Miracle économique espagnol

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La Torre de Madrid, culminant à 142m, construite en deux temps de 1954 à 1960, symbolisa la relance économique du pays.
Architecte : Julián Otamendi Machimbarrena.

Cet article présente une perception positive de l'évolution économique de l'Espagne contemporaine entre 1959 et 1973 et après la transition démocratique, depuis 1986 et son entrée dans la communauté économique européenne.

L'Espagne intègre la CEE en 1986 et ses fonds structurels lui permettent d'entamer une deuxième phase vertueuse de croissance immobilière associée à un dynamisme touristique.

Cette perception d'un dynamisme économique susceptible d'être exemplaire s'achève avec l'explosion de la bulle immobilière en 2008.

Immobilisme socio-économique[modifier | modifier le code]

Les phalangistes aux commandes[modifier | modifier le code]

La situation laissée par le franquisme a laissé pendant quarante années l'Espagne sous la coupe d'un immobilisme tant sur le plan social qu'économique.

De l'extérieur, les caractéristiques économiques de l'Espagne à la fin du régime l'assimilaient à un pays arriéré, conformément aux normes européennes: pauvreté, faible industrialisation, insuffisantes infrastructures de transport, importante émigration de la population active dans d'autres pays européens, qui amenait des devises au pays.

Cette situation provient du mode de gestion instauré par les vainqueurs de la guerre civile, la Phalange espagnole : l'Espagne évoluait en vase clos, en autarcie.

Le seul développement économique promu dans cette Espagne où les entreprises ne pouvaient pas faire faillite, comme les couples ne pouvaient pas divorcer, était instauré par l'Instituto Nacional de Industria (INI).

Le passage de relais des technocrates[modifier | modifier le code]

Les derniers ministres de Franco, entre 1959 et 1973, appliquèrent les mesures requises par le Fonds monétaire international, sortant l'Espagne de son isolement. Ils furent désignés sous le nom de technocrates et agissaient avec des liaisons ouvertement connues avec l'Opus Dei ; ils identifièrent puis promurent certains axes économiques comme prometteurs selon un modèle d'économie planifiée dit "développementiste" ((es)desarrollismo).

Dans le domaine de l'équipement automobile, l'Espagne s'appuie sur l'industrie locale pour développer SEAT, et l'entreprise de camions Pegaso et prend des commandes d'État lui permettant d'introduire une filière militaire.

Ils décidèrent de passer au cap du tourisme de masse, en proposant à la vente des quartiers de villégiature côtiers qui parfois atteignirent la taille complète d'une agglomération[1].

Les infrastructures permettant l'accueil touristique furent mises en place : les bâtiments de l'aéroport de Grenade datent de cette époque.

Cette orientation forma les auspices de l'essor de l'Espagne après la mort de Franco, mobilisée par un renouveau immobilier financé par des devises étrangères, puis par des fonds structurels émanant de l'Union européenne à compter de 1986.

Une économie en essor[modifier | modifier le code]

Article détaillé : économie espagnole.

Évolutions[modifier | modifier le code]

Restée longtemps un pays agricole, l’Espagne a connu d’importantes mutations socio-économiques dans la seconde moitié du XXe siècle. Elle possède aujourd’hui une économie diversifiée, grâce notamment à la croissance rapide de l’industrie depuis les années cinquante et à l’essor du tourisme. Entre 1959 et 1973, les emplois industriels ont augmenté de 75.5 %. À partir de 1959, une série de plans de développement a contribué à l’expansion économique du pays. Le développement des industries métallurgique et textile, de la construction navale et de l’extraction minière a été privilégié. L’Espagne est devenue en moins de vingt ans une grande puissance industrielle et agricole. Toutefois, c’est du tourisme que le pays tire aujourd’hui le plus de revenus.

Synthèse[modifier | modifier le code]

Tout cela permet à l'Espagne d'être aujourd'hui la douzième puissance mondiale. l'Espagne a connu un développement économique rapide et important depuis la fin des années 1980 et en particulier depuis son intégration à l'Union européenne. Le pays maintient néanmoins des contrastes importants entre les régions les plus industrialisées et dynamiques et celles qui sont en retard, et ce alors que l'Union révise à la baisse la distribution de ses fonds structurels compte tenu de l'extension à 25. L'Espagne est devenue un contributeur net de fonds pour les régions moins développées de l'Union.

Reconversion actuelle[modifier | modifier le code]

Le prix collectif d'interprétation féminine du Festival de Cannes décerné à l'équipe d'actrices de Pedro Almodóvar pour le film Volver symbolise la réussite de l'Espagne tout entière, et en particulier celle de la révolution sociale et féminine de la société civile espagnole, qui tourne le dos à quarante années d'immobilisme du corps social lié à la pesanteur de l'obscurantisme que représentait l'expression du catholicisme espagnol dans la démocratie organique de Franco[2].

Ciutat de les Arts i les Ciències, à Valence : un grand nombre de villes côtières fondent leur développement sur l'attrait touristique, marquant une rupture avec le passé.

Aujourd'hui relevée économiquement et exempte de déficit public, l'Espagne ne s'endort pas sur ses lauriers et investit dans la recherche et l'enseignement supérieur afin de passer du modèle vertueux précédent (lié à l'immobilier et au tourisme) vers une activité d'avenir correspondant à la compétitivité des nouvelles technologies dans un contexte de mondialisation. Les liens qu'entretiennent les grandes métropoles de la péninsule avec le reste du monde hispanophone fournissent des débouchés importants de par la proximité culturelle, ainsi qu'une immigration dynamique venant contrer le vieillissement de la population insulaire : ces centres urbains, essentiellement Madrid, Barcelone et Valence sont cosmopolites et polyglottes.

Postérité[modifier | modifier le code]

Programmes en construction à Saragosse en septembre 2008. Une fois éclatée, la bulle immobilière a laissé de nombreux chantiers sur le carreau, les entreprises de construction voyant leur financement brusquement tari. Cet effet fut si généralisé qu'on commença à parler dans la presse espagnole de "crise de la brique" (crisis del ladrillo)[3].

Après la présidence d'Aznar, qui fut le dernier à avoir fait l'éloge du cercle économique vertueux adopté par l'Espagne, les temps s'assombrissent avec, d'abord, l'éclatement de la bulle immobilière en 2008. Les banques espagnoles en étaient depuis 2006 à permettre aux particuliers un endettement immobilier à 35 annuités ; comme effet local de la crise financière mondiale débutant en 2007, le secteur entre dans une brusque inversion de tendance (es). À ce brusque retournement s'ensuit une hausse du chomage jusque 30 % dans certaines autonomies, et enfin l'assignation du pays parmi les PIIGS, terme inventé par le même monde financier anglo-saxon d'où proviennent les agences de notation. L'Espagne, frappée par la crise de la dette en 2010, entre en récession économique, ce qui suscite un virulent débat social à compter du 15 mai 2011 nommé à partir du livre de Stéphane Hessel (lire Mouvement des Indignés, désigné en Espagne comme 15-M à partir de sa date d'origine).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. C'est le cas de Benidorm, transformée en cité gratte-ciel le long de la mer, qui longtemps a détenu les immeubles les plus hauts d'Espagne, Madrid et Barcelone compris.
  2. Les femmes n'y étaient perçues que dans des rôles d'épouses ou de mères dévouées, dans la perpétuation la plus intransigeante du modèle sociologique dit archaïque traditionnel.
  3. crisis del ladrillo : exemple.

Articles connexes[modifier | modifier le code]