Royaume de Majorque
| Statut | Monarchie conçue autonome et alliée, mais en pratique vassale de la couronne d'Aragon |
|---|---|
| Capitale | Perpignan |
| Langue(s) | Ancien catalan |
| Religion | Catholicisme |
| 1229-1232 | Conquête de l'île par Jacques Ier d'Aragon, confiée à Pierre de Portugal |
|---|---|
| 1235 | Conquête d'Ibiza |
| 1287 | Conquête de Minorque |
| 1344-1344 | Pierre IV d'Aragon conquiert les Baléares, le Roussillon et la Cerdagne |
| 1349 | Jacques III vend la seigneurie de Montpellier à Philippe VI de France |
| Bataille de Llucmajor : intégration définitive à la couronne d'Aragon | |
| 28 novembre 1715 | Disparition (décrets de Nueva Planta) |
| (1er) 1236-1256 | Jacques Ier d'Aragon |
|---|---|
| (Der) 1324-1349 | Jacques III |
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Le royaume de Majorque, en espagnol reino de Mallorca, en catalan regne de Mallorca, est une entité politique créée au sein de la famille royale d'Aragon de la maison de Barcelone par le testament du roi Jacques Ier, conquérant des îles Baléares au cours de la Reconquista, au profit de son fils cadet Jacques.
Celui-ci devient roi de Majorque à la mort de Jacques Ier (1276), son frère aîné Pierre devenant le roi d'Aragon Pierre III. Le territoire du royaume de Majorque est formé par les Baléares et le Roussillon, ainsi que par deux seigneuries dans le royaume de France, notamment la seigneurie de Montpellier. Il disparaît en 1343, le roi d'Aragon Pierre IV ayant conquis les Baléares et le Roussillon.
Ce royaume reste présent de nos jours en France, notamment par le palais des rois de Majorque de Perpignan. On peut aussi remarquer que l'université de Montpellier a été fondée en 1289, sous le règne de Jacques II de Majorque, seigneur de Montpellier.
Le royaume de Majorque, principalement les îles Baléares, a toujours été en butte aux ambitions des rois d'Aragon, malgré les liens de parenté entre les deux familles royales. Les Baléares sont d'ailleurs occupées par les Aragonais de 1285 à 1298. Il a en général bénéficié de la protection des rois de France.
Son histoire se déroule sous les règnes des
- rois d'Aragon : Jacques Ier, Pierre III, Alphonse III, Jacques II, Alphonse IV et Pierre IV ;
- rois de Majorque : Jacques II (1276-1311), Sanche Ier (1311-1324) et Jacques III (1324-1349) ;
- rois de France : Philippe III le Hardi, Philippe IV le Bel, Louis X le Hutin, Philippe V le Long, Charles IV le Bel et Philippe VI de Valois (dont l'avènement est à l'origine de la guerre de Cent Ans).
Les Baléares sous le règne de Jacques Ier d'Aragon (1229-1276)
[modifier | modifier le code]Conquête des îles Baléares (1229-1235)
[modifier | modifier le code]La conquête de l'île de Majorque dure de 1229 à 1232. Minorque est soumise en 1231 au paiement d'un « tribut annuel mahométan[pas clair] », mais sera conquise militairement en 1287. Ibiza est conquise durant l'été 1235;

La seigneurie de Pierre de Portugal (1231-1244)
[modifier | modifier le code]En 1231, Jacques Ier confie la seigneurie[réf. nécessaire] de l'île de Majorque à son cousin l'infant Pierre de Portugal, prince royal portugais de mère aragonaise, entré au service du roi d'Aragon en 1228.
La politique de Pierre de Portugal se révèle davantage déterminée par sa carrière d'affairiste, de meneur de guerre et de mercenaire, de marchand d'esclaves, que par le bien public[réf. nécessaire]. Il instaure un monopole sur les salines et accapare des biens[réf. nécessaire].
Les plaintes répétées des nobles et des dignitaires religieux, plus que des paysans, amènent sa disgrâce. Jacques Ier lui retire ses pouvoirs dans les Baléares en 1244, mais il reçoit en compensation des seigneuries dans la région de Valence.
Période de gouvernement royal (1244-1254)
[modifier | modifier le code]Le roi dote l'île d'institutions spécifiques et d'espaces de tolérance religieuse[pas clair], en suivant le modèle sicilien[pas clair].
Le gouvernorat de Pierre de Portugal (1254-1256)
[modifier | modifier le code]Mais à la demande de Pierre de Portugal devenu courtisan et chef du parti aragonais[pas clair], il lui confie de nouveau le pouvoir dans les îles en 1254.
Elle prend la forme d'un mandat de gouverneur, afin d'éprouver la solidité des institutions récemment mises en place. À la mort de Pierre en 1256, la seigneurie des îles est déjà une possession assurée du roi.
Une période de développement
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Malgré la conquête, les Baléares restent un lieu actif du commerce méditerranéen, notamment du commerce des esclaves[réf. nécessaire], mais aussi de l'huile d'olive d'Andalousie, des figues de Murcie ou d'Alcudia, des vins de Grèce ou de Calabre, des minerais et métaux, en particulier le fer de la mer Méditerranée occidentale[pas clair] et du sel d'Ibiza.
La main d'œuvre libre est catalane, l'emprise politique et noble est aragonaise[réf. nécessaire]. Dans les villes importantes, les ordres franciscains et dominicains s'installent durant cette période.
Le royaume de Majorque sous le règne de Jacques II (1276-1311)
[modifier | modifier le code]Territoire du royaume en 1276
[modifier | modifier le code]L'expression « royaume de Majorque » désigne la construction politique issue du testament de 1262 au bénéfice du second fils de Jacques Ier, le roi Jacques II de Majorque, qui rassemble :
- l'île de Majorque, « l'une des plus belles terres, sur laquelle repose la plus belle ville du monde » (Palma) selon les chroniqueurs italiens, associée selon les dispositions testamentaires de 1262 aux îles Pityuses : Ibiza et Formentera, Minorque ;
- les comtés pyrénéens du Roussillon et de la Cerdagne et leurs dépendances ;
- les fiefs tenus au nom du défunt par les comtes de Foix et d'Empúries[pas clair] ;
- la ville de Collioure
- la ville de Montpellier et la seigneurie de Montpellier ;
- la vicomté française de Carlat en Haute-Auvergne.
Début du règne (1276-1285)
[modifier | modifier le code]Le fils cadet de Jacques Ier d'Aragon se fait appeler Jacques Ier de Majorque (Jaime en aragonais, Jaume en catalan) : il est d'ailleurs le premier à porter ce nom. Néanmoins, nombre d'historiens l'appellent Jacques II de Majorque[1].
Il installe la capitale de son royaume à Perpignan, où il fait construire un château aujourd'hui appelé palais des rois de Majorque. La vie de cour y est luxueuse et splendide, dans un pays merveilleux, comme le dit la chronique de Bernat Desclot, homme de lettres au service de la couronne d'Aragon. Le château royal de Collioures est sa résidence d'été. Au cours de son règne, Jacques de Majorque achève le château de Bellver.
C'est sous son règne qu'est créée l'université de Montpellier (1289), déjà doté d'une faculté de Médecine depuis plusieurs décennies. Cette université est la troisième créée en France, après celles de Paris et de Toulouse.
Il entreprend de construire une nouvelle capitale à Sineu[réf. nécessaire] (île de Majorque). Il fonde les villes de Manacor, de Petra, de Llucmajor et de Felanitx.
Relations conflictuelles avec Pierre III d'Aragon (1276-1285)
[modifier | modifier le code]Le royaume de Majorque est d'abord contesté par Pierre III d'Aragon, frère aîné de Jacques. En 1279, celui-ci doit se reconnaître vassal de son frère par le traité de Perpignan qui annule une disposition du testament paternel.
Un conflit militaire éclate ensuite au moment de la croisade d'Aragon (1284-1285), durant laquelle Jacques II prend le parti du roi de France Philippe III le Hardi.
En représailles, le roi d'Aragon Alphonse III, successeur de Pierre III en 1285, envahit les Baléares (Alphonse III règne jusqu'en 1291, son successeur est Jacques II d'Aragon).
Occupation des Baléares par les rois d'Aragon (1285-1298)
[modifier | modifier le code]Alphonse III confisque les îles de Majorque, d'Ibiza et de Formentera. Ennemi des Italiens, notamment des Génois et des Pisans, il occupe le royaume de Majorque de 1285 à 1298. Antisémite, il y multiplie les mesures coercitives et vexatoires contre les juifs et contre les musulmans, que Jacques Ier et son fils avaient fait respectivement protéger et tolérer[pas clair].
Il s'empare de Minorque en , prétextant[réf. nécessaire] que l'île est revenue à l'islam, alors que la tolérance envers cette religion provenait d'un statut[Lequel ?]. Il y fait massacrer par des troupes une fraction des habitants qui refusent l'esclavage[réf. nécessaire]. Cela suscite l'indignation des dignitaires italiens ainsi que des catalans modérés[Qui ?]. Ces massacres n'ont pour but que d'assurer une plate-forme maritime vers la Sardaigne et la Sicile, au motif de gloire et de croisade[pas clair]. Cette conquête des Baléares assure à Pierre III le contrôle de la Méditerranée occidentale, alors qu'il est devenu roi de Sicile en 1282, au détriment de la maison d'Anjou, d'origine française.
La spoliation du royaume de Majorque est cependant le sujet de tractations diplomatiques internationales, impliquant notamment le pape. Le traité d'Anagni de 1295 stipule que les îles doivent être restituées par le roi d'Aragon (alors Jacques II) à son possesseur légitime, augmentées de l'île de Minorque en compensation. Il faut cependant attendre 1298 pour que la restitution soit effective.
Jacques de Majorque revient dans ses terres en 1299 et entame, sous la protection du roi de France (Philippe le Bel) française, une réconciliation avec la Couronne d'Aragon.
Fin du règne de Jacques II de Majorque (1298-1311)
[modifier | modifier le code]Grâce à ses liens avec l'Italie, avec la Catalogne (Barcelone) et le royaume de Valence, mais aussi avec le Nord de l'Europe (comté de Flandre (Bruges), Angleterre, Irlande et Écosse), avec l'Afrique (traité de paix de 1313[réf. nécessaire] avec les souverains de Tunis, de Bougie, d'Alger, de Bône et de Collo), le royaume de Majorque s'épanouit dans le calme et la prospérité[réf. nécessaire]. L'érection et la décoration définitive du château de Bellver en témoignent, ainsi que le meilleur de l'œuvre[pas clair] du savant franciscain Raymond Lulle (1232-1315).
Les successeurs de Jacques II de Majorque
[modifier | modifier le code]Règne de Sanche Ier (1311-1324)
[modifier | modifier le code]Sanche, fils cadet de Jacques de Majorque, lui succède. Sanche Ier choisit de fixer sa capitale à Sineu, dans l'île de Majorque[2].
Les régimes fiscaux particuliers se durcissent ; ils frappent en premier lieu les riches Génois du barrio italiano de Palma, qui paient dix fois plus d'impôts[réf. nécessaire] que les autres sujets sans s'offusquer pour autant car ils contrôlent l'économie de l'île[réf. nécessaire] ; puis les communautés juives des îles, qui gardent néanmoins un statut privilégié[réf. nécessaire]. Pour autant, le calme politique profite à l'économie majorquine[réf. nécessaire].
La crise de 1324 et l'intervention du roi de France
[modifier | modifier le code]Le roi Sanche, de santé fragile, meurt sans héritier légitime. Le roi d'Aragon Jacques II, qui a la volonté de s'emparer des îles Baléares, va tenter d'en profiter.
La crise monarchique est évitée par le roi de France Charles IV. Celui-ci soutient le neveu de Sanche, Jacques, âgé de neuf ans ; il réussit à imposer un conseil de régence, au détriment du roi d'Aragon.
Prospérité du début du règne de Jacques III (1324-1343)
[modifier | modifier le code]Jacques III, deuxième roi de Majorque à porter ce prénom, est « héritier reconnu » comme le stipule l'accord entre les couronnes d'Aragon et de Majorque[3].
Jacques III réside à Perpignan, mais aussi à Palma et à Sineu dans l'île de Majorque. Il élabore une étiquette de cour stricte, régie par les Lois palatines. Celles-ci font école dans d'autres cours européennes. c'est au début de son règne qu'est écrite la chronique de Ramon Muntaner.
L'esprit de liberté économique et d'entreprise, allié à la faiblesse relative des impôts[réf. nécessaire] et à l'efficacité des fonctions régaliennes[réf. nécessaire], maintiennent les îles comme places pivots des échanges commerciaux et culturels entre le monde atlantique et le monde méditerranéen.
La puissance du royaume atteint un sommet dans le domaine de la construction navale[réf. nécessaire] et un perfectionnement corrélatif des techniques, notamment dans l'artisanat textile et l'armement (arbalète, dispositif de projection naval) ainsi que dans le domaine de la cartographie, avec l'école majorquine de cartographie. Les échanges intenses avec les côtes atlantiques, notamment normandes, bretonnes, saintongeaises, aquitaines ou anglaises, stimulent ces développements.[réf. nécessaire]
Reprise de la guerre avec les rois d'Aragon (1343) et mort de Jacques III (1349)
[modifier | modifier le code]La querelle dynastique reprend avec Pierre IV d'Aragon, pourtant beau-frère de Jacques III, qui ambitionne de conquérir le royaume de Castille et les Baléares. Après avoir tenu des promesses aux habitants des îles[réf. nécessaire], le roi d'Aragon les envahit en 1343.
Cette conquête des Baléares et des Pityuses suffit à détrôner Jacques III, dépourvu de tout soutien. Les rois de France sont en effet confrontés à ce moment aux attaques anglaises du début de la guerre de Cent Ans, commencée en 1337. Pierre IV fait une entrée triomphale à Palma le .
Le roi Jacques se réfugie en Cerdagne, à Puigcerdà, en , mais le roi d'Aragon s'empare en 1344 de ses comtés de Roussillon et de Cerdagne. Il ne reste alors au roi de Majorque que ses possessions de France. De fait, le royaume de Majorque a disparu. Néanmoins, le roi Jacques III va faire une ultime tentative.
Afin de se procurer des fonds, il engage ses seigneuries au roi de France Philippe VI de Valois, puis les lui vend (sa dernière possession, la seigneurie de Montpellier, est vendue en 1349). Mais sa tentative de reconquête échoue le lors de la bataille de Llucmajor, à Majorque, durant laquelle il est tué sur la route de Campos.
Survie du royaume de Majorque
[modifier | modifier le code]Survie juridique à la fin du Moyen Âge et aux Temps modernes (1343-1716)
[modifier | modifier le code]Bien que réintégré à la Couronne d'Aragon, le royaume de Majorque existe juridiquement jusqu'à son abolition par les décrets de Nueva Planta de 1716.
Le cas le plus remarquable est celui de Charles Quint (1500-1558) ; il est à la fois (à partir de 1520) empereur, roi de Castille, roi d'Aragon, roi de Sicile, comte de Bourgogne, duc de Brabant, comte de Flandre, comte de Hollande (etc.), et porte aussi officiellement le titre de « roi de Majorque ».

Survie légendaire
[modifier | modifier le code]Au-delà du droit, il survit bien longtemps dans les têtes françaises et occitanes ; celles-ci s'estiment humiliées, en tant que premiers protecteurs de ce royaume indépendant, par l'emprise aragonaise. Il n'est pas innocent que le royaume de Majorque survive à Montpellier, au Languedoc ou en Roussillon comme un royaume de légende médiéval, au temps d'une puissance française mythifiée d'un éternel XIIe siècle. Inversement, cet attachement se trouve souvent présent chez les modestes migrants des Pityuses et des Baléares vers les rivages français, aux XIXe et XXe siècles. Le brassage de migration baléares en Algérie française n'y est pas étranger.[réf. nécessaire] Dans le cas catalan, la puissance française déclinante fin XIIIe déploie davantage un rôle diplomatique. Les légendes et les histoires orales occitanes ont fait le reste[4].
Conquête du Roussillon et de la haute Cerdagne par Louis XIV
[modifier | modifier le code]En récupérant le Roussillon et la haute Cerdagne (au nord de Puigcerda), les soldats de Louis XIV ont réalisé une première reconstitution nordique du royaume[réf. nécessaire]. La marine royale n'a pas poussé jusqu'aux îles majorquines au XVIIe siècle. Par la suite, la guerre de succession d'Espagne, portant les Bourbons sur le trône d'Espagne a éteint cette revendication.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Un grand nombre d'écoles historiques le nomment ainsi, réservant sans confusion possible le titre de Jacques Ier d'Aragon. Il découle de cette divergence dénominative force difficultés et confusions car le prénom Jacques, Enjaime' en écriture ancienne, Jaime en aragonais ou encore Jaume en catalan est courant dans la lignée.
- ↑ Son successeur, le roi Jacques y fait ériger un palais.
- ↑ Il s'agit de Jacques II de Majorque[pas clair].
- ↑ Les mondes occitans et provençaux expriment, ou entretiennent, une sympathie et une proximité culturelle avec le monde catalan.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Majorque
- Jacques Ier d'Aragon
- Couronne d'Aragon
- Liste des rois de Majorque
- Îles Baléares
- Espagnes médiévales > Almogavres
- Conquête de Majorque
Palais des rois de Majorque
Liens externes
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- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- Livre d'Agnès et Robert Vinas sur la conquête de Majorque