant de la peste de Justinien[28].

Au début du XXIe siècle, le concept de vague est en discussion. Selon Kyle Harper, la première apparition de la pandémie s'est bien présentée comme une vague, mais pour expliquer sa persistance et ses recrudescences durant deux siècles, il faudrait intégrer aussi les aspects enzootiques (peste dans les réservoirs animaux). Dès lors la pandémie serait plutôt une succession d'amplifications d'épizooties locales (rongeurs) devenant épidémies régionales (humaines) avant de trouver le chemin de Constantinople, la capitale étant relais de convergence et moteur de propagation[30].

Déroulement

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Deux premières vagues

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L'empire byzantin en 550, avec les conquêtes de Justinien en vert.

La première vague, première apparition de la peste justinienne, est la plus violente et la plus sévère, la population n’ayant jamais été exposée et n’ayant jamais rencontré cette maladie. Cette première vague commence à Péluse en juillet 541. L’épidémie se propage rapidement : à Gaza en août, à Alexandrie en septembre, en Palestine au début de l’année 542. Constantinople est touchée de mars à [31].

La peste arrive en Asie Mineure à l’automne 542, selon Procope, depuis la route principale connectant la Capitale à Antioche puis à la petite ville de Sykeon en Galatie. L’épidémie atteint la Tunisie en début d’année 543. La côte est infectée en premier. L’Italie est touchée en 543 à cause de mouvements de troupes depuis Constantinople qui restent en Épire. Elle a peut-être touché Rome en 544 ce qui expliquerait la multiplication d’inscriptions funéraires. L’épidémie arrive jusqu’en Scandinavie et au Yémen où elle arrête les activités. Cette première apparition de la peste est très documentée par les sources[31].

La deuxième vague touche Constantinople en . La ville d'Antioche aurait été touchée en 560 et 561 selon Théophane et la Vita de Siméon Stylite le Jeune[7].

Vagues 3 à 5

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La troisième vague est mentionnée dans les témoignages de Marius d'Avenches et Grégoire de Tours : elle touche l’Italie et la Gaule en 571 et reste jusqu'en 572. Paul le Diacre parle d’une épidémie en Italie pendant la même période. La quatrième vague commence à Rome et reste dans la ville de janvier à , les seuls témoignages subsistent grâce à des légendes. Elle arrive à Ravenne en Ombrie l’été suivant, se propageant par voie maritime — elle touche d’abord les cités portuaires. Elle arrive enfin à Antioche en 592 selon un témoin oculaire[7].

La cinquième vague est considérée comme une vague séparée malgré sa proximité avec la quatrième — seulement cinq ans de différence avec la contamination d’Antioche. Elle commence à l’été 597 à Thessalonique. Elle se dirige ensuite vers la Turquie actuelle en 598 et atteint Constantinople en 599. Puis tout le diocèse d’Asie et de Bithynie. Grégoire le Grand atteste présence dans le Nord de l’Afrique et en Italie à l’été 599 puis en 600. Les sources mentionnent aussi la présence de la peste aux alentours de Ravenne et Vérone en 600 et 602 mais ces témoignages sont limités[7].

Vagues 6 à 17

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La sixième vague se déroule sous Héraclius et c’est à partir de celle-ci que l’on a beaucoup moins de sources : les archives impériales ne font aucune mention des épidémies ou famines. Cependant, avec l'avènement de l'Islam, les sources arabes commencent à apparaître sur les épidémies en Orient. La septième vague commence avec la Palestine en 626 et la Perse l’année suivante. On peut connecter cette vague avec une peste ayant eu lieu au nord-est de la Chine – à Hami – mais on ne sait pas si la contamination s’est faite de la Chine à la Perse ou inversement. La huitième vague touche la Syrie, la Palestine et l’Irak en 639. La neuvième vague atteint Koufa et l’Égypte en 669 puis la Palestine en 672[7].

De 680 à 734, Stathakopoulos distingue huit vagues (10 à 17) le plus souvent à partir de la Syrie[31].

Dernière vague

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Contrairement aux précédentes, la dix-huitième vague est bien documentée par les sources byzantines : la peste arrive en Syrie et en Irak pendant l’hiver 744 et touche l’Égypte et l’Afrique du Nord au même moment. Elle se propage en Sicile, Calabre et en Grèce — dans les îles égéennes par voie maritime. Une lettre du pape Zacharie atteste sa possible présence à Rome en 745. Elle arrive à Constantinople en 747. C’est la dernière vague de cette peste justinienne dans l’est de la Méditerranée. Le Goff et Biraben incluent aussi une épidémie à Naples en 767. Cette date est traditionnellement acceptée comme terminaison de la peste justinienne en 767[7],[31].

Stathakopoulos note que la pandémie s'est modifiée en deux siècles : les six premières vagues se succèdent après un intervalle de 14,2 ans en moyenne alors que les six dernières sont séparées de 6,6 ans en moyenne, ce qui indiquerait une « endémisation » de la peste[31], plus particulièrement en Syrie selon Kyle Harper. La peste indiquerait les voies de pénétration commerciale : en gravité et en extension, la dernière vague a été supérieure aux vagues qui ont suivi la première, ce serait l'indice d'une nouvelle méditerranée appartenant au moyen-âge et non plus à l'antiquité[32].

La disparition de la peste de Justinien reste mystérieuse. Kyle Harper invoque des « dynamiques cachées » de populations de rongeurs en rapport avec un changement climatique : passage du petit âge glaciaire de l'antiquité tardive au réchauffement du Haut-Moyen Âge[32] ; le dépeuplement des régions touchées, une baisse de virulence du germe causal (perte de gènes de virulence[21]) sont des facteurs possibles mais insuffisants.

Épidémiologie

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Propagation

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Routes commerciales de l'Empire byzantin au VIIe siècle avant (en rouge) et après les conquêtes musulmanes (en vert).

La peste humaine circule par transport commercial maritime de port à port, plus lentement par cabotage), ou par déplacements militaires. En Occident, la diffusion à l'intérieur des terres est relativement restreinte, contrairement à ce qu'il se passera pour la peste noire du Moyen Âge. En Europe, la peste se propage par voie fluviale à partir des fleuves côtiers méditerranéens, comme le bassin du ou l'axe Rhône-Saône. Les points de pénétration et les voies de diffusion révèlent les échanges commerciaux et les zones de peuplement des VIe et VIIe siècles[4].

Selon Kyle Harper, le commerce méditerranéen des céréales aurait été le facteur principal de propagation, d'abord par la production en Égypte destinée au ravitaillement de Constantinople. De là l'empire byzantin organisait un réseau d'entrepôts et de greniers à blé sur tout son territoire, notamment pour l'armée. Cette infrastructure aurait constitué un écosystème favorisant la prolifération du rat noir et de ses puces[33] ; Y. Pestis évoluant selon la rencontre de nouveaux hôtes sous de nouveaux climats[34],[35].

Selon J.N. Biraben, vers le nord, la pandémie n'aurait pas dépassé la Loire, ni les régions de Dijon et de Trêves. Les épidémies décrites dans les îles Britanniques (notamment par Bède le Vénérable) ne seraient pas la peste[4],[14]. Cependant, ceci a été discuté par John Maddicott (en) qui argumente la présence de la peste au VIe siècle en Irlande et au VIIe siècle en Angleterre[36]. Dans les campagnes anglaises, la multiplication des monastères aurait favorisé la diffusion de la peste en raison de la promiscuité qui y régnait et de l'absence relative (par rapport à la Gaule) de villes importantes d'origine romaine[37].

En 2019, le génome de Y. Pestis est identifié sur un site archéologique (cimetière d'Edix Hill, près de Cambridge) daté 500-650, confirmant la présence de la peste en Angleterre de cette période[38],[21].

En ce qui concerne les pertes humaines, les témoins historiques parlent d'un tiers à la moitié de la population. En analysant mathématiquement les données de Procope on arrive à deux cent quarante-quatre mille morts sur une population estimée à cinq cent huit mille à Constantinople[7] lors de la première vague de 542[7] . Procope et Jean d'Éphèse parlent tous deux d'une mortalité quotidienne croissante jusqu'à un pic de dix mille morts et plus pour Procope, de seize mille pour Jean qui précise « Des hommes se tenaient sur le port, aux intersections et aux portes pour compter les morts. À partir de 230 000, les corps étaient emportés sans être comptés »[39].

À l'échelle d'une ville particulière, cela est possible en raison de la concentration de population et de la contagion associée. Il est difficile d'extrapoler à la population totale, toutefois la peste a certainement affaibli le peuplement des régions méditerranéennes[4]. Toutes les sources contemporaines aux événements donnent des chiffres très hauts mais cela relève plus de la rhétorique : ils exagèrent volontairement les chiffres — de toutes les vagues de cette peste — afin de montrer leur choc devant tant de morts dans les rues ainsi que la dévastation causée par les vagues de peste successives contre lesquelles les autorités semblaient impuissantes[7],[40].

Pour une évaluation de la mortalité globale de la première pandémie, les avis des historiens divergent à cause de la rareté des sources, des différentes prises en compte de ce qui constitue une épidémie de peste, du modèle choisi de comparaison pour extrapoler (deuxième ou troisième pandémie de peste), etc. Les estimations du taux de mortalité varient de 25 à 60 % de la population de l'Empire byzantin, ou de 15 à 100 millions de morts[9],[28].

Le chiffre de 100 millons de morts lors de la peste de Justinien proprement dite (541-543) provient de l'interprétation d'Edward Gibbon (1737-1794) qui, dans son Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, interprète l'expression de Procope « myriade de myriades ». Ce chiffre a été repris en 2014 dans un article du Lancet Infectious Diseases[25] et de là par l'AFP et sur plusieurs réseaux sociaux durant la pandémie de Covid-19 pour rappeler « les pandémies les plus meurtrières de l'histoire »[28].

Catégories touchées

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Selon les principaux chroniqueurs, la peste de Justinien est universelle, touchant l'ensemble du monde connu et des populations de tout âge, sexe et conditions, les villes comme les campagnes. L'épidémie débute souvent chez les plus pauvres, puis se communique aux riches. Justinien Ier lui même tombe malade et survit à la peste[10]. La peste peut emporter des familles entières, mais de façon éparse ou inégale : en ville, une maison peut être touchée mais pas l'autre, de même à la campagne, un village peut être touché mais pas son voisin. De même, si les populations sédentaires sont affectées, les populations nomades sont épargnées. Ces données seraient, pour les commentateurs modernes, caractéristique d'une maladie infectieuse transmise par ectoparasite[41].

Des chroniqueurs notent des distinctions, surtout lors des vagues plus tardives. Les hommes jeunes sont plus souvent touchés par la peste et meurent plus que les femmes, mais cela peut s’expliquer soit parce que les femmes sont moins prises en compte, soit par différence d'exposition aux puces et aux rats selon le milieu de travail et d'activité. Un autre facteur est que les femmes peuvent présenter une carence en fer à cause des pertes sanguines menstruelles, ce qui pourrait avoir un rôle protecteur contre les bactéries ayant besoin de fer pour se développer. Cependant les femmes enceintes restent particulièrement vulnérables[42].

Réactions sociales

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Chrétiens d'Orient

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Réactions populaires

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La peste frappe même les jeunes filles et Jean d'Éphèse cherche à transmettre toute l'horreur de cette situation[43] :

« [Avec quelles larmes j’aurais dû pleurer] pour des belles jeunes filles et vierges qui espéraient une joyeuse fête de mariage et des tenues [de mariage] ornées des parures précieuses [mais qui étaient désormais] mises à nu et souillées avec la saleté des autres morts, elles offraient un spectacle misérable et âpre, même pas placées dans un tombeau, mais dans les rues et les havres, leurs corps étaient traînés là-bas comme ceux des chiens[44] »

S'appuyant sur le témoignage de Jean d'Éphèse, Michael Edward Stewart suggère une conséquence sous-estimée de la pandémie : elle aurait influencé les politiques d'alliances familiales des élites de Constantinople en accentuant la concurrence à cause du manque de conjoints potentiels pour leurs enfants[43].

Stathakopoulos utilise le stress théorisé en trois phases par Hans Selye. Une première phase est caractérisée par la réaction active : l’émigration de masse. Des groupes partent avec leurs familles et leurs proches. C’est aussi à ce moment que les riches cherchent l’aide de médecins qui sont cependant impuissants. La population se tourne en second lieu vers des actions de charité pour obtenir le salut de son âme. Enfin, la troisième phase est caractérisée par le chaos[7].

Au plus grave de la crise, les liens sociaux sont détruits : on abandonne tout ; les populations fuient en laissant leurs biens derrière eux. Ceux qui restent se barricadent ou s’enferment dans le mutisme et les villes deviennent silencieuses. Beaucoup cherchent refuge dans les églises et tentent de se soigner par la prière ou l’érection d’autels. Les superstitions prennent le dessus ; en effet les populations se tournent plus facilement vers le surnaturel en ces temps difficiles et les miracles ainsi que les guérisons par des saints ou des reliques sont monnaie courante. La mortalité excessive entraine des réactions de dissidence religieuse comme le paganisme ou le doute religieux. Les maisons des morts sont pillées et ceux qui aident à enterrer les corps demandent des salaires très hauts[7],[10].

Justinien Ier (au centre) entouré de ses dignitaires et de sa garde prétorienne (à gauche), mosaïque de la Basilique Saint-Vital de Ravenne.

Gestion des décès

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En réponse à l'épidémie de 542, l’empereur nomme un referendarius (sorte de commissaire ou rapporteur) ayant pour mission de se débarrasser des corps avec l’aide de la garde palatine. Une fois que les cimetières sont pleins, des fosses communes sont creusées tout autour de Constantinople. Des cadavres sont même empilés sur les quais avant d’être emmenés par bateau dans la ville de Sykai en Thrace où ils sont entassés dans les tours de défense de la ville : Procope les compare à des pressoirs à vin où les cadavres humains sont foulés comme des grappes de raisin, comme « une vendage dans la grande cuve de la colère de Dieu »[39],[45].

Enterrer les morts est très important car c’est une pratique chrétienne mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle les autorités décident d’évacuer les morts des rues : on pense que les cadavres en putréfaction infectent l’air et propagent la maladie. Dans le cas de la gestion de la crise à Constantinople, il est important de noter que, compte tenu de la situation, les autorités font du mieux qu’elles peuvent et le font bien : si l’on en croit les calculs et les estimations donnés par Jean d'Ephèse et Procope, mille morts doivent être évacués et enterrés par semaine ce qui est un nombre colossal[7].

Follis en argent de Justinien Ier, avec l'année 13 du règne. Celles de même type des années 15 et 16 porteraient un visage déformé par un bubon du cou.

Réponses législatives

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En 543-544, Justinien légifère sur les droits d'héritage, le contrôle des prix et des salaires des paysans et des artisans. Il autorise l'Église à vendre des terres par bail emphytéotique pour continuer à les mettre en valeur. Ces mesures sont destinées à faire face à la dépopulation, à maintenir une hiérarchie sociale et un système fiscal. Le poids des pièces d'or et de cuivre sont réduits[8]. Dans une série de pièces de l'an 15 et 16 du règne, le visage de l'empereur parait déformé par un cou enflé, signal envoyé au peuple qu'il avait survécu à la maladie[46], une interprétation jugée très spéculative[8].

La peste à elle seule ne provoque pas de persécutions sociales, ethniques ou religieuses. Si Justinien prend des décrets contre les païens, hérétiques et juifs, ce ne serait que la continuation d'une politique déjà mise en œuvre avant l'arrivée de la peste. Toutefois un décret de 559 contre les homosexuels, liant leur péché à la survenue de catastrophes, pourrait être en rapport avec la peste[40].

Réponses médicales

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La peste de Justinien paraît absente de la littérature médicale de cette période. Il s'agit de textes encyclopédiques transmettant un savoir et non des observations épidémiques de leur temps[47].

Pyxide en ivoire, orné de miracles de guérison par le Christ, Égypte byzantine VIe siècle (Bode-Museum).

Face à cette épidémie nouvelle pour eux, les médecins lettrés disposent de très peu de références. Il disposent des termes loimos (fléau, pestilence), boubônes (abcès, bubons), pyretos (fièvre). Comme point de départ, ils ont un aphorisme d'Hippocrate « les fièvres nées sur bubons sont toutes mauvaises, excepté les fièvres éphémères ». À cela s'ajoutent trois passages chez Rufus d'Ephèse et d'Arétée de Cappadoce, médecins du Ier ou IIe siècle, où loimos est associé avec boubônes. Il y a aussi des remarques de Galien sur la peste antonine vue comme un loimos mais sans boubônes[48].

La peste de Justinien serait mentionnée chez trois médecins susceptibles de l'avoir rencontrée. Jean d'Alexandrie (médecin) (en) distingue les bubons après blessure et les bubons par pestilence (loimos) ; Stephanos d'Athènes explique les bubons par pestilence selon un galénisme (un excès humoral se transforme en putréfaction sous l'effet d'un air pestilentiel, et qui s'extériorise par bubon). Paul d'Égine va plus loin en proposant divers traitements des bubons fébriles par pestilence. Il utilise des diaphorétiques pour stimuler la transpiration, la saignée au bras et les décoctions de camomille ou d'aneth. En dernier recours, si ces traitements échouent et que le bubon est mûr, il faut en drainer le pus par incision[48].

Selon Mulhall, ces médecins byzantins ne se contentent pas de reproduire les textes anciens, confrontés à une maladie inconnue, ils cherchent une nouvelle réponse médicale en utilisant les concepts et les moyens à leur disposition. Dans la médecine d'Hippocrate et de Galien, la maladie est conçue comme une réaction de prédisposition individuelle dans un environnement local. Elle ne pouvait expliquer qu'une maladie mortelle puisse frapper des populations différentes, quel que soit l'environnement, de façon massive et indiscriminée[48].

La vierge Marie et l'enfant intronisés aux cieux, entre deux saints et deux anges, icone du VIe siècle (Monastère Sainte-Catherine du Sinaï).

Les médecins s'avèrent incapables d'aider les malades, Procope note qu'il y a des malades soignés qui meurent et des non soignés qui survivent. Aussi la population utilise les remèdes magiques et folkloriques, les talismans et les amulettes[10].

Réactions religieuses

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Les chrétiens byzantins pensent que l'Apocalypse est proche. Ils cherchent refuge dans les églises et sur les lieux de pèlerinage, auprès des tombeaux de saints, des reliquaires, et des astrologues. L'Église d'Orient est divisée en écoles différentes ; l'empereur nomme le patriarche et s'intéresse à la nomination des évêques très impliqués comme intermédiaires dans l'administration impériale[49].

Si cette Église joue un rôle dans la gestion de crise, elle n'organise pas de réponse collective[50]. Des témoignages affirment que le patriarche d’Antioche va lui-même fermer les yeux des morts et mène les processions funéraires en personne[7], mais il n'existe pas de processions organisées pour une repentance implorant la clémence divine, ni d'écrits liturgiques répondant à la peste. Le recours aux Saints reste local (chaque cité a son saint protecteur) et il n'existe pas de saint protecteur universel contre la peste comme Saint-Sebastien et Saint Roch en Occident à partir du XIVe siècle[51].

La pandémie suscite un regain de dévotion religieuse : elle aurait encouragé le culte de Marie et le culte des icones, notamment l'icone de Marie pour son rôle protecteur. Il ne s'agit pas de la Mater dolorosa, mais de la reine des Cieux, celle qui défendra les humains lors du Jugement dernier[52].

Chrétiens d'Occident

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L'Église d'Occident considère aussi que l'Apocalypse est proche mais elle est plus réactive que celle d'Orient. Les évêques organisent des liturgies spéciales, des pèlerinages, et des processions miraculeuses de reliques et d'images de la Vierge ou des saints, dans toutes les villes[53]. À Rome, en 590, le pape Grégoire Ier conduisit une procession fameuse qui termina la peste, et où l'on vit dans le ciel l'Archange Michel remettant au fourreau son épée distributrice de peste[50].

En Occident, un moyen préventif nouveau apparait dans un texte isolé : une lettre de Gall II (évêque de Clermont) à Didier (évêque de Cahors), entre 650 et 655, qui montre qu'au moins une fois, des évêques ont tenté d'arrêter la peste en interdisant la circulation des voyageurs et des marchandises[4].

Selon Jean-Noël Biraben, dans l'histoire des mentalités et des épidémies, la peste de Justinien marque la fin de l'Antiquité et le début du Moyen Âge. Les superstitions païennes restent encore très répandues : utilisation de signes magiques, oniromancie, incantations, amulettes… comme en Auvergne en 543. Le Haut Moyen Âge apparait comme un monde mental en gestation. Des moyens magiques, comme l'oniromancie, vont disparaître mais la plupart vont être adaptés, christianisés ou islamisés selon les régions[4].

Après 620, les populations musulmanes attribuent la peste à la main de Dieu qui punit seulement les infidèles en faisant des croyants des martyrs (chahid) gagnant le paradis. D'où une sorte de fatalisme : il ne fallait pas entrer dans une ville pesteuse, ni la fuir si on s'y trouvait. Il n'y a pas de contagion et le port d'amulettes peut repousser les esprits qui répandent la peste[50]. Cette peste suscite nombre d'hadiths discutés au cours des siècles entre philosophes, juristes et médecins pour déterminer la conduite pratique et l'attitude morale des musulmans confrontés à la peste[54],[55].

Selon une anecdote rapportée par les chroniqueurs arabes, un chef abbasside parle en public à Damas, vers 750, pour annoncer que l'arrivée au pouvoir des Abbassides est une faveur divine, puisqu'elle coïncide avec la disparition de la peste. Un partisan des Omeyyades lui répond que c'est le contraire, Dieu ayant remplacé la peste par les Abbassides[4],[56].

Conséquences historiques

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L'étendue et l'importance des conséquences de la peste de Justinien font l'objet de discussions entre historiens et chercheurs. Kyle Harper en fait une rupture culturelle majeure, cause principale du déclin de l'Empire byzantin, et la plupart des auteurs considèrent que cette pandémie marque la fin de l'Antiquité et le début du Moyen-Âge[57] en affaiblissant les régions méditerranéennes au profit de l'Europe du Nord[4]. Quelques-uns en font une épidémie dépourvue de conséquences significatives[9],[45], ce qui est vivement débattu[8],[58].

Empire byzantin et Orient

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L'épidémie bouleverse les modes de vie des byzantins : la dépopulation entraîne un déficit de main-d'œuvre à l'origine de pénuries alimentaires et de famines, d'une paralysie du trafic commercial, d'où une crise économique, monétaire et fiscale, l'arrêt des réformes et un affaiblissement militaire[59]. Cela à une période cruciale pour l'Empire byzantin, Justinien était en voie de reconquérir l'Italie byzantine et la côte occidentale de la Méditerranée ; cela aurait signifié, en cas de succès, le retour à un Empire romain unifié, pour la première fois depuis 395.

Le monde méditerranéen vers 650.

La peste met un coup d'arrêt aux visées de Justinien en frappant ses troupes, dès lors incapables de se déplacer. Quand l'épidémie s'apaise, ses troupes restent en Italie mais ne pourront faire mouvement vers le nord. Justinien parvient à conserver l'Italie mais, après sa mort, celle-ci est perdue pour l’Empire romain d'Orient qui n'en conserve que la partie méridionale. La pandémie aurait favorisé l'invasion des Lombards au nord de l'Italie et l'établissement de royaumes barbares en méditerranée[60],[61].

D'autres historiens insistent au contraire sur la résilience de l'Empire byzantin capable de maintenir ses objectifs politiques et militaires, par exemple en assurant le statu quo sur sa frontière avec l'Empire sassanide (à peu près le territoire de l'Iran et de l'Irak modernes). Le choc démographique n'aurait été que temporaire, sans changement réel des structures de pouvoir et des rapports sociaux[62].

En Arabie, une nouvelle communauté de croyants est apparue au travers d'anciennes divisions tribales[63]. Ces tribus nomades, se déplaçant dans des territoires désertiques ou semi-désertiques, échappent plus facilement à la contagion que les populations sédentarisées[54]. Comme pour les chrétiens et les juifs, la peste a une dimension eschatologique pour les musulmans : elle annonce la fin des temps, mais par un nouveau prophète. L'émergence de l'Islam serait liée à un contexte d'apocalypse : le premier thème du Coran étant le monothéisme et le second, le jugement dernier[63].

En affaiblissant durablement l'Empire byzantin mais aussi l'Empire sassanide[60], la peste aurait joué un rôle non négligeable dans la rapide expansion de l'islam quelques décennies plus tard, lors des guerres arabo-byzantines et de conquête musulmane de la Perse[57],[64] ; puis lors de la conquête musulmane de l'Hispanie[65].

La peste aurait aussi favorisé la pénétration des Slaves dans les Balkans[50],[61].

Europe méridionale et du nord

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Le pape Étienne II couronne Pépin le Bref, tandis que Childéric III est destitué.

En affaiblissant l'Europe méridionale (dépopulation, pertes commerciales et économiques), elle favorise l'Europe du Nord : meilleure croissance démographique, nouveaux courants d'échanges entre la Gaule du nord, l'Angleterre et les pays scandinaves. Cet essor commercial traduit un basculement économique du sud au nord de l'Europe, avec notamment un renforcement des rois francs qui tournent le dos à la Méditerranée, des marchands frisons et des Anglo-Saxons[66].

L'instauration de la dynastie des Carolingiens avec Pépin le Bref serait liée à la peste, coïncidant avec la fin de la pandémie, l'onction royale lui donnant le pouvoir de protéger de la peste[61].

Des chercheurs ont suggéré que la peste de Justinien s'est étendue au nord en facilitant la conquête anglo-saxonne de la Grande-Bretagne. La peste atteint les iles britanniques par l'Irlande en 544 ou 545, puis l'Angleterre en 664. Son apparition a coïncidé avec les offensives saxonnes renouvelées dans les années 550, tandis qu'auparavant les Saxons étaient contenus. Maelgwn Gwynedd, roi du pays de Galles, est supposé mort de la « peste jaune de Rhos[67] » autour de 547[68].

En Northumbrie, les épidémies de peste entrainent la disparitions de monastères et de villages et la fuite des survivants qui, dans un second temps, se réorganisent en communautés plus grandes dans de nouveaux habitats[69]. Par exemple, ce pourrait être le cas de la disparition soudaine, vers 560, de la ville romaine de Calleva devenue Silchester : le lieu a longtemps gardé une réputation de « ville maudite » pour les Anglo-Saxons[réf. nécessaire].

Débats en cours

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Les discussions portent sur la valeur des données concernant la peste de Justinien : données historiques littéraires et non littéraires (numismatique, épigraphiques, archéologiques…) et les nouvelles données scientifiques. Ce sont autant d'éléments de puzzle qui permettent de proposer un tableau d'ensemble selon différents modèles très débattus, par exemple sur les relations de causalité et les modes de raisonnement (constater une antériorité ou une simultanéité n'est pas forcément une explication causale )[28],[70].

Les auteurs sont unanimes sur la nécessité de confrontations multidisciplinaires et sur le fait que la première pandémie de peste ne se limite pas à l'empire byzantin. L'histoire des pandémies a connu un regain d'intérêt avec l'émergence de l'épidémie de sida à la fin du XXe siècle, puis avec la pandémie de Covid-19 posant le problème de la résilience des sociétés humaines en situation de crise épidémique[28],[62]. Selon Kyle Harper, Rome serait « presque inévitablement un miroir et un instrument de mesure » pour un monde globalisé confronté à des pandémies et à un changement climatique[71]. Dès lors les historiens et les chercheurs seraient influencés par leur propre contexte[70].

Références culturelles

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La peste de Justinien est mentionnée dans le jeu vidéo A Plague Tales : Requiem aux chapitres IX et XII où les protagonistes découvrent les traces de porteurs de maladie de l'époque[72].

Notes et références

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    «  … on compta, un dimanche, dans une basilique de saint Pierre [Note : ville de Clermont], trois cents corps morts. La mort était subite ; il naissait dans l’aine ou dans l’aisselle une plaie semblable à la morsure d’un serpent ; et ce venin agissait tellement sur les hommes qu’ils rendaient l’esprit le lendemain ou le troisième jour ; et la force du venin leur ôtait entièrement le sens. »

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Bibliographie

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  • (en) William Rosen, Justinian's Flea : Plague, Empire and the birth of Europe, London, Jonathan Cape, (ISBN 9780224073691, présentation en ligne)
  • (en) Dionysios Ch. Stathakopoulos, Famine and pestilence in the late Roman and early Byzantine empire, Routledge, , 432 p. (ISBN 9780754630210), chap. 6 (« The Justinianic Plague »)
  • (en) Joseph P. Byrne, Encyclopedia of the Black Death, Santa Barbara (Calif.), ABC-CLIO, , 429 p. (ISBN 978-1-59884-253-1)

Articles connexes

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Liens externes

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