Indépendantisme catalan

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Manifestation indépendantiste en 2010 à Barcelone
Manifestation indépendantiste à la fête nationale de la Catalogne en 2012 à Barcelone

L'indépendantisme catalan ou séparatisme catalan est un courant politique du nationalisme catalan qui revendique une Catalogne indépendante de l'Espagne ainsi que l'instauration d'une République catalane. Se basant sur une revendication du droit à l'autodétermination du peuple catalan, l'indépendantisme catalan défend l'idée que la nation catalane n'atteindra pas sa plénitude culturelle, sociale et économique tant qu'elle fera partie de l'État unitaire qu'est l'Espagne. En revanche, une partie du courant indépendantiste a historiquement défendu la participation d'une Catalogne indépendante à une Espagne qui serait devenue confédérale et plurinationale.

Il concerne principalement la communauté autonome espagnole de Catalogne. Il est également présent mais de façon plus marginale dans le reste des Pays catalans. En plus de la Catalogne, cet espace inclut la Communauté valencienne, les Îles Baléares, la Frange d'Aragon et Catalogne du Nord (le Roussillon et la Cerdagne en France), territoire cédé par l'Espagne à la France par le Traité des Pyrénées au XVIIe siècle. Il convient toutefois de préciser que l'indépendantisme catalan n'est pratiquement pas présent en France.

D'une manière générale, l'indépendantisme catalan se prononce en faveur de l'intégration d'une Catalogne indépendante dans l'Union européenne (UE), à l'exception des groupes les plus à gauche tels que la Candidature d'unité populaire (CUP).

Histoire[modifier | modifier le code]

Le premier parti indépendantiste catalan était l'Estat Català fondé par Francesc Macià en 1922. Avec le complot de Prats de Molló, le parti réaffirme sa volonté de passer par la voie insurrectionnelle pour arriver à ses fins : une petite armée de volontaires a tenté l'invasion de la Catalogne par la frontière française. Malgré l'échec de ce projet, le procès à Paris contre Macià et les dix-sept personnes impliquées a fait de l'Avi (« grand-père » en catalan — Macià avait alors 67 ans) un mythe vivant du nationalisme catalan.

En 1928, Macià a visité les centres catalans en Amérique latine qui avaient financé ses activités. À La Havane, il a présidé l'Assemblée constituante du séparatisme catalan qui a eu lieu du 30 septembre au 2 octobre 1928. Cette assemblée a voté la Constitution provisoire de la République catalane et a fondé le Parti séparatiste révolutionnaire catalan (Partit Separatista Revolucionari Català en catalan). Ce parti n'a été actif qu'en Amérique latine puisque l'Estat Català rassemblait les forces indépendantistes en Catalogne.

Après la proclamation de la Seconde République espagnole le 14 avril 1931, Macià a renoncé à la République catalane en faveur d'une Generalitat catalane au sein de la République espagnole. Les milieux indépendantistes se sont alors éloignés de l'Avi.

Aujourd'hui, les principaux partis indépendantistes de Catalogne sont Convergència Democràtica de Catalunya (CDC) et Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), ce dernier fondé en 1931[1]. Comme représentants du mouvement indépendantiste étendu à l'ensemble des Pays catalans, on peut également citer, le Partit Socialista d'Alliberament Nacional dels Països Catalans (PSAN) fondé en 1968 ou encore la Candidatura d'Unitat Popular (CUP) fondé en 1986. Mais l'essor du mouvement indépendantiste depuis 2010 a surtout été propulsé par la société civile représentée par des associations comme l'Assemblée Nationale Catalane (ANC) et Omnium Cultural qui ont organisé les manifestations indépendantistes mobilisant des centaines de milliers de participants chaque année et placé l'indépendantisme au cœur de l'agenda politique de la région.

Contexte[modifier | modifier le code]

La région de 7,5 millions d'habitants qui compte environ 16 % de la population espagnole, contribue pour environ 18 % au PIB espagnol, génère 21 % des recettes fiscales de l'Espagne mais ne reçoit que 11 % des investissements publics du pays[réf. nécessaire]. Le déficit fiscal de la région, calculé selon la méthode des flux monétaires, est communément estimé à environ 16 milliards d'euros, autour de 8 % du PIB de la Catalogne. Le système de redistribution des recettes fiscales entre l'État et les communautés autonomes espagnoles est considéré inéquitable dans la mesure où il ne respecte pas le principe d'ordinalité : le classement des régions selon la richesse par habitant avant redistribution se trouve fortement altéré après redistribution, la Catalogne étant par exemple rétrogradée du quatrième au onzième rang des 17 communautés autonomes[réf. nécessaire]. En outre, certaines communautés autonomes comme le Pays basque et la Navarre bénéficient du concert économique, c'est-à-dire qu'elles prélèvent elles-mêmes les impôts, sans passer par l'agence tributaire de l'État[2].

Le chantier du nouveau statut d'autonomie de la Catalogne a été lancé en 2003 par la coalition de gauche PSC, ERC et ICV alors aux commandes du gouvernement régional, dans le but de limiter les déséquilibres de ce système fiscal et de renégocier les relations avec le reste de l'Espagne, prévoyant justement d'instituer le principe d'ordinalité. Le texte a été voté par le Parlement catalan, raboté[réf. nécessaire] et voté par le Parlement espagnol puis ratifié par référendum par les Catalans en 2006. Mais le Parti Populaire a déposé un recours contre le nouveau statut d'autonomie auprès du Tribunal constitutionnel, organe judiciaire dont certains avaient alors dépassé la limite de durée de leur mandat et plaçaient ainsi cette institution en situation irrégulière jusqu'au moment où elle s'est prononcée pour enterrer l'essentiel de la réforme[réf. nécessaire], ce qui a provoqué l'indignation des Catalans et un véritable changement de mentalité qui a conduit à la montée de l'indépendantisme.

Considérant que l'État espagnol utiliserait les institutions judiciaires et la constitution à des fins partisanes, dans le but de bloquer toute réforme du statu quo[réf. nécessaire], la seule issue réaliste qui se dessinerait pour modifier le statu quo jugé insatisfaisant serait l'indépendance. La principale raison de l'adhésion à ce projet est donc une revendication démocratique sur le partage du pouvoir politique. Le PP au pouvoir à Madrid depuis 2011 a conservé la même stratégie de blocage, d’imposition et de refus de négociation, retranché derrière la Constitution et utilisant les institutions judiciaires à sa convenance[réf. nécessaire], assimilant systématiquement dans son discours démocratie et respect de la loi pour justifier le maintien du statu quo et le refus du référendum. La Constitution fixe l’indivisibilité de la nation espagnole. Si les Catalans veulent modifier la constitution pour pouvoir organiser un référendum, ils n’ont qu’à suivre le mode d’emploi prévu par la même constitution et obtenir les deux tiers des voix au parlement…[réf. nécessaire]. S’appuyant sur sa majorité absolue au parlement, le PP a mené une politique de recentralisation du pays, de recours devant le Tribunal constitutionnel de toutes les lois significatives votées par le parlement catalan, d’annulation de facto des compétences de la région et d'asphyxie financière de la Généralité catalane, dont les dépenses sociales et la dette s'envolaient du fait de la crise économique[réf. nécessaire]. Cette politique de confrontation institutionnelle n'a fait que renforcer l'adhésion des Catalans au projet d'un pays neuf et démocratique doté d'un État qui travaillerait pour eux et non pas contre eux, au service du peuple et non de la classe politico-économique dominante.

Principes idéologiques[modifier | modifier le code]

L'indépendantisme catalan met en avant le principe que le peuple catalan est une nation souveraine, faisant référence à une lecture de son histoire (s'appuyant sur le fait que, tout en étant un élément moteur de la Couronne d'Aragon dont Barcelone fut l'une des capitales, la Catalogne est généralement désignée par les historiens comme ayant formé un État féodal puis moderne entre la fin du Moyen Âge et le début du XVIIIe siècle[3],[4],[5],[6]), à sa culture, sa langue propre et au droit civil catalan. Plus encore, cette famille politique s'est construite à l'encontre d'un État espagnol qui, selon elle, s'est imposée par la force. En effet, comme le dit l'historienne Pilar Martínez-Vasseur, spécialiste des questions identitaires et de défense dans l'Espagne contemporaine : « Pour les Catalans, au XXe siècle comme au XVIIIe siècle, les fondements de la légitimité de l'État espagnol sur la Catalogne continuent d'être les mêmes ; c'est par la force des armes que les Catalans ont perdu l'indépendance dont ils jouissaient avant le décret de Nueva Planta ; c'est par la force des armes, faisant suite à une Guerre civile inexpiable, que l'autonomie conquise en 1931 vient d'être abolie par les nouveaux "maîtres" du Principat. Il n'y a eu, ni à un moment ni à l'autre, affirment-ils, renonciation du peuple catalan à ses droits et à ses libertés, mais imposition autoritaire et violente.[7]. De ce fait, pour les défenseurs de l'indépendance, la Catalogne ne peut s'épanouir ni au niveau culturel, ni au niveau social, ni au niveau économique au sein d'une Espagne à tradition unitaire depuis l'avènement de Philippe V, petit-fils de Louis XIV devenu roi d'Espagne au terme de la guerre de succession d'Espagne, et initiateur et auteur, à travers les Décrets de Nueva Planta (1707-1716), de la suppression de la Couronne d'Aragon ainsi que des institutions catalanes, et de l'interdiction de la langue catalane dans l'administration.

Pour l'historien Stéphane Michonneau, spécialiste de l'histoire politique catalane et du catalanisme, l'indépendantisme catalan est indissociable d'une conception fédéraliste et plurinationale de l'Espagne, et non purement sécessionniste. Il s'agit plutôt, pour lui, d'« un changement de cadre de pensée », l'objectif principal des indépendantistes restant politique, à savoir la reconnaissance de la Catalogne comme « nation souveraine » dans un « État plurinational » que serait l'Espagne. Il réfute ainsi l'idée d'un indépendantisme catalan motivé par une forme d'« égoïsme » d'une « région riche », mais estime plutôt qu'avec l'indépendance ici souhaitée, « la question de la solidarité se pose sous un jour différent », mais ne serait pas remise en question. Par ailleurs, il associe la montée de cet indépendantisme au début du XXIe siècle à une réaction au « patriotisme constitutionnel » qui serait celui d'une partie de la classe politique espagnole et qui ne répondrait pas aux aspirations nouvelles d'une partie de la société catalane mais aussi du reste de l'Espagne[8],[9].

Une partie de ce courant politique n'aspire pas seulement à l'indépendance de la Catalogne au sens strict mais à l'union des Pays catalans : la Catalogne, le Roussillon et la Cerdagne (territoires français appelés la « Catalogne du Nord »), la Frange d'Aragon (appelée Franja de Ponent), la Communauté valencienne, les Îles Baléares, la comarque murcienne de El Carche, et la ville sarde d'Alghero en Italie. Ces territoires, une fois indépendants, formeraient un état confédéré catalan qui inclurait également la Principauté d'Andorre.[réf. nécessaire]

Toutefois, il est à noter que le concept même de cette Catalogne élargie est une émanation unilatérale de Barcelone, et est donc fortement contesté tant par la région autonome du pays de Valence et par celle des îles Baléares ainsi que par la Principauté d'Andorre, seul État au monde à avoir le catalan comme langue officielle, mais qui devrait renoncer à son autonomie historique pour adhérer au projet.[réf. nécessaire]

Les détracteurs de l'indépendantisme catalan contestent la validité culturelle et linguistique de ce mouvement, ainsi que sa géographie : jusqu'à la guerre de 1914-1918, la langue occitane était parlée dans tout le sud de la France ainsi que dans les hautes vallées alpines du Piémont italien. Ils dénoncent surtout une volonté d'échapper à tout contrôle extérieur sur les trafics locaux, notamment sur le trafic d'êtres humains (La Jonquera)[10], le trafic de drogue (Maroc)[11], le blanchiment d'argent sale dans l'immobilier ou ailleurs[12], l'évasion fiscale (Andorre)[13], le logement touristique (Airbnb)[14], etc[réf. incomplète].

Drapeaux[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Estelada.

Le drapeau appelé l'estelada, inspiré notamment du drapeau cubain, dans ses versions bleue et rouge, est devenu son symbole principal, quoique le drapeau de la Catalogne soit également souvent utilisé.

Indépendantisme catalan radical (1978-1991)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Terra Lliure.
Tag en faveur de Terra Lliure

Terra Lliure (« Terre libre » en catalan) est le nom d'une organisation terroriste armée indépendantiste catalane d'extrême gauche fondée en 1978. L'organisation a décidé de sa propre dissolution en 1991. Elle a commis plus de 200 attentats dont le bilan s'élève à cinq morts (dont quatre membres de l'organisation) et plusieurs dizaines de blessés. Durant son existence, les forces de sécurité de l'État ont arrêté 300 personnes en lien avec l'organisation. Terra Lliure a abandonné la lutte armée en 1991. Certains de ses dirigeants et militants ont ensuite fait partie de la Gauche républicaine de Catalogne (Esquerra Republicana de Catalunya - ERC), qui a cependant exigé d'eux qu'ils renoncent explicitement à la violence comme condition sine qua non à leur entrée dans le parti. Les détenus, membres de l'organisation, sont par la suite sortis de prison grâce à une amnistie ou après avoir purgé leur peine. En 1996, il ne restait aucun membre de Terra Lliure en prison.

L'organisation terroriste s'est fait connaître lors d'une partie de football au Camp Nou à Barcelone le dans le cadre de la campagne Som una Nació (« nous sommes une nation » en catalan). La première assemblée de l'organisation a eu lieu dans le Sud de la France. La majorité de ses membres provenait de l'Armée populaire catalane (Exèrcit Popular Català - EPOCA) ou d'organisations telles que le Front de libération catalan (Front d'Alliberament Català) ou le Parti socialiste de libération nationale (Partit Socialista d'Alliberament Nacional dels Països Catalans- PSAN).

Dans son premier document public portant le titre de Crida de Terra Lliure (« Appel de terre libre », en catalan), l'organisation se définit elle-même comme une « organisation révolutionnaire qui lutte pour l'indépendance totale des Pays catalans » et elle lance un appel à la lutte contre « le processus de destruction systématique à laquelle est soumise la Nation ». Cette destruction se caractérise avant tout par la « destruction politique causée par la séparation des Pays catalans en trois régions autonomes avec des langues et des symboles différents, des institutions différentes... ». Le document signé dans les Pays catalans le se termine par un appel : « Vive la Terre ! L'indépendance ou la mort ! Vive la lutte armée ! Une seule nation, les Pays catalans ! ».

Soutien politique à l'indépendance de la Catalogne[modifier | modifier le code]

Financements[modifier | modifier le code]

Pour le Secrétaire d’État aux Administrations Territoriales d'Espagne, Roberto Bermúdez de Castro, il n' y aurait pas eu de meilleure entreprise en Catalogne ces quatre dernières années que de créer un site web et de soutenir le processus (d'indépendance) pour obtenir une subvention[15]. La combinaison des contenus publicitaires et des subventions aux publications en langue catalane aurait couté 170 millions d'euros aux contribuables[15].

Partis politiques[modifier | modifier le code]

Il existe une grande variété de partis politiques représentés en Catalogne et l'indépendantisme se retrouve dans plusieurs d'entre eux de manière plus ou moins prononcée. Aussi, il est difficile de tirer des conclusions entre leur résultat en politique et le résultat d'un éventuel référendum sur l'indépendance.

Toutefois, certains partis sont clairement indépendantistes comme la Gauche républicaine de Catalogne (Esquerra republicana de Catalunya - ERC) et la Candidature d'unité populaire (Candidatura d'Unitat Popular - CUP). Au sein de Convergence et Union (Convergència i Unió - CiU), il faut faire la différence entre ceux qui suivent les positions de Convergence démocratique de Catalogne (Convergència Democràtica de Catalunya - CDC) majoritairement en faveur de l'indépendance et ceux qui suivent les positions de l'Union démocratique de Catalogne (Unió démocràtica de Catalunya - UDC) qui propose une troisième voie. On retrouve également des sympathisants de l'indépendance dans l'Initiative pour la Catalogne Verts (Iniciativa per Catalunya Verds - ICV).

Par ailleurs, des partis politiques en Catalogne sont opposés à l'indépendance tels que le Parti des socialistes de Catalogne (Partit dels Socialistes de Catalunya - PSC) et Citoyens - Parti de la citoyenneté (Ciudadanos-Partido de la ciudadanía - C'S).

Il existe d'autres partis ou coalitions indépendantistes extraparlementaires comme l'Estat Català, Endavant, le Parti socialiste de libération nationale (Partit Socialista d'Alliberament Nacional - PSAN), le Mouvement de défense de la terre (Moviment de Defensa de la Terra - MDT) ou encore la Solidarité catalane pour l'indépendance (Solidaritat). On compte également une grande diversité de collectifs et d'entités indépendantistes comme des groupes de jeunesse tels que : la Jeunesse nationaliste de Catalogne (Joventut nacionalista de Catalunya), le mouvement jeune de la Gauche républicaine de Catalogne et Arran ainsi que le Syndicat d'étudiants des Pays Catalans (Sindicat d'Estudiants dels Països Catalans - SEPC).

Manifestations pour l'indépendance[modifier | modifier le code]

Malgré son approbation par les Parlements catalan et espagnol, le statut d'autonomie de la Catalogne de 2005 est partiellement annulé par la Cour Constitutionnelle au terme de près de quatre ans d'examen, ce qui fait croître graduellement le mouvement indépendantiste catalan. Les premières manifestations ont lieu en 2005 et 2006, avec 500 000 personnes, et se multiplient par la suite.

Manifestation du 9 juillet 2010 : « Nous sommes une nation, nous décidons »[modifier | modifier le code]

Manifestation du 9 juillet 2010

Fin juin 2010, le Tribunal Constitutionnel rend son jugement sur le statut d'autonomie de la Catalogne de 2006 après quatre années de délibération durant lesquelles ses membres ont subi toutes sortes de pressions. C'est alors un coup dur pour les aspirations du nationalisme catalan sur des sujets aussi sensibles que l'identité nationale, la langue, l'administration de la justice ou la possibilité de disposer d'un budget propre. Aussi, le 9 juillet 2010, une grande manifestation de rejet du jugement est-elle organisée à Barcelone sur le thème « nous sommes une nation, nous décidons » (Som una nació, nosaltres decidim, en catalan). Tous les partis catalans y participent à l'exception du Parti Populaire et de Citoyens. Durant la manifestation, le président socialiste de la Generalitat, José Montilla doit partir sous la pression de groupes indépendantistes radicaux. Quatre mois plus tard, à la suite des élections du Parlement catalan gagnées par CiU, Artur Mas est investi comme nouveau président de la Generalitat.

3 septembre 2012 : territoire catalan libre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Territoire libre catalan.

La dénomination de « territoire catalan libre » (territori català lliure en catalan) a été adoptée symboliquement par la mairie de San Pedro Torelló le 3 septembre 2012. D'autres communes et comarques catalanes l'ont adoptée par la suite. De plus, la motion, allant bien au-delà du cadre constitutionnel, exhortait le Parlement de Catalogne à voter unilatéralement l'indépendance dans un délai de deux mois maximum. La motion, sans aucune conséquence pratique, a été qualifiée par le maire de « geste politique ».

Finalement, 197 communes et cinq comarques se sont déclarées « territoire catalan libre ». La commune de Llorenç del Penedès a été la dernière à le faire le 6 mai 2013.

Manifestation du 11 septembre 2012 : « Catalogne, nouvel État d'Europe »[modifier | modifier le code]

En 2012, la manifestation du 11 septembre (jour national de la Catalogne) a réuni plus de 1,5 million de personnes (les chiffres varient selon la police ou les organisateurs), et la Voie catalane 2013 a quant à elle réuni entre 1,6 et 2 millions de personnes qui se sont donné la main tout au long des 400 kilomètres qui traversent la région du nord au sud, du Perthus à la frontière avec la région de Valence. Ces manifestations sont organisées par l'Assemblée nationale catalane. Cette association représente la société civile du pays et demande à tous les partis politiques catalans de s'engager pour organiser un référendum pour l'indépendance ou non de la région.

Concert pour la liberté du 29 juin 2013[modifier | modifier le code]

Le Concert pour la liberté du 29 juin 2013

Le Concert pour la liberté (Concert per la Llibertat, en catalan) a été célébré sur le Camp Nou à Barcelone le 29 juin 2013 organisé par Òmnium Cultural et par d'autres entités de la société civile comme l'Assemblée nationale catalane ou la Plateforme pour les sélections sportives catalanes (Plataforma Pro Seleccions Esportives Catalanes, en catalan) avec pour objectif de revendiquer, à travers le langage universel de la musique, le droit du peuple catalan et de tous les peuples du monde à pouvoir décider librement et démocratiquement de son avenir. Environ 90 000 spectateurs ont assisté à l'évènement. Entre la manifestation « Catalogne, nouvel État d'Europe » et la Voie catalane, le Concert pour la liberté a été une autre grande mobilisation sociale en faveur de l'indépendance. Plus de 400 artistes ont participé à l'évènement comme, entre autres, Lluís Llach, Sopa de Cabra, Maria del Mar Bonet, Marina Rossell, Mercedes Peón, Nena Venetsanou, Paco Ibáñez, et Peret. Les directeurs artistiques ont été Gerard Quintana et Lluís Danés, qui s'est occupé de la scénographie avec différents escaliers sur scène qui symbolisaient le chemin vers la liberté.

Manifestation du 11 septembre 2013 : la « Voie catalane vers l'indépendance »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Voie catalane.
« Voie catalane vers l'indépendance » le 11 septembre 2013

La Voie catalane vers l'indépendance aussi connue comme la Voie catalane est une chaîne humaine de 400 km en Catalogne soutenue par l'association indépendantiste, Assemblée nationale catalane pour le 11 septembre 2013 avec pour objectif de revendiquer l'indépendance de la Catalogne. Elle suivait le tracé de l'antique Via Augusta depuis la ville française du Perthus jusque la ville valencienne de Vinaròs, en traversant la Catalogne du nord au sud. Les organisateurs ont considéré que ce tracé constituait la « colonne vertébrale » des Pays catalans et qu'il permettait la participation autant des habitants de la Communauté valencienne que de la Catalogne du Nord. De même, ils ont encouragé les habitants des Îles Baléares à participer par des actes similaires. Selon Carme Forcadell, présidente de l'Assemblée nationale catalane, il doit s'agit d'un « symbole, le symbole de l'unité du peuple catalan pour obtenir sa souveraineté nationale ».

Finalement, l'organisation a mobilisé 1 500 autobus et presque 30 000 bénévoles. De plus, vingt moyens aériens pour documenter l'acte ainsi que plus de 800 photographes ont été engagés pour l'évènement.

La manifestation a reçu le soutien de Convergence démocratique de Catalogne (CDC) et de Gauche républicaine de Catalogne (ERC). En revanche, il a été critiqué par le Parti populaire de Catalogne et par Citoyens - le Parti de citoyenneté.

Processus de consultation et élections[modifier | modifier le code]

Référendum indépendantiste de 169 communes du 13 septembre 2009[modifier | modifier le code]

Le 13 septembre 2009, un référendum populaire est organisé par des associations indépendantistes à Arenys de Munt sur la volonté de ses habitants d'être indépendants de l'Espagne. Après cela, 167 communes de Catalogne ont organisé le 13 décembre 2009 un référendum autour de la question suivante : « Êtes-vous d'accord pour que la Catalogne devienne un État de droit, indépendant, démocratique et social, intégré dans l'Union européenne ? ». Au total, 700 000 personnes étaient convoquées aux urnes et 200 000 se sont exprimées (environ 30 %). Le « oui » a gagné à près de 95 % face au « non » avec 3,52 %.

Consultation du 9 novembre 2014[modifier | modifier le code]

En décembre 2013, Artur Mas, président de la Généralité de Catalogne, annonce en accord avec cinq des sept partis du Parlement qu'une consultation, qui n'est pas un référendum, aura lieu le 9 novembre 2014 ; ainsi que le contenu de la double question qui sera votée lors de cette consultation d'autodétermination : « Souhaitez-vous que la Catalogne devienne un État ? Et dans l'affirmative, souhaitez-vous que cet État soit indépendant ? ».

Le 9 novembre 2014, sur les 2 300 000 Catalans[16] qui sont allés voter (pour un corps électoral d'environ 6 200 000 Catalans[16]), 80,7 % d'entre eux se prononcent pour l'indépendance de la Catalogne, après avoir répondu « Oui » aux deux premières questions. 10,11 % d'entre eux ont voté oui à la première question et non à la deuxième, tandis que 4,55 % ont répondu non aux deux propositions[17]. Le gouvernement espagnol, ayant déclaré illégale la tenue de cette consultation, débouche finalement sur un compromis avec Artur Mas : ces derniers annoncent ensemble le 14 janvier 2015 la tenue de nouvelles élections régionales anticipées pour le 27 septembre 2015[18], centrées sur la question de l'indépendance de la Catalogne.

Élections au Parlement de Catalogne du 27 septembre 2015[modifier | modifier le code]

Les élections du sont un succès mitigé[19] pour les indépendantistes qui, avec 47,8 % des voix, n'emportent pas la majorité absolue des suffrages[20], mais sont majoritaires en sièges (72 sur 135) au Parlement régional, bien que divisés entre la liste Ensemble pour le oui, avec 62 sièges, et celle de la Candidature d'unité populaire (CUP), qui en obtient 10[20].

Référendum sur l'indépendance de la Catalogne du 1er octobre 2017[modifier | modifier le code]

Annoncé le , un référendum pour l'indépendance de la Catalogne se tient le en dépit de son interdiction par la cour constitutionnelle[21],[22]. Selon les autorités catalanes, le "oui" l'emporterait avec 90,18 % des voix mais avec seulement 42 % de participation. Des irrégularités dans l'organisation même du scrutin ont été relevées par les opposants : seuls les indépendantistes tenaient les bureaux de vote puisque les unionistes ne voulaient pas participer au scrutin, des coupures de courant régulières ont eu lieu[23]. Par ailleurs, la possibilité nouvelle de pouvoir voter dans n'importe quel bureau de vote afin de contourner les blocages de bureaux de vote a suscité également de grandes réserves[24]. Enfin, près de 700 000 bulletins auraient été saisis par la Guardia civil[25]. Le référendum étant interdit par le pouvoir central, les résultats communiqués par la presse catalane sont à prendre avec précaution. De plus, les partisans non-indépendantistes n'ont pas voté en ayant respecté la consigne de la royauté. Ce référendum ne reflète donc pas vraiment l'avis de toute la population catalane. Ce référendum est très médiatisé en raison de l'intervention du Corps national de police (CNP).

Le , Carles Puigdemont annonce qu'« avec les résultats du référendum, la Catalogne a gagné le droit d'être un État indépendant » mais suspend aussitôt sa déclaration, déclarant vouloir encore négocier avec le gouvernement les conditions du départ. Cette déclaration symbolique n'est suivie d'aucune publication officielle[26]. Madrid la rejette catégoriquement. Le , le Président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy annonce le recours à l'article 155 de la Constitution espagnole de 1978 permettant la suspension de l'autonomie de la Catalogne[27].

Le , le Parlement catalan vote en faveur de l'indépendance avec 70 voix pour, 10 contre, 2 blancs. Les partis d'opposition (53 députés) sont sortis au moment du vote[28].

Comme prévu, en réaction à cette déclaration, le gouvernement central, avec l'autorisation du Sénat, a destitué le président de la Catalogne et appelé à des élections régionales le [29].

Le , le pouvoir exécutif catalan est poursuivi par le gouvernement espagnol pour « rébellion »[30].

Le , certains membres de l'ancien exécutif catalan restés en Espagne comme Oriol Junqueras, Raül Romeva ou encore Joaquim Forn sont emprisonnés[31] au centre pénitentiaire Madrid VII à Estremera.

Le , la police allemande annonce l'arrestation de Carles Puigdemont[32]. L'interpellation a lieu à la hauteur du village de Schuby dans le Schleswig-Holstein, à environ 35 kilomètres au sud de la frontière entre l'Allemagne et le Danemark. Présent la veille en Finlande, Puigdemont devait initialement rejoindre Bruxelles en avion, mais la réactivation du mandat d'arrêt européen par la justice espagnole l'a amené à effectuer le trajet en voiture. Sa présence est signalée à la police du Land par les services de renseignement (CNI) et la police nationale espagnols, qui suivaient tous ses déplacements depuis qu'il avait quitté la Belgique quelques jours avant et qui attendaient l'endroit le plus adéquat pour procéder à l'arrestation[33]. Effectivement, le code pénal allemand prévoit l'existence d'un délit de haute trahison dont la qualification juridique est extrêmement proche du délit de rébellion pour lequel Carles Puigdemont est poursuivi, à l'inverse du droit pénal belge[34]. Dans la foulée de cette nouvelle, des heurts ont lieu en Catalogne entre la police et des indépendantistes.[35].

Le tribunal supérieur régional de Schleswig-Holstein, le 5 avril 2018, refuse d'extrader Carles Puigdemont pour rébellion — ce qui exclut un procès pour ce chef d'accusation en cas d'extradition — argüant de l'absence de violence ou de menace de violence que met en avant l'acte d'accusation du juge espagnol.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. ERC et indépendantiste dès ses origines, revendiquant l'instauration d'une République catalane.
  2. http://www.elmundo.es/elmundo/2009/10/12/paisvasco/1255341612.html
  3. Pierre Vilar, La Catalogne dans l'Espagne moderne: recherches sur les fondements économiques des structures nationales, Paris, Flammarion, 1977, vol. i, 473 p..
  4. Pierre Bonnassie, La Catalogne du milieu du Xe à la fin du XIe siècle. Croissance et mutation d'une société, Toulouse, Publications de l'Université de Toulouse-Le Mirail, 1975-1976, 2 t., 1 045 p..
  5. Martin Aurell, L’État et l'aristocratie en Catalogne et en Provence : (IXe-XIVe siècles), Université d'Aix-Marseille, thèse sur travaux pour l'obtention du doctorat d'État, Sous la direction de Noël Coulet, .
  6. Michel Zimmermann, Écrire et lire en Catalogne : IXe-XIIe siècle, Madrid, Casa de Velázquez, 2003, vol. ii, p. 1 012.
  7. Pilar Martínez-Vasseur, « La Question nationale et l'armée en Espagne au cours des XIXe et XXe siècles », dans Francisco Campuzano Carvajal (dir.), Les nationalismes en Espagne : De l’État libéral à l’état des autonomies (1876-1978), Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2015, p. 83-120.
  8. Stéphane Michonneau, « L'Indépendance de la Catalogne, un choix par défaut ? », sur liberation.fr, .
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Articles sur le régionalisme en Espagne

Liens externes[modifier | modifier le code]