Louis Bouyer

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Louis Bouyer est un prêtre et théologien catholique français né le à Paris et mort dans la même ville le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille protestante de la petite bourgeoisie, Louis Bouyer commence ses études à la faculté de théologie protestante de Paris, avant de rejoindre celle de Strasbourg, où il est marqué par l'enseignement d'Oscar Cullmann[1]. Il est ordonné pasteur en 1935, puis occupe la charge de vicaire de la paroisse luthérienne de la Trinité à Paris jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Proche des milieux orthodoxes, en particulier de Lev Gillet, marqué par la figure et l'œuvre de John Henry Newman, il est finalement reçu dans l'Église catholique à l'abbaye de Saint-Wandrille en 1939[2].

Louis Bouyer entre ensuite dans la congrégation de l'Oratoire de France, où il est ordonné prêtre. Professeur de lettres au collège de Juilly, il encourage Philippe Noiret, un de ses élèves, à se lancer dans le théâtre[3]. Artisan du retour aux sources scripturaires, liturgiques et patristiques, il contribue en 1943 à la création du Centre de pastorale liturgique. En 1945, la publication d'un de ses ouvrages rencontre un large écho : Le Mystère pascal[4]. Jusqu'en 1963, il est professeur à l'Institut catholique de Paris où il dirige la thèse de Hans Küng sur la justification[5]. Par la suite, il critiquera sévèrement son ancien élève[6]. Il est aussi directeur de thèse d'Adalbert de Vogüé osb. Après sa démission de l'Institut catholique, il alterne entre des temps d'enseignement en Angleterre, en Espagne et aux États-Unis et des temps de retraite, à l'abbaye de Landévennec en Bretagne et à celle de La Lucerne en Normandie, où il peut se consacrer à l'écriture de sa grande œuvre.

Il ne participe pas directement aux travaux du concile Vatican II, mais est associé à sa préparation et à sa mise en œuvre, en particulier dans les domaines de la liturgie et de l'œcuménisme[7]. En 1968, la publication de son brûlot, La Décomposition du catholicisme, contribue à sa mise à l'écart de la scène théologique française[8], ce qui ne l'empêche pas d'être nommé deux fois par le pape Paul VI à la Commission théologique internationale, en 1969[9] puis en 1974.

Féru de la pensée mythique et symbolique, en particulier de la légende arthurienne, Louis Bouyer contribue à faire connaître au public francophone l'œuvre de J. R. R. Tolkien qui est l'un de ses amis[10]. Il est aussi proche de T. S. Eliot, Pierre Leyris, Elizabeth Goudge et Julien Green. En 1999, il reçoit le Prix du Cardinal-Grente de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre[11].

Il meurt le dans le 7e arrondissement de Paris[12]. Ses obsèques sont célébrées par le cardinal Jean-Marie Lustiger qui fut son élève[13]. Il est enterré au cimetière monastique de l'abbaye de Saint-Wandrille.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Sceau de l'Oratoire de Jésus et Marie (Oratoire de France), de 1870. Devise : Entre qui peut, sort qui veut.

Théologien complet et éclectique, Louis Bouyer est l'auteur d'une cinquantaine de monographies et de nombreux articles. Jean Duchesne et Jean-Luc Marion proposent d'organiser son œuvre en une série de trilogies[14].

Une trilogie économique : Le Trône de la Sagesse (1957), L'Église de Dieu (1970), Cosmos (1983)[15].

Une trilogie théologique : Le Père invisible (1976), Le Fils éternel (1974), Le Consolateur (1980).

Une trilogie épistémologique : Mysterion (1986), Gnôsis (1988), Sophia (1994).

Cette triple trilogie, proche dans l'esprit de celle de Hans Urs von Balthasar, s'appuie sur d'autres trilogies, plus implicites, et d'autres séries d'ouvrages.

Une trilogie liturgique : Le Mystère pascal (1945), Le Rite et l'homme (1962), Eucharistie (1966).

Une série consacrée aux états de vie : Le sens de la vie monastique (1950), Le sens de la vie sacerdotale (1960), Initiation chrétienne (1958) et Introduction à la vie spirituelle (1960)[16].

Une Histoire de la spiritualité chrétienne : La spiritualité du Nouveau Testament et des Pères (1961), La spiritualité orthodoxe et la spiritualité protestante et anglicane (1965), La spiritualité du Moyen Age (1961, en collaboration avec Jean Leclercq et François Vandenbroucke).

Des écrits polémiques : Humain ou chrétien ? (1958), La décomposition du catholicisme (1968), Religieux et clercs contre Dieu (1975).

Des écrits consacrés à la fonction et à l'épistémologie de la théologie : Du protestantisme à l'Église (1954), Dictionnaire théologique (1963), Le métier de théologien (1979).

Louis Bouyer écrit également plusieurs romans sous pseudonyme, dont Prélude à l'Apocalypse ou les derniers chevaliers du Graal (1982). Ses Mémoires sont publiés à titre posthume en 2014[17].

Actualité de la pensée de Louis Bouyer[modifier | modifier le code]

En France, les œuvres de Louis Bouyer sont actuellement en cours de réédition ou de réimpression aux éditions du Cerf et aux éditions Ad Solem. En 2014, un colloque est organisé conjointement par le Collège des Bernardins et l'Institut catholique de Paris pour le dixième anniversaire de sa mort[18]. Les actes sont publiés aux éditions Parole et Silence[19]. Dans le sillage du colloque, un groupe de recherche consacré à l'étude de son œuvre est créé au Collège des Bernardins[20]. Il se réunit trois fois par an. Par ailleurs, plusieurs événements sont régulièrement organisés pour mieux faire connaître sa pensée : tables rondes[21], sessions théologiques[22]...

Aux États-Unis, plusieurs rééditions et études contribuent à diffuser sa vision du mystère chrétien[23].

Écrits[modifier | modifier le code]

Louis Bouyer, prêtre de l'Oratoire, a été professeur à l'institut catholique de Paris. Il a participé à la préparation du IIe concile œcuménique du Vatican, à la mise en œuvre de sa réforme liturgique et de son ouverture œcuménique[24]'[25].

L'adoration des rois, vers 1524/25, Girolamo da Treviso, National Gallery.

Commentaire selon saint Luc (Lc 21, 34-36) :

Vers la fin

« Le christianisme affirme sans aucune ambiguïté que le salut, individuel et collectif, de l'humanité ne peut être réalisé ici-bas, ni dans aucune prolongation possible de l'état de chose actuel. Le christianisme, comme on dit, est eschatologique. C'est-à-dire qu'il repose sur une croyance en la fin des temps[26]. Il affirme que l'histoire humaine doit prendre fin par une catastrophe, une interruption provoquée par l'événement miraculeux par excellence : Le retour du Crist, le jugement et la résurrection universels.
Après, mais après seulement, le salut de l'humanité pourras être réalisé. Après, non pas avant, prendra place cet âge d'or définitif dont tout homme porte en lui l'espoir indestructible. Cependant, pour chaque homme en particulier, il est bien une anticipation possible de cet âge d'or. Mais cette anticipation elle-même est pour l'au-delà de notre mort individuelle, où, si nous avons été fidèles ici-bas au Christ ressuscité, il nous donnera comme un avant-goût de la résurrection universelle[27]. »

— Louis Bouyer, P.O. Initiation chrétienne, Paris, Cerf, 2012, p. 159.

Ouvrages (sélection)[modifier | modifier le code]

  • Le Mystère pascal / Méditation sur la liturgie des trois derniers jours de la Semaine Sainte, Paris, Le Cerf, coll. « Lex orandi », 1945.
  • Un Socrate romain : saint Philippe Néri, Paris, Albin Michel, 1946.
  • Le Sens de la vie monastique, Paris, Le Cerf, 1950.
  • La Bible et l'Évangile. Le sens de l'Écriture : du Dieu qui parle au Dieu fait homme, Paris, Le Cerf, coll. « Lectio divina », 1952.
  • Newman. Sa vie. Sa spiritualité, Paris, Le Cerf, 1952.
  • Du protestantisme à l'Église, Paris, Le Cerf, coll. « Unam Sanctam », 1954.
  • La Vie de la liturgie. Une critique constructive du mouvement liturgique, Paris, Le Cerf, coll. « Lex orandi », 1956.
  • Le Trône de la Sagesse / Essai sur la signification du culte marial, Paris, Le Cerf, 1957.
  • Le Sens de la vie sacerdotale, Tournai, Desclée, 1960.
  • Introduction à la vie spirituelle, Tournai, Desclée, 1960.
  • Histoire de la spiritualité chrétienne, tome I : La spiritualité du Nouveau Testament et des Pères, Paris, Aubier, 1961.
  • Le Rite et l'Homme. Sacralité naturelle et liturgie, Paris, Le Cerf, coll. « Lex orandi »,1962.
  • Dictionnaire théologique, Tournai, Desclée, 1963.
  • Eucharistie. Théologie et spiritualité de la prière eucharistique, Tournai, Desclée, 1966.
  • Architecture et liturgie, Paris, Le Cerf, 1967.
  • La Décomposition du catholicisme, Paris, Aubier, 1968.
  • L'Église de Dieu. Corps du Christ et Temple de l'Esprit, Le Cerf, Paris, 1970.
  • Le Fils éternel. Théologie de la Parole de Dieu et christologie, Le Cerf, Paris 1974.
  • Mystère et ministères de la femme, Paris, Aubier, coll. « Présence et pensée », 1976.
  • Le Père invisible. Approches du mystère de la divinité, Le Cerf, Paris, 1976.
  • Le Métier de théologien. Entretiens avec Georges Daix, Paris, Éditions France-Empire, 1979.
  • Le Consolateur. Esprit Saint et vie de grâce, Paris, Le Cerf, 1980.
  • Cosmos. Le monde et la gloire de Dieu, Paris, Le Cerf, 1983.
  • Mysterion. Du mystère à la mystique, Paris, Éditions O.E.I.L., 1986.
  • Gnôsis. La connaissance de Dieu dans l'Écriture, Paris, Le Cerf, 1988.
  • Sophia ou le monde en Dieu, Paris, Le Cerf, 1994.
  • Newman : Sa vie, sa spiritualité, Paris, Les éditions du Cerf, coll. « Bibliothèque du Cerf », , 485 p. (ISBN 978-2-204-08866-4)
  • Initiation chrétienne, Paris, Les éditions du Cerf, coll. « Bibliothèque du Cerf », , 211 p. (ISBN 978-2-204-09819-9) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Mémoires, Paris, Les éditions du Cerf, coll. « Bibliothèque du Cerf », , 327 p. (ISBN 978-2-204-09875-5)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « N° 155 (juillet-août 2013) : Miettes sacramentelles : Autour d'un livre d'Oscar Cullmann : « Les Sacrements dans l'évangile johannique » - Revue Résurrection », sur www.revue-resurrection.org (consulté le )
  2. « Vers la plénitude du Christ », sur Revue Études - Culture contemporaine (consulté le )
  3. Etienne de Montety, « L'histoire secrète de l'Eglise au XXe siècle », sur Le Figaro.fr, (consulté le )
  4. Maurice Nédoncelle, « Louis Bouyer, Le mystère pascal, (Collection Lex Orandi) 1945 », Revue des Sciences Religieuses, vol. 21, no 3,‎ , p. 259–260 (lire en ligne, consulté le )
  5. Camille Focant, « Hans Kung, Mon combat pour la liberté. Mémoires (traduit de l'allemand par Monika Thoma-Petit), 2006 », Revue Théologique de Louvain, vol. 39, no 1,‎ , p. 105–105 (lire en ligne, consulté le )
  6. France Catholique, « « L'Eglise » de Hans Küng. I- Aspects du faux œcuménisme », sur France Catholique, (consulté le )
  7. Louis Bouyer, Mémoires, Paris, Le Cerf, , p. 189-204
  8. Emile Poulat, « Bouyer ( Louis) La Décomposition du catholicisme », Archives de Sciences Sociales des Religions, vol. 27, no 1,‎ , p. 161–161 (lire en ligne, consulté le )
  9. Composition de la Commission théologique internationale - Liste des membres du premier quinquennat
  10. Catholicisme et actualisation du merveilleux médiéval. Le cas de J. R. R. Tolkien et Louis Bouyer.
  11. http://www.academie-francaise.fr/prix-du-cardinal-grente
  12. Insee, « Extrait de l'acte de décès de Louis Jean Bouyer », sur MatchID
  13. « Jean-Marie Lustiger : cardinal, juif et chrétien », sur www.famillechretienne.fr (consulté le )
  14. Bertrand Lesoing, Marie-Hélène Grintchenko, Patrick Prétot (dir.), La théologie de Louis Bouyer. Du Mystère à la Sagesse, Paris, Parole et Silence, , p. 9-19
  15. Emilio Brito, « Louis Bouyer, Cosmos. Le monde et la gloire de Dieu. 1982 », Revue Théologique de Louvain, vol. 17, no 2,‎ , p. 229–230 (lire en ligne, consulté le )
  16. « Introduction à la vie spirituelle, précis de théologie ascétique et mystique », sur Catéchèse (consulté le )
  17. « L'étonnant parcours de Louis Bouyer, théologien de renom | Lire pour croire… » (consulté le )
  18. « Actualité et fécondité d’un maître. Louis Bouyer (1913-2004) », sur Collège des Bernardins, (consulté le )
  19. « La théologie de Louis Bouyer Du Mystère à la Sagesse - Parole et silence », sur www.paroleetsilence.com (consulté le )
  20. « Groupe Louis Bouyer », sur Collège des Bernardins (consulté le )
  21. France Catholique, « Vers la plénitude du Christ. Louis Bouyer et l'œcuménisme », sur France Catholique, (consulté le )
  22. GChapdelaine, « Rencontres Louis BOUYER (Session d'initiation à la Théologie ) — Fraternité de l’Abbaye de La Lucerne », sur www.coutances.catholique.fr (consulté le )
  23. (en-US) Carl E. Olson, « Recovering the Cosmos: The theological and spiritual vision of Fr. Louis Bouyer », sur www.catholicworldreport.com (consulté le )
  24. Vers une intelligence renouvelée de la réforme liturgique de Vatican II.
  25. Méditation du Père Louis Bouyer : « Remettez-vous simplement et totalement au Christ ».
  26. La fin des temps : l'angoisse sans fin !
  27. Résurrection universelle.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Davide Zordan, Connaissance et mystère. L'itinéraire théologique de Louis Bouyer, Paris, Le Cerf, 2008, 807 p.
  • Guillaume Bruté de Rémur, La théologie trinitaire de Louis Bouyer, Rome, Editrice Pontificia Università Gregoriana, 2010, 378 p.
  • Jean Duchesne, Louis Bouyer, Perpignan, Artège, coll. « Spiritualité », 2011, 127 p.
  • Marie-Hélène Grintchenko, Une approche théologique du monde : Cosmos du Père Louis Bouyer, Paris, Parole et Silence - Collège des Bernardins, 2015, 313 p.
  • Marie-David Weill, L'humanisme eschatologique de Louis Bouyer. De Marie, Trône de la Sagesse à l'Église, Épouse de l'Agneau, Paris, Le Cerf, coll. « Cerf Patrimoines », 2016, 634 p.
  • Bertrand Lesoing, Marie-Hélène Grintchenko et Patrick Prétot, La théologie de Louis Bouyer : Du Mystère à la Sagesse, Les Plans-sur-Bex (Suisse)/Paris, Parole et Silence, coll. « Collège des Bernardins », , 282 p. (ISBN 978-2-88918-930-4)
  • Bertrand Lesoing, Vers la plénitude du Christ : Louis Bouyer et l’œcuménisme, Paris, Les éditions du Cerf, coll. « Cogitatio Fidei », , 357 p. (ISBN 978-2-204-11888-0)
  • (en) Keith Lemna, The Apocalypse of Wisdom : Louis Bouyer’s Theological Recovery of the Cosmos, Angelico Press, , 524 p. (ISBN 978-1-62138-471-7)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]