Félix Vallotton

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Félix Vallotton
Vallotton-Autoportrait.jpg

Félix Vallotton, Autoportrait (1905),
Kunsthaus de Zurich

Naissance
Décès
(à 60 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Nom de naissance
Félix Édouard Vallotton
Nationalité
Activités
Autres activités
Formation
Mouvement

Félix Vallotton, né à Lausanne, le et mort à Paris, le , est un artiste peintre, graveur, illustrateur, sculpteur, critique d'art et romancier franco-suisse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Félix Vallotton est né le 28 décembre 1865 à Lausanne[1], d'une famille bourgeoise protestante. En 1882, il entre à l'Académie Julian[2] à Paris, aux ateliers fréquentés par de nombreux artistes postimpressionnistes, dont les futurs nabis. En moins de dix ans, le jeune Suisse parvient à se faire un nom auprès de l'avant-garde parisienne. Sa renommée devient internationale grâce à ses gravures sur bois et à ses illustrations en noir et blanc qui font sensation. Il participe régulièrement à différents Salons (Salon des artistes français, Salon des indépendants, Salon d'automne).

Émile Bernard, Félix Vallotton (1886).

Dès 1891, il renouvelle l'art de la xylographie[3]. Ce revirement a pu être lié à la parution, au mois de mars 1891, du fameux article d’Albert Aurier, Le Symbolisme en peinture, appelant à un art « idéiste » et décoratif, d’où seraient bannis « la vérité concrète, l’illusionnisme, le trompe-l’œil[4] ». Ses gravures sur bois exposées en 1892 au premier Salon de la Rose-Croix sont remarquées par les nabis, groupe qu'il rallie de 1893 à 1903[Note 1]. Il se liera d'amitié avec Édouard Vuillard[6].

La dernière décennie du siècle est également marquée par son travail d'illustrateur, notamment pour La Revue blanche. L'une de ses affiches, La revue La Pépinière est reproduite dans Les Maîtres de l'affiche (1895-1900).

En 1889, il avait rencontré Hélène Chatenay, dite « la Petite », (-1910), une ouvrière qui deviendra son modèle et partagera sa vie[7]. Mais Vallotton n’est pas capable de s'engager. Plus soucieux du devenir de son œuvre que de fonder une famille[6], il épouse en 1899 Gabrielle Bernheim (1863-1932), fille du marchand de tableau Alexandre Bernheim, veuve de Gustave Rodrigues-Henriques (1860-1894) et sœur de Josse (1870-1941) et de Gaston (1870-1953) Bernheim. Pour faciliter son intégration dans cette grande famille parisienne, l'ancien anarchiste est contraint à une certaine réserve ; il délaisse alors la gravure au profit de la peinture. En 1900, il obtient la nationalité française par décret de naturalisation du 3 février[8].

En mars 1902, il coordonne un des numéros les plus surprenants de L'Assiette au beurre, intitulé « Crimes et châtiments », qui se compose de vingt-trois lithographies imprimées uniquement sur le recto et à détacher du cahier suivant des perforations pointillées, constituant un véritable album d'estampes. Durant l’année 1907, Félix Vallotton se consacre à l'écriture d'un roman intitulé La Vie meurtrière.

Il peint des scènes d'intérieur, puis se consacre à des thèmes classiques, paysages, nus, portraits et natures mortes qu'il traduit d'une manière personnelle, hors des courants contemporains. Félix Vallotton est un artiste réaliste. Les situations qu'il décrit sont suggérées, sans embellissement ni glorification[7]. Son art est indiscret, souvent traversé d’humour noir et de raillerie grinçante[9].

Sa première exposition personnelle a lieu à Zurich en 1909. Il expose régulièrement à Paris, notamment en , à la galerie Druet, exposition dont le catalogue est préfacé par Octave Mirbeau. Il participe de plus aux expositions d'envergure internationale en Europe et aux États-Unis. En Suisse, sa peinture est principalement diffusée par son frère Paul, directeur dès 1913 de la succursale de la Galerie Bernheim-Jeune à Lausanne, future galerie Paul Vallotton.

Félix Vallotton est un travailleur acharné, sans cesse à la recherche de nouvelles formes d'expression. Touché par l'horreur de la Première Guerre mondiale, il trouve dans le conflit une source d'inspiration. Il renoue avec le succès vers la fin de la guerre, avant de mourir en 1925, des suites d'une opération contre son cancer. Il avait écrit : « La vie est une fumée, on se débat, on s’illusionne, on s’accroche à des fantômes qui cèdent sous la main, et sa mort est là[7]. »

Il est inhumé à Paris au cimetière de Montparnasse, 28e division.

Fortune critique[modifier | modifier le code]

« [Félix Vallotton] n’est point un “idéologue”, au sens fâcheux que nous donnons à ce mot, et il ne se dessèche pas l’âme dans les théories, lesquelles sont, en général, la revanche des impuissants, des vaniteux et des sots. Comme ceux qui ont beaucoup vu, beaucoup lu, beaucoup réfléchi, il est pessimiste. Mais ce pessimisme n’a rien d’agressif, rien d’arbitrairement négateur. Cet homme juste ne veut pas se leurrer dans le pire, comme d’autres dans le mieux, et il cherche en toutes choses, de bonne foi, la vérité. »

— Octave Mirbeau, préface au catalogue de l'exposition Vallotton, galerie Druet, Paris, 10-22 janvier 1910[10].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Félix Vallotton a produit un très grand nombre d’œuvre : 1 704 peintures répertoriées[11], 237 gravures et des centaines d'illustrations de livres ou revues[12],[7].

Estampes[modifier | modifier le code]

Affiche pour la maison de l'Art nouveau (1895).

C'est vraisemblablement à l’instigation de son ami Charles Maurin que Félix Vallotton s’engage en 1891 dans la gravure sur bois, à une époque où la lithographie en couleur était très en vogue.

La xylographie lui permet de réaliser des estampes expressives, en aplats francs de noir sur blanc, qui lui confèreront une renommée internationale. Celles-ci se caractérisent par leurs thèmes singuliers et un style très synthétique, incisif, renforcé par l'absence de dégradé : on y voit des scènes de vie marquantes surgir dans un environnement d'un noir profond, exprimant des tensions latentes.

Les tensions sociales (La Manifestation, L’Assassinat, La Charge) et l’hypocrisie des mœurs sont des thèmes récurrent de son œuvre gravée[4].

Entre 1891 et 1901, Félix Vallotton réalise plus de cent vingt gravures sur bois et une cinquantaine de lithographies[12]. Parmi ces xylographies figurent des séries de 6 à 10 planches comme :

  • 1893, Les Petites Baigneuses
  • 1896, Les Instruments de musique
  • 1898, Intimités
  • 1900, L’Exposition universelle
  • 1915, C'est la guerre

À l'exception des instruments de musique et de l'exposition universelle, ces thèmes seront largement repris dans ses peintures.

Illustrations[modifier | modifier le code]

Dans les années 1890, Félix Vallotton a contribué à l'illustration :

Jusqu'en 1902, il publie dans le Chasseur de chevelures, supplément humoristique de La Revue blanche, plus d'une centaine de « masques » (des portraits stylisés en noir et blanc) de célébrités de l'époque[12].

Portraits[modifier | modifier le code]

De 1894 à 1902, Félix Valloton réalisa d'innombrables portraits dessinés de célébrités, principalement pour La Revue blanche, Le Cri de Paris, ainsi que pour Le Livre des masques, de Remy de Gourmont. Parmi ceux-ci :

Peintures[modifier | modifier le code]

Félix Vallotton a commencé sa carrière de peintre en réalisant des portraits, imprégné de la leçon de Hans Holbein le Jeune[14], et l'a finie avec des natures mortes relativement austères[6]. Mais l'essentiel de son œuvre est plus original. L'auteur, inventif, toujours en quête de nouvelles formes d'expression, réalise des toiles caractérisées par une peinture en aplats[15] de couleurs vives. Il rejoint le mouvement nabi en 1893 et réalise de nombreuses huiles sur carton représentant des scènes de rue dans un style épuré avec perspectives aplaties, telles que La Valse, Coin de rue à Paris, Les Passants… C'est à cette époque qu'il peint le triptyque du Bon Marché.

Il transpose l'esprit de ses xylographies dans ses scènes de tête-à-tête galants, comme La Chambre rouge, où la couleur chaude du décor exprime symboliquement l’intensité des passions ou la transgression des interdits. Témoin de la force des pulsions et de la médiocrité des sentiments[4], les mises en scène ambivalentes de Vallotton suggèrent plus qu'elles ne disent, suspendant l’action à un moment paroxystique[16]. La critique sera partagée : les représentations stylisées, si expressives en gravure, déroutent en peinture[17].

Vallotton s'initie à la photographie en 1889 à Étretat[4]. Sa peinture saisit souvent des sujets de dos, des enfilades de pièces, quelques scènes en plongée (Le Ballon) ou contreplongée (La Loge de théâtre), tels des clichés photographiques pris sur le vif, mais toujours réinterprétés par l'artiste qui en sublime l'essence.

Vallotton entreprend une relecture de la mythologie, tournant les mythes en dérision, imposant l'image d'une femme désidéalisée et même musclée, insatisfaite (Persée tuant le dragon), témoignant des changements de rapports de force entre hommes et femmes en ce début de XXe siècle[4].

Il réalise de nombreux nus, comme figés dans des postures insolites, dégageant un érotisme glacial, une solitude pesante[12]. Les baigneuses l'inspirent de façon récurrente ; les couples de femmes également, « dans des mises en scène lourdes de sous-entendus[16] ». Le dessin est précis, souvent stylisé. Il n'embellit pas les corps dont il souligne les lourdeurs (Le Sommeil ; La Lecture abandonnée, 1924…) ou en amplifie les formes (Baigneuse assise sur un rocher…).

Félix Vallotton peint des femmes noires à l'égal des autres, à une époque où les préjugés sociaux étaient encore dominants.

A partir de 1917, il reprend les voyages et s'adonne à peindre des paysages dans lesquels il donne libre court à son style synthétique et son sens de la couleur[7]. Le vent dans les arbres et les rayons de lumière l'inspirent particulièrement.

Sa dernière œuvre est La Femme au chevalet, que certains interprètent comme un autoportrait en femme[4].

Statuettes[modifier | modifier le code]

  • 1904, Femme retenant sa chemise, bronze[18]
  • 1904, Porteuse d'eau, bronze patiné de brun, 28 cm[19]

Galerie[modifier | modifier le code]

Écrits[modifier | modifier le code]

Vallotton tenait régulièrement un journal depuis 1882, date de son arrivée à Paris. Il en a expurgé, à la fin de sa vie, toutes les pages antérieures à 1914[21].

Il a écrit également  :

  • plusieurs articles en tant que critique d'art ou essais,
  • quelques romans, dont La Vie meurtrière (1907-1908), une histoire aux traits autobiographiques qui ne sera publié qu'à titre posthume,
  • quelques pièces de théâtre, dont deux ont été représentées[6].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il est surnommé le « nabi étranger »[5].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Vallotton, Félix » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  2. (fr)Nathalia Brodskaïa, Félix Vallotton.
  3. Marina Ducrey, « VALLOTTON FÉLIX - (1865-1925) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 mars 2016. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/felix-vallotton/
  4. a, b, c, d, e et f Les dits de l'art : Félix Vallotton, le feu sous la glace.
  5. « Vallotton le « nabi étranger » », sur grandpalais.fr (consulté le 10 août 2016).
  6. a, b, c, d et e Kunsthaus Zürich : « Félix Vallotton, idylle au bord du gouffre ».
  7. a, b, c, d et e La peinture du XXe siècle : Félix Vallotton.
  8. Marina Ducrey, Katia Poletti, Félix Vallotton, 1865-1925. L'œuvre peint, 2005, p. 45.
  9. Femme Femme Femme : Félix Vallotton.
  10. Dictionnaire des anarchistes, Le Maitron : Félix Vallotton.
  11. Grand Palais : « Félix Vallotton, le feu sous la glace », dossier pédagogique.
  12. a, b, c et d « Voir ou revoir : Félix Vallotton au Grand Palais ».
  13. « La Sortie » (consulté le 12 février 2014)
  14. Encyclopédie Universalis : L'originalité des gravures sur bois.
  15. Une peinture en aplats qu'affectionnera Edward Hopper.
  16. a et b Tinou-évasion : Félix Vallotton, le feu sous la glace.
  17. Slate.fr : Félix Vallotton, le peintre de l'ambigu.
  18. Musée d'Orsay : Femme retenant sa chemise, 1904.
  19. MutualArt: The Water-Bearer.
  20. Artifexinopere : analyse du tableau La Chambre rouge.
  21. J.-P. Morel, postface à La vie est une fumée, de Félix Vallotton, Éditions Mille et une nuits.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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