Saragosse

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Saragosse (homonymie).

Saragosse
Zaragoza
Blason de Saragosse
Héraldique
Drapeau de Saragosse
Drapeau
Saragosse
La basilique du Pilar et le pont de pierre sur l'Èbre.
Administration
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Statut Municipio
Communauté autonome Aragon Aragon
Province Province de Saragosse Province de Saragosse
Comarque Saragosse
District judic. Saragosse
Budget 785 400 490 € (2008)
Maire
Mandat
Jorge Azcón (es) (PP)
2019-2023
Code postal 50001 - 50021
Démographie
Gentilé - zaragozano/a (es)
- maño/a (pop.) (es)
- saragossan (fr)
Population 666 880 hab. ()
Densité 685 hab./km2
Géographie
Coordonnées 41° 39′ 00″ nord, 0° 53′ 00″ ouest
Altitude 208 m
Superficie 97 378 ha = 973,78 km2
Distance de Madrid 325 km
Rivière(s) L'Èbre
Divers
Fondation 24 av. J.-C.
Patrimoine mondial Palais de la Aljafería, église San Pablo et une partie de la cathédrale (2001)
Saint patron Virgen del Pilar
Localisation

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Saragosse
Liens
Site web www.zaragoza.es

Saragosse (en aragonais et en castillan : Zaragoza, du latin : Caesaraugusta) est une ville espagnole, capitale de la province du même nom et de l'Aragon. Elle compte 679 624 habitants en 2012. C'est la cinquième ville d'Espagne par la population.

Un important traité fut signé à Saragosse (traité de Saragosse) en 1529 entre Espagnols et Portugais pour le partage des découvertes du Nouveau Monde.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Son nom vient de Caesaraugusta ou Caesar Augusta en l'honneur de Caesar Divi Filius Augustus[1].

Géographie[modifier | modifier le code]

Saragosse est située sur les bords de l'Èbre à mi-chemin entre Madrid et Barcelone, environ 300 kilomètres de chacune d'elles, et à 340 kilomètres de Valence.

Climat[modifier | modifier le code]

Saragosse bénéficie d'un climat méditerranéen à tendance continentale sèche comme la majeure partie de l'intérieur de l'Espagne. Les températures connaissent d'importantes variations saisonnières et l'amplitude thermique entre le mois le plus froid et le mois le plus chaud est de l'ordre de 15 °C. La température la plus élevée relevée à Saragosse entre 1951 et 2010 fut 43,1 °C le 22 juillet 2009[2]. Le 26 août 2010 la seconde plus élevée est relevée à 42,8 °C[3].

Les précipitations sont faibles avec une pluviométrie annuelle de seulement 317 mm, le mois le plus arrosé étant mai avec 44 mm.

Climat à Saragosse

Relevé météorologique de Saragosse (période : 1971-2000)
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 2,4 3,5 5,2 7,4 11,2 14,8 17,6 17,8 14,7 10,3 5,8 3,5 9,5
Température maximale moyenne (°C) 10,3 13,3 16,6 18,7 23,2 27,7 31,5 31 26,7 20,7 14,3 10,7 20,4
Précipitations (mm) 22 20 20 35 44 31 18 17 27 30 30 23 317
Nombre de jours avec précipitations 7 6 6 8 9 6 4 4 5 7 8 9
Source : Le climat à Saragosse (en °C et mm, moyennes mensuelles) worldweather.org


Transport[modifier | modifier le code]

Les arrêts de bus de Saragosse
Les arrêts de bus de Saragosse.

Saragosse constitue un nœud routier de tout premier rang, qui met en relation le centre de l'Espagne, Madrid, avec Barcelone. D'autre part Barcelone, ainsi que Valence avec le nord de la péninsule.

La ville est aussi pour le transport ferroviaire la plaque tournante du nord-est de l'Espagne, point de transit de la ligne ferroviaire à grande vitesse AVE qui relie Madrid et Barcelone en particulier, et encore au-delà de ces deux plus grandes villes espagnoles. D'autres relations concernent les régions du nord de l'Espagne avec celles de la façade méditerranéenne (Valence et, plus au nord, la Catalogne).

Aéroport international

L'aéroport international de Saragosse dessert un grand nombre de villes européennes. Des travaux d'adaptation et de modernisation de l'aéroport ont été effectués pour l'exposition internationale de Saragosse en 2008. Équipé d'infrastructures neuves, la capitale d'Aragon profite d'un aéroport moderne et spacieux. L'aéroport est situé à 10 km au sud-ouest du centre-ville de Saragosse.

Carte des pistes cyclables de Saragosse.
Transports urbains

Saragosse a, depuis le , sa première ligne ferroviaire (C-1) de proximité (Cercanías Zaragoza) reliant les gares de Casetas <> Utebo <> Delicias <> Portillo <> Goya <> Miraflores.

Les travaux d'aménagement de gare de Miraflores ont débuté en vue d'en faire la pierre angulaire de banlieue en raison de sa centralité et sa correspondance avec une ligne de tramway, réintroduit dans la ville en 2011.
Dans le futur, la ligne C-1 devrait s'étendre vers l'ouest et l'est, atteignant Alagón et El Burgo de Ebro près d'une deuxième ligne. Cette-ci, en projet, aura une disposition nord-sud (dont perpendiculaire à la ligne C-1 métropolitaine, mais partageant les voies dans la ville).

À long terme, cette deuxième ligne pourrait relier Zuera au nord de Saragosse et Maria de Huerva au sud de la métropole.

Histoire[modifier | modifier le code]

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Les plus anciennes traces de présence humaine trouvées à Saragosse sont des fondations de maisons datant de l'Âge du bronze à la confluence des rivières de la Huerva et de l'Èbre, vers 630-600 av. J.-C.

Ce peuplement se développa durant le premier Âge du fer entre le VIIe siècle av. J.-C. et le début du Ve siècle av. J.-C.. Plusieurs maisons en brique crue ont été trouvées datant de cette période[4]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Salduie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Salduie.
Revers d'un as de Salduie. Le nom de la cité apparaît en écriture ibérique.

Salduie est la cité du peuple ibère des Sedetanos, organisée comme une cité-État, et dont nous possédons des informations depuis la deuxième moitié du IIIe siècle av. J.-C.. Au IIIe siècle av. J.-C., la cité occupait un terrain d'un hectare, à la confluence des rivières de l'Èbre et de la Huerva, et elle occupait 10 ha au Ier siècle av. J.-C.. Depuis le milieu du IIe siècle av. J.-C., elle frappait sa propre monnaie, bien que ces monnayages aient pu, peut-être, être initiés un siècle auparavant. Sur ces monnaies ibériques, le nom de la cité ibère : « Saltuie » ou « Salduie » est mentionné, et non « Salduba » comme cela fut interprété, par erreur, à cause du nom latin de la cité donné dans un texte de Pline l'Ancien, « Salduvia »[5]. Cependant, ce n'était pas la cité la plus importante de la zone : d'autres villes des Sedetanos comme Sedeisken, Kelse ou Azaila la surpassaient, au moins jusqu'à la fin du IIe siècle av. J.-C..

Au IIIe siècle av. J.-C., les Sedetanos, à la différence de leurs voisins puissants les Ilergetes qui étaient alliés à Carthage, furent alliés aux Romains lors de la deuxième guerre punique. La première mention de ce peuple est faite par Tite-Live, lorsqu'il décrit comment, en réponse à une attaque des Ilergetes sur les Sedetanos, les Romains les vainquirent et tuèrent leurs chefs Indibilis et Mandonius.

Caesaraugusta[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Caesaraugusta.
Musée du Théâtre romain de Caesaraugusta
Siège de Saragosse par Childebert et Lothaire en 533


Moyen Âge[modifier | modifier le code]

La ville, qui se trouve dans le domaine des Wisigoths, est pillée en 449 par le roi des Suèves, Rechiaire.

En 592, sous la présidence de l'évêque Maxime de Saragosse, un concile local y est tenu par les chrétiens nicéens du royaume wisigoth, alors dirigé par le roi Récarède Ier, converti au christianisme nicéen depuis 587, et opposé à l'arianisme, répandu chez les Goths.

Saraqusta[modifier | modifier le code]

Saraqusta sur le plan de l'actuelle ville de Saragosse
  • Médina de Saraqusta
  • Quartier juif
  • Quartier mozarabe
  • Arrabales (quartiers voisins en dehors des murs principaux de la cité)
  • Marché
  • Almusara

En 714, les Berbères et les Arabes prennent le contrôle de la ville et la rebaptisent Medina Albaida Saraqusta (سرقسطة). La ville intègre l'émirat de Cordoue. Saragosse grandit jusqu'à devenir la plus grande ville du nord de l'Espagne contrôlée par les musulmans ; par conséquent elle devient la principale ville nord de l'émirat de Cordoue foyer de nombreuses intrigues politiques.

En 777, Charlemagne est invité par Hussein, le wali (gouverneur) de Saragosse, à prendre la soumission de la ville. Mais en marchant avec son armée jusqu'aux portes de la ville, Charlemagne constate qu'Hussein a changé d'avis ; il est forcé de se retirer face à la défense organisée de la ville contre ses attaques, ainsi que contre les Basques sur ses arrières (épisode de la Chanson de Roland). Quatre ans plus tard, l'émir Abd al-Rahman Ier envoie une armée pour reprendre la ville. La famille Hussein se révolta à nouveau en 788, et le chef des Banu Qasi fut tué en voulant réprimer l'insurrection.

D'autres rébellions postérieures ont lieu, celles lancées par Matruh al-Arabi (789), Bahlul Ibn Marzuq (798) et Amrus Ibn Yusuf (802) ; ce dernier conclut un accord avec l'émir de Cordoue et conserve le contrôle de la ville.

En 852, le contrôle de la ville est attribué à Musa ibn Musa des Banu Qasi, mais après une défaite face aux chrétiens en 861 il est démis de ses fonctions sur la ville par l'émir de Cordoue, la ville est reprise par son fils Ismaïl une décennie plus tard. Muhammad ibn Lubb ibn Qasi se rebelle contre l'émir de Cordoue en 884, et selon le chroniqueur Ibn Hayyan la ville fut vendue à Raymond Ier de Pallars-Ribagorce. Mais Saragosse est immédiatement reprise par l'émir de Cordoue et en 886 la ville est donnée aux Toujibides.

En dépit d'un siège de dix-sept années mené par les Banu Qasi, les Toujibides continuèrent à tenir la ville, qui devint de plus en plus puissante et autonome, jusqu'à ce qu'en 1018 le contrôle de l'émirat de Cordoue soit rompu, avec la création d'un taïfa indépendant.

Taïfa de Saragosse[modifier | modifier le code]

De 1018 à 1118, Saragosse est un des royaumes de taïfa, États musulmans apparus au XIe siècle après la fin du califat de Cordoue. De 1018 à 1038, la ville est dirigée par les Banu Tujib. En 1038, ils sont remplacés par les Banu Hud, qui doivent gérer une difficile alliance avec le Cid de Valence et ses maîtres castillans, contre les Almoravides. Après la mort du Cid, son royaume est occupé par les Almoravides qui, vers 1100, réussissent à traverser l'Èbre à Barbastro.

Les Banu Hud résistent aux Almoravides jusqu'en mai 1110. Le dernier sultan des Banu Hud, Abd-al-Malik Imad ad-Dawla, dernier roi de Saragosse, conclut une alliance avec les Aragonais dirigés par Alphonse Ier le Batailleur ; par la suite, les musulmans de Saragosse seront des éléments réguliers des forces armées aragonaises, mais les Almoravides conservent Saragosse jusqu'en 1118 ; la ville est alors conquise par Alphonse Ier, qui en fait sa capitale.

À la fin du XIIIe siècle, le couvent de la Résurrection est construit à l'angle nord-est de la muraille romaine de Saragosse. C'est un chef-d'œuvre du style mudéjar dont la trace est évidente dans les tours des églises de la Magdalena, San Pablo, San Gil et San Miguel, la Tour de Zuda et le mur de la cathédrale de La Seo[6].

Architecture mudejar, cathédrale de La Seo

Communauté juive[modifier | modifier le code]

Carte de (es) l'aljama juive de Saraqusta (entourée de murailles fermées par six portes) sur l'actuel plan de Saragosse. Au Nord, sous la rivière Ebre, figurait l'aljama musulmane, non-colorée. Orange : ancien quartier juif. Rose: Nouveau quartier juif. 1 : Grande synagogue. 2 : Petite synagogue. 3 : Synagogue Neuve de Bicorolim (Biqqur Holim édifiée en 1382). 4 : Synagogue des sept callizos. 5 : Mikveh (bains rituels). 6 : Alcaicería. 7 : Porte Alquibla ou Porte de Valence.

La communauté juive de Saragosse est présente depuis l'antiquité et y connaît des fortunes diverses avec des périodes fastes alternant avec des moments difficiles tant sous le Croissant que sous la Croix.

Au Moyen Age, les Juifs de Saragosse du Xe siècle forment une congrégation florissante alors que les guerres civiles avec les musulmans font rage, et accueille plusieurs érudits juifs, notamment le philologue Yona Ibn Janah, le philosophe Salomon ibn Gabriel ou le poète grammairien Moshe ibn Gikatilla qui tiennent des positions élevées sous le roi (en) ibn al-Yahya Mundhir[7]. Alfonso Ier d'Aragon (1073-1134), « el Batallador », octroie des libertés et privilèges aux musulmans et Juifs du territoire saragossan qu'il vient de reconquérir en 1118[7].

Jacques Ier (1208-1276) déclare que tous les Juifs de son empire sont sa propriété. Le Juif le plus riche et le plus respecté d'Aragon est don Juda ou Jehudano (es) De la Cavallería (vers 1230-1286)[8], bailli en chef de Saragosse et même de tout le royaume. Il est fréquemment consulté par le roi dans les affaires de l'État et en 1263, il dispose d'une flotte par ordre royal[7].

Les Juifs vivent dans un quartier séparé des Chrétiens de Saragosse: la chuderia, judería ou juiverie (imposée à partir de 1412[9]). Elle se situe alors à l'intérieur de la vieille ville, entre la Iglesia de San Gil, la Calle San Jorge, la Plaza Magdalena et le Coso. Ceinte d`une muraille percée de six portes de communication avec le quartier chrétien, la juderia s`organise autour de la principale synagogue qui se dresse sur l`emplacement actuel du Seminario de San Carlos. Au XVe siècle, le quartier juif déborde sa muraille et gagne de nouvelles rues entre le Coso et la Calle San Miguel[10]. Ce nouveau quartier juif doit correspondre aux rues Flandro, Hermanos Ibarra et Rufas.

La communauté juive est organisée en aljama (Yama 'al-Yahud) sous la domination musulmane et avant l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492[11]. L'aljama de Saragosse constitue l’ensemble des institutions sociales, religieuses et judiciaires qui gouvernent la communauté et la représentent. Elle figure également la synagogue qui sert aussi de salle de réunion. L'organisation de l'aljama est semblable à celle de la ville : elle dispose d'un conseil et d'un organe exécutif[12].

Rue principale de l'ancienne Juderia (aljama) de Saragosse

La communauté forme une micro-société à côté de la société chrétienne avec laquelle les Juifs sont en relation constante par leur activité professionnelle. Ils se cantonnent à certains domaines car les lois chrétiennes leur interdisent des secteurs précis comme l’armée. Ils excellent dans la médecine (en partie, grâce à la possibilité qu'ils ont de pratiquer des autopsies interdites aux médecins chrétiens). Ils sont souvent commerçants et pratiquent le prêt d'argent, activité aussi prohibée aux chrétiens[13].

Les lois espagnoles leur interdisent souvent le port de vêtements luxueux, de bijoux voyants et même de monter à cheval. Comme ailleurs, ils sont aussi bien plus lourdement imposés et taxés que le reste de la population de Saragosse. Ils mènent donc une existence plutôt discrète à l’ombre de la société des chrétiens dont ils restent bien séparés car les mariages mixtes sont interdits ainsi que toute relation charnelle entre chrétiens et juifs qui est passible de la peine capitale[14].

Rue Mateo Flandre qui était l'un des « sept callizos » (blocs, rues) de la Saragosse juive, où se trouvait la synagogue des Sept Callizos au Moyen Age

L’année 1391 marque la fin de cette coexistence avec les discours enflammés de l’archidiacre Ferrán González qui conduisent la population de Séville à mettre le feu à sa judería ; ce mouvement se poursuit sur toute l’Espagne, évitant miraculeusement Saragosse par la présence du roi et celle du rabbin de la ville, l'éminent philosophe talmudiste Hasdaï Crescas - mais pour échapper aux massacres, de nombreux Juifs doivent se convertir ou préfère se suicider. C’est également le temps de saint Vincent Ferrier (1350-1419), dominicain de Valence qui prêche avec éloquence et un grand sens de la mise en scène (dans les cimetières, au crépuscule...) en Espagne dans les années 1410 et en France pour la conversion des Juifs par la persuasion[15] et est à l’origine de nombreuses conversions[16]. La Disputation de Tortosa (1413-1414) où sont défendus de manière inéquitable les mérites des deux religions, constitue aussi une grande catastrophe pour la communauté juive séfarade avec la conversion de nombre de rabbins, de fidèles israélites et la disparition de nombreuses communautés juives d'Espagne[17].

Le point culminant de la crise anti-juive arrive avec l’Edit d’Expulsion de 1492, année cruciale, par lequel Isabelle et Ferdinand, Rois Catholiques, ordonnent le départ des Juifs d'Espagne qui refusent de se convertir au catholicisme et qui jettent sur les mers et les chemins de l’exil plusieurs milliers de Juifs espagnols de très longue date, fuyant vers des cieux plus cléments : Portugal, Navarre, papauté d'Avignon, Italie, Afrique du Nord, empire ottoman[18].

Mais les nouveaux chrétiens (conversos) fraîchement convertis de force et sans catéchèse sont surveillés de près et harcelés par l’Inquisition, institution implantée dès 1232 en Aragon pour lutter contre ce qu'elle entend par«  hérésies » et qui relève de l’Eglise. En 1478, la bulle du pape Sixte IV autorise les Rois Catholiques à nommer eux-mêmes les inquisiteurs espagnols, ce qui fait de l'Inquisition une affaire de l’Etat. Les Aragonais résistent à cette implantation et assassinent même en 1485 Pedro Arbués, premier inquisiteur (qui sera canonisé en 1867), nommé à Saragosse l’année précédente. La répression par Torquemada est terrible et la communauté conversa aragonaise paie un lourd tribut[13] : à Saragosse, s'organise un gigantesque auto da fé auquel sont invités même les grands d'Espagne et au cours duquel sont brûlés vifs des centaines d'hérétiques ou présumés tels.

Les Juifs convertis qui pratiquent en secret le judaïsme sont des crypto-juifs appelés péjorativement « marranes », ce qui veut dire « porcs ». Ils restent persécutés par leurs voisins et poursuivis par l'Inquisition qui leur intente de nombreux procès lors de spectaculaires auto da fé où ils doivent s'humilier en portant le sambenito et le (es) coroza. avant d'être parfois jetés au bûcher.

Vue de Zaragoza par Juan Bautista Martínez del Mazo, 1647

A la même époque, les dits « vieux-chrétiens », jaloux de la rapide ascension sociale de certains conversos, essaient de protéger leurs privilèges en instituant les statuts de « pureté de sang » (limpieza de sangre) qui interdisent à toute personne ayant des ancêtres juifs ou musulmans l’accès à un grand nombre de charges et fonctions. Se diffuse alors vers 1550, une œuvre manuscrite connue sous le nom de « Libro Verde de Aragón » qui révèle et démontre (avec des erreurs probablement volontaires) les origines juives des familles les plus puissantes du royaume[19]. L'ouvrage est brulé dans un auto da fé sur la place du marché de Saragosse, en 1622, et interdit par la Pragmatique de 1623[14], bien que quelques exemplaires soient parvenus jusqu’à nous[13].

Menorah sur la maison des Morlanes

De la communauté juive de Saragosse, il ne reste que les bains rituels utilisés comme synagogue, hôpital, boucherie et prison dont le terrain est occupé maintenant par le Séminaire de San Carlos. Il descendait les rues de Don Jaime, Veronica, place San Pedro Nolasco, rue Santo Dominguito, place San Carlos et rue de San Jorge[6].

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Plan de la ville et ses environs, v. 1840

Au début du XIXe siècle, Saragosse sera le théâtre de deux sièges (en 1808 et 1809), au cours desquels les Aragonais montreront leur détermination en opposant une résistance farouche aux troupes napoléoniennes, illustrant ainsi la volonté d'indépendance du peuple espagnol.

En juin 1808, la ville est investie une première fois par les Français, qui lèvent le siège le 14 août à l'annonce de la défaite de Bailen. Mais le 21 décembre, le maréchal Jean Lannes réapparaît avec 18 000 hommes. Jusqu'au 20 février, jour de la capitulation, les habitants résistent farouchement sous les ordres du général José de Palafox y Melzi. Stimulés par le fanatisme des moines et le courage de personnages hauts en couleurs (el tio Jorge, Agustina etc.), ils rendent impossibles les combats à découvert. C'est à la mine, dans les sous-sols, que les sapeurs de Lannes doivent progresser, maison par maison. À l'heure de la reddition, la ville a perdu, par les armes, la famine et les épidémies, plus de la moitié de ses habitants : 54 000 personnes.

À la suite de la dévastation de la ville par l'armée française dans la guerre d'Indépendance espagnole ( 1808-1809), la ville a été, en grande partie, reconstruite au XIXe siècle [20]Seule la porte du Carmen porte encore les traces de la mitraille[21].

XXe et XXIe siècles[modifier | modifier le code]

Juan Alberto Belloch, membre du PSOE, est maire de la ville depuis les élections municipales du , ayant battu le maire sortant, José Atarés Martínez. Il fait tandem avec le président de la région autonome d'Aragón, Marcelino Iglesias, également membre du PSOE. Fin 2007 est présenté un grandiose projet de l'International Leisure Developpement intitulé Gran Scala qui veut ainsi créer près de Saragosse une véritable cité à vocation touristique alliant jeu, loisirs et culture.

Saragosse a organisé l'exposition internationale (et non universelle) de 2008. Le thème central était L'Eau et le Développement durable, préfigurant les grandes ambitions de la ville. 106 pays y participèrent, et plus de cinq millions de visiteurs sont passés par Expo Zaragoza 2008 durant les 93 jours d'ouverture[22]. Ce fut une belle vitrine pour la ville, qui mit ainsi en avant sa capacité à organiser des évènements internationaux majeurs.

Politique et administration[modifier | modifier le code]

Maires[modifier | modifier le code]

Liste des maires
Période Identité Parti Qualité
1931-1932 Sebastián Banzo Urrea Parti républicain radical -
1932-1933 Manuel Pérez-Lizano y Pérez Droite libérale républicaine -
1933-1933 Mariano Augusto Muniesa Belenguer Parti républicain radical-socialiste -
1933-1933 Federico Martínez Andrés Parti républicain radical-socialiste - Parti républicain radical-socialiste indépendant -
1934-1936 Miguel López de Gera Parti républicain radical -
1936-1936 Federico Martínez Andrés Gauche républicaine -
1936-1937 Miguel López de Gera - -
1937-1939 Antonio Parellada García Mouvement national -
1939-1941 Juan José Rivas Mouvement national -
1941-1946 Francisco Caballero Ibáñez Mouvement national -
1946-1949 José María Sánchez Ventura Mouvement national -
1949-1954 José María García Belenguer - -
1954-1966 Luis Gómez Laguna Mouvement national -
1966-1970 Cesáreo Alierta Mouvement national -
1970-1976 Mariano Horno Liria Mouvement national -
1976-1979 Miguel Merino Pineda Mouvement national -
1979-1986 Ramón Sainz de Varanda y Jiménez de la Iglesia PSOE -
1986-1995 Antonio González Triviño PSOE -
1995-2000 Luisa Fernanda Rudi PP -
2000-2003 José Atarés Martínez PP -
2003-2015 Juan Alberto Belloch PSOE -
2015-2019 Pedro Santisteve Saragosse en commun -
2019- Jorge Azcón PP -

Jumelages[modifier | modifier le code]

La ville de Saragosse est jumelée avec les villes suivantes :

De plus, Saragosse a signé des accords de coopération avec :

Économie[modifier | modifier le code]

Saragosse est la quatrième ville d'Espagne en fonction de l'indice d'activité économique. General Motors dispose d'une unité de production depuis 1982 à Figueruelas à 25 km au nord-ouest de Saragosse. Le constructeur automobile américain y assemble des modèles Opel, notamment la Corsa et le monospace Mériva.

Situé entre les deux plus importantes villes d'Espagne ; Madrid et Barcelone, Saragosse devient un grand centre économique.

Torre del agua Saragosse.
World Trade Center Zaragoza.

Des projets tels que Plataforma Logística de Zaragoza (PLAZA) (le plus important d'Europe du Sud avec ses 12,5 millions de m²) ont dynamisé le secteur de la logistique au cours des dernières années, avec un accent particulier sur l'élan acquis par l'aéroport de Saragosse en matière de transport marchandises (troisième en Espagne en 2009, derrière Madrid et Barcelone). Parmi les entreprises implantées dans la Plaza, on trouve Dell et Inditex (marques Zara, Massimo Dutti…).

Ce genre d'initiatives commerciales majeures ont encouragé la création de bureaux dans la ville, tels que le World Trade Center de construction ou de l'espace exposition internationale de Saragosse 2008.

Démographie[modifier | modifier le code]

Lieux et monuments[modifier | modifier le code]

Personnalités nées à Saragosse[modifier | modifier le code]

Culture[modifier | modifier le code]

Musées[modifier | modifier le code]

La ville possède de nombreux musées dont le musée de Saragosse, qui héberge des œuvres d'archéologie, des beaux-arts, d'ethnologie et de céramique.

L'historien de l'art et collectionneur José Camón Aznar fit don de sa collection à l'Aragon via la création du Musée et Institut d'Humanités Camon Aznar, actuellement géré par les fonds sociaux de la banque Ibercaja. Il comprend entre autres œuvres L'Assomption de la Vierge réalisée en 1789-1790 par Francisco Bayeu.

Fêtes[modifier | modifier le code]

Offrande de fruits lors des Fêtes du Pilar.
  • Fêtes du Pilar : autour du 12 octobre. Il s'agit de la fête la plus importante et la plus réputée de la ville qui consiste à faire une offrande de fleurs. Les fêtes sont données en l'honneur de la Vierge du Pilar (Virgen del Pilar). Il s'agit d'une des fêtes patronales parmi les plus importantes du pays.
  • Fête de saint Valère, saint patron de la ville : il y est fêté le 29 janvier, jour où un roscón de Reyes ou gâteau des Rois est dégusté dans chaque famille[25].
  • La Cincomarzada : le 5 mars, la ville rend hommage à la victoire des habitants de Saragosse lors de la guerre carliste.

Sports[modifier | modifier le code]

Football[modifier | modifier le code]

Handball[modifier | modifier le code]

  • La ville disposait d'un important club de handball, le BM Aragón.

Basket-ball[modifier | modifier le code]

Le club d'handibasket CAI DA, affilié au Zaragoza 2002, organise en avril 2015 la phase finale de la Coupe d'Europe Willi Brinkmann (EC3)[26].

Arrivées du Tour d'Espagne[modifier | modifier le code]

* deux arrivées à Saragosse dans le même Tour d'Espagne

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Louis Davant (préf. Lorea Uribe Etxebarria), Histoire du peuple basque, Bayonne; Donostia, Elkar argitaletxea, coll. « Collection Histoire », , 11e éd. (1re éd. 1970), 352 p. (ISBN 9788497835480 et 8497835484, OCLC 49422842). Zarautz, au Pays basque, a la même origine étymologique.
  2. [1].
  3. [2].
  4. Miguel Beltrán Lloris et Guillermo Fatás Cabeza, Historia de Zaragoza, vol. 1. Salduie, ciudad ibérica, Zaragoza, p. 7.
  5. Miguel Beltrán Lloris et Guillermo Fatás Cabeza, Historia de Zaragoza, vol. 1. Salduie, ciudad ibérica, p. 27-30.
  6. a et b « Saragosse ville des 4 cultures. Découvrir », sur www.doscatedrales.com (consulté le 17 juin 2019)
  7. a b et c (en) Richard Gottheil & Meyer Kayserling, « SARAGOSSA », sur www.jewishencyclopedia.com, (consulté le 17 juin 2019)
  8. M. Kayserling, « The Jews of Spain », The Jewish Quarterly Review, vol. 8, no 3,‎ , p. 486–499 (ISSN 0021-6682, DOI 10.2307/1450081, lire en ligne, consulté le 17 juin 2019)
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  10. Unidad de Gestión de la Web Municipal webmunicipal@zaragoza.es, « Promenade Mudéjar », sur www.zaragoza.es (consulté le 16 juin 2019)
  11. Jacqueline Guiral-Hadziiossif, Meurtre dans la cathédrale: Les débuts de l'Inquisition espagnole, Editions Bouchène, (ISBN 9782356761040, lire en ligne)
  12. Jacqueline Guiral-Hadziiossif, Meurtre dans la cathédrale: Les débuts de l'Inquisition espagnole, Editions Bouchène, (ISBN 9782356761040, lire en ligne), chap. 1
  13. a b et c Monique Combescure Thiry (FRAMESPA-Université Toulouse 2-Le Mirail), « Les conversos aragonais et le Libro Verde de Aragon. Les Juifs dans la société Médiévale en Catalogne »,Journée d'étude : Les Juifs dans la société Médiévale en Catalogne, juillet 2008, Palau de Cerdagne (Pyrénées Orientales), France. hal- 00486491
  14. a et b DOMÍNGUEZ ORTIZ, Antonio, La clase social de los conversos en Castilla en Edad Moderna, Madrid, C.S.I.C., 1990, p. 106
  15. Par ailleurs, Normand Rousseau, maître en sciences bibliques, affirme dans « Monsieur Jésus » et dans Les assassaints et les assassinées en 2015 que « Vincent Ferrier incendiait des synagogues », p. 574
  16. Salomon Mitrani-Samarian, « Revue des études juives - n°108, p.241-245, Un sermon valencien de saint Vincent Ferrer »,
  17. MOTIS DOLADER, Miguel Ángel, « Las comunidades judías del reino de Aragón en la época de Benedicto XIII (1394-1423) : estructuras de poder y gobierno aljamial » in VI Centenario del Papa Luna 1394-1994, Calatayud, Centro de Estudios Bilbilitanos, Institución « Fernando el Católico », 1996, pp. 113-164.
  18. LEROY, Béatrice, L’Expulsion des Juifs d’Espagne, Paris, Berg International Editeurs, 1990, pp. 138-150. MECHOULAN, Henry, Les Juifs d’Espagne : histoire d’une diaspora, 1492-1992, Paris, Liana Levi, 1992, 721 p.
  19. GALLEGO, André, « Le Libro verde de Aragón ou la peur de la tache » in L’individu face à la société. Quelques aspects de peur sociales dans l’Espagne du Siècle d’Or, Toulouse, PUM, 1994, pp. 27-37.
  20. Los sitios de Zaragoza. Guerra a muerte, Raymond Rudorff, Grijalbo.
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  22. Linda, « Exposition internationale Saragosse 2008 (Zaragoza) », sur ESPAGNE FACILE, (consulté le 12 août 2019)
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  24. (en) Charles Cawley, « Infante don Alfonso de Aragón (Alphonse III d'Aragon, 1265-1291), et fratrie », dans « Aragon, kings », ch. 3 : « Kings of Aragon (Condes de Barcelona) », section A : « Kings of Aragon 1137-1410 », sur medlands (consulté le 4 décembre 2017).
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  26. (es) « El XXX Trofeo Ibercaja Ciudad de Zaragoza de baloncesto en silla de ruedas contará con ocho equipos de primer orden europeo », sur zaragoza.es, (consulté le 24 avril 2015).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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