Révolution des Œillets

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Révolution des Œillets

Description de cette image, également commentée ci-après

Célébration du 25 avril à Porto, en 1983[1].

Autre nom Revolução dos Cravos
Date
Lieu Drapeau du Portugal Portugal
Résultat Renversement de la dictature salazariste
Chronologie
Coup d'État militaire
Mário Soares rentre au Portugal
Adoption de la nouvelle Constitution

La révolution des Œillets (Revolução dos Cravos en portugais), également surnommé le 25 avril (en portugais : 25 de Abril) est le nom donné aux événements d'avril 1974 qui ont entraîné la chute de la dictature salazariste qui dominait le Portugal depuis 1933.

Ce que l'on nomme « révolution » est d'abord un coup d'État organisé par des militaires, radicalisés suite à l'échec de la guerre coloniale menée par le Portugal et les sacrifices humains. Ce coup d'État, soutenu par le peuple, provoque une révolution qui va durer deux ans et changer les structures de la nation, à la fois politiquement, économiquement, socialement et culturellement[2]. Si le renversement du régime provoque un enthousiasme unanime, les jours qui suivent vont faire apparaître des divisions profondes sur la voie à suivre.

La révolution des Œillets offre la particularité de voir des militaires abattre un régime sans pour autant instaurer un régime autoritaire. Ils sont en effet porteurs d'un projet démocratique : mise en place d'un gouvernement civil, organisation d'élections libres et décolonisation. La fin de ce qui était appelé l'Estado Novo, le régime salazariste, va permettre au pays de sortir de son isolement.

Cet événement s'inscrit dans le vaste mouvement de démocratisation qui touchera bientôt l'Espagne, la Grèce, l'Amérique Latine et enfin l'Europe de l'Est.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le premier ministre Marcelo Caetano renversé par la révolution

Au début des années 1970, le régime autoritaire de l'Estado Novo continuait de faire peser une chape de plomb sur le pays depuis les années 1930. Le premier ministre António de Oliveira Salazar, son créateur, avait quitté le pouvoir pour raisons de santé en 1968 et était mort en 1970. Il avait été remplacé à la tête du régime par Marcelo Caetano, dont les tentatives de réforme politique furent annihilées par l'inertie du régime et surtout l'omnipotence de la police secrète et militaire, la PIDE.

Or le régime était vieillissant, paraissant ankylosé dans un monde occidental en pleine mutation culturelle et intellectuelle. Les colonies africaines - le Mozambique, l'Angola, la Guinée-Bissau, Sao Tomé-et-Principe, le Cap-Vert - entraînées par le mouvement de la décolonisation, étaient en révolte depuis le début des années 1960, et forçaient le régime à investir de plus en plus d'énergie dans une vaine guerre de pacification visant à garder la mainmise du Portugal sur les restes de son empire colonial. Une telle guerre était dans la même logique que toutes celles provoquées par les autres puissances coloniales.

La jeunesse, entraînée par la conscription, et les officiers engagés dans cette guerre étaient confrontés par eux-mêmes à l'impasse dans laquelle s'engageait le régime. La guerre coloniale devenait le terreau de la révolution par les dissensions qu'elle créait dans la société civile et militaire.

Antécédents[modifier | modifier le code]

La contestation politique[modifier | modifier le code]

Dès 1972, le gouverneur et commandant des Forces Armées en Guinée, António de Spínola tente de convaincre le président du Conseil, Marcelo Caetano, de trouver une solution politique à cette guerre qu'il considère comme perdue. La confrontation est de plus en plus difficile, les pertes énormes et le moral des troupes très affecté.

Caetano refuse. Il est désormais clair que le régime préfère une défaite à une quelconque négociation. Il espère en sortir blanchi et faire porter la responsabilité de la défaite sur l’armée ; armée déjà rendue responsable de la perte des possessions indiennes (Opération Vijay), et qui n’accepte plus de porter le chapeau des erreurs du régime et de sa politique coloniale.

Spinola tente une première fois de renverser le Président de la République afin d'infléchir les décisions du gouvernement. Il échoue mais le tabou est tombé : le débat sur la solution politique à la guerre est lancé. Le mal-être de l’armée est patent. Par ailleurs, le manque de réaction du régime démontre que d’autres actions sont possibles.

En juin 1973, à l'occasion d'un congrès de soutien au régime, des officiers proches de Spinola contestent publiquement et pour la première fois la stratégie du régime tout en déclarant vouloir défendre eux aussi l’intérêt de la nation[3].

La contestation corporative[modifier | modifier le code]

Par ailleurs, le régime finit de se mettre à dos le reste de l'armée avec deux décrets censés faciliter le recrutement d'officiers nécessaires sur le front africain. Ces décrets provoquent la colère des officiers de carrière, des capitaines notamment. Ceux-ci décident de s'unir afin de contester ces mesures. Une première réunion a lieu à Alcaçovas en septembre 1973 qui donnera naissance au Mouvement des Forces Armées (MFA). Ici, la contestation est plus d'ordre corporatiste que politique.

Malgré le retrait des décrets, les réunions du MFA, de plus en plus politisées, se poursuivent. La guerre est à l'origine de tous les problèmes et la sortie de la guerre passe forcément par un changement politique. Si certains participants évoquent déjà l'idée d'un coup d'État, la majorité vote pour une solution légaliste.

Le MFA se dote de structures solides et s'élargit aux autres corps de l'armée fin 1973. Les membres de la commission coordinatrice sont Dinis de Almeida, Vasco Lourenço, Rodrigo de Castro, Mario Frazao, Mariz Fernandes, Campos Andrade, Sanches Osorio, Hugo dos Santos, Otelo Saraiva de Carvalho et Correia Bernardo[4].

Trois propositions sont bientôt mises sur la table par le MFA :

  • conquête du pouvoir confié à une junte en vue de la démocratisation du pays
  • organisation par le gouvernement d’élection libre et d’un référendum sur l’outre-mer sous la tutelle de l’armée
  • simples revendications militaires

C'est la troisième proposition qui l’emporte encore en ce mois de décembre.

Convergence des contestations[modifier | modifier le code]

Le , en dénonçant une tentative de coup d’État droitiste par le général Kaulza de Arriaga, Spinola semble privilégier une voie plus démocratique et ainsi faire un pas vers le MFA. Il accepte pourtant un poste de vice-chef des armées créé spécialement pour lui par le gouvernement. En réalité, il multiplie les contacts avec le MFA mais aussi avec les miliciens, cherchant à unir les contestataires sous son commandement. Il leur demande de rester dans la légalité en attendant la sortie de son livre qui devrait porter un coup au régime.

Outre la crainte de perdre son autonomie, le MFA se pose des questions sur le projet politique porté par Spinola.

La sortie de son livre Le Portugal et le futur fait l'effet d'une bombe. Même s'il ne parle pas de renverser le régime, il prône la démocratisation du pays et une progressive autonomie des colonies dans une structure fédéraliste. Il remet ainsi en question l’un des piliers du régime : l’empire. Ce faisant, il ne fait qu'accélérer sa chute car le livre décomplexe ceux qui n’osaient s’opposer publiquement à la poursuite de la guerre. Marcelo Caetano comprend aussi que le coup d’État est inévitable et qu’il ne peut continuer à gouverner sans le soutien des principaux officiers dont Francisco da Costa Gomes et Spinola qu’il convoque le 22 février 1974. Il leur propose même de revendiquer le pouvoir auprès du chef de l’État. Spinola laisse passer sa chance estimant qu’il est déjà trop tard pour le régime de toute façon.

Le MFA se retrouve dans une situation incommode puisqu’il s’agit maintenant de se ranger derrière Spinola ou de garder son autonomie, en proposant une autre voie, quitte à modérer ses propos[5].

Ses effectifs augmentent. Son organisation s’améliore. Il décide de sonder les positions des principales unités du pays quant à la solution du coup d’État. Les forces militarisées comme la GNR (gendarmerie), la PSP (police) et la GF (douane) restent pro-gouvernementales. On tente un rapprochement avec les autres corps des forces armées : le MFA est majoritairement composé d’officiers de l’armée de terre. Les forces aériennes participent aux réunions du mouvement mais la marine reste à l’écart méfiante envers le faible engagement politique du MFA : ni les unes ni l’autre ne participent au 25 avril. Les miliciens rejoignent aussi le mouvement.

La réunion du 5 mars 1974 à Cascais est l’occasion d’un grand rassemblement. Face aux événements, le MFA prend clairement parti pour le coup d’État et fixe les grands objectifs politiques du mouvement.

Le régime réagit en changeant d’unité certains officiers dont Vasco Lourenço, qui finissent par être arrêtés. Les spinolistes tentent d’accélérer la préparation du plan militaire. Casanova Ferreira et Otelo Saraiva de Carvalho dirigent les débats.

Le 16 mars 1974[modifier | modifier le code]

En mars 1974, Spínola et Costa Gomes démissionnent de leur poste. Leurs prises de position sur le cours de la politique coloniale portugaise sont devenues intenables face aux ultras du régime.

Un groupe d’officiers décide alors d'intervenir sans attendre. Là, les opinions divergent : pour certains, on cherche à prendre le MFA de court, afin de soutenir Spínola, pour d'autres il s'agit de l’évincer. Les Spínolistes, focalisés sur la question des colonies, divergent clairement du MFA dont les positions sont plus radicales et même teintées de marxisme. Le 16 mars, les unités de Caldas da Rainha avancent vers Lisbonne. Elles échouent, et 200 militaires sont arrêtés.

Les événements se précipitent encore. La prudence est de mise. Spínola tente de plus en plus d’influencer le MFA sur les préparatifs du coup d'État mais aussi sur le programme.

Le 25 avril 1974[modifier | modifier le code]

Monument commémorant le 25 avril, Parque Eduardo VII, Lisbonne

Le 25 avril, la diffusion par la radio de Grândola, Vila Morena, chanson de Zeca Afonso interdite par le régime, annonce le départ des opérations menées par le MFA pour s'emparer des points stratégiques du pays et renverser le régime dictatorial. Seize heures plus tard, celui-ci s'effondre.

Malgré les appels réguliers des « capitaines d'avril » (du MFA) à la radio incitant la population à rester chez elle, des milliers de Portugais descendent dans la rue, se mêlant aux militaires insurgés. L'un des points centraux de ce rassemblement est le marché aux fleurs de Lisbonne, alors richement fourni en œillets, dont c'est la saison. Certains militaires insurgés mettront cette fleur dans le canon de leur fusil, donnant ainsi un nom et un symbole à cette révolution.

Marcelo Caetano réfugié dans la caserne principale de la gendarmerie de Lisbonne est bientôt encerclé par le MFA. Voulant à tout prix éviter que le pouvoir ne tombe dans la rue ou aux mains du MFA qu'il considère comme un mouvement communiste, il accepte de se rendre à condition de remettre le pouvoir au général Spínola, ce qui sera fait après accord du MFA. Caetano est alors emmené sous escorte et envoyé en exil vers le Brésil.

Seule la police politique PIDE oppose une résistance armée, qui occasionne la mort de quatre personnes, uniques victimes de cette révolution[6]. Cette résistance est réduite durant la nuit du 25.

Comme prévu le pouvoir est aussitôt confié à une Junte de Salut National (JSN). Elle est composée de militaires prestigieux : Spínola, Costa Gomes, Jaime Silvério Marques, Galvão de Melo, Pinheiro de Azevedo et Rosa Coutinho. Vers 1 h 30, elle se présente aux Portugais en lisant une proclamation rédigée par le MFA. Cette proclamation affirme que le pouvoir sera remis aux civils à l'issue de la tenue d'élections libres, et insiste sur la volonté d'une politique dite des Trois D : « démocratiser, décoloniser et développer ». Pourtant, très vite, les divergences entre les différents protagonistes vont se faire jour et provoquer une longue période de troubles au Portugal plus connue sous le nom de Processus Révolutionnaire en cours (PREC).

Les prisonniers politiques sont également libérés. Les dirigeants des partis politiques en exil peuvent dès lors rentrer triomphalement au Portugal : le socialiste Mário Soares le 29 avril et le communiste Alvaro Cunhal le 30.

Chronologie des événements de la journée[modifier | modifier le code]

  • 24 avril

Le journal República attire l'attention de ses lecteurs sur l'émission Limite de cette nuit.

  • 22:55

La chanson ”E depois do Adeus” (et après les adieux) de Paulo de Carvalho, est diffusée par le journaliste João Paulo Diniz à la radio (Emissores Associados de Lisboa). C'est le signal choisi par le MFA pour indiquer à tous le début des opérations.

  • 00:20

Le signal définitif est lancé par la diffusion des premières strophes de la chanson "Grândola, Vila Morena" de José Afonso, par Rádio Renascença dans l'émission Limite. Ce signal confirme que les opérations sont en marche de manière irréversible dans tout le pays. Les troupes se dirigent vers leurs objectifs. Par la suite, deux poèmes de Carlos Albino (journaliste au República) sont lus à la radio.

  • 00:30

Le MFA occupe l'École Pratique de l'Administration Militaire.

  • 01:00

Prise de l'École Pratique de Cavalerie de Santarém, alors que les troupes d'Estremoz, Figueira da Foz, Lamego, Lisbonne, Mafra, Tomar, Vendas Novas, Viseu, et d'autres points du pays se mettent en route.

  • 03:00

Les révoltés commencent à occuper, de manière synchronisée, les points de la capitale considérés comme vitaux pour le succès de l'opération : l'aéroport de Lisbonne, les locaux de Rádio Clube Português (RCP), de l'Emissora Nacional (l'émetteur national), de la RTP et de Rádio Marconi. Tout cela se fait sans résistance significative.

Dans le nord, le CICA 1 commandé par le lieutenant-colonel Carlos Azeredo s'empare du quartier général de la région militaire de Porto. Il est soutenu par les troupes venues de Lamego. Les Forces du BC9 de Viana do Castelo prennent l'aéroport de Porto.

  • 03:30

Les troupes de l'École Pratique de Cavalerie quittent la caserne de Santarem avec Salgueiro Maia à leur tête. Pendant ce temps des militaires du MFA commencent le siège du quartier général de la région militaire de Lisbonne. Le gouvernement est alerté.

  • 04:00

Étant donné le manque d'information sur la prise de contrôle de l'aéroport de Lisbonne, la transmission du premier communiqué du MFA par la RCP est retardée.

  • 04:15

Le régime réagit ; le ministre de la Défense ordonne aux forces installées à Braga d'avancer sur Porto, avec pour but de reprendre le QG, mais celles-ci ont déjà adhéré au MFA et ignorent les ordres.

  • 04:20

Les forces de l'École Pratique d'Infanterie de Mafra contrôlent l'aéroport de Lisbonne qui est fermé. Le trafic aérien est détourné vers Madrid et Las Palmas.

  • 04:26

Lecture du premier communiqué du MFA par le journaliste Joaquim Furtado au micro de la RCP :

« Ici le poste de commandement du Mouvement des Forces Armées. Les forces armées portugaises demandent à tous les habitants de Lisbonne de rentrer chez eux et d'y rester avec le maximum de calme. Nous espérons sincèrement que la gravité des heures que nous vivons ne sera pas tristement marquée par un accident. C'est pourquoi nous en appelons au bon sens des commandements des forces militarisées, afin d'éviter la moindre confrontation avec les Forces Armées. Une telle confrontation, outre le fait qu'elle soit inutile, ne pourra que conduire à de sérieux préjudices individuels qui endeuilleraient et créeraient des divisions entre les Portugais, ce qu'il faut éviter à tout prix. Nonobstant la préoccupation qui est la nôtre de ne faire couler le sang d'aucun Portugais, nous en appelons à l'esprit civique et professionnel du corps médical, espérant qu'il se dirigera vers les hôpitaux afin d'apporter son éventuelle collaboration, que nous souhaitons, sincèrement, inutile. »

Après la lecture de ce communiqué, l'hymne portugais est joué sur les ondes, suivi de marches militaires, parmi lesquelles la marche A Life on the Ocean Waves de Henry Russell (1812-1900), qui sera adoptée comme hymne par le MFA.

À 4 h 20 l'aéroport militaire de Figo Maduro (Aérodrome de Transit nº 1), accolé à l'aéroport de Lisbonne, est occupé par un homme seul, le capitaine pilote-aviateur Costa Martins. Une fois contrôlé l'AT1, grâce à un coup de bluff consistant à faire croire que la Compagnie de l'École Pratique de l'Infanterie l'encerclait, le capitaine Costa Martins[7] s'adresse à la tour de contrôle de l'aéroport de Lisbonne avec le même bluff. Il ordonne d'arrêter tout le trafic aérien civil au-dessus du Portugal.

  • 04:45

Lecture du second communiqué du MFA à l'antenne du RCP :

« À tous les éléments des forces militarisées et policières, le commandement des forces armées conseille la plus grande prudence afin d'éviter toute confrontation dangereuse. Il n'y aucune intention de faire couler le sang inutilement mais c'est ce qui arrivera en cas de provocation avérée. Nous vous appelons à rentrer immédiatement dans vos casernes en attendant les ordres qui vous seront donnés par le MFA. Les commandements qui tenteront par un quelconque moyen de mener leurs subordonnés à la lutte contre les forces armées seront sévèrement punis. »

  • 05:00

La PIDE/DGS contacte Marcelo Caetano et lui demande d'aller se protéger au QG de la GNR.

  • 05:15

Lecture du troisième communiqué du MFA :

« Afin que la gravité des moments que nous vivons ne soit tristement marquée par un incident, nous en appelons au bon sens des commandements des forces militarisées qui doivent éviter les confrontations avec les Forces Armées. Une telle confrontation, inutile au demeurant, ne pourra qu'entraîner de sérieux préjudices qui endeuilleraient et créeraient des divisions chez les Portugais, ce qu'il faut éviter à tout prix. Nonobstant la préoccupation qui est la nôtre de ne faire couler le sang d'aucun Portugais, nous en appelons à l'esprit civique et professionnel du corps médical, espérant qu'il se dirigera vers les hôpitaux afin d'apporter son éventuelle collaboration, que nous souhaitons, sincèrement, inutile. À tous les éléments des forces militarisées et policières, le commandement du Mouvement des Forces Armées conseille la plus grande prudence, afin que soit évitée toute altercation dangereuse. Il n'y a aucune intention de faire couler inutilement le sang, mais c'est ce qui arrivera dans le cas de provocations avérées. C'est pourquoi nous vous demandons de retourner immédiatement à vos casernes et d'attendre les ordres qui seront données par le MFA. Les commandements qui tenteraient par un moyen quelconque de pousser leurs subordonnés au combat contre les Forces Armées seraient sévèrement punis. Nous informons la population qu'afin d'éviter le moindre incident, qui serait forcément involontaire, elle doit rentrer chez elle et garder son calme. À tous les éléments des forces militarisées, nommément les forces de la GNR et de la PSP, ainsi que les forces de la Direction Générale de Sécurité[8] et de la Légion Portugaise qui ont été abusées par leur recruteurs, nous rappelons leur devoir civique qui consiste à maintenir l'ordre public, ce qui, dans la situation actuelle, ne pourra être effectif qu'en évitant la moindre opposition avec les Forces Armées. Une telle réaction n'apporterait aucun avantage, et entraînerait un indésirable bain de sang qui ne contribuerait en rien à l'unité de tous les Portugais. Confiants dans le bon sens et le civisme de tous les Portugais, et afin d'éviter toute confrontation armée, nous demandons néanmoins aux médecins et au personnel infirmier de se présenter dans les hôpitaux pour une collaboration que nous souhaitons être inutile. »

  • 05:30

Salgueiro Maia entre dans Lisbonne et croise des forces de police sans qu'il y ait de réaction. Ses troupes s'installent sur le Terreiro do Paço où se trouvent le ministère de l'Armée, le conseil municipal, la banque du Portugal ainsi que les bureaux de la PSP (police). Salgueiro annonce à un journaliste qu'ils sont là pour renverser le régime.

  • 06:45

Quatrième communiqué du MFA :

« Ici le poste de commandement du Mouvement des Forces Armées. À l'attention des éléments des forces militarisées et policières. Dès lors que les forces armées ont décidé de prendre en charge la situation actuelle, toute opposition des forces militarisées et policières envers les unités militaires qui occupent Lisbonne sera considérée comme un délit grave. Le non-respect de cet avertissement pourra entraîner un inutile bain de sang, dont la responsabilité leur serait entièrement attribuée. Elles devront, par conséquent, rester dans leurs casernes jusqu'à nouvel ordre du Mouvement des Forces Armées. Les commandements des forces militarisées et policières seront sévèrement punis dans le cas où ils inciteraient leurs subordonnés à la lutte armée. »

  • 07:30

Cinquième communiqué du MFA :

« Ici le poste de commandement du Mouvement des Forces Armées. Comme il a été annoncé précédemment, les forces armées ont lancé, depuis ce matin, une série d'actions visant à libérer le pays de ce régime qui le dirige depuis longtemps. Dans leurs communiqués, les forces armées ont appelé à la non intervention des forces policières afin d'éviter tout bain de sang. Nous en tenant toujours au même désir, nous n'hésiterons pas à répondre, de manière ferme et implacable, à la moindre opposition manifeste. Conscients d'être l'interprète du véritable sentiment de la Nation, le MFA poursuivra son action libératrice et demande à la population de garder son calme et de rentrer chez elle. Vive le Portugal.  »

  • 08:45

Sixième communiqué du MFA, cette fois au micro de l'émetteur national :

« Les forces armées ont lancé une série d'actions visant à libérer le pays de ce régime qui le dirige depuis longtemps. Dans leurs communiqués, les forces armées ont appelé à la non intervention des forces policières afin d'éviter tout bain de sang. Nous en tenant toujours au même désir, nous n'hésiterons pas à répondre, de manière ferme et implacable, à la moindre opposition manifeste. Conscient d'être l'interprète du véritable sentiment de la Nation, le MFA poursuivra son action libératrice et demande à la population de garder son calme et de rentrer chez elle. Vive le Portugal. »

  • 16:00

Les forces du CIOE contrôlent les installations de la RTP et de la RCP à Porto.

  • 16:30

L'ultimatum lancé à Marcelo Caetano arrive à son terme. Celui-ci fait savoir qu'il est prêt à se rendre à la condition que ce soit à un officier supérieur.

  • 17:45

Spínola arrive sur place.

  • 19:30

Marcelo Caetano est emmené dans un véhicule blindé vers le poste de commandement de Pontinha.

  • 20:00

La PIDE/DGS tire sur la foule et fait quatre morts. Elle finit par se rendre après l'intervention de Spínola. Début de la première réunion entre la JSN et le MFA.

  • 01:30

Présentation des membres de la JSN à la télévision.

Postérité[modifier | modifier le code]

Pont du 25 avril
Article détaillé : Pont du 25 Avril.

En mémoire de la révolution du , le grand pont suspendu qui enjambe le Tage à Lisbonne, jusque là nommé « pont Salazar », a été rebaptisé « pont du 25 Avril ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Manifestations et protestations au Portugal
  2. 25 de abril, mitos de uma revoluçao de Maria Inacia Rezola, p. 17-19
  3. 25 de abril, mitos de uma revoluçao de Maria Inacia Rezola, p. 30-33
  4. 25 de abril, mitos de uma revoluçao de Maria Inacia Rezola, p. 27-30
  5. 25 de abril, mitos de uma revoluçao de Maria Inacia Rezola, p. 39-42
  6. http://www1.ci.uc.pt/cd25a/wikka.php?wakka=ano1974
  7. Par la suite, Costa Martins sera diffamé, vilipendé, sa promotion suspendue, il sera écarté des forces aériennes. Après une longue procédure judiciaire qui l'amena devant le Tribunal suprême de justice, le capitaine Costa Martins est réintégré et promu colonel, poste qu'il occuperait s'il n'avait pas été écarté.
  8. La Direction Générale de Sécurité (Direção-Geral de Segurança (1969-1974) est la force qui avait succédé, sous le gouvernement Caetano, à la police politique PIDE de triste réputation. La DGS sera la seule force à avoir ouvert le feu sur les révolutionnaires, faisant quatre morts (à 20 h dans la présente chronologie).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Léonard, La Révolution des œillets, éditions Chandeigne, 2003
  • (fr)(pt) Manuel do Nascimento, La Révolution des Œillets au Portugal : chronologie d'un combat pacifiste / A Revolução dos Cravos em Portugal : cronologia de um combate pacífico, L'Harmattan, Paris, 2009, 176 p. (ISBN 978-2-296-09632-5)
  • Charles Reeve, Les œillets sont coupés, Paris-Méditerranée, Paris, 1999, 164 p. (ISBN 2-8427-2066-0)
  • Charles Reeve, Claude Orsoni et al., Portugal, l'autre combat, éditions Spartacus, 1975
  • (pt) Maria Inácia Rezola, 25 de abril : mitos de uma revolução, A Esfera dos Livros, Lisbonne, 2007, 411 p. (ISBN 978-989-626054-5)
  • Dominique de Roux, Le Cinquième Empire, éditions Belfond, 1977. Éditions du Rocher, 1997
  • Jaime Semprun, La Guerre sociale au Portugal, éditions Champ libre, 1975
  • José Saramago, Relevé de Terre, éditions du Seuil, 1980, 2012 pour l'édition française, 361 pages

Discographie[modifier | modifier le code]

  • (pt) Francisco Fanhais, Manuel Freire, José Jorge Letria (et al.), Portugal Revolution : 25 abril, 25 canções ante, após Revolução, Vincennes, Frémeaux et associés, Night and day, 2005, 2 CD + 1 livret

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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