Caïd

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Icône de paronymie Cet article possède un paronyme ; voir : CAIDD.

Un caïd (arabe : قائد qāʾid  « commandant ») est, en Afrique du Nord, un notable qui cumulait autrefois des fonctions administratives, judiciaires, financières et parfois de chef de tribu. Généralement hommes issus de familles riches, ils achètent cette fonction et il est donc courant d'être le caïd de plusieurs districts en même temps.

Le mot s'est généralisé en langue française et désigne aujourd'hui, en langage familier, une personne qui impose son autorité, et plus particulièrement le chef d'une bande de délinquants ou de criminels.

Tunisie[modifier | modifier le code]

Le caïdat tunisien est une charge régionale de l'administration de l'État beylical, dotée du grade militaire de général de brigade. Le caïd jouit de toutes les prérogatives d'un gouverneur de province : il est chargé de l'administration générale, du maintien de la justice et de la charge lucrative de fermier des impôts. Il est l'agent d'exécution du bey de Tunis et préside à la destinée de la région, de ses tribus et des bourgs environnants. Les caïd-gouverneurs tunisiens sont membres du makhzen beylical.

Un caïd est assisté dans sa fonction par les kahias (lieutenant-gouverneurs) à la tête des principales villes (grade de colonel) et plus localement, par les khalifas (grade de capitaine ou plus).

Sous le protectorat français de Tunisie à partir de 1881, le caïd possède le grade d'officier supérieur à titre civil de l'armée tunisienne puis de la garde beylicale (également à titre civil). Ces grades servent à hiérarchiser le corps des hauts fonctionnaires de l'Etat beylical.

Caïds algériens et tunisiens invités à défiler avec Nicolas II.

Algérie française[modifier | modifier le code]

En Algérie française, le caïd est un fonctionnaire placé à la tête d'un douar, fraction d'une commune. Le corps des caïds est organisé par un décret du 6 février 1919 ; jusqu'à cette date, les intéressés étaient désignés comme « adjoints indigènes ».

Deux cas peuvent se présenter :

1) Si le douar est situé dans une « commune de plein exercice » (identique aux communes de métropole), il a essentiellement une fonction de police : renseignement de l'autorité municipale, aide au recouvrement de l'impôt, contrôle de l'exactitude de l'état civil des habitants musulmans ;

2) Si le douar est situé dans une « commune mixte », ses fonctions sont plus importantes (d'autant que les communes mixtes sont parfois très étendues et les liaisons difficiles, par exemple celle de l'Aurès) : il est le délégué dans le douar de l'administrateur de la commune mixte (lui aussi fonctionnaire, mais du corps préfectoral) pour établir la liste des conscrits, lutter contre les incendies de forêts, participer aux séances de la djemaâ (assemblée délibérante du douar), etc.

Les caïds, assistés de khodjas, constituent un corps de fonctionnaires, dont les grades supérieurs sont « agha » et « bachaga » ; ceux-ci ont les mêmes attributions que le caïd, mais sont tenus depuis 1919 d'avoir au moins 25 ans, de savoir lire et écrire le français et l'arabe et dans l'idéal d'être diplômés d'une médersa. Le recrutement est partiellement mis au concours, mais le plus souvent revêt un aspect politique, les récipiendaires étant choisis dans les familles aristocratiques ou parmi les anciens militaires.

Dans l'ensemble, le corps a souffert d'une mauvaise réputation (abus de pouvoir et corruption)[1].

II faut signaler que les turcs n'ont pas importé leurs institutions en Algérie, bien au contraire ils ont conservé les structures existantes tout en les modifiant selon les besoins de la conjoncture et en introduisant d'autres. Quant à la France elle a maintenu au début de la colonisation cette fonction, puis elle y a mis fin par les arrêtés du 20 Mai 1868 et du 24 novembre 1871. Puis elle réapparut sous l'appellation adjoint municipal indigène dans le décret du 24-12-1870, et fut modifiée par les arrêtés du gouverneur général le 13 avril 1898. Enfin elle prend le titre de caïd dans les décrets du gouvernement général en février et août 1919[2].

En 1919, les caïds sont répartis en six classes rétribuées comme suit :

  • Classe exceptionnelle : 4.000 fr.
  • 1re classe : 3.000 fr.
  • 2e classe : 2.500 fr.
  • 3e classe : 2.000 fr.
  • 4e classe : 1.600 fr.
  • 5e classe : 1.200 fr.

Les caïds promus aghas et bach-aghas perçoivent un supplément de traitement de 4,000 francs pour le titre d'agha, et de 2,000 pour celui de bachagha.

Quelques personnalités

Autres usages[modifier | modifier le code]

Le terme de « caïd » peut également désigner :

Le mot est aussi utilisé en français familier pour désigner :

  • le chef d'une bande délictuelle ou criminelle ;
  • plus largement et au sens figuré, une personne qui impose son autorité, éventuellement par la force.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Jean-Christian Serna, « Caïd », L'Algérie et la France, dictionnaire coordonné par Jeannine Verdès-Leroux, éd. Robert Laffont, Paris, 2009, p. 155 (ISBN 978-2-221-10946-5).
  2. Voir à ce propos C. COLLOT, Les institutions de l'Algérie durant la période coloniale (1830-1962), CNRS, Paris et OPU, Alger, 1987
  3. Cf. Dossier administratif de Saïd Abbas aux Archives nationales (Fontainebleau).

Voir aussi[modifier | modifier le code]