Bataille de Poitiers (732)

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Bataille de Poitiers (732)
Description de cette image, également commentée ci-après

Bataille de Poitiers, tableau de Charles de Steuben (1837).

Informations générales
Date 732 ou 733
Lieu Entre Poitiers et Tours
Issue Victoire franque décisive
Retraite de l'armée omeyyade[1],[2]
Changements territoriaux Arrêt de l’expansion musulmane médiévale en Occident.
Belligérants
Royaumes francs
Duchés d'Aquitaine
Duché de Vasconie
Califat omeyyade
Commandants
Charles Martel
Eudes
Abd al-Rahmân
Forces en présence
15 000 - 20 000[3],[Note 1] 20 000 - 25 000[3],[Note 2]
Pertes
1 000[4],[5] 12 000[4]

Campagnes omeyyades en Europe de l'Ouest

Batailles

Guadalete (711) · Narbonne (719) · Toulouse (721) · Covadonga (722) · Bordeaux (732) · Poitiers (732) · Avignon (737) · Narbonne (737) · Berre (737) · Tourtour (973) · Cap Colonne (982)
Coordonnées 47° 23′ 37″ nord, 0° 41′ 21″ est

La bataille de Poitiers ou bataille de Tours, appelée dans des sources arabes « bataille du Pavé des Martyrs » (arabe: معركة بلاط الشهداء), a lieu entre les Francs, et les Burgondes[6],[7] dirigés par Charles Martel, contre une armée omeyyade menée par Abd al-Rahman, gouverneur général d'al-Andalus. Elle s'est déroulée entre les villes de Poitiers et Tours, au nord de la France, près du village de Vouneuil-sur-Vienne. L'emplacement de la bataille était proche de la frontière entre le royaume franc, et d'Aquitaine, alors indépendant.

Les francs furent victorieux. Abd al-Rahman a été tué, et Charles a étendu son autorité dans le sud. Les détails de la bataille, y compris son emplacement exact et le nombre de combattants, ne peuvent être déterminés à partir des comptes qui ont survécu. Remarquablement, les troupes franques ont remporté la bataille sans cavalerie[8].

« C’est une bataille très mal connue. On n’est sûr ni du lieu ni de la date ni de l’importance des effectifs en présence[9]. » L'incertitude au sujet du lieu même conduit à des variations et des discussions quant à la dénomination de la bataille, selon les époques, les auteurs et les langues[10],[11].

Cette victoire a un retentissement immédiat des deux côtés, les chroniqueurs du IXe siècle, puis les auteurs de chansons de geste, donnent au maire du palais, Charles, le surnom de Martel (le battant), tandis que Bède le Vénérable verra dans cette occasion pour Charles de s'imposer face à la dynastie mérovingienne, un châtiment de Dieu. Pour des auteurs, cette bataille aurait servi de symbole pour la lutte de l'Europe chrétienne face aux musulmans, à l'Est contre l'Empire ottoman, en Espagne avec la Reconquista, en Méditerranée contre les Barbaresques.

Les historiens contemporains sont divisés quant à l'importance réelle de la bataille de Poitiers dans l'arrêt des incursions arabes, mais ils s'accordent pour dire qu'elle a été décisive dans l'établissement de la dynastie carolingienne.

Historiographie[modifier | modifier le code]

Du côté des auteurs latins des VIIIe et IXe siècles, les sources contemporaines de l'événement existent, elles témoignent que dès le VIIIe siècle, la bataille est considérée comme importante[2]. On peut citer Bède le Vénérable en 735, les Annales de Metz (XIe) ainsi que la Chronique de Moissac (XIVe) qui mentionnent l'événement en des termes brefs et similaires, rappelant que « Charles combattit les Sarrasins un samedi du mois d'octobre ». Le seul récit détaillé se lit dans les chroniques mozarabes, au milieu du VIIIe siècle, dans lequel l’auteur, anonyme chrétien de Cordoue, raconte la bataille et donne pour cause de la défaite omeyyade des dissensions internes. Le récit de la bataille de Poitiers se situe entre celui de la bataille de Toulouse (721) et celui de la bataille de la Berre (737)[12].

Quelques chroniques arabes mentionnent l’événement, la principale étant celle de ʿAbd Al-Ḥakam (861). Les batailles de Toulouse, de Poitiers et de la Berre apparaissent comme des défaites chez les chroniqueurs d'Al-ʾAndalus. Les allusions arabes à la bataille de Poitiers sont très sèches et précisent simplement que ʿAbd Ar-Raḥmān et ses compagnons « ont connu le martyre ».

Contexte[modifier | modifier le code]

Conquêtes omeyyades précédentes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Présence sarrasine en Francie.

Au début du VIIIe siècle, le califat omeyyade, grâce à une armée composée majoritairement de berbères islamisés[13], conquiert la péninsule Ibérique puis la Septimanie, partie du Royaume wisigoth qui avait échappé aux conquêtes des fils de Clovis Ier, y compris Narbonne.

En 732, le nouveau gouverneur d'Espagne Abd el Rahman envahit le territoire basque,

« puis aux confins de la Vasconie et de l’Aquitaine […] il écrasa complètement les Aquitains, brûla les faubourgs de Bordeaux et de toutes les villes qu’il traversa jusques et y compris ceux de Poitiers ; il se dirigeait sur Tours […] lorsque Charles Martel, appelé au secours par Eudes, le rencontra avec une armée d’Austrasiens et de Burgondes[14]. »

Les gouverneurs à la tête de la Septimanie lancent alors des expéditions ponctuelles (ġazawāt) en Aquitaine pour s'emparer de butin. Eudes, duc d'Aquitaine et de Vasconie, se retrouve en première ligne. En 721, il parvient à arrêter les musulmans à Toulouse, allié pour la première fois aux Francs[15]. Quelques années plus tard, il s'allie au gouverneur omeyyade Munuza, subordonné du gouverneur d'Al-ʾAndalus Ambiza. Munuza tente de se constituer une principauté indépendante en Cerdagne[16]. Nommé en 730, le nouveau gouverneur d'Al-ʾAndalus, ʿAbd Ar-Raḥmān ibn ʿAbd Allāh Al-Ġāfiqiyy, dirige alors une expédition punitive contre Munuza, qui est battu et tué.

Situation des Francs[modifier | modifier le code]

Au nord de la Loire, le maire du palais Charles Martel bat Rainfroi, allié d'Eudes, et rassemble sous son autorité le Royaume franc, qui devient la principale puissance chrétienne d'Europe de l'Ouest. Il lance également une expédition pour soumettre l’Aquitaine l’année précédant la bataille de Poitiers : Eudes se retrouve pris entre deux feux.

Campagne précédant la bataille[modifier | modifier le code]

Environ une décennie après la défaite des Omeyyades à Toulouse en 721, ʿAbd Ar-Raḥmān lance une nouvelle expédition au-delà des Pyrénées, principalement constituée de Berbères et de contingents recrutés dans la péninsule Ibérique[17]. Parmi les participants à l'expédition omeyyade, les chroniques mozarabes font la distinction entre « Sarrasins », Arabes venus d’Arabie et de Syrie notamment, plus anciennement islamisés, et « Maures », Berbères venus d'Afrique du Nord (antique Maurétanie). Le nombre élevé de Berbères parmi les conquérants musulmans explique que ces derniers soient aussi globalement désignés sous le terme de Maures. L'incursion de ʿAbd Ar-Raḥmān n'a pas pour but principal la conquête mais le pillage[18]. Les Omeyyades envahissent l’Aquitaine, razzient le pays et prennent les faubourgs de la ville de Bordeaux. Eudes réunit une armée pour les contrer, mais il est battu entre la Garonne et la Dordogne et prend la fuite. Il appelle alors les Francs à l'aide, ce à quoi Charles Martel ne répond qu'après qu'Eudes lui promet de se soumettre à l'autorité franque.

ʿAbd Ar-Raḥmān continue son avancée, marche sur Poitiers, pille et peut-être incendie l’église Saint-Hilaire le Grand[19],[20]. Attiré par les richesses de l'abbaye de Saint Martin[21] il se dirige ensuite vers Tours et se fixe probablement comme unique objectif la mise à sac du sanctuaire national des Francs, la riche basilique Saint-Martin de Tours[18],[22]. Cependant, Charles Martel, répondant à l'appel d'Eudes, marche aussi vers cette ville après avoir réuni une armée constituée principalement de fantassins francs. Pour les historiens chrétiens, c’est pour défendre le sanctuaire de Tours que Charles Martel entre en guerre ; c’est pourquoi, à partir du XVIe siècle, cette bataille est aussi appelée bataille de Tours[23]. Il décide d'attendre que les Omeyyades soient lourdement chargés de butin pour les attaquer. En fait, Charles Martel est très intéressé par le contrôle du riche sud-ouest et de la vallée de la Loire. Il est déjà venu l'année précédente en 731 et ravi de revenir avec une armée importante[21].

Bataille[modifier | modifier le code]

Lieu[modifier | modifier le code]

L'appellation arabe de la bataille est, d’après une source du XIe siècle معركة بلاط الشهداء (maʿrakat Balāṭ aš-šuhadāʾ), « bataille du Pavé des Martyrs »[24] ,[25] traduite au XIXe siècle par Pavé ou Chaussée des martyrs. Elle permet alors de préciser la localisation et de la situer sur l’ancienne voie romaine entre Poitiers et Tours, et donc sur la rive droite du Clain[26].

Le lieu n'est cependant pas connu avec précision :

  • « le choc eut lieu sur la voie romaine de Poitiers à Tours, à Moussais, le samedi 25 octobre 732 »[14],[27]
  • « On sait seulement que Charles Martel a remporté quelque part entre Poitiers et Tours, sur le territoire de Poitiers, un combat »[28]

La bataille ne se serait pas déroulée à proximité immédiate de Poitiers, car la forêt de Moulière aurait gêné les cavaliers omeyyades[29]. D’autres historiens préfèrent placer la bataille à Cenon-sur-Vienne, située au confluent de la Vienne et du Clain, d'autres entre Poitiers et Tours, à Preuilly-sur-Claise où des tombes mérovingiennes avaient été retrouvées au pied de l'ancienne abbatiale ou encore près de Ballan-Miré[30],[Note 3]. L'historienne Françoise Micheau précise que la traduction de balat serait plutôt "palais" ou "édifice somptueux"[25] pouvant alors placer la bataille près de la riche abbaye de Saint-Martin de Tours[25].

Concernant la dénomination de la bataille, Aude Cirier considère que celle-ci est « Connue sous le nom de "bataille de Poitiers - plus rarement sous celui de "bataille de Tours" »[31]

Pas moins de trente-huit sites revendiquent être le lieu exact de la bataille[32].

Dates[modifier | modifier le code]

Si les nombreux détails donnés par les chroniqueurs permettent d'avancer certaines précisions sur la datation de l'affrontement, celle-ci reste débattue, les propositions oscillant entre 732 et 733, généralement située au mois d'octobre de ces deux années[33].

Selon les chroniqueurs européens, l'affrontement a lieu un samedi du mois d’octobre. Selon les chroniqueurs arabes, il a lieu le premier samedi du mois de ramadan 114 de l’Hégire, soit après le 23 octobre 732. Le premier samedi est le 25, ce qui place alors la bataille au 25 octobre 732[34],[35]. Les historiens préférant placer la bataille de Poitiers l’année suivant celle de Bordeaux estiment que l’étendue du territoire à conquérir depuis les Pyrénées est trop vaste ; cependant, actuellement, on considère qu’il s’agit d’expéditions de razzia, et couvrir la distance entre les Pyrénées et la Vienne en moins de quatre mois semble raisonnable[2].

Léon Levillain et Charles Samaran datent eux la bataille du 11 octobre 732[36]. Ivan Gobry affirme pour sa part que la bataille a lieu le . Selon lui, seule la Chronique de Moissac, rédigée un siècle après l’événement, donne 732. Le continuateur de Frédégaire, contemporain de la bataille, et le chroniqueur castillan Rodrigo Jiménez de Rada, archevêque de Tolède du XIIIe siècle, avancent également la date de 733. Cette date est confirmée par les auteurs arabes de l'époque qui fixent l'événement à l'année 115 de l’Hégire[37]. L'abbé Joseph-Épiphane Darras (1825-1878) rapporte qu'il est écrit dans un manuscrit des Annales de Hildesheim que la bataille a lieu un samedi, donnant pour quantième un jour d'octobre dont la première lettre est effacée, mais dont la suite est VII[38]. Il se trouve qu'aucun samedi d'octobre de l'année 732 n'est le 17 ou le 27, mais le 17 octobre 733 est bien un samedi[39].

Au début du XXIe siècle, si l'historien Peter Brown situe la bataille en 733[40], pour des médiévistes comme Paul Fourcare[41] ou Carole Hillenbrand[42] la question reste ouverte et les deux années sont envisageables.

Déroulement[modifier | modifier le code]

La bataille de Poitiers vue par un livre d'histoire pour la jeunesse en 1880.

Pendant une semaine des manœuvres et des escarmouches ont lieu[14], aux confins du Poitou et de la Touraine[43]. Après ces escarmouches, l’affrontement décisif a lieu, sur deux jours. Abd el Rahman lance sa cavalerie sur les Francs. Ceux-ci, formés en palissade « comme un mur immobile, l'épée au poing et tel un rempart de glace », les lances pointées en avant des boucliers, attendent le choc[44]. Il semble que l'image ait quelque chose de juste dans la mesure où c'est bien la solidité des lignes franques qui impressionna les troupes arabo-berbères. La mêlée s'engage et les Francs parviennent à faire refluer leurs opposants. Mais ceux-ci n'ont pas l'occasion d'attaquer une seconde fois car de leur côté les Vascons, commandés par Eudes, prennent l'ennemi à revers et se jettent sur le camp musulman. Croyant leur butin et leurs familles[45] menacés, les combattants maures regagnent leur campement. Ils subissent de lourdes pertes et Abd el Rahman est tué. Les survivants, obligés de regagner le sud des Pyrénées furent attaqués par les Vascons au passage des cols[15].

Le lendemain, au point du jour, Charles donne l'ordre d'attaquer, mais le camp est vide, les musulmans ont fui dans la nuit[43]. Selon une légende locale à la région du Haut Quercy, Abd el Rahman n'aurait pas été tué à la bataille de Poitiers mais aurait simplement reflué vers ses bases arrières de Narbonne. Poursuivi par les troupes franques de Charles Martel, il aurait été tué et son armée exterminée lors d'une bataille livrée à Louchapt au pied de la falaise du Sangou, dans le Lot, en 733. L'Hôtel de ville de la commune de Martel aurait été construit, selon aussi une légende locale, sur le lieu même de la bataille[46]. Charles fut alors acclamé sous le nom de Martel : « marteau des infidèles »[39].

Explications de la défaite arabe[modifier | modifier le code]

Rouche (1979), tirant son interprétation directement du récit de l'Anonyme de Cordoue[47], estime que « Les troupes de Charles Martel sont, en effet, toujours composées de fantassins à la bataille de Poitiers, de manière quasi-exclusive »[48]. Plus récemment, pour Clot (2006) [45], un des facteurs de la défaite réside dans l'éloignement des musulmans de leurs bases. De plus, l'armée musulmane était composée en majorité de Berbères d'Afrique du Nord venus avec leur famille ce qui gênait les manœuvres militaires et retardait les mouvements, les hommes devant protéger leurs femmes et leurs enfants. Enfin, toujours selon Clot, le duc d'Aquitaine aurait attaqué lors du combat final le camp où étaient rassemblées les familles, entraînant la débandade des musulmans.

Une hypothèse récente (2004) est venue contredire l'interprétation de Rouche quant à la prédominance de l'infanterie chez les francs [49] : l'étrier utilisé par la cavalerie franque lui aurait permis d'asséner des coups si puissants (« martels ») que l'envahisseur, n'en étant pas équipé, ne pouvait y résister[50]. Cependant, un autre auteur de la même période (2007) maintient que l'immense majorité de l'armée franque était composée de fantassins et que c'est leur discipline et la supériorité de leur armure qui ont fait la différence[50].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Cette défaite marque le terme de l’expansion musulmane médiévale en Occident et favorise les ambitions de Charles désormais surnommé Martel. En répondant à l’appel à l’aide du duc Eudes d'Aquitaine, il a profité de l’avancée des troupes musulmanes pour intervenir dans une région qui refusait de se soumettre à son autorité. Fort de sa victoire, Charles s’empare de Bordeaux et met un pied en Aquitaine, sans la soumettre immédiatement : à la mort d’Eudes, ce sont ses fils qui lui succèdent. Son appui reste cependant indispensable à la lutte contre les Sarrasins : il intervient dans la vallée du Rhône et en Provence les années suivantes, où il soumet le patrice Mauronte (737), allié des Sarrasins. Au sud de Narbonne, il bat à nouveau ceux-ci sur les bords de la Berre, en 737[51]. Ainsi, la victoire de Poitiers entraîne non pas le départ définitif des musulmans (échec du siège de Narbonne, la ville restera dirigée par un gouverneur omeyyade jusqu’en 759), mais l’intervention systématique des Francs, seuls capables de s’opposer à eux. Michel Rouche considère en définitive Eudes d'Aquitaine comme le véritable vaincu de Poitiers. Le prestige apporté par cette victoire aux Pépinides a pu justifier, quelques années plus tard, l’éviction politique des Mérovingiens[2].

Selon l'historien allemand Karl Ferdinand Werner, la Provence a été bouleversée par les exactions de Charles Martel. Karl Werner envisage que le surnom « Martel-Marteau » puisse venir de la brutalité impitoyable de la répression de Charles, qui agit comme un marteau qui écrase tout, plutôt que de sa technique de combat contre les musulmans[52].

À la suite de la bataille, les troupes musulmanes ne sont pas chassées de Gaule : allié aux Lombards, Charles Martel doit encore faire campagne contre elles en Provence et Septimanie entre 737 et 739[53] mais, il ne parvient pas à reprendre Narbonne, définitivement conquise en 759 par son fils Pépin le Bref. Si l’expansion musulmane est stoppée, notamment dans le sud-ouest, les raids musulmans se poursuivent sur plusieurs décennies. Charlemagne bat vers 800, à la bataille du bois des Héros (en Saintonge), une troupe musulmane qui razziait le pays. Des forteresses provençales servent de base à des incursions dans le pays jusqu’à la fin du Xe siècle (voir bataille de Tourtour).

Importance de la victoire[modifier | modifier le code]

Le débat historique sur l’importance réelle[54] de la bataille est apparue à la fin du XIXe siècle, au moment où elle connaissait une grande popularité. Le consensus historique concernant l'affrontement dénommé « bataille de Poitiers » n'est pas aisé à atteindre dès que l'on élargit le débat à l'ensemble du pourtour méditerranéen[55].

Les sources[modifier | modifier le code]

Peu de sources par rapport aux batailles antiques ou à celle du Haut Moyen Âge (les croisades) sont disponibles sur le sujet.

Les auteurs arabes faisant allusion à cet épisode sont peu nombreux. L'historien égyptien Ibn 'Abd al-Hakam rapporte (en 861) que l'émir Abd al-Rahmân mena une expédition en l'année 115 de l'hégire (de février 733 à février 734) contre le pays des Francs au cours de laquelle il périt avec tous les siens. Les plus anciennes chroniques andalouses mentionnant cette expédition la situent en un lieu nommé Balât al-shuhadâ (« l'allée des martyrs ») et en l'an 114 de l'hégire (mars 732 à février 733). Les historiens postérieurs tels Ibn al-Athîr (XIIIe siècle) ou Ibn Idhari (XIVe siècle), reprennent ces mêmes informations.

Les sources latines des VIIIe et IXe siècles sont plus nombreuses mais restent imprécises. La plupart des chroniques signalent l'événement en 732 en des termes brefs et similaires rappelant juste que « Charles combattit les Sarrasins un samedi du mois d'octobre ». Les Annales de Lorsch placent la rencontre quelques années plus tôt, en 726. Si certaines[Lesquelles ?] sources carolingiennes accusent le duc Eudes d'Aquitaine de s'être allié avec « la perfide nation des Sarrasins », d'autres historiens signalent de sources méridionales comme la Chronique de Moissac une présentation contraire.

Le seul récit détaillé[14] se lit dans la Chronique mozarabe, long poème en prose rimée dans lequel l'auteur, chrétien vivant au milieu du VIIIe siècle à Tolède ou Cordoue, voit dans cette victoire des Francs "le signal d'une libération possible de la domination politique de l'Islam"[14].

Les chroniques arabes espagnoles mentionnent deux autres défaites des musulmans en Gaule :

  • en 721, le gouverneur arabe al-Samh meurt sous les murs de Toulouse face à Eudes, prince d'Aquitaine,
  • en 737, les Francs écrasent une armée arabe venue secourir Narbonne assiégée lors de la bataille de la Berre. Malgré cette victoire, Charles Martel ne peut reprendre la ville.

L'appréciation contemporaine[modifier | modifier le code]

Pour l'historien belge Henri Pirenne, l'affrontement se résume à une contre-razzia : « on n'évita probablement rien de plus qu'un pillage en règle[56] ». A ce point de vue, s'oppose Pascal BURESI (directeur de recherche au C.N.R.S.) qui considère que « Cette défaite marque le terme de l'expansion musulmane médiévale en Occident et a d'importantes conséquences [en permettant à Charles Martel et aux Francs d'] intervenir [systématiquement] dans une région qui refusait de se soumettre à son autorité » et dans l'ensemble du sud de la France[57].

Selon Françoise Micheau, spécialiste de l'histoire du Proche-Orient arabe, l'expédition d’Abd el Rahman avait pour but essentiel le butin, non la conquête. « Il s'agissait pour les Arabes de Cordoue d'une expédition (en arabe ghazwa) visant à piller les richesses de la Gaule, mais non d'une « invasion » »[58]. L'historien Jean Deviosse et Élisabeth Carpentier, professeur honoraire d’histoire du Moyen Âge à l’Université de Poitiers, nuancent cet argument : les razzias représentaient aussi un moyen de connaître le terrain, et plusieurs années de razzias réussies aboutissaient après quelque temps à une conquête définitive[59],[60].

Deviosse fait remarquer aussi l'organisation tactique de l'expédition de 732. Il s’agit d’une opération combinée entre marine et cavalerie arabes. Une flotte débarque une armée arabe en Camargue, qui remonte la vallée du Rhône jusqu’à Sens, assiégée et conquise[61], pendant que d’un autre côté, Abd el Rahman passe les Pyrénées du côté le plus éloigné. Il compte ainsi obliger ses adversaires à se diviser et parcourir de longues distances pour l’arrêter. Abd el Rahman demande également à ses hommes d’abandonner une partie du butin pour être plus efficaces lors de la bataille (demande rejetée par les troupes). Il a surtout accepté la bataille, qu'il aurait pu refuser s’il ne venait que pour le butin, déjà considérable.

Une victoire parmi d'autres[modifier | modifier le code]

En fait, la bataille de Poitiers semble s'inscrire dans un contexte général d'essoufflement de la conquête arabe, après un siècle de victoires. En effet, si les Arabes parviennent à conquérir les grandes îles de Méditerranée occidentale en 720-724, ils échouent dans leur troisième siège de Constantinople en 718. L'échec de la prise de Constantinople préserve l'existence de l'Empire byzantin, qui agit comme rempart contre l'expansion musulmane en Europe jusqu'au XVe siècle, quand l'Empire ottoman finit par prendre Constantinople. Le succès dans la défense de Constantinople a été associé par de nombreux chroniqueurs à celui de la bataille de Poitiers. L'historien Paul K. Davis écrit qu'« en repoussant l'invasion musulmane, l'Europe reste aux mains des chrétiens et plus aucune menace musulmane sérieuse n'intervient jusqu'au XVe siècle. Cette victoire [de Constantinople] coïncide avec la victoire franque à Poitiers, limitant l'expansion occidentale de l'islam au sud de la Méditerranée »[62].

La taille même de l’Empire pose des difficultés pour le gouverner : des révoltes kharidjistes éclatent en Mésopotamie et en Syrie (724-743), qui provoquent l’abandon de Damas par le calife pour Resafa, ou encore en 740 pour le Maroc. Les Omeyyades sont renversés en 750 par les Abbassides. Cordoue devient le centre d'un émirat autonome dont le pouvoir se limite à la péninsule ibérique. « Ces crises du milieu du VIIIe siècle scellent la fin des conquêtes arabes en Gaule, comme dans l'Empire byzantin et en Asie centrale »[63].

Deviosse réplique toutefois que la victoire a dû être importante pour deux raisons :

  • la victoire est telle que les envahisseurs abandonnent leur butin ;
  • aucune autre expédition musulmane d’envergure n’a pu atteindre le cœur de la Gaule par la suite.

Enfin, et peut-être surtout, pour Élisabeth Carpentier, la victoire est importante pour les Francs du Nord de la Gaule. Vue d’Occident, la progression de la conquête musulmane paraissait inexorable ; or le premier combat des Francs contre les Arabes est une victoire (Eudes commande les Aquitains), suivie d’autres victoires, et empêche toute nouvelle attaque par la suite. Cette victoire n'est donc pas le mythe qu’on en a fait, et si Charles Martel ne sauve pas « la France » — qui n’existe pas encore — il change le destin de la Gaule, et donc prépare la France qui lui succède. Cette bataille n’est pas un mythe, mais un symbole historique[64].

Le symbole historique[modifier | modifier le code]

A l'époque de l'événement[modifier | modifier le code]

La bataille justifie l’élimination des Mérovingiens et légitime donc la famille de Charles Martel, les Carolingiens. Bède le Vénérable, moine d'Angleterre, la mentionne comme un châtiment de Dieu[65], ce qui est un autre aspect de son aura : pour l’Église cette guerre est légitime, c’est aussi une guerre pour la défense de la chrétienté, et elle éclipse la bataille de Toulouse, qui à l’époque avait eu un écho important, affaiblie par la défaite d’Eudes devant Bordeaux en 732 et son ambiguïté (allié aux musulmans)[66]. De l’autre côté, la bataille revêt également une grande importance : l’Anonyme de Cordoue (un chrétien sujet des Ommeyades), qui écrit vers 750, la présente ainsi comme un affrontement entre Nord et Sud, entre Orient et Occident. Pourtant, au lendemain d'une bataille indécise Charles Martel apprit que l'ennemi s'était retiré au cours de la nuit sans que l'on sache pourquoi. Aussi, l'Église fut loin d'avoir considéré le vainqueur de Poitiers comme le sauveur du christianisme puisqu'elle l'inculpa de sacrilège pour s'être approprié des terres appartenant à l'Église et aux monastères. Mais le mythe d'un Charles Martel sauveur ne pouvait être arrêté.

Au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Si la bataille reste célèbre tout au long du Moyen Âge, elle n’acquiert cependant pas immédiatement le statut de symbole. L’Espagne musulmane n’est pas une menace pour les Francs des IXe et XIe siècles. De plus, la figure de Charles Martel s’efface derrière celle de Charlemagne, qui a lui-même combattu les Maures. Enfin, l’Église, principale productrice de livres, ne cherche pas à mettre en avant un bâtard qui a mis la main sur de nombreux biens d’Église[67].

La victoire de Charles Martel à Poitiers sera rappelée et mythifiés au XVIe siècle, au moment où l’Empire ottoman menace l’Empire de Charles Quint[68]. On peut aussi évoquer l’épée de Charles Martel, miraculeusement retrouvée par Jeanne d’Arc à Sainte-Catherine-de-Fierbois.

A l'époque moderne[modifier | modifier le code]

Voltaire, qui moque les exagérations autour du récit de la bataille, conclut dans son Essai sur les mœurs : « Sans Charles Martel […], la France était une province mahométane » mais pour le regretter au regard, selon lui, des siècles d'obscurantisme chrétien[69].

A l'époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, le patriotisme français voit dans la bataille de Poitiers un événement fondateur de la nation, et les anticléricaux préfèrent Charles Martel à Clovis, davantage associé à l’Église. La conquête des colonies en terres musulmanes popularise également la victoire contre des musulmans. À la fin du XIXe siècle, la bataille de Poitiers est également célébrée comme la capacité de la France à bouter du pays tout envahisseur hors de ses frontières, à l'heure où l'occupation de l'Alsace-Lorraine suscitait une vive rancœur, l'ennemi n'était plus arabe mais allemand. Outre-Rhin et en Angleterre, à l’heure des théories raciales, cette victoire d’Européens sur des Africains est aussi revendiquée par les Anglais et les Allemands, ces derniers rappelant que les Francs étaient un peuple germanique[70]. À partir de ce siècle, l'année 732 est présentée comme moment de la construction nationale et l'école de la IIIe République exalte l'épisode tout en évacuant l'aspect chrétien et européen des discours antérieurs.

Au XXe siècle, des points de vue opposés se font jour[réf. nécessaire]. Dans un roman d'Anatole France, auteur anticlérical, Monsieur Dubois, un personnage qui aime à scandaliser[71], dit à Madame Nozière que « le jour le plus funeste de l'histoire » est « le jour de la bataille de Poitiers, quand, en 732, la science, l'art et la civilisation arabes reculèrent devant la barbarie franque » [72]. Mais rien dans le texte ne laisse penser que cela soit la position d'Anatole France.

En 1942, Adolf Hitler déclare : « Si à Poitiers Charles Martel avait été battu, le monde aurait changé de face. Puisque le monde était déjà condamné à l'influence judaïque, il aurait mieux valu que l'islam triomphe. Cette religion récompense l'héroïsme, promet au guerrier les joies du septième ciel… Animé d'un esprit semblable, les Germains auraient conquis le monde. Ils en ont été empêchés par le christianisme[73]. » Hitler considérait les musulmans comme des alliés dans sa lutte contre le judaïsme mondial.

L’image de l’arrêt d’une invasion à Poitiers reste populaire en France : pendant la Seconde Guerre mondiale, les résistants créent la brigade Charles Martel en Indre et Indre-et-Loire (brigade devenue ensuite la 25e DI des FFI). Durant la guerre d'Algérie, les commandos de l’Organisation armée secrète (OAS) prirent également le nom de Charles Martel.

Actuellement[modifier | modifier le code]

De nos jours, l’importance de ce symbole reste fort, car la confrontation entre l’Occident et l’islam perdure[74]. La perception de l’importance de la bataille dans l’imaginaire des peuples européens et arabes est disputée au point que « de son côté, dans un livre au mieux bancal, un auteur[75] musulman se sente obligé de nier l’existence même de la bataille »[76],[77].

En France, à gauche, « Bien des voix se sont élevées pour tenter de ramener la bataille à sa juste place. En vain, car, érigé en symbole, l'événement est passé à la postérité et avec lui son héros Charles Martel. Il appartient à ce fonds idéologique commun qui fonde la nation française, la civilisation chrétienne, l'identité européenne sur la mise en scène du choc des civilisations et l'exclusion de l'Autre »[12]. De même, l’imaginaire de la bataille fonctionnerait dans l'« inconscient des pulsions racistes anti-arabes et dans l'illusion d'une supériorité de la civilisation catholique et blanche. »[78]

En France, à droite, le Front national a pris comme titre d’une affiche « Martel 732, Le Pen 2002 »lors de l'élection présidentielle française de 2002[79]. Le magazine Valeurs actuelles daté du 5 décembre 2013 titre en couverture « Notre histoire massacrée. Les héros français piétinés par la gauche » avec comme illustration Charles Martel brandissant sa masse et chevauchant un ennemi au sol[80].

Aux États-Unis, Samuel Huntington qui expose dans son ouvrage « Le choc des civilisations » la thèse d’un affrontement pluriséculaire de grands blocs de civilisations et en particulier entre un bloc occidental et un bloc musulman, cite la bataille de Poitiers comme ayant été décisive dans ce dernier affrontement[81]. « Un représentant républicain {…} fait ainsi plusieurs fois référence à la bataille de Poitiers dans ses discours, par exemple le 13 janvier 2010 »[82] rappelant que Charles Martel a affronté l'armée musulmane en 732 et concluant sur la nécessité de désigner l'ennemi et de déterminer les véritables objectifs, parmi ceux-ci la protection de la civilisation occidentale.

Plus généralement, « la fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle voient donc l’apparition d’une nouvelle utilisation de la bataille de Poitiers et ce dans un contexte nouveau marqué par la fin de la guerre froide, les interventions militaires occidentales répétées dans les pays du Moyen-Orient, le développement du terrorisme islamiste et le rejet de plus en plus important des populations musulmanes […] vivant dans des pays occidentaux[83]. »

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Le rappeur Salif fait référence à cette bataille dans une de ses chansons. Le groupe Zebda évoque également cet épisode de manière ironique dans le titre France 2 (Album Le Bruit et l'Odeur, 1995) : « Mais qui dit Français, dit pas qu'à Poitiers on ait tout paumé. » Le rappeur Tunisiano du groupe Sniper y fait aussi référence dans le titre Paname All Star (album Gravé dans la roche, 2003) dans : « Aujourd'hui les bicots (Arabes) ont dépassé Poitiers. »

Le tableau Bataille de Poitiers (1837), peint par Charles de Steuben, a été utilisé comme pochette de l'album Charles Martel par le groupe de rock anticommuniste Brutal Combat, qui a aussi composé un morceau nommé Charles Martel.

Le mouvement politique Génération identitaire occupa également symboliquement la mosquée de Poitiers en cours de construction, en octobre 2012[84].

Le groupe de black metal nationaliste français Peste Noire fait référence à Charles Martel (et indirectement à cette bataille) dans le morceau Casse, Pêches, Fracture et Tradition issu de l'album L'Ordure à l'état pur (« Ouais ouais pour toi mon grand Carlo / Les faux repartiront par l’eau »).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. D'autres estimations plus élevées existent, allant de 20 000 à 25 000 hommes.[réf. nécessaire]
  2. D'autres estimations avancent 50 000 ou 80 000 hommes.[réf. nécessaire]
  3. À une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Tours, sur le lieu-dit des landes de Charlemagne en raison des armes qui y avaient été retrouvées. Voir à ce sujet : André-Roger Voisin, La bataille de Ballan-Miré dite bataille de Poitiers, 732, Société des Écrivains associés, , 195 p. (ISBN 978-2-84434-606-3)

Références[modifier | modifier le code]

  1. The Andalusian History, from the Islamic conquest till the fall of Granada 92–897 A.H. (711–1492 C.E.), by Professor AbdurRahman Ali El-Hajji, a professor of the Islamic history at Baghdad University, published in Dar Al-Qalam, in Damascus, and in Beirut. "Second Edition". Page:198,199
  2. a, b, c et d Balat Al-Shuhada battle, in Islamic and European history, by Dr. Abd Al-Fattah Muqallid Al-Ghunaymi, published in Alam Alkotob, Cairo, Egypt. "First Edition". (ISBN 977-232-081-9). Page: 77 Erreur de référence : Balise <ref> non valide ; le nom « ReferenceA » est défini plusieurs fois avec des contenus différents
  3. a et b Estimations de Terry L. Gore dans Neglected Heroes: Leadership and War in the Early Medieval Period.
  4. a et b Hanson, 2001, p. 141.
  5. Aude Cirier, La bataille de Poitiers : Charles Martel, la naissance d'une figure héroïque, 50 minutes, coll. « Grandes batailles », , 32 p. (ISBN 978-2-8062-5609-6, lire en ligne).
  6. (en) Bernard Bachrach, Early Carolingian Warfare: Prelude to Empire, University of Pennsylvania Press, (ISBN 0-8122-3533-9), p. 276
  7. Fouracre, 2002, p. 87, Vita Eucherii, ed. W. Levison, Monumenta Germaniæ Historica, Scriptores Rerum Merovingicarum VII, pp. 46–53, ch. 8, pp. 49–50; Gesta Episcoporum Autissiodorensium, extracts ed. G. Waitz, Monumenta Germaniae Historica, Scriptores XIII, pp. 394–400, ch. 27, p. 394.
  8. (en) Edward J Schoenfeld, Battle of Poitiers. In Robert Cowley and Geoffrey Parker (Eds.). (2001). The Reader's Companion to Military History, Houghton Mifflin Books, (ISBN 0-618-12742-9), p. 366
  9. Carpentier 2013
  10. Rouche 1979, p. 114-115, 361, 458
  11. Rouche utilise dans son texte comme nom de l'événement : « bataille de Poitiers » mais indexe les passages qui y sont relatifs sous la dénomination « Moussais-la-bataille ».
  12. a et b Arkoun 2006, p. 15
  13. Guichard 2000, p. 22
  14. a, b, c, d et e Rouche 1979, p. 114
  15. a et b Manex Goyhenetche, Histoire générale du Pays basque : Préhistoire-Époque Romaine-Moyen-Âge, t. 1, Donostia / Bayonne, Elkarlanean, , 492 p. (ISBN 2913156207 et 8483314010, OCLC 41254536), p. 142-144
  16. Alain Corbin (dir.) et Françoise Micheau, 1515 et les grandes dates de l'histoire de France : revisitées par les grands historiens d'aujourd'hui, Seuil, (ISBN 2020678845), p. 36.
  17. Carpentier 2000, p. 42
  18. a et b (en) Anthony Pagden, Worlds at War : The 2,500-Year Struggle between East & West, Oxford, Oxford University Press, (ISBN 0199237433), p. 157.
  19. Sophie Chautard, Les grandes batailles de l'histoire, Studyrama, coll. « Perspectives », (ISBN 2844726593, lire en ligne), p. 70.
  20. Philippe Sénac, Les Carolingiens et al-Andalus : (VIIIe – IXe siècles), Maisonneuve & Larose, (ISBN 2706816597), p. 30.
  21. a et b Les origines franques, Stéphane Lebecq, éditions du seuil, 1990, p. 201/318
  22. (en) Franco Cardini, Europe and Islam, Blackwell Publishing, coll. « The Making of Europe », (ISBN 0631226370, lire en ligne), p. 10-11.
  23. Carpentier 2000, p. 14-15
  24. Dalil Boubakeur, Les Défis de l'islam, Flammarion, (ISBN 208067997X, lire en ligne), p. 88
  25. a, b et c Grunberg 2013, p. 56-57
  26. Carpentier 2000, p. 15
  27. hameau de Moussais (renommé Moussais-la-Bataille), sur l'actuelle commune de Vouneuil-sur-Vienne, entre Châtellerault et Poitiers
  28. Carpentier 2013, p. § 4
  29. Deviosse 2006, p. 162-165
  30. André-Roger Voisin, La bataille de Ballan-Miré dite bataille de Poitiers, 732, Société des Écrivains associés, , 195 p. (ISBN 978-2-84434-606-3)
  31. Cirier 2014, p. 4
  32. Franck Ferrand, « La Bataille de Poitiers » sur Europe 1, 10 octobre 2012
  33. (en) Paul Fouracre, « Writing about Charles Martel », dans Pauline Stafford, Janet L. Nelson et Jane Martindale (éds.), Law, Laity and Solidarities, Manchester University Press, , p. 13
  34. Guichard 2000, p. 34
  35. Pierre Riché, Les Carolingiens : Une famille qui fit l'Europe, Hachette Littératures, coll. « Pluriel », (ISBN 2012788513), p. 59.
  36. Léon Levillain et Charles Samaran, « Sur le lieu et la date de la bataille dite de Poitiers de 732 », Bibliothèque de l'École des chartes, Paris, Société de l'École des chartes, vol. 99,‎ , p. 243-267 (DOI 10.3406/bec.1938.452462, lire en ligne).
  37. Ivan Gobry, Charlemagne : Fondateur de l'Europe, Monaco, Éditions du Rocher, (ISBN 2268034070, lire en ligne), p. 22.
  38. « Histoire générale de l'Église », Histoire générale de l'Église, Paris, vol. XVII,‎ , p. 32-33.
  39. a et b Ivan Gobry, Pépin le Bref, collection « Histoire des rois de France », éditions Pygmalion, page 41.
  40. (en) Peter Brown, The Rise of Western Christendom : Triumph and Diversity, A.D. 200-1000, John Wiley and Sons, , p. 319, 410
  41. (en) Paul Fourcare, The age of Charles Martel, Longman, , p. 92
  42. (en) Carole Hillenbrand, « Muhammad and the rise of islam », dans Paul Fouracre (éd.), The New Cambridge Medieval History, vol. I, Cambridge University Press, , p. 337
  43. a et b Carpentier 2000, p. 16
  44. Adriaan Vehulst, « La construction carolingienne » tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, page 194.
  45. a et b Clot 2006, p. 33
  46. Les origines de Martel (Lot)
  47. « L’anonyme de Cordoue précise qu’après la victoire, les Francs […] retournèrent chez car « ces peuples ne se soucient nullement de la poursuite » »
  48. Rouche 1979, p. 361
  49. (en) Jim Bradbury, Companion to Medieval Warfare, Routledge, (ISBN 0203644662, lire en ligne), p. 117
  50. a et b (en) Stephen J. Harris et Bryon Lee Grigsby, Misconceptions about the Middle Ages, Routledge, , 298 p. (ISBN 041577053X, lire en ligne), p. 90-91
  51. Carpentier 2000, p. 18
  52. Karl Ferdinand Werner, Les Origines, avant l'an mil, Livre de Poche, coll. « Histoire de France (sous la direction de Jean Favier) », (réimpr. 1992) [détail des éditions] (ISBN 2-253-06203-0), p. 391-392.
  53. Jean-Marc Albert, Petit Atlas historique du Moyen Âge, Armand Colin, (ISBN 9782200242213), p. 40
  54. « Comment le mythe de Charles Martel et de la bataille de Poitiers en 732 s’est installé », Salah Guemriche, lemonde.fr, 5 juin 2015.
  55. Article de Max Lejbowicz à propos du livre de Nas E. Boutammina
  56. Henri Pirenne, Naissance de l'Occident, p.327
  57. BURESI, « POITIERS BATAILLE DE (732/33) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 février 2017.
  58. Françoise Micheau, « 732, Charles Martel, chefs des Francs, gagne sur les Arabes la bataille de Poitiers », in Alain Corbin (dir.), 1515 et les Grandes dates de l'histoire de France, Seuil, 2005, page 35.
  59. Deviosse 2006, p. 168-169
  60. Carpentier 2000, p. 44
  61. Deviosse 2006, p. 162
  62. (en) Paul K. Davis, « Constantinople : August 717-15 August 718 », dans 100 Decisive Battles : From Ancient Times to the Present, Oxford University Press, , 99 p. (ISBN 0-19-514366-3)
  63. François Micheau, op. cit., p. 36.
  64. Carpentier 2000, p. 46-47
  65. Carpentier 2000, p. 20
  66. Carpentier 2000, p. 19
  67. Carpentier 2000, p. 34-35
  68. Carpentier 2000, p. 35-36
  69. Voir sur franceculture.fr.
  70. Carpentier 2000, p. 36-38
  71. Voir sur wikisource.org.
  72. « Monsieur Dubois demanda à Madame Nozière quel était le jour le plus funeste de l'histoire. Madame Nozière ne le savait pas. C'est, lui dit Monsieur Dubois, le jour de la bataille de Poitiers, quand, en 732, la science, l'art et la civilisation arabes reculèrent devant la barbarie franque », Anatole France, Œuvres IV, La vie en Fleur (1922), Gallimard, 1994, p. 1118
  73. Adolf Hitler, Libres propos sur la guerre et la paix recueillis sur l’ordre de Martin Bormann, Flammarion, 1954, 28 août 1942, p. 297
  74. Carpentier 2000, p. 47
  75. Nas E Boutammina, La Bataille de Poitiers (732) n’a jamais eu lieu, Paris, Albouraq, coll. « Ombres et Lumières », , 88 p. (ISBN 2-84161-291-0)
  76. William & Blanc 2015, p. 17
  77. Pour une critique scientifique de l'ouvrage de Nas E. Boutammina voir sur crm.revues.org, Max Lejbowicz, « Nas E. Boutammina, La bataille de Poitiers (732) n’a jamais eu lieu ! », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 2006, mis en ligne le 27 janvier 2009, consulté le 29 octobre 2016.

    « À ses ignorances grasses en matière d’histoire médiévale, l’A. joint un goût marqué pour la désinformation quand il s’agit de l’époque contemporaine : « Histoire orthodoxe. Il s’agit de l’Histoire inventée, compilée et véhiculée depuis des siècles par l’Église. Ce type d’histoire anti-khaldoūnien suit le caractère de ce qui est orthodoxe au judéo-christianisme, c’est-à-dire conforme à la doctrine du pouvoir ecclésiastique et étatique. Jusqu’à nos jours, rares sont les historiens qui se sont émancipés des dogmes de l’Histoire orthodoxe. Au contraire, celle-ci sert de base angulaire (sic) au cursus de formation du corps enseignant et elle est inscrite au programme de tout cycle scolaire (de l’école primaire à l’Université) (p. 42, n. 45). » Voilà une illustration par l’absurde de cette grande vérité : s’il est acquis qu’en élucidant le passé, l’historien permet de comprendre le présent, il est maintenant assurer qu’en falsifiant le passé, il s’interdit une vision sereine du présent. »

  78. Suzanne Citron, Le mythe national : L'histoire de France revisitée, Éditions de l’Atelier, , 351 p. (ISBN 978-2-7082-3992-0, présentation en ligne), p. 185.
  79. Le Monde Diplomatique, Des Sarrasins aux Beurs, une vieille méfiance
  80. William & Blanc 2015, p. 15
  81. William & Blanc 2015, p. 17-18
  82. William & Blanc 2015, p. 19
  83. William & Blanc 2015, p. 20
  84. Mosquée de Poitiers : « Génération identitaire cherche la médiatisation pour trouver des militants ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Concernant la bataille en elle-même[modifier | modifier le code]

  • William Blanc (doctorant en histoire médiévale) et Christophe Naudin (prof. d’histoire-géographie) (préf. Philippe Joutard), Charles Martel et la bataille de Poitiers : De l'histoire au mythe identitaire (sciences humaines), Libertalia, coll. « Ceux d’en bas » (no 4), , 328 p., broché (ISBN 9782918059608, présentation en ligne), Introduction. 
  • Elisabeth Carpentier (prof. honoraire en histoire médiévale, Univ. de Poitiers), « POITIERS 732, qu’en savons-nous ? », sur Institut Géopolitique et Culturel Jacques Cartier – Poitiers, (consulté le 13 octobre 2016).
  • Pierre Grunberg, « Poitiers, invasion ou raid ? », Guerres & Histoire, vol. L'empire arabe, une conquête sans jihad (632-750), no 16,‎ , p. 56 et 57. 
  • Salah Guemriche (journaliste indépendant et écrivain), Abd er-Rahman contre Charles Martel - La véritable histoire de la bataille de Poitiers, éditions Perrin, 2010 (ISBN 978-2-26202-960-9).
  • Mohammed Arkoun (dir.), Françoise Micheau et Philippe Sénac (préf. Jacques Le Goff), Histoire de l'Islam et des musulmans en France (collectif), Albin Michel, , 1217 p., relié (ISBN 2-226-17503-2), « La bataille de Poitiers, de la réalité au mythe », p. 15. 
  • Françoise Micheau (prof. émérite, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Alain Corbin (dir.), « Charles Martel, chefs des Francs, gagne sur les Arabes la bataille de Poitiers », dans 1515 et les grandes dates de l'histoire de France, Seuil, (ISBN 978-2-02-067884-1), chap. 732. 
  • Clot André, L'Espagne musulmane (synthèse historique), Editions Perrin, coll. « Tempus », , 448 p. (ISBN 9782262023010, présentation en ligne), p. 33. 
  • Pierre Guichard (prof. d'histoire médiévale univ. Lyon II), Al-Andalus : 711-1492. Une histoire de l'Espagne musulmane, Hachette Littératures (réimpr. 2011 (coll. Pluriel chez Fayard)) (1re éd. 2000), 272 p. (ISBN 978-2012353787, présentation en ligne). 
  • Élisabeth Carpentier (prof. honoraire en histoire médiévale, Univ. de Poitiers), Les Batailles de Poitiers : Charles Martel et les Arabes, Geste Éditions, coll. « En 30 questions », , 63 p. (ISBN 978-2-84561-007-1, présentation en ligne). 
  • Jean Deviosse et Jean-Henry Roy, La bataille de Poitiers : ...octobre 733, Gallimard, coll. « Trente journées qui ont fait la France » (no 2), , 362 p. (ISBN 207021897X, EAN 9782070218974, présentation en ligne).
  • Ferdinand Lot, « Études sur la bataille de Poitiers de 732 », Revue belge de philologie et d'histoire, Bruxelles, Librairie Falk fils, t. 26, fasc. 1-2,‎ , p. 35-59 (lire en ligne).

Concernant l'époque de la bataille[modifier | modifier le code]

  • Pierre Riché (prof. à l'Univ. de Paris X Nanterre), Les Carolingiens : Une famille qui fit l'Europe (biographie), Fayard, coll. « Pluriel » (réimpr. 2012) (1re éd. 1983), 496 p., broché (ISBN 978-2-01-279544-0, EAN 9782012795440, présentation en ligne). 
  • Michel Rouche (prof. à l'Univ. de Paris IV - Sorbonne), L'Aquitaine : des Wisigoths aux Arabes, 418-781, naissance d'une région (thèse de doctorat d'Etat), Editions de l'EHESS (Paris) - Editions Jean Touzot (Paris) (1re éd. 1979), 776 p., broché (ISBN 2-7132-0685-5 et 2-86433-006-7, présentation en ligne), p. 114-115, 361, 458. 

Biographies de personnalités liées à l'événement[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]