Histoire du christianisme

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L'histoire du christianisme commence au Ier siècle au sein de la diaspora juive après la crucifixion de Jésus, et, selon les chrétiens, de sa résurrection. Les premières communautés chrétiennes furent fondées par les apôtres et des premiers disciples de Jésus en particulier dans les grandes villes de Rome, Éphèse, Antioche, Alexandrie.

Le christianisme se développa dès le IIe siècle dans l'Empire romain, mais aussi en Perse et en Éthiopie, composé de nombreuses mouvances. Quand il devint la religion officielle de l'Empire romain au IVe siècle, les premiers conciles tentèrent de définir une orthodoxie, résumée dans le Symbole de Nicée. Mais les christologies déclarées hérétiques dans l'Empire ne disparurent pas pour autant.

Sommaire

Historiographie[modifier | modifier le code]

Longtemps, dresser l’histoire du christianisme fut une entreprise difficile. En effet, elle était cantonnée dans l’apologie de l’Église dominante dans le contexte géopolitique où se situait le candidat historien[1]. Par exemple, des auteurs fondamentaux comme Michel Le Quien (Oriens Christianus) ou Charles George Herbermann (Encyclopédie catholique) utilisent le mot « catholique » dans le sens actuel du terme pour désigner toute l'église des cinq premiers patriarcats d'avant 1054, les auteurs orthodoxes font de même; ce qui fait apparaître tantôt l'Église de Rome, tantôt les églises orthodoxes, comme seules héritières légitimes de l'église primitive. Depuis Walter Bauer[2], on considère qu’aucune unité doctrinale n’existait dans le christianisme ancien; et depuis Adolf von Harnack[3], que le dogme cause le schisme et que l’hérésie et l’orthodoxie font système. Ainsi, l’histoire du christianisme est une longue suite de fractures mais, si son élaboration a souvent relevé de la justification anachronique a posteriori (sans rapport avec une stricte recherche de la restitution de faits), la méthode historique scientifique et l’évolution de disciplines telles que les sciences des religions, permettent désormais d’en cerner les vicissitudes et d’éclairer les enjeux qui ont présidé à son développement.

La question des origines du christianisme est problématique en soi, selon qu'on se réfère à la théologie dogmatique de telle ou telle Église ou aux diverses écoles d'historiens[N 1]; Jésus-Christ est considéré comme l'unique Sauveur[4]. Pourtant, si la conscience de cette réalité ne fait aucun doute, la formulation ne va pas sans tâtonnements. Les Pères de l'Église fondent alors leur réflexion sur les textes de la Bible, regardés comme un ensemble cohérent dont les différentes parties se complètent[N 2]. Durant plusieurs siècles, l'alternance des opinions et des doctrines[5] amène les théologiens à définir avec une précision de plus en plus fine le dogme de l'Église.

Christianisme des premiers temps[modifier | modifier le code]

Thème en vogue dans les communautés religieuses de ce temps, cette ¨Cène¨ du IVe siècle découverte en 1988 à Tomis (Scythie mineure) ressemble à celles des catacombes e Rome, mais ne présente pas de symboles chrétiens explicites.

Premiers chrétiens[modifier | modifier le code]

Le nom de chrétien est le nom donné aux premiers juifs de Jérusalem qui ont reconnu le Messie en Jésus de Nazareth, puis à leurs successeurs au-delà de la ville sainte du judaïsme. Ils constituent la première communauté chrétienne connue, c'est-à-dire un courant judéo-messianiste. Elle fut dirigée d'abord par Pierre jusqu'en 44 puis par Jacques, frère du Seigneur, jusqu'en 62[6]. James Thabor fait remonter ce groupe à ceux qui suivaient Jacques, frère du Seigneur et successeur de Jésus à la tête des disciples plutôt que Pierre. Ils sont donc, dans ce cas de figure, les légitimes porteurs du message de Jésus. Outre le fait d'être pauvres, comme le furent les pharisiens du temps de Jésus, ils pratiquent l'ensemble des rites du judaïsme de leur époque[7].

Les premières prédications se fondaient sur une proclamation de foi, appelée kérygme :

* Jésus est le Messie, le Fils de Dieu ;
* il est ressuscité, et celui qui parle en rend témoignage personnellement ;
* il appelle à la conversion.

Controverses théologiques du Ier au IIIe siècle[modifier | modifier le code]

Mère de Dieu (ΜΡ ΘΥ), mosaïque dans Hagia Sophia, Istanbul.

Le christianisme est marqué par des controverses théologiques du Ier au IVe siècle[8] au Proche-Orient.

Séparation d'avec le judaïsme[modifier | modifier le code]

Depuis les années 1975, les historiens affirment qu’aucune séparation totale et décisive n’eut lieu avant le IVe siècle[9], ce qui est contraire à la tradition historiographique dominante antérieurement : pour cette partie, on peut voir en détail comment se pose le débat, dans l'article spécialisé le débat historique. Dans l’interprétation chrétienne traditionnelle, le christianisme devient une religion distincte du judaïsme quand Paul affirme que « la foi passe avant la loi »; cette affirmation ne résiste pas à l’analyse historique[10],[11],[12]. Ceux qui partagent néanmoins ce point de vue, issu de l’Évangile selon Jean, datent la séparation de la fin du Ier siècle, mais il faut savoir que Jean se distingue des Évangiles synoptiques par ses prises de position anti-juives ; quoi qu'il en soit, ce point de vue bute à la fois :

  • sur la réalité du judaïsme rabbinique qui apparaît au travers de l’école de Jamnia : quelques sages s'installent à Jamnia après la Première Guerre judéo-romaine et la destruction du Second Temple en 70, et définissent des pratiques pour que le judaïsme survive en dépit de la destruction du temple, en particulier, les 613 commandements, destiné à « inscrire le temple au cœur de l'homme ». Dans les années 90, la Mischna témoigne d'une critique des autres mouvements nés du judaïsme n’observant pas strictement cette Halakha en termes d'« hérésie »[13]. Le judaïsme rabbinique est à la source du judaïsme « moderne ».
  • sur l'histoire des judéo-chrétiens, qui vont donner naissance à l’ébionisme, encore violemment attaqué par Origène et Irénée au IIe siècle : les ébionites qui voyaient Jésus comme étant le « Messie » mais pas le « Fils de Dieu », seront rejetés à la fois par les juifs et par les chrétiens.


Création du canon biblique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Canon (Bible).

L’Apôtre Paul joue un rôle important dans le développement du christianisme. Sous le nom de Saül, ce Juif originaire de Tarse aurait d’abord persécuté le mouvement de Jésus et ensuite connu une spectaculaire conversion après que le Christ lui fut apparu sur le chemin de Damas. Il consacre le reste de son existence au prosélytisme. Dans un premier temps, l'enseignement de Jésus n'est diffusé qu'au sein de la communauté juive, puis, à la suite de difficultés avec les responsables des synagogues, l'enseignement s'oriente vers les non-juifs, les païens, aussi appelés les « Gentils ». Parmi ceux-ci, il en est, nombreux, sensibles à la voie du judaïsme, on les appelle les “craignant-Dieu”, mais qui ne franchissent pas, pour la plupart, le pas de la conversion, en particulier celui de la circoncision [14]. La question est débattue lors d’une réunion qui se tient à Jérusalem vers l’an 50 appelée rétrospectivement « concile de Jérusalem ». Il y est entériné que les prosélytes « chrétiens » n'auront pas à passer d'abord par une conversion au judaïsme. Cette décision instruit la vocation universaliste de cette hérésie en train de devenir le christianisme.

Une grande partie de cette littérature se fait sous forme d'Épîtres qui sont de courts traités de caractère moral ou philosophique, dont les auteurs ne sont pas toujours assurés[15].

Premiers théologiens[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Patristique et patrologie.

Les sources contemporaines concernant cette période sont peu nombreuses. Les Actes des Apôtres (datés des années 80-90) se veulent l’histoire du mouvement au cours des premières années après la mort du Christ. Leur pertinence est toutefois remise en cause par certains théologiens[16] et sont difficilement exploitables par les historiens. Les Évangiles et les lettres du saint Paul de Tarse (datées des années 50) sont les plus anciens documents du christianisme, qui fournissent des indications indirectes sur les tendances qui parcourent le christianisme primitif. Les premiers chrétiens — le mot n’existait pas encore — ne sont pas perçus en Judée autrement que comme une des nombreuses sectes au sein du judaïsme au tournant de l’ère chrétienne, dont les plus importants sont les Pharisiens, les Sadducéens, les Zélotes et les Esséniens.

Les Actes des Apôtres et les lettres de saint Paul laissent entrevoir un certain nombre de dissensions au sein de la première communauté de Jérusalem et contre celle d'Antioche, mais ne sont guère prolixes. Il est ainsi question d’une dissension entre deux courants du Judéo-christianisme : les « Hellénistes »[N 3] et « Hébreux » (issus de Palestine), qui fait l’objet de controverses entre spécialistes.

Pour cette période qui suit la disparition des apôtres, ce sont les Pères apostoliques qui constituent une source, dont on doit avoir une approche critique[17]. C’est le début de la littérature patristique (90-160 apr. J.-C.). Ces textes, de caractère non canonique, se préoccupent d’instruction et de prédication.

Face à la concurrence, aux courants centrifuges, mais aussi au scepticisme païen, le christianisme développe une littérature

Irénée de Lyon écrit « Contre les hérésies », dans lequel il s’attaque aux gnostiques (voir ci-dessus). Il leur oppose l’unité de l’Ancien et du Nouveau Testament ainsi qu’une vision optimiste de la chute d’Adam et Ève, rachetée par le sacrifice du Christ.

Origène posa les fondements de l’herméneutique chrétienne en définissant, le premier selon Henri de Lubac [18], la théorie des quatre sens, et la Lectio divina, qui seront par la suite largement développés et pratiqués pendant tout le Moyen Âge, surtout au XIIe siècle, et dans les débuts de la Renaissance.

La question gnostique[modifier | modifier le code]

Les premiers siècles du christianisme sont une période de développement théologique, passant au crible du rationalisme grec certaines notions en vue de les éclaircir. Si l'on s'en tient à Irénée de Lyon, le gnosticisme est un terme générique désignant une série de courants de pensée, qui, entre 80 et 150, développent une conception ésotérique du christianisme. Selon ces courants, une connaissance est réservée à des élus au sujet de la nature du Mal et des moyens d’y échapper. Les gnostiques sont dualistes ; pour eux le monde matériel est étranger à Dieu et a été créé par des puissances inférieures. Ces croyances s’accompagnent de tendances soit à l’ascétisme, soit à la débauche, qui reflètent toutes deux un même mépris du monde matériel. Bien que l’idée de rédemption reste centrale, le rédempteur n’est pas nécessairement le Christ, vu leur répugnance du monde matériel. Quelques-unes enseignent que le Christ est un pur esprit et que son incarnation est une illusion optique et une apparence (en grec dokèsis) ; on nomme ce courant docétisme (IIe siècle). La rédemption est réservée aux élus en qui réside une étincelle divine. Une des doctrines les plus populaires est le dualisme de Marcion (IIe siècle), qui distingue le Dieu des juifs du Père de Jésus, et rejette donc l’Ancien Testament. Un autre groupe dissident se forme autour de Montanus au IIe siècle. Originaire de Phrygie, Montanus affirmait que le Paraclet s’exprimait à travers lui. Le montanisme connaîtra un certain succès en Asie Mineure.

Ces doctrines créent le débat dans les communautés chrétiennes et incitent à l'approfondissement théologique par ceux que l’on qualifiera ensuite de Pères de l'Église à s’opposer à ces tendances et à élaborer des réfutations de ces doctrines. Ils s’y prennent de plusieurs manières :

  • en insistant, comme Ignace d'Antioche, sur le rôle de l’évêque, représentant de Dieu sur la terre en vertu de la succession apostolique ; on crée donc un pouvoir ecclésiastique.
  • en élaborant un Canon du Nouveau Testament, c’est-à-dire un corpus de textes faisant autorité. Concernant les évangiles, on finira par s’accorder sur quatre textes : les trois Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) et celui de Jean, fermement défendu par Irénée de Lyon. Les Valentiniens en reconnaissent d’autres, comme l’Évangile selon Thomas.
  • en élaborant, au cours des conciles, un « symbole de la foi », c’est-à-dire un court texte, qui résume ce qu’il convient de croire[N 5], et permet de construire une orthodoxie en démarcation d'avec l’hétérodoxie (Irénée de Lyon et Tertullien).

Antiquité tardive[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Antiquité tardive.

Les institutions ecclésiales[modifier | modifier le code]

Au début du IVe siècle, les chrétiens sont peu nombreux et réunis en communautés diffuses. Les communautés chrétiennes prennent le nom d’« Églises » (du grec Ekklèsia = assemblée). Ils ne sont réellement organisés qu'au Moyen-Orient :

« Quatre secteurs ont un épiscopat nombreux, ce qui suppose a priori une christianisation plus avancée : l'Asie Mineure, avec 98 à 102 évêques, le bloc Syrie-Palestine, avec 75 évêques, l'Égypte, avec entre 70 et 100 évêques, et tout en haut l'Afrique du Nord, qui compte alors entre 200 et 250 évêques.(Yves Modéran [19]) »

Ce terme « église » ne s'applique aux bâtiments qu'à compter du IIIe siècle de l'ère commune. Ces communautés, dans les zones où les chrétiens sont nombreux, sont dotées d’un conseil, avec à sa tête un « évêque » (du grec épiskopos = surveillant) ou « presbytre » (du grec « presbyteros » = ancien). Le premier terme finira par l’emporter. Il est assisté de diacres. Les fidèles se réunissent, d’abord dans des maisons particulières, puis dans des maisons spécialement aménagées (dont il subsiste un exemple connu du IIIe siècle à Doura Europos, où une pièce sert de lieu de réunion et une autre de baptistère).

Statut de l'empereur[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Code de Théodose et Corpus iuris civilis.

De Constantin à Justinien, il est le « président de l'Église »[20].

Sa position dans l’Église est clairement définie par Paul Veyne[21]. Entre le moment où Constantinople change pour devenir Byzance, sa personne acquiert un caractère sacré [22]et[23]; depuis Constantin Ier il est « égal aux apôtres » (isapostolos). Il n’est pas prêtre, mais pourtant, comme le prêtre, il pénètre dans le Saint des Saints, derrière l’iconostase, et communie sous les deux espèces.

L’empereur fait respecter les lois de l’Église ; les code de Théodose II et de Justinien intègrent les lois de l'Église au droit civil, y compris la dogmatique. Quand le besoin s’en fait sentir, c’est lui qui convoque les conciles œcuméniques. En principe le patriarche, comme chef de l’Église, est lui aussi l’émanation de Dieu. Dans la pratique, l’empereur nomme le patriarche comme bon lui semble, même si en théorie il choisit parmi une liste qui lui est présentée. Le patriarche choisi peut même être un laïc, comme Photios Ier de Constantinople, qui reçoit en catastrophe tous les ordres. Au cours des premiers siècles de l’empire, l’empereur intervient dans des questions de dogme. Cet interventionnisme culminera au cours de la crise iconoclaste (voir ci-dessous). Par la suite s’instaure un équilibre fragile entre l’empereur et le patriarche. Il doit en théorie régner entre eux une harmonie (telle que la définit l’« Epanagoge » de Basile Ier) en vue du bien-être de l’État et de l’Église. L’empereur peut difficilement de franchir certaines barrières morales. On peut en donner pour exemple le quatrième mariage de Léon VI, qui fait scandale. Le patriarche Nicolas Mystikos refuse alors à l’empereur l’entrée de Sainte-Sophie. Bien qu’il ait forcé le patriarche à abdiquer, Léon devra faire pénitence. Au cours des derniers siècles de l’Empire, les souverains qui veulent se rapprocher de Rome (voir ci-dessous) se heurtent à l’opposition de l’Église.

Les Byzantins voyaient dans leur empire l’image du royaume céleste et dans leur empereur l’image du souverain céleste. Il est le « lieutenant de Dieu », et c’est de Lui qu’il tient son pouvoir (« Deo gratia »). Le couronnement à Sainte-Sophie par le patriarche de Constantinople symbolise cette sanction divine. Même dans les cas d’usurpation les plus manifestes, le patriarche ne l’a jamais refusée. Cette conception a pour conséquence que l’empereur est le seul souverain légal de la cité terrestre. C’est au nom de cette conception que les empereurs byzantins ont toujours farouchement considéré tout autre souverain chrétien comme leur subordonné. Au XIVe siècle, lorsque l’Empire va vers sa fin, le patriarche de Constantinople rappelle au grand-duc de Moscou, qui ne se considère plus comme soumis à l’empereur, qu’« unique est l’empereur universel ».

Métropolites et papes[modifier | modifier le code]

Si, théoriquement, tous les évêques sont sur le même pied, certains acquièrent progressivement plus d’importance du fait de l’importance des premiers titulaires du siège, ce poids n’étant pas nécessairement lié à la place du diocèse dans la structure administrative de l’Empire romain. Au sommet de cette hiérarchie se trouvent cinq sièges qu’on appellera les patriarcats à partir du règne de Justinien.

En Occident, la direction des premières communautés chrétiennes de Rome est longtemps de type synodal et la prééminence de l’évêque de Rome n’est que très progressive ; il prend de l'importance à la fin du IVe siècle avec Léon Ier et l'ensemble des pouvoirs dont il jouit de nos jours en Occident n'est acquis qu'au IXe siècle sous Charlemagne, avec Léon III en 800[24], quand sa primauté d’honneur se transforme en primauté juridictionnelle pour la partie occidentale de l'empire.

Calixte Ier sera le premier être désigné sous le terme « pape » à l’instar de ce qui se faisait déjà pour le patriarche d'Alexandrie[25]. Le patriarche romain Léon Ier s’opposera au canon 28 du concile de Chalcédoine (451) qui fait de Rome le second siège de l’Église à l'égale de Constantinople. Ces prétentions du pape de Rome seront mal acceptées par les Églises d’Orient, surtout quand il interviendra en matière doctrinale.

En Orient, le concile de Nicée (325) reconnaît deux grands sièges : Antioche et Alexandrie, ainsi qu’avec quelques restrictions à Jérusalem. Le concile de Constantinople (381), et surtout le concile de Chalcédoine (451), accordent à Constantinople les mêmes privilèges qu’à Rome, ainsi que la deuxième place après celle-ci. Des conflits entre patriarcats seront pour beaucoup dans les controverses qui déchireront l’Église.

À côté des cinq grands sièges, se constitueront en dehors des frontières de l’Empire romain, des Églises nationales, « autocéphales » (Arménie, Géorgie, Perse).

Construction d'un système théologique[modifier | modifier le code]

L'Église ancienne se définit comme « les enfances du christianisme » selon le mot d'André Trocmé[26], c'est-à-dire avant l'instauration d'un christianisme d'État dont le « président » serait l'empereur de Constantinople[27].

Auparavant, le débat christologique est la règle, y compris entre les quatre évangiles et Paul de Tarse, comme le montre Boismard[28].

Aucune centralité susceptible de régulation n'existe alors[29]. Chaque évêque est maître chez soi (surtout dans les grandes communautés de chrétiens comme celle d'Égypte dont Arius est issu) sauf à dépendre d'un métropolite qui ne sera instauré qu'en 325, à l'imitation de la situation égyptienne, la seule « Église » comptant 100 épiscopes[30]. Le concile régional est une habitude comme le montre un concile antérieur réuni en Anatolie à l'instigation d'Eusèbe de Césarée vers 322[N 6].

Maison de la Vierge Marie où la mère de Jésus a, selon la tradition, fini ses jours accompagnée de Jean; en fait, c'est une église grecque du XIIIe siècle.

Aux IVe et Ve siècles, ces débats, qui portent sur la nature de Jésus puis sur la Trinité, le sens matériel ou spirituel de l’incarnation, à partir du IVe siècle, la place de la Vierge Marie [N 7] , la doctrine du salut (faisant l'objet de la sotériologie), etc., sont d’autant plus violents qu’ils illustrent des rivalités entre les grandes métropoles religieuses de la partie orientale de l’Empire romain (Alexandrie, Antioche et Constantinople) ainsi que des rivalités de personnes.

Au IVe siècle de l'ère commune, l'arianisme est le premier de ces conflits qui prend une extension jusqu'aux limites du monde connu. Condamné à Nicée I, il sera diffusé et maintenu dans les royaumes barbares, jusqu'à leur conversion à l’« orthodoxie »[2], achevée au VIIe siècle.

En 313, l’édit de Milan proclame la liberté de culte et prévoit de rendre aux chrétiens les biens qui leur avaient été confisqués pendant la grande persécution de Dioclétien. Sollicité par les évêques africains sur la querelle donastique, Constantin organise en 313 (ou 314) le premier concile pour que les évêques décident entre eux. Il convoque[31] et préside le concile de Nicée en 325 qui reconnaît le Christ comme Dieu et homme à l’unanimité, même Arius acquiesçant à cette doctrine[32].

Le pélagianisme, condamné par le concile d'Éphèse en 431 et combattu par Augustin d'Hippone, manichéen converti, influença durablement les débats théologiques: cette doctrine, qui exalte la liberté humaine face au rôle de la grâce (religion chrétienne), est au cœur de la controverse janséniste au XVIIe siècle.

Controverses christologiques pré-chalcédoniennes[modifier | modifier le code]

Les différentes interprétations de la Trinité qui agitèrent l’Église chrétienne du IVe siècle peuvent se résumer ainsi : existe-t-il une "hiérarchie" entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit ?

Avec l'accès du culte chrétien parmi les cultes reconnus de l'Empire, le pouvoir politique prit l'initiative de réunir des conciles œcuméniques pour trancher les différends. Le premier fut le Concile de Nicée qui condamne l'arianisme en 325 et formalise la doctrine trinitaire dans le Symbole de Nicée-Constantinople.

Les controverses auVe siècle portent plus sur la question suivante : après l'incarnation du Verbe, « qui a pris chair de la Vierge Marie », la personne de Jésus-Christ était-elle unique, en deux natures (divine et humaine), ou bien y avait-il en lui deux « personnes » distinctes, l'homme Jésus, d'une part, le Verbe divin d'autre part, ou encore cette divinité s'est elle manifestée une fois adulte, au moment de son baptême par Jean le Baptiste ?

Le concile d'Éphèse proclame en 431 que le Christ n'a qu'une seule nature et qu'elle est divine, cette dernière ayant absorbé sa nature humaine. En 451, le concile de Chalcédoine proclame l'unique personne du Christ, de nature à la fois divine et humaine.

Mais les christologies déclarées hérétiques dans l'Empire ne disparurent pas pour autant. Au sein même de l'Empire, l'arianisme se diffusa largement auprès des peuples fédérés et eut une influence importante en Europe jusqu'au VIe siècle ; puis l'ajout du Filioque au symbole de Nicée amena de nouvelles controverses.

Les conclusions du concile de Chalcédoine furent également rejetées par certaines églises d'Orient. Églises « pré-chalcédoniennes » est l'expression dont leurs ennemis désignèrent les églises des deux et trois conciles[33]. À leurs yeux, après les conciles, elles auraient dû disparaître. En fait, ces églises sont post-concilaires en ce sens qu'elles marquèrent leur désaccord vis-à-vis des conclusions des troisième et quatrième conciles d'où le nom que les historiens leur donnent : Églises des deux conciles, Églises des trois conciles pour les distinguer des églises « orthodoxes », c'est-à-dire des 7 conciles (dont Rome faisait alors partie). C'est une façon de les déclarer hérétiques et de masquer le caractère foisonnant des christologies de l'époque[34].

Conciles christologiques[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Dogmes chrétiens et Christologie.
L'église construite sur le tombeau d'Euphémie de Chalcédoine accueille en 451 le quatrième concile œcuménique et met fin au débat qui secoue l'Église autour de la nature du Christ. Deux branches du christianisme n'y participent pas : l'Église copte et l'Église arménienne. Les nestoriens n'y sont pas conviés[35]

Les 7 conciles cités ci-dessus, conciles christologiques pour les 5 premiers, sont reconnus comme œcuméniques, c'est-à-dire qu'ils sont reconnus à la fois par les catholiques et les orthodoxes[N 8]. Les conciles fonctionnent un peu comme un tribunal devant lequel sont jugés un homme et sa doctrine.

En 325, à Nicée, lors du Ier concile de Nicée, appelé à l'initiative de l'empereur Constantin, le concile condamne Arius, un prêtre d'Alexandrie. Il déclare le Fils « consubstantiel (homoousios) au Père ». Les évêques qui refusent de signer sont déposés.

Certains fils et successeurs de Constantin prendront des positions nettement ariennes (Constance II, Valens). Sous l’empereur Théodose Ier, le Ier concile de Constantinople (381) tranchera en faveur des thèses de Nicée, en y ajoutant la consubstantialité de l’Esprit et en affirmant les trois personnes.

Nestorius, patriarche de Constantinople (421), formé à l’école d'Antioche, affirme la distinction entre la nature humaine et la nature divine du Christ, et conteste la proposition de Cyrille de donner à Marie le titre de théotokos (« mère de Dieu ») ; il voit en elle que la mère d'un homme : « Je refuse de voir un Dieu formé dans le sein d'une femme ! » mais conçoit qu'elle soit « Mère du Christ », c'est-à-dire « Christotokos ». C’est une position dualiste, à laquelle s’oppose l’école d'Alexandrie représentée par Cyrille. La convocation du concile d'Éphèse (431) doit les départager. Dans un premier temps, Cyrille profite de l’absence des partisans de Nestorius pour faire condamner celui-ci. Lorsque les partisans de Nestorius arrivent à Éphèse, ils condamnent Cyrille. Les deux partis intriguent auprès de l’empereur Théodose II et maintiennent une agitation permanente.

Après Éphèse, en contestation des thèses de Nicée, certains théologiens alexandrins élaboreront le monophysisme (de monos, « unique », et physis, « nature »), personnifié par le moine Eutychès qui, développant la formulation de Cyrille d'Alexandrie[N 9], propose une solution à la question de la nature du Christ. Il y voit deux natures mais une seule volonté, celle de Dieu. Accusé d’hérésie, il maintient que le Christ n'a qu'une nature, la nature divine, par laquelle a été absorbée la nature humaine « comme une goutte d'eau l'est par la mer » après l'Incarnation. On retrouve cette idée dans le miaphysisme de l'église apostolique arménienne. Ce nouveau conflit provoque la convocation d'un deuxième concile d'Éphèse (449). Sous la pression de l’empereur Théodose II, Eutychès est réhabilité. Cet épisode est qualifié par le pape de Rome, Léon, de brigandage d’Éphèse parce que les théologiens occidentaux n'y avaient pas été invités[36]. Le 2e concile d’Éphèse n'est reconnu que par les églises orientales. Il marque le début de la césure entre christianisme oriental et christianisme occidental[37].

À la mort de Théodose, le pape obtient du nouvel empereur, Marcien la tenue du concile de Chalcédoine (451). Ce concile sera l’un des plus importants de l’histoire du christianisme en cela qu'il formule le dogme de la trinité, où du « père » (Dieu) découlent le « fils » (le Christ) et le « Saint-Esprit ». Pour le « fils » incarné, les participants retiennent la formule d’une seule personne et de deux natures (divine et humaine), définition aussitôt contestée. Dans l'église d'occident, en train de convertir les « Barbares », se développe de plus en plus l'idée que le « saint-esprit » découle aussi du « fils », ce qui implique que seule une âme devenue chrétienne peut être sauvée par Dieu.

Schismes[modifier | modifier le code]

Certains participants aux différents conciles refusent d'adopter le dogme, provoquant des schismes qui sont à l'origine de la création d'Églises autocéphales[non neutre].

Jusqu’aux conquêtes arabes, la politique impériale variera entre la répression à l’égard des adversaires des thèses chalcédoniennes et diverses tentatives d’accommodement théologique, comme l'hénotique. Sous l’empereur Justinien, la répression des monophysites aboutit à la constitution d’Églises non-chalcédoniennes dite aussi « des trois conciles », avec une hiérarchie parallèle à celle de l’Église officielle : l’Église syriaque orthodoxe, dite aussi Église jacobite en Syrie, l’Église copte orthodoxe en Égypte, qui comprennent la majorité des fidèles, ou encore l'Église apostolique arménienne. Subsiste toutefois une Église chalcédonienne, dite « melkite » (du syriaque melek, « roi »).

Au début du VIIe siècle le patriarche Serge Ier de Constantinople tente encore de mettre fin à la controverse du monophysisme qui divise toujours la chrétienté en contournant la question de la « nature » du Christ et propose le monothélisme (du grec du grec monos, « seul » et thelein, « vouloir ») qui professe la seule volonté divine « seule volonté du Christ incarné »[38]. Le concile œcuménique de Constantinople de 680 condamne cette doctrine et confesse la pleine humanité du Christ en lui reconnaissant une volonté humaine, faillible (colère face aux marchands du Temple, « Eli, Eli, lama sabachtani ? » : "mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?") distincte de sa volonté divine, infaillible (chaque fois qu'il parle au nom du « père »). Selon certains auteurs, le monothélisme se prolonge dans le maronisme[39].

À partir du XIe siècle et jusqu'au XVIe siècle, l'Église catholique romaine entreprendra une reconquête des églises des 2 et 3 conciles. Ce sont les églises uniates qui professent désormais la théologie romaine trinitaire mais conservent, dans une certaine mesure, la liturgie et la paramentique de leurs églises d'origine. Une partie de ces communautés refuse l'union et demeurent témoins du christianisme oriental ancien.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

À l'époque du Moyen Âge, la religion et, en Occident et dans l'Empire byzantin puis dans les pays slaves, le christianisme en particulier, tiennent une place très importante dans la société.

L’Église d’Occident des Carolingiens à la féodalité[modifier | modifier le code]

Au milieu du VIIIe siècle, la papauté et les Carolingiens nouent des relations qui vont se révéler profitables pour les deux parties, et lourdes de conséquences pour la suite de l’histoire de l’Occident. À la demande de Pépin le Bref, le pape Zacharie apporte par une lettre son soutien moral à l’élimination de la dynastie mérovingienne : Pépin se fait sacrer roi. En échange de cet appui, Pépin mène en Italie deux expéditions dans le but de lever la menace que les Lombards font peser sur Rome. C’est dans ces circonstances qu’est créé l’État pontifical, qui ne disparaîtra qu’en 1870. Cette alliance est encore plus étroite sous le fils de Pépin, Charlemagne. Celui-ci fait adopter la liturgie romaine, à un moment où l’extension du royaume franc correspond à celle de la Chrétienté occidentale (à l’exception des Îles britanniques et du petit Royaume des Asturies). Lors de la guerre contre les Saxons d'Allemagne (772-805), Charlemagne ordonne aussi la conversion en masse, et par la force, de la population, afin d'humilier son adversaire[40]. C'est aussi sous Pépin le Bref et Charlemagne que l'ancêtre du chant grégorien, le chant messin, se développe, sous l'influence de l'évêque Chrodegang de Metz, qui agit en tant qu'intermédiaire entre Pépin le Bref et la papauté.

La crise iconoclaste[modifier | modifier le code]

La controverse iconoclaste est la dernière grande controverse théologique. Elle se déroule au haut Moyen Âge

Au VIIe siècle, l’iconoclasme est une réaction au culte des images (ou « icônes »). Ce culte se manifeste de diverses façons ; de l’illumination de l’icône à la prosternation, jusqu’à la conviction que l’icône a un caractère agissant par elle-même. Les raisons de la crise ne sont pas claires. On[Qui ?] a invoqué entre autres l’influence du judaïsme et de l’islam. Les premières mesures iconoclastes sont prises en 725 par l’empereur Léon III. Il remplace le patriarche Germanós par un iconoclaste, Anastase. Dans un premier temps, il n’y a pas de persécutions. Le successeur de Léon, l’empereur Constantin V Copronyme, convoque un concile qui fait de l’iconoclasme la doctrine officielle de l’Empire d’Orient. Il doit faire face à l’opposition des moines qui sont iconodules (partisans du culte des images). Sous l’impératrice Irène a lieu une réaction : en 786-87, un nouveau concile renverse la tendance et rétablit le culte des images. La hiérarchie « orthodoxe » suit la volonté impériale. En 815, un autre empereur, Léon V l’Arménien, revient à l’iconoclasme. Il doit faire face à une opposition puissante menée par Théodore le Stoudiote. Dès la mort de l’empereur Théophile, en 845, le culte des images est définitivement rétabli.

Lutte entre l'Église d'occident et les pouvoirs temporels au XIe siècle[modifier | modifier le code]

Dans le Dictatus papæ, Grégoire VII affirme la primauté du Pape sur les autres souverains

L'Église d'occident se veut l'instance spirituelle, supérieure - dans la conception aristotélicienne - à l'état temporel. Depuis l'époque carolingienne, le pape est également à la tête d'un état et ne manquera pas de jouer sur les deux tableaux.

« Une seule cité et deux pouvoirs : le pape et l’empereur. »

— Jean Daniélou et André Duval.

Au Xe siècle, comme ce fut le cas de Constantin à Justinien puis Charlemagne, l'évêque de Rome devenu pape est sous la tutelle de l’aristocratie romaine quand se dissout l'Empire carolingien, puis sous celle des empereurs germaniques. L’ensemble du monde religieux est sous l’emprise des seigneurs féodaux, dans laquelle la fonction d’évêque est un bien de famille.

L’idée d'indépendance fait son chemin. Au XIe siècle, sous l’influence du moine Hildebrand, le pape Nicolas II confie l’élection du pape au collège des cardinaux (1059). En 1073, Hildebrand devient pape sous le nom de Grégoire VII. Il va lancer ce que l’on appelle la « réforme grégorienne ». Sa doctrine est élaborée dans le Dictatus papæ, qui affirme la primauté du Pape y compris sur les autres souverains. Au même moment, Grégoire VII favorise la construction du droit canonique, discipline centrale de l'Université de Bologne fondée en 1080, qui sera codifiée avec le décret de Gratien au XIIe siècle.

L'antipape Clément III (au centre) avec l'empereur Henry IV, Codex Jenesis Bose q.6, daté de 1157.

En s’attaquant à l’investiture laïque, Grégoire VII entre en conflit avec l’empereur germanique Henri IV. Celui-ci fait déposer le pape par une assemblée d’évêques à Worms. C’est le début de la Querelle des Investitures. Le pape fait à son tour déposer l’Empereur. Face à la rébellion de nombreux vassaux, l’empereur « va à Canossa » : en tenue de pénitent, il va implorer le pardon du pape au château de Canossa en Toscane (1077). En fin politique, en 1080, l'empereur fait élire un antipape, Clément III. Ce n’est qu’en 1122, que son fils Henri V conclut avec le pape Calixte II un accord connu sous le nom de concordat de Worms. Au terme de ce compromis, l’investiture temporelle des évêques et abbés revient à l’empereur, tandis que le pape leur accorde l’investiture spirituelle. La papauté n’entend cependant pas renoncer à ses prétentions. En 1139, le deuxième concile du Latran affirme que « Rome est à la tête du monde ». Le conflit reprend de plus belle au milieu du XIIe siècle: il oppose l’empereur Frédéric Barberousse au pape Alexandre III, avec un schéma sensiblement identique : l’empereur fait désigner un antipape, tandis qu’Alexandre III s’allie à la ligue des villes lombardes. Le conflit militaire tourne au désavantage de Frédéric Barberousse qui doit signer la paix de Venise (1177). Cet épisode aura une conséquence importante : au troisième concile du Latran (1179), il est décidé que le pape sera dorénavant élu à la majorité des deux tiers du collège des cardinaux.

Apogée de la société chrétienne occidentale au XIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Catharisme, Inquisition, Béguines et Libre-Esprit.

Le processus engagé aux XIe ‑ XIIe siècles culmine au XIIIe siècle, sous le pontificat d’Innocent III. Celui-ci a une conception élevée de la fonction pontificale. Sur le plan spirituel, son autorité est sans partage et s’exerce à travers toute la chrétienté occidentale par l’envoi de légats pontificaux. Sur le plan temporel, il fait une distinction entre l’auctoritas du pape et la potestas, que les souverains tiennent du pape. Innocent III intervient dans les affaires temporelles de nombre d’États en excommuniant ou déposant les souverains. Il obtient par ailleurs que plusieurs de ces souverains se déclarent vassaux du Saint-Siège (notamment Jean sans Terre, roi d’Angleterre). Ses successeurs reprennent la lutte contre l’Empire incarné par le Hohenstaufen Frédéric II. Le conflit sans merci qui oppose les guelfes (partisans du pape) aux gibelins (partisans de l’empereur), tourne à l’avantage de la papauté: grâce à l’appui de Charles d’Anjou, la dynastie des Hohenstaufen est éteinte et le Saint-Empire éliminé d’Italie. La papauté triomphe également en Orient : au deuxième concile de Lyon (1274) l’empereur Michel VIII Paléologue, partisan de l’« union des Églises », reconnaît la primauté du pape de Rome. Ces succès sont de courte durée : dès la mort de Michel VIII, l’Église byzantine rejette l’union, tandis qu’en Occident le roi de France Philippe le Bel, irrité par les ingérences du Saint-Siège, opère un coup de force : lors de l’épisode connu sous le nom d’« attentat d'Anagni », il s’en prend physiquement au pape Boniface VIII (1303), qui meurt du choc de cette humiliation.

Crises de l’Église aux XIVe siècle[modifier | modifier le code]

Grosso modo, du point de vue l'église latine, le christianisme connait une hérésie par siècle, parfois plus. Venu s’installer provisoirement à Avignon pour préparer le concile de Vienne, destiné à condamner les Templiers, le pape français Clément V finit par y demeurer, vu l’insécurité qui règne en Italie. Cette situation se perpétue sous ses successeurs Jean XXII et Benoît XII. L’administration papale atteindra un degré de centralisation inégalé jusqu’alors, notamment en matière de fiscalité pontificale, mais les prétentions de la papauté à gouverner le monde chrétien suscitent de plus en plus d’opposition, notamment de la part de théologiens comme Marsile de Padoue ou Guillaume d'Ockham. Les monarchies occidentales comme la France et l’Angleterre, elles aussi sur la voie de la centralisation, se rebiffent. C’est cependant le luxe de la cour papale qui finit par scandaliser bon nombre de chrétiens.

Hus au bûcher. Chronique illustrée de Diebold Schilling le Vieux, 1485

L’écrivain Pétrarque la traite de « nouvelle Babylone » et Catherine de Sienne la dénonce en termes encore plus violents. Sensible à ces critiques, le pape Grégoire XI revient s’installer à Rome en 1377. À peine élu, son successeur Urbain VI, extrêmement autoritaire, entre en conflit avec les cardinaux. Sous prétexte qu’ils ont élu le nouveau pape sous la contrainte de la population romaine, une majorité de ceux-ci procèdent à l’élection d’un nouveau pape, Clément VII, qui s’installe à Avignon. Urbain VI refuse de s’effacer. C’est le début du Grand Schisme d'Occident (1378 - 1417).

La querelle d’obédience divise le monde chrétien occidental tout entier. Le schisme se prolonge après la mort des deux protagonistes, qui ont chacun un successeur. Le concile de Pise (1409), embrouille encore un peu plus la situation en élisant un troisième pape. Dans une Chrétienté occidentale désorientée, des remises en cause doctrinales voient le jour: en Angleterre celle de John Wyclif condamnée en 1382 et surtout en Bohême celle de Jan Hus, moins radicale mais plus durable. L’empereur Sigismond convoque le concile de Constance en 1414. Celui-ci condamne les théories de Wyclif et Hus. Ce dernier est exécuté. Le concile dépose ensuite les trois papes et procède à l’élection d’un pape qui fait enfin l’unanimité : Martin V. Si l’unité de l’Église est rétablie, le besoin de réformes continue à se faire sentir. Certains théologiens voient la solution dans la tenue régulière de conciles (conciliarisme). Ces thèses se retrouvent d’ailleurs dans les décrets Haec sancta et Frequens du concile de Constance. Le concile de Bâle à peine réuni en 1431, il est dissous par le pape Eugène IV. Les participants au concile se rebiffent et refusent de se disperser. Ce mini-schisme se termine par la victoire du pape qui manœuvre habilement en convoquant un nouveau concile à Ferrare puis à Florence.

Si la primauté du pape sur les conciles est acquise pour longtemps, le pouvoir papal est néanmoins battu en brèche sur plusieurs fronts, qu’il s’agisse de l’indépendance des Églises nationales, comme en France où le roi promulgue la Pragmatique Sanction de Bourges, ou de la persistance de mouvements radicaux, comme en Bohême, où le pape doit transiger avec les Hussites. Par ailleurs, les conflits au sommet de l’Église ont jeté le trouble dans l’esprit des fidèles, dont la piété prend un caractère plus personnel. Au XVe siècle, le christianisme occidental est traversé par un courant mystique, dont Maître Eckhart et Jean de Ruisbroek sont les représentants les plus connus.

Orient et Occident[modifier | modifier le code]

Pour l'antiquité tardive, l'historiographie occidentale[41]et[42] préfère envisager l'affirmation d'un christianisme occidental en tant que "nouvelle civilisation" née sous l’impulsion des Francs, comme "synthèse entre la civilisation romaine et celle des Barbares", et dont la religion sera une forme particulière de christianisme qui deviendra le catholicisme romain par opposition au christianisme byzantin décrit comme un christianisme devenu oriental. Cette vision est héritée de Hieronymus Wolf. Mais pour l'historiographie des pays orthodoxes[43], c'est tout le monde romain puis « barbare » qui, au fil des sept premiers conciles, a été orthodoxe (« Pentarchie »), avant que les suites du schisme de 1054, et notamment les innovations de l'église de Rome au fil de ses 14 conciles ultérieurs (Filioque, Purgatoire, autorité temporelle des papes, célibat des prêtres, inquisition et bien d'autres nouveautés doctrinales ou canoniques) fassent naître, non pas une nouvelle civilisation, mais simplement une église séparée ; quant aux églises restées « orthodoxes » (patriarcats de Jérusalem, Alexandrie, Antioche et Constantinople, puis ceux apparus ensuite), elles n'ont rien de spécifiquement "oriental" dans cette vision, mais sont la continuation après 1054 de l'église du premier millénaire, de sa doctrine et de ses pratiques.

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Le partage de l’Empire romain (395) et la supposée disparition[N 10] de l’Empire romain d’Occident (476) sous les assauts des invasions barbares, vont avoir pour conséquences l’éloignement progressif des chrétientés occidentale et orientale et la revendication tout aussi progressive d'une affirmation de la papauté dans l’ex-Empire romain d’Occident, où il n’existe plus d’autorité temporelle suprême. Ces articulations de chronologie basées sur les crises de l'Empire romain ne sont pas très pertinentes pour l'histoire du christianisme, sauf si l'on veut se cantonner à l'histoire de l'Église catholique romaine et suggérer qu'elle succède et se substitue à l'empire romain d'Occident.

Élaboration du concept historiographique d'Orient et d'Occident[modifier | modifier le code]

Le concept d'antiquité tardive a été développé essentiellement par les historiens Henri-Irénée Marrou[N 11], Marcel Simon [44]. L'étude de la séparation de 1054 entre le l'église romaine et les autres, est essentiellement le fait de Peter L. Brown [45]. Les quelques paragraphes ci-dessous reflètent leurs vues sans qu'il soit possible de rendre à chacun ce qui lui revient plus précisément. Quelques autres auteurs occidentaux sont cités dans le corps du texte s'il existe des variations.

  • La semence en est jetée lors de la période de dogmatisation évoquée ci-dessus avec la création des Églises des 2 et 3 conciles qui marquent leur refus des 3e et 4e conciles (par exemple l’Église copte en Égypte).
  • La faille se crée à l'occasion du deuxième concile d'Éphèse qui ne réunit que le théologiens orientaux, les occidentaux n'ayant pas été invités. D'une part, cela reflétait assez exactement l'état du développement de la théologie[N 12]et[46], d'autre part, ce manque de diplomatie conduit à la non-reconnaissance du concile par l'église occidentale en phase d'affirmation depuis Léon Ier le Grand.
  • Le schisme se produit en 1054. La « Pentarchie » se rompt : Église latine d'un côté, sous l'autorité morale et temporelle du Pape, Églises d'orient de l'autre, formant désormais une « Tétrarchie », sous l'autorité morale du patriarcat de Constantinople, qui se reconnaissent elles-mêmes et que l’on désigne communément comme l’« Église orthodoxe » ou encore les « Églises des sept conciles ». La « Tétrarchie » orthodoxe redeviendra bientôt une « Nouvelle Pentarchie » lorsqu'en 1589, par son accession au rang de Patriarcat autocéphale, la Métropolie de Moscou vient se substituer au Pape défaillant, d'où le titre de « Troisième Rome » de ce patriarcat russe (Constantinople étant la « Deuxième Rome »). Plus tard encore, d'autres Patriarcats autocéphales viennent grossir les rangs des « Églises des sept conciles ».

Le concept d'« Occident chrétien »[modifier | modifier le code]

L’histoire des rapports entre l'Église d'Occident et les Églises d’Orient deviendra chaotique et reflètera le contexte de rivalités de personnes et de sièges. Selon cette vision, du Ve au XIe siècle, naît, de l’Irlande à la Pologne, et de la Suède à l’Italie, une nouvelle civilisation romano-barbare, dont la religion sera une forme particulière de christianisme qui deviendra le catholicisme romain.

Sous Damase Ier (366 - 384)débute la revendication de l’autorité de l’évêque de Rome, comme successeur de Pierre (apôtre), en matière de discipline et de liturgie. Le pape Léon Ier (440 - 461) poussera encore davantage dans de nombreux écrits l’exaltation du siège de Pierre mais proteste encore d'être un fidèle sujet de l'empereur. Au concile de Chalcédoine, l'église occidentale refuse l'une des conclusions du concile : le document no 38 faute d'accepter de partager la primauté d'honneur en commun Constantinople ; elle la réclame pour elle seule.

Face à l’empereur Anastase, le pape Gélase Ier (492 - 496) affirme dans un texte célèbre la primauté du pouvoir spirituel face au temporel. La reconquête de l’Italie par l’empereur Justinien, achevée au milieu du VIe siècle, replace néanmoins provisoirement le pape dans l’orbite de l’Empire. Au VIIe siècle, à la suite de l’invasion des Lombards, l’empire byzantin perd progressivement la plus grande partie de ses territoires italiens et la papauté cherche à devenir une puissance autonome en Italie. Les ravages des Lombards en Italie coïncident avec le pontificat de Grégoire le Grand (590-604). Ce pape énergique assume le gouvernement civil de Rome, affermit l’autorité de Rome sur les évêchés italiens, s’efforce d’entretenir des relations suivies avec les autres Églises d’Occident et travaille à la conversion de l’Europe du Nord. C'est aussi à partir du VIe siècle qu'on assiste progressivement à l'essor des écoles cléricales qui prennent le relai du réseau scolaire antique, qui s'était désintégré lors des invasions barbares. Ce processus culmine avec la Renaissance carolingienne aux VIIIe et IXe siècles. Charlemagne assure la papauté comme puissance autonome en vers 756, au moment où il vainc les Lombards, en la dotant d'un patrimoine dit « de Saint-Pierre » (et légitimé ultérieurement par la Donation de Constantin[N 13]). En retour, le pape le sacre « empereur d'Occident » signifiant la fin du pouvoir, sur ces territoires, de l'empereur d'Orient dont le trône est à ce moment tenu par une femme : Irène. La rupture politique entre Orient et Occident est alors consommée ; mais religieusement, l'Église de Rome fait toujours partie de la « communion des sept premiers conciles » et de la « Pentarchie ».

La rupture de la « Pentarchie » par le schisme de 1054[modifier | modifier le code]

Au IXe siècle, le premier problème grave tourne autour de la nomination du patriarche de Constantinople. L’empereur Michel III dépose le patriarche Ignace, et le remplace par Photios. Le pape Nicolas Ier, qui y voit une occasion d’intervenir dans les affaires de Constantinople, finit par refuser de reconnaître Photios: c'est le « schisme de Photius ». On évoque alors, pour la première fois, la question du « filioque », qui reste en suspens lorsque le pape et Photios réconcilient. Le schisme de 1054 dont les origines sont politiques, intervient lorsque le légat du pape Hubert de Moyenmoutier et le patriarche de Constantinople Michel Cérulaire s’excommunient mutuellement. La séparation des églises suit en gros la frontière linguistique et politique qui partageait les deux Empires d'Occident et d'Orient[35]: les églises de liturgie latine suivent Rome, celles de liturgie grecque, slavonne ou roumaine suivent Constantinople. Les quatre patriarcats d'Orient (Jérusalem, Alexandrie, Antioche et Constantinople) continuent à suivre le symbole de Nicée-Constantinople, tandis que l'église de Rome y ajoute le « filioque », une modification doctrinale due à Charlemagne, qui change complètement les rapports de l'Église romaine avec les non-catholiques, puisqu'avec le « filioque », seule une âme chrétienne peut être sauvée, alors que sans lui, Dieu peut sauver toute âme, chrétienne ou non : cette différence va rendre le prosélytisme et les missions de l'Église latine, mais aussi sa volonté de contrôle sur ses fidèles (Inquisition) beaucoup plus fortes qu'auparavant, et va contribuer à motiver les croisades, émaillées d’une multitude d’incidents entre « Latins » et « Grecs ».

Rivalités entre les Églises et progrès de l'Islam[modifier | modifier le code]

En 1204, le sac de Constantinople par les croisés va consommer la rupture. Mais ce sont les innovations doctrinales et canoniques de Rome qui la rendent irréversible (Filioque, Purgatoire, autorité temporelle des papes, célibat des prêtres, inquisition...). À deux occasions, au deuxième concile de Lyon en 1276 et au concile de Florence en 1439, pour obtenir le soutien des armées occidentales contre la conquête musulmane, des empereurs byzantins reconnaissent la primauté du pape de Rome, et tentent de reconstituer la « Pentarchie », mais sont désavoués par la hiérarchie de ce que l’on peut maintenant appeler l’Église orthodoxe. Après la chute de l'empire d'Orient, du XIe au XVe siècle, l'Église occidentale n'aura de cesse que de reconquérir les petites églises en sorte d'isoler les églises orthodoxes.

Par ailleurs, l'émergence de l'islam au VIIe siècle et son expansion progressive vont concurrencer le christianisme sur certaines terres. Ainsi, le passage d’une grande partie des chrétiens du Moyen-Orient et d'Espagne sous domination musulmane (VIIe siècle), à la suite des premières guerres arabo-byzantines et à la Conquête musulmane du Maghreb puis de l'Espagne wisigothique (renommée Al-Andalus) modifie profondément le paysage du christianisme.

Enfin, la Quatrième croisade, en affaiblissant de manière irréversible l'Empire byzantin dont les ressources économiques sont captées par les thalassocraties vénitienne et génoise, l'empêche de continuer à jouer son rôle de « bouclier de l'Europe » face aux Turcs ottomans qui débarquent en 1332 en Europe, encerclent Constantinople qu'ils prennent en 1453, puis portent en 1526 leur frontière aux portes de Vienne, qu'ils assiègent en 1529 et 1683.

Le temps des réformes[modifier | modifier le code]

Le temps des Réformes n'est pas seulement l'affaire des églises qui en sont issues. C'est un mouvement européen issu de facteurs démographiques, économiques, culturels et technologiques.

Facteur démographique[modifier | modifier le code]

Le mouvement des essartages produit une meilleure nourriture et l'allongement de la durée de la vie. Des surplus se dégagent et créent des courants commerciaux et donc monétaires. L'Église encourage le retard de l'âge du mariage ; une nouvelle période de la vie se développe : l'adolescence propice aux études[47]. L'Église développe donc des écoles. Pourtant, le bas clergé issu du peuple est à peine instruit et contribue à faire de la religion un ensemble de pratiques plus proches de la superstition que de la foi. La croyance à la sorcellerie est très répandue.

Facteur culturel[modifier | modifier le code]

On invente la traduction, au sens scientifique du terme et la critique textuelle grâce à laquelle Lorenzo Valla démontre que la Donation de Constantin est un faux du VIe siècle[48]. Avec l'exil des érudits grecs, à la suite de la chute de Byzance, on voit arriver en occident des manuscrits bibliques grecs que personne n'avait jamais vus [49]; les humanistes contribuent à cette remise en question.

Les Voyages de grande découvertes amènent à s'interroger sur le salut des indigènes avant leur évangélisation, partant sur son propre salut dans un environnement où la mort est toujours proche, celui des grandes pestes.

Facteur économique[modifier | modifier le code]

Les voyages de grande découvertes amènent une extension du commerce, à partir de l'Espagne, dans lesquels une partie des féodaux européens (anglais, italiens, espagnols, princes d'Europe centrale et baltes) prend part. Une amélioration de la qualité de la monnaie et l'adoption d'un bi-métallisme produit un enrichissement et la faculté de devenir mécène[50]. Les papes issus des grandes familles italiennes se conduisent comme n'importe quels féodaux :

À la fin du XVe siècle, l’Église était en crise. Au niveau de la papauté et du haut clergé cette crise se manifestait par des pratiques et des comportements qui n’avaient plus aucun rapport avec la foi : les papes faisaient la guerre et se préoccupaient plus de s’enrichir que de faire respecter la religion. Ils pratiquaient le népotisme, c’est-à-dire qu’ils plaçaient leurs protégés (souvent leurs enfants illégitimes) à des postes importants ; le haut clergé pratiquait le cumul des bénéfices ecclésiastiques ; on vendait des simonies et on se livrait à la vente d’indulgences (pardon des péchés). Des croyants réagissent à cette situation.

Facteur technologique[modifier | modifier le code]

L'invention de l'imprimerie rend le livre moins précieux, moins cher, et donc plus répandu. On imprime aussi des tracts et des placards[N 14].

La Réforme protestante[modifier | modifier le code]

L'adoption de la Réforme est aussi un caractère politique. C'est un moyen pour les princes d'affirmer leur indépendance face à une papauté revendiquant une théocratie universelle ou pour les populations de pouvoir se révolter face un souverain mal accepté comme en Écosse et aux Pays-Bas espagnols. Dès le XVIe siècle, se développent au sein de la Réforme des mouvements plus radicaux appelés à jouer un rôle dans le développement du protestantisme : le puritanisme en Angleterre et le baptisme en Europe centrale. Par ailleurs, les nouvelles colonies anglaises en Amérique du Nord serviront de refuge à de nombreux groupes persécutés en Europe. Ceci explique que les États-Unis soient encore actuellement un des foyers les plus vivaces du protestantisme avec l'Europe du Nord (Suède, Danemark, Lituanie, Pays-Bas) et l'Europe Centrale (Allemagne, Suisse, Hongrie).

Les excès commis par un petit groupe d’anabaptistes fanatiques qui avaient pris le pouvoir à Münster en 1534 ont contribué à dresser contre eux les autorités tant catholiques que protestantes. La majorité des anabaptistes sont pourtant pacifistes, comme en témoigne la prédication de Menno Simons (1496 - 1561), un de leurs principaux dirigeants, auquel doit son nom les mennonites. Un autre groupe d'anabaptiste, implanté en Moravie, porte le nom de frères Moraves.

Dès le début du XVIIe siècle, le protestantisme s’épanouira en Amérique du Nord. La plupart des colonies anglaises ont été fondées par des groupes protestants très divers. Un des groupes les plus connus est celui des Pilgrim Fathers ou pères pèlerins qui fondent Plymouth au Massachusetts en 1620, composé de Puritains anglais. À partir de 1639, Roger Williams, chassé du Massachusetts, fonde des Églises baptistes dans la colonie de Rhode Island. Le quaker anglais William Penn (1644 - 1718) fonde en 1682 la colonie de Pennsylvanie. Il y invite les mennonites allemands, persécutés dans leur pays, qui arrivent par dizaines de milliers. Des calvinistes écossais et hollandais fondent des communautés presbytériennes.

La Réforme dans le Saint-Empire[modifier | modifier le code]

Martin Luther met au point un système théologique inspiré de saint Augustin, propre à calmer l'angoisse que lui pose l'incertitude de son propre salut[35]

Luther (1483 -1546) est un moine tourmenté par son salut, il s’interroge donc sur la situation décrite ci-dessus. Dès 1515, il commence à « repenser » la religion, et en 1517, quand les envoyés du pape arrivent pour vendre les indulgences, il affiche sur la porte de son église 95 propositions, dans lesquelles il condamne la vente d’indulgences et les autres abus de l’Église. Le pape le somme de se rétracter et face à son refus l’excommunie. Luther devra également faire face à l’empereur Charles Quint. Ce dernier, soucieux de ménager à la fois le pape et les princes de l’Empire dont certains avaient déjà rallié le luthéranisme (nom de la doctrine de Luther), hésitera entre la répression et la tolérance. D’abord, il chasse Luther mais devant les protestations de certains princes luthériens (d’où le nom de religion protestante), il accorde à chaque prince le droit de choisir sa religion, ses sujets étant obligés de le suivre. Les thèses de Luther :

  • Le croyant doit pouvoir recourir directement à la Bible car la religion est une affaire de contact personnel entre la créature (l’homme) et son créateur (Dieu). Dans cet esprit Luther traduit la bible en allemand
  • Le salut ne peut s’espérer que par la grâce divine (sola gratia), don gratuit qui rend inutiles les œuvres qui ouvriraient des mérites dans l'économie de la Rédemption, par la foi (sola fide) et par les écritures (sola Scriptura) qui expriment la vraie parole de Dieu.
  • Le rôle du clergé est ramené à une mesure humaine : il n’est plus l’intermédiaire obligé entre Dieu et les hommes, ce qui rend superflu un ordre sacerdotal dont l'Évangile lui-même ne souffle mot. Il est un érudit qui peut servir de guide spirituel.
  • Luther élague le christianisme des doctrines non bibliques construites par la tradition (culte de la Vierge et des saints, purgatoire), ne garde que les deux sacrements évoqués dans le Nouveau Testament : le baptême et la Cène.

Du point de vue politique, il se rangera du côté des bourgeois contre les paysans et le petit peuple qui avaient cru trouver un soutien dans sa doctrine et s’étaient révoltés contre leurs princes avec la Réforme radicale.

La Réforme en Suisse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Réforme protestante en Suisse.

En Suisse, la Réforme a lieu en même temps qu’en Allemagne. Les idées du réformateur suisse Ulrich Zwingli (1484-1531) sont au départ proches de celles de Luther. À partir de 1529, il s’éloigne du luthéranisme et perd le soutien des princes allemands. Il est tué en 1531 à la bataille de Kappel, qui oppose les cantons suisses catholiques à Zurich. Cette défaite militaire freine le développement du protestantisme en Suisse. Le réformateur français Calvin (voir ci-dessous), appelé, chassé, puis rappelé à Genève(1541), fait de cette ville un bastion du protestantisme. Il fait condamner à mort et brûler un de ses adversaires, Michel Servet.

La Réforme en France[modifier | modifier le code]

Les idées de Luther inspirent un juriste français, Jean Calvin (1509-1564). Ce dernier propage d’abord le luthéranisme puis le transforme en une doctrine plus sévère. Pour le calvinisme, l’homme est entièrement soumis à Dieu: chacun est d'avance prédestiné à recevoir, ou non, la grâce: dans le débat entre la grâce divine et le libre arbitre, celle-là l'emporte nettement. Il faut gouverner suivant les Écritures (dépouillement total des lieux de cultes, réglementation des tenues vestimentaires, bijoux, etc.).

Cette doctrine, dont le succès est partiel en France, s’impose en Suisse, dans le nord des Provinces-Unies (actuels Pays-Bas) et en Écosse. Par ailleurs, des calvinistes persécutés en Angleterre émigrent en Amérique du Nord, notamment aux États-Unis.

En France, la Réforme aboutit à la persécution des Huguenots et à de sanglantes guerres de religion. En 1598, l’édit de Nantes y mit un terme pour 60 ans en autorisant le culte réformé, jusqu'à la révocation de cet édit par Louis XIV en 1685. Les Huguenots sont à nouveau persécutés par les Dragonnades et forcés à se convertir au catholicisme.

La Réforme en Angleterre[modifier | modifier le code]

Dans ce pays, les motivations sont d'abord politiques ; leur caractère religieux tient à l'indépendance de l'église d'Angleterre en regard d'une volonté pontificale théocratique. Le roi d’Angleterre, Henri VIII, veut être le seul à contrôler son royaume (absolutisme). Il désire donc se débarrasser du pouvoir que détient le pape sur l’Église d’Angleterre. Il trouve un prétexte (son divorce refusé par le pape) et, en 1534, se proclame chef de l’Église d’Angleterre ou anglicane. L’anglicanisme réunit une grande partie de la doctrine calviniste et la hiérarchie et du rituel catholique (décorations, fastes nécessaires pour célébrer la gloire de Dieu).

Les calvinistes qui ne tolèrent pas cette adaptation sont persécutés et s’exilent (voir puritanisme).En Angleterre les puritains ou non-conformistes estiment que l’Église anglicane ne s’est pas suffisamment dégagée du catholicisme; ils sont notamment opposés à l’organisation épiscopalienne à laquelle ils préfèrent des communautés d’anciens et des synodes, c’est-à-dire une conception congrégationaliste de l’Église. Ils sont aussi partisans d’une plus grande rigueur morale. Face à l’opposition et à la politique de persécution de la plupart des souverains anglais (sauf sous Cromwell) du XVIe et XVIIe siècle, ils émigreront d’abord vers les Provinces-Unies, où ils entreront en contact avec la tendance baptiste.

Les baptistes sont opposés au baptême des enfants (pédobaptême), auquel ils préfèrent le baptême des adultes. Ils pratiquent le baptême par immersion, plutôt que par aspersion. Eux-mêmes récusent le terme d’« anabaptistes », à savoir "qui re-baptisent" dont les affublent leurs adversaires : il ne peut en effet être question d’un « rebaptême », puisque celui des enfants ne peut être considéré comme valable. Leur idée du congrégationalisme va plus loin que celle des puritains : l’interprétation des Écritures repose sur le consensus qui résulte d’un débat auquel chaque membre de la communauté peut prendre part. Il s’agit d’une conception très démocratique du christianisme.

La Contre-Réforme ou « Réforme catholique »[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Édit de Nantes et Contre-Réforme.

"Depuis le concile de Trente, l'Église catholique n'a développé de théologie qu'anti-protestante"(Yves Congar[51]) C'est une tendance de fond qui préside encore à la Crise moderniste[52] et dure jusqu'au concile de Vatican II[53]

Devant la crise politico-religieuse, l'Église catholique engage le mouvement de la Contre-Réforme, sous la bannière des Jésuites, sorte d’« armée » au service du pape chargée de la formation intellectuelle (collèges) et des missions évangélisatrices, notamment dans le Nouveau Monde et en Asie (ce qui provoquera la Querelle des rites à la fin du XVIIe siècle). L’Inquisition, tribunal religieux créé au XIIIe siècle, est rétablie. Elle fait torturer et brûler les hérétiques. En 1543, l’Index des « livres interdits » est instauré.

Pour consacrer ces décisions, le pape accepta finalement de réunir le concile de Trente (1542-1563). Celui-ci décida :

  • de mettre un terme aux nombreux abus (concubinage des prêtres, la non résidence des évêques, l’ignorance intellectuelle de nombreux curés)
  • de maintenir la doctrine catholique dans ses dogmes (le pouvoir intercesseur de la Vierge Marie et des saints, l’Eucharistie, le pouvoir de l’image…)
  • garder les traditions de l’Église romaine (prière et Bible en latin, le prêtre n’est pas un homme comme un autre donc obligation du célibat), c’est-à-dire sans tenir compte des idées humanistes (notamment Érasme)

Le développement de la Contre-réforme ne suit pas le même cours dans les différents pays catholiques. Dans une politique défavorable à l’égard du pape et de l’Espagne, la France n’accepta pas les principes du concile de Trente et s’opposa catégoriquement à l’inquisition. La Contre-réforme ne débuta en France que dans les années 1580. Elle atteint son apogée sous le règne de Louis XIV. En Allemagne, la Contre-réforme déboucha sur la guerre de Trente Ans.

L'Église catholique et la modernité[modifier | modifier le code]

La réforme protestante a introduit une certaine idée de la "modernité" [réf. nécessaire]

L’Église catholique et les Lumières[modifier | modifier le code]

À la fin du XVIe siècle, les premières lectures critiques[N 15] de la Bible entamèrent le monopole spirituel de l’Église catholique romaine, tandis que la Révolution copernicienne avait mis en cause le géocentrisme. La hiérarchie catholique ne reviendra sur cette question qu'au milieu du XVIIIe siècle, sous Benoît XIV. Si ce dernier admet une ouverture relative de l'Église au monde moderne, il condamne toutefois sévèrement la franc-maçonnerie (Providas romanorum, 1751). Au même moment, des philosophes athées (comme Diderot ou D'Alembert) ou déiste (comme Voltaire) ne se privent pas de critiquer l’Église, le fanatisme et les superstitions.

Bien que certains, tels Maurice Sachot [54], attribuent au christianisme une part importante dans la séparation des pouvoirs religieux et politiques (« rendez à César ce qui est à César »), selon Paul Veyne, « l’initiative et le gros du travail sont dus aux Lumières » [54]. L'influence grandissante de l'idée de laïcité et de sécularisation n'est cependant pas portée uniquement par des adversaires des Eglises : Kant, croyant et protestant, qui pose un jalon décisif dans l'histoire des rapports entre foi et raison, prône leur autonomie respective.

L’Église catholique et la Révolution française[modifier | modifier le code]

La Révolution française pose la question du rapport de l’État et de l’Église dans les pays catholiques.

Dans la foulée du gallicanisme, l’Assemblée constituante de 1789 française adopte un ensemble de mesures qui transforment radicalement les structures religieuses en France :

  • Elle abolit en février 1790 les vœux monastiques et supprime de fait les ordres et congrégations religieuses,
  • Elle adopte le 12 juillet 1790 la Constitution civile du clergé qui subordonne l’Église à l’État, met en place des diocèses correspondant aux départements, et des prêtres et évêques élus.

Les biens du clergé sont par ailleurs confisqués. Cette décision entraîne un schisme entre l’Église « officielle » du point de vue de la Révolution (c’est-à-dire « assermentée ») et les membres du clergé restés fidèles au pape (les prêtres « réfractaires »). En novembre 1791, un décret est voté contre les prêtres réfractaires. Après quelques années de persécution pure et simple de la religion, Napoléon Ier négocie avec le pape le Concordat de 1801, qui servira plus tard de modèle dans de nombreux pays. Cet accord marque un souci d’apaisement et permet malgré tout au pape d’affirmer son autorité sur l’Église gallicane. Le XIXe siècle sera marqué par l’ultramontanisme, un courant de pensée qui reconnaît l’infaillibilité et la suprématie pontificale.

La crise moderniste affecte l'ensemble du christianisme[modifier | modifier le code]

[réf. souhaitée]Le monde « moderne », qui émerge des guerres napoléoniennes, a profondément changé, et l’Église catholique ne retrouvera jamais la position qu’elle occupait durant l’Ancien Régime. Les sociétés modernes[à définir] se sécularisent rapidement. En revanche, le Vatican envoie de nombreux missionnaires dans les colonies[N 16], semant ainsi les graines d'une implantation durable dans ce qu'on appellera au XXe siècle le Tiers monde.

En France, la politique pro-cléricale de la Restauration (loi Bonald abolissant le divorce, loi sur le sacrilège punissant ce dernier de la peine capitale, etc.) est emportée par la révolution de 1830. La question religieuse continue toutefois de faire débat tout au long duXIXe siècle et même après, de la loi Falloux de 1850 favorisant l'enseignement confessionnel, à la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 en passant par les lois Jules Ferry sur l'éducation laïque, gratuite et obligatoire[55].

[réf. souhaitée]En Italie, le Risorgimento, visant à l’unification des États italiens, contribue à dresser l’État contre l’Église. Les États pontificaux, le dernier vestige du pouvoir temporel de la papauté, sont absorbés par le nouvel État italien, et en 1870, le pape se considère comme prisonnier dans la Cité du Vatican. Cette affaire ne sera définitivement réglée que sous Mussolini par les accords du Latran (1929).

Avec la perte des États pontificaux, l'Église perd progressivement de l’autorité temporelle[56]. Avec le soutien des politiques[réf. nécessaire], Napoléon III et Cavour, elle tente de renforcer l'autorité spirituelle du pape en prévoyant infaillibilité pontificale. La proclamation du dogme de l’Immaculée Conception par Pie IX en 1854, avant même celle de l’infaillibilité pontificale [pas clair] va dans ce sens.

[style trop lyrique ou dithyrambique]Les positions du pape se font de plus en plus réactionnaires : en 1864, le pape publie l’encyclique Quanta Cura , auquel s’ajoute le document que l’on appelle en général simplement le Syllabus, qui condamne sans appel 80 « erreurs modernes ». Par ailleurs, de nombreux ouvrages témoins de la modernité[à définir] sont mis à l’Index. Cette tendance culminera lors du premier concile œcuménique du Vatican (1870), dont la principale décision est de proclamer l’infaillibilité pontificale (encyclique Pastor Aeternus): le pape, lorsqu'il parle ex cathedra et en tant que Docteur suprême de l'Église, ne peut, selon ce dogme, se tromper. Certains évêques sont en désaccord avec les décisions, ce qui donnera lieu à un mini-schisme dans la seconde moitié du XIXe siècle : celui de l’Église gallicane, ultérieurement unie à l'Église vieille-catholique. Le pape Léon XIII essaie de reprendre une initiative[Laquelle ?] qui échappe de plus en plus à l’Église en matière intellectuelle.

À la suite du Syllabus du Pape Pie IX [57], l’Église doit affronter des courants intellectuels athées et anticléricaux. En France, le positivisme d’Auguste Comte secoue les fondements de la métaphysique et de la religion. Des penseurs tels que David Strauss ou Ernest Renan lancent la quête du Jésus historique et fondent les sciences religieuses et l'exégèse critique de la Bible [58] auxquelles l'église répond par le serment anti-moderniste qui provoque le fondamentalisme catholique. Les progrès des sciences naturelles, en géologie et en paléontologie notamment, symbolisé par la publication en 1859 de De l'origine des espèces de Darwin, invalident la lecture littérale de la Bible et conduisent à l'invention du créationnisme. Face à l’effritement de la société chrétienne, la papauté réagit par un raidissement doctrinal[59]. Dans son encyclique Mirari Vos (1832), Grégoire XVI condamne le catholicisme libéral prôné par le Français Lamennais.

En réaction à l'infaillibilité pontificale, d'une part et à l'impact des sciences religieuses sur l'Évolution de la lecture de la Bible au XIXe siècle, les églises conservatrices américaines se réunissent en églises fondamentalistes. La crise moderniste dans le catholicisme, semble trouver un embryon de solution avec le Concile Vatican II (1963-1965) lancé par Jean XXIII ; les commentateurs[Lesquels ?] disent que l'initiative est freinée dès le pontificat de Paul VI tandis que le pontificat de Benoît XVI confirme le retour de l'église catholique romaine à son sillon traditionnel.

Le christianisme et la question sociale[modifier | modifier le code]

La doctrine sociale de l'Église[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Doctrine sociale de l'Église.

Les problèmes sociaux consécutifs à la Révolution industrielle (révolte des Canuts…) poussèrent les chrétiens et l’Église à un renouvellement de leur pensée sociale. En effet, les profondes transformations économiques, sociales et politiques ne permettaient plus aux chrétiens et aux structures existantes de l’Église d’exercer la charité dans les mêmes conditions. Il fallait refonder l’action sociale.

Les premiers à contester l’idée que la misère était inévitable et même nécessaire furent des ecclésiastiques et des penseurs catholiques. On peut citer Frédéric Ozanam et Lamennais en France, Mgr Ketteler en Allemagne.

Certains de ces penseurs furent d’abord condamnés par l’autorité religieuse. Il faut distinguer différentes attitudes, celle des individus (prêtres, intellectuels catholiques), celle des Églises nationales et des partis politiques qui y sont liés, et celle du pape.

Peu à peu, une position officielle de l’Église par rapport au problème social prit forme. Elle aboutit en 1891 à la promulgation de l’encyclique Rerum novarum par la plus haute autorité de l’Église, le pape Léon XIII. Cette attitude obligea les Églises nationales à modifier leur point de vue et à admettre que des mesures politiques étaient nécessaires pour soulager la misère.

Au niveau politique, ce nouveau courant finit par donner naissance à diverses formations politiques qui se rassembleront ultérieurement sous le nom de démocratie chrétienne. Celle-ci fut longtemps combattue par une partie importante des catholiques et par l’épiscopat.

Le christianisme social[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : John Wesley, Méthodisme, Armée du salut et Socialisme.

Les Églises protestantes depuis la Réforme[modifier | modifier le code]

La gouvernance des églises protestantes[modifier | modifier le code]

L'irruption des sciences religieuses et le libéralisme théologique[modifier | modifier le code]

Higher Criticism

L'œcuménisme[modifier | modifier le code]

Le « deuxième réveil » américain[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Les pays du Refuge
  • La société religieuse des amis, ou Quakers

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En particulier l'école anglo-saxonne, telle que réunie au colloque Oxford Princeton ; The ways that never share considère que le christianisme ne commence qu'avec la dogmatisation du IVe siècle
  2. À l'inverse, les chercheurs biblistes contemporains les regardent comme des textes indépendants. Voir par exemple le travail d'Adrian Schenker o.p. et alii, portant sur l'Ancien Testament dans L'Enfance de la Bible hébraïque, Labor et Fides.
  3. Sur lesquels deux théories sont en balance ; soit ils seraient issus de la diaspora juive héllénisante, soit ils seraient des juifs hellenisés à la suite du règne d'Antiochos IV qui hellénisa la Judée-Samarie à outrance. Voir l'article christianisme ancien pour avoir le détail des débats et la bibliographie
  4. Hippolyte est souvent qualifié « d'antipape » ; c'est un anachronisme. La direction de l'Église de Rome à l'époque considérée était collégiale. Cette Église a adopté très tardivement le système de l'évêque Monarchique né en Orient. Il y a discussion sur le premier à tenir ce poste et ce serait soit en 280, soit en 320. Sur ce point voir Yves-Marie Hilaire et alii, Histoire de la papauté, 2 000 ans de tribulations.
  5. Voir confession de foi
  6. Ce concile précède Nicée et Nicée cherche à contrecarrer ce concile qui validé l'orthodoxie d'Arius. Richard E. Rubenstein, Le jour où Jésus devint Dieu, éd. La Découverte, 2004, p. 82
  7. L'Immaculée Conception deviennent un dogme tardivement, au XIXe siècle, dans un contexte intellectuel et politique particulier
  8. dont la séparation viendra beaucoup plus tard
  9. Pour ce dernier, après l'union de la divinité et de l'humanité Jésus, il n'y a en lui qu'une seule nature du Verbe de Dieu (« une physis du Verbe de Dieu incarnée ») cf. Hervé Legrand, article Monophysisme, in Encyclopaedia Universalis, édition 2010
  10. La disparition de l'Empire romain d'occident est une thèse historiographique contestée depuis une trentaine d'année comme le montre le titre de Charlemagne "empereur d'occident" ; les travaux des historiens de l'antiquité tardive de Marrou à Brown ont relégué cette théorie au rang de l'idéologie.
  11. Henri-Irénée Marrou (1904-1916)
  12. Les délégations occidentales aux précédents conciles étaient chétives ou arrivaient en retard de plusieurs semaines. Cette circonstance est attestée dans Richard E. Rubenstein, Le jour où Jésus devint Dieu, La Découverte
  13. La Donation de Constantin est un faux par lequel l'empereur Constantin Ier aurait donné au pape Sylvestre Ier la primauté sur les Églises d'Orient et l’imperium (pouvoir impérial) sur l'Occident, et dont le caractère apocryphe a été prouvé en 1442 par l'humaniste Laurent Valla
  14. C'est-à-dire des affiches
  15. par exemple, la Critica Sacra de Louis Cappel
  16. Voir Encyclique Qui Pluribus Impar

Références[modifier | modifier le code]

  1. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, éd. CERF, coll. Initiations, 2001 ISBN 978-2-204-06215-2 cf. introduction
  2. a et b Walter Bauer, Orthodoxy and Heresy in Earliest Christianity, éd. Sigler Press, 1996 (ISBN 978-0-9623642-7-3) (rééd.); Traduction originale en anglais (1934) en ligne
  3. Adolf von Harnack, Histoire des dogmes, éd. Le Cerf, 2e éd. corr., 1993 (ISBN 978-2-204-04956-6)
  4. OHLIG, Karl-Heinz (dir), Christologie (2 tomes). Tome 1 : Des origines à l'Antiquité tardive, textes en main, Cerf;
  5. OHLIG, Karl-Heinz (dir), Christologie, I, des origines à l'antiquité tardive, CERF 1996 .
  6. Simon-Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le christianisme des origines à Constantin éd. Puf/Nouvelle Clio, 2007, p. 285
  7. James Thabor Nazarenes and Ebionites
  8. Walter Bauer, Orthodoxy and Heresy in Earliest Christianity. Philadelphia : Fortress (1932 en allemand, 1971 en anglais, 2009 en français)
  9. En Espagne : les Juifs Espagnols au Moyen Âge, Luis Suarez Fernandez
  10. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien (30-35), éd. du Cerf, mars 2001
  11. Peter J. Tomson, Jésus et les auteurs du Nouveau Testament dans leur relation au judaïsme, éd. du Cerf, mars 2003
  12. Daniel Boyarin, A Radical Jew, Paul and the Politics of Identity, Berkeley: University of California Press, 1994 Consultable en ligne
  13. Dan Jaffé, Le judaïsme et l'avènement du christianisme, orthodoxie et hétérodoxie dans la littérature talmudique Ie et IIe siècles, CERF et sous la direction de Philippe Abadie et Jean-Pierre Lémonon, Le Judaïsme à l'aube de l'ère chrétienne, XVIIIe congrès de l'ACFEB, (Lyon, septembre 1999)
  14. Quand le christianisme a changé le monde, chapitre09, p.154 Maurice Sachot, Édition Odile Jacob
  15. Régis Burnet, Épîtres et lettres Ier-IIe siècle. De Paul de Tarse à Polycarpe de Smyrne, Paris, éd. Cerf, coll. « Lectio divina » no  192, 2003
  16. Régis Burnet, Paul, le bretteur de l’Évangile, éd. Desclée de Brouwer, 2000, Consultable en ligne
    Les Actes des Apôtres, qui sont attribués à l’évangéliste Luc, font depuis quelques années les frais de la critique historique. Si les biographes d’antan leur ont accordé un crédit historique sans mesure, les historiens d’aujourd’hui ont remarqué l’incompatibilité de la figure de Paul des Actes avec celle qui se dégage de ses lettres, ainsi ses rapports avec l’Église de Jérusalem ou sa conception du judaïsme. La raison en est que l’auteur de l’ensemble Luc-Actes écrit pour l’édification de ses lecteurs en utilisant un programme théologique bien défini qui lui fournit une clef pour l’interprétation des évènements historiques
  17. Enrico Norelliet Bernard Pouderon, Histoire de la littérature grecque chrétienne, 1. Introduction. Initiations aux Pères de l'Église, avec Bernard Pouderon et alii, éd. Cerf, 2008, Cerf, 2008
  18. Henri de Lubac, Exégèse médiévale
  19. Yves Modéran, La conversion de Constantin et la christianisation de l'empire romain en ligne
  20. L'expression est de Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien, éd. Albin Michel, Paris, 2007, p.  141
  21. Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394) Paris, Albin Michel, 2007 recension dans Actualité de Sciences sociales des religions
  22. Louis Bréhier, Les institutions de l'Empire Byzantin, évolution de l'humanité, Albin Michel
  23. Hélène Ahrweiler, L'idéologie politique de l'Empire byzantin, Revue des études byzantines, 1976, Volume 34, Numéro 34
  24. Le monde de la Bible, Bayard, numéro hors-série : « Aux origines de la papauté moderne », Automne-Hiver 2002, Bayard
  25. Histoire de la papauté. 2000 ans de mission et de tribulations. Sous la direction de Yves-Marie Hilaire Points Seuil, 2003
  26. André Trocmé, L'Enfance du christianisme, éd. Noésis, 1997
  27. Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien, éd. Albin Michel, 2007, p. 141
  28. Marie-Émile Boismard, À l'aube du christianisme, avant la naissance des dogmes, éd. Cerf, 1998
  29. Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394) Paris, Albin Michel, 2007,
  30. Richard E. RUBENSTEIN, Le jour où Jésus devint Dieu, L' « affaire Arius » ou la grande querelle sur la divinité du Christ au dernier siècle de l'Empire romain
  31. Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, III, 6-7.
  32. Christianisme et stoïcisme, X-Passion, 2001 dans
  33. Bart D. Ehrman, Les christianismes disparus : La bataille pour les Écritures : apocryphes, faux et censures, CERF
  34. Voir la conférence d'introduction aux christianismes orientaux
  35. a, b et c Antoine Sfeir (s. dir.), Atlas des religions, Plon-Mame, 1994
  36. Richard E. Rubenstein, Le jour où Jésus devint Dieu, La Découverte, 2000
  37. Richard E. Rubenstein, op.cit.
  38. Cf. Michel Kaplan, La chrétienté byzantine, du début du VIIe siècle au milieu du XIe siècle. Images et reliques. Moines et moniales. Constantinople et Rome, Paris, éd. Sedes, coll. Regards sur l’Histoire, 1997, cité dans l'article Monothélisme, sur le site de lInstitut européen en sciences des religions, article en ligne
  39. Hervé Legrand, article « Monothélisme », in Encyclopaedia Universalis, édition 2010, extrait en ligne
  40. Bruno Dumézil, Les conversions forcées ont-elles existé ?, L'Histoire no 325, novembre 2007, p. 69-73
  41. Revue de l'antiquité tardive EPHESS.
  42. Paul Veyne, Peter Brown, Aline Rousselle, Genèse de l'Antiquité tardive, Gallimard
  43. Nikolaos Svoronos, Ιστορία τών Μεσών χρονών (Histoire du Moyen Âge, en grec), ed. Λykeioy, Athènes 1963
  44. Marcel Simon (1904-1986), sa thèse Verus Israël
  45. Peter L. Brown est un historien irlandais né en 1935, The Making of Late Antiquity (1978), The Cult of the Saints: Its Rise and Function in Latin Christianity (1981), Society & the Holy in Late Antiquity (1982) – The Rise of Western Christendom
  46. F. Amsler, O. Bauer, P. Gisel, R. Gounelle, T. Laus, J.-D. Macchi, La Christologie, entre dogmes, doutes et remises en question, Actes de l'Université théologique libérale d'automne, Van Dieren
  47. Dans Le Temps de Réformes tome 1, Pierre Chaunu expose comment l'âge du mariage recule de 12 à 18 ans entre le Xe et XVe siècle.
  48. Pierre Chaunu, op.cit., infra
  49. Pierre Chaunu, Le temps des Réformes, tome 2
  50. Pierre Vilar, L'Or et la monnaie dans l'histoire, 1969
  51. Yves Congar, Journal du Concile tome 1, CERF 2001
  52. Sous la direction de Alain Dierkens, L’intelligentsia européenne en mutation (1850-1875). Darwin, le Syllabus et leurs conséquences dans Problème d'Histoire des religions, publication de L'ULB
  53. Yves Cogar, op.cit.
  54. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées SHPV.
  55. Voir article Laïcité et Alain Dierkens (éd.), « Pluralisme religieux et laïcités dans l'Union européenne », in Problèmes d'histoire des religions, Volume 5, éd. Université de Bruxelles, 1994
  56. Voir Alain Dierkens (éd.), « Le libéralisme religieux », in Problèmes d'histoire des religions, Volume 3, éd. Université de Bruxelles, 1992
  57. Sous la direction de Alain Dierkens. L'intelligentsia européenne en mutation (1850-1875). Darwin, le Syllabus et leurs conséquences. Problèmes d'histoire des religions, volume 9, 1998
  58. Voir aussi François Laplanche, La crise de l'origine, la science catholique des Évangiles et l'histoire au XXe siècle Paris, Albin Michel, coll. « L'évolution de l'humanité », 2006,
  59. Poulat Emile, Histoire, dogme et critique dans la crise moderniste, Albin Michel et

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]