Inerrance biblique

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En théologie chrétienne, l’inerrance biblique (ou simplement inerrance) est une position doctrinale dont la croyance est que la Bible ne comporte aucune erreur dans sa forme originelle (manuscrits d'origine), tant en ce qui concerne la foi et la vie du croyant, qu'au sujet de l'authenticité du texte et des détails scientifiques, historiques et géographiques (concordisme). Ceci implique que l'intention des auteurs bibliques suivait la volonté de Dieu, et que celui-ci leur a évité toute erreur dans leurs affirmations factuelles.

Cette doctrine est principalement soutenue par des mouvements fondamentalistes au sein du protestantisme évangélique, dont plus de deux cents représentants, parmi lesquels des théologiens reconnus (des courants conservateurs et au sein de l'Église réformée et presbytérienne ainsi que des dénominations luthérienne et baptiste), signèrent la Déclaration de Chicago sur l'inerrance biblique (en) en 1978.

Histoire[modifier | modifier le code]

À partir du XVe siècle, les découvertes scientifiques, contredisant certaines affirmations des Écritures, menacent l'autorité biblique. Au XVIe siècle, le développement de la philologie contribue à jeter un doute sur la valeur historique de certains passages du texte. Tandis que le protestantisme réaffirme le caractère inspiré et inerrant des Écritures, l’Église catholique romaine adopte une position légèrement différente : lors du Concile de Trente, elle pose que l'interprétation du texte sacré passe aussi par les traditions transmises depuis les apôtres, et qu'elle est donc juge du sens véritable à leur donner[1].

En 1670 Spinoza publie son Tractatus theologico-politicus, dans lequel il prône l'extension de la liberté de penser, non seulement à la philosophie politique, mais encore à l'interprétation du texte biblique. De son côté Richard Simon écrit en 1678 une Histoire critique du Vieux Testament, qui rencontre l'hostilité de l’Église.

Conséquence du développement de la méthode historico-critique allemande, la controverse autour des Écritures ne cesse de se développer, au fil du XIXe siècle, d'abord dans toute l'Europe puis plus tardivement aux États-Unis.

En 1814, William Van Mildert, qui sera évêque de Durham, exprimant ce qui fait alors consensus en Grande-Bretagne, affirme encore que la raison est non compétente pour juger de l’inspiration divine dans la Bible. Coleridge, tenant compte des contestations historiques, géographiques ou morales adressées à la Bible, mais défendant les Écritures et l'inspiration, propose une approche radicalement différente de celle des savants ou intellectuels britanniques qui n'aura toutefois d'influence que plus tard.

Au milieu du siècle, le débat reprend en Grande-Bretagne à la suite des nouvelles questions posées par les sciences naturelles (autant par The Vestiges of the Natural History of Creation (1844) de R. Chambers que par On the Origin of Species (1859) de C. Darwin)[2].

Dans le protestantisme[modifier | modifier le code]

La Déclaration de Chicago (1978)[modifier | modifier le code]

La Déclaration de Chicago ne suppose pas nécessairement qu'une interprétation traditionnelle de la Bible, en particulier, serait sans erreur. Elle invite plutôt à rechercher l'intention de l'auteur de chaque texte, et s'engage à ce qu'une affirmation factuelle soit reçue selon l'intention (ou non) de l'auteur de la communiquer comme telle. Même si elle concède qu'il est impossible de connaître l'intention des auteurs originels, et qu'il y a d'autres sortes de littérature dans la Bible que des affirmations factuelles, la Déclaration réaffirme quand même l'authenticité de la Bible dans son entièreté en tant que Parole de Dieu. Les défenseurs de la Déclaration de Chicago s'inquiètent de ce qu'accepter une erreur dans la Bible dresse une pente glissante qui entraînerait in fine le refus de donner à la Bible toute valeur supérieure à n'importe quel autre livre : « L'autorité de l'Écriture est inévitablement mise à mal si cette inerrance divine totale est d'une quelconque manière limitée ou ignorée[3], ou rendue relative à une vision de la vérité contraire à celle de la Bible ; et de telles erreurs provoquent de sérieuses pertes, tant à l'individu qu'à l'Église. »

Dans le catholicisme[modifier | modifier le code]

Le concept est aussi employé par l'Église catholique dans un sens restreint : Si les Saintes Écritures ne contiennent pas d’erreur en matière de foi, la constitution conciliaire Dei Verbum promulguée par le Concile Vatican II rappelle que la Révélation traduit la volonté qu’a Dieu de se faire connaître aux hommes tout au long de l’histoire du peuple élu, par la parole des prophètes et d’une manière totale dans la personne de Jésus-Christ.

Le sociologue des religions et historien Émile Poulat résume l'évolution de la pensée de l'Église : « L'immense effort développé au nom de la «science» dans tous les domaines sans en exclure la Bible a dissipé notre représentation religieuse de l'homme et du monde. Les Six Jours, Adam et Eve, le Déluge, la composition du Pentateuque, le monde du Proche-Orient, les « sources » des évangiles, les genres littéraires, l'histoire des manuscrits et du canon, la Bible reste un univers religieux mais dont il a fallu sortir pour l'étudier et le comprendre avec un outillage intellectuel et un équipement culturel qui ne lui doivent rien. Leur mise en œuvre a d'abord été ressentie comme un sacrilège avant que leur nouveauté ne soit tardivement reçue par Pie XII dans son encyclique Divino Afflante Spiritu (1943), puis assumée par Vatican II dans la constitution Dei Verbum (1965) »[4]. À l'ère préscientifique, en symbiose avec la culture de leur époque et de leur milieu, les auteurs bibliques ne cherchaient pas à éviter des erreurs et des contradictions qui demeuraient sans lien avec l'inspiration et le message qu'ils voulaient transmettre[5].

L’Église n'entend pas se prononcer sur les domaines scientifiques. Elle rappelle seulement l'historicité des quatre évangiles canoniques en ce qu'ils nous transmettent fidèlement ce que Jésus a fait et enseigné [6]. L'Église rejette la doctrine fondamentaliste[7] de l'inerrance et considère que la bible ne vise pas à renseigner le lecteur concernant les sciences naturelles, la cosmologie, l'histoire, la géographie, ou tout autre domaine de connaissance sans rapport avec le salut de l'être humain[8].

Outre les quatre sens de l'Écriture, l'Église catholique rappelle l'existence de styles littéraires, qu'il est nécessaire de connaître et de bien distinguer, pour interpréter correctement les Écritures :

« Cependant, puisque Dieu, dans la Sainte Écriture, a parlé par des hommes à la manière des hommes, il faut que l’interprète de la Sainte Écriture, pour voir clairement ce que Dieu lui-même a voulu nous communiquer, cherche avec attention ce que les hagiographes ont vraiment voulu dire et ce qu’il a plu à Dieu de faire passer par leurs paroles. Pour découvrir l’intention des hagiographes, on doit, entre autres choses, considérer aussi les « genres littéraires ». Car c’est de façon bien différente que la vérité se propose et s’exprime en des textes diversement historiques, ou prophétiques, ou poétiques, ou même en d’autres genres d’expression. Il faut, en conséquence, que l’interprète cherche le sens que l’hagiographe, en des circonstances déterminées, dans les conditions de son temps et de sa culture, employant les genres littéraires alors en usage, entendait exprimer et a, de fait, exprimé. En effet, pour vraiment découvrir ce que l’auteur sacré a voulu affirmer par écrit, il faut faire minutieusement attention soit aux manières natives de sentir, de parler ou de raconter courantes au temps de l’hagiographe, soit à celles qu’on utilisait à cette époque dans les rapports humains . » (Chap III)

Le théologien Luc Chartrand commente ainsi ce texte : « Enfin, au terme de toutes ces démarches de la méthode historico-critique vient la critique historique (ou d'exactitude) qui permet, quant à elle, d'apprécier la valeur objective d'un texte biblique. C'est ainsi que l'inerrance de l'hagiographe, ou plus justement celle de la Bible, doit être replacée dans la perspective propre de la Révélation biblique, c'est-à-dire de tout ce qui a rapport au salut de l'homme et rien d'autre. La Révélation s'accomplit à l'intérieur d'un développement ». À ce sujet, il cite le théologien Pierre Grelot : « Bien mieux, elle a dépendu dans une large mesure des milieux culturels avec lesquels la Providence la mettait en rapport. Puisque chaque auteur sacré a écrit pour ses contemporains, c'est en fonction de ce cadre historique qu'il faut apprécier la portée de son œuvre. On ne saurait le faire sans recourir aux données de l'ethnologie et des autres sciences humaines, comme disait déjà l'encyclique Divino Afflante Spiritu »[9],[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Yves Chiron, Histoire des conciles, Perrin, p. 192-193.
  2. Frédéric Slaby, « Présentation d’une controverse : les Écritures face à la critique biblique au {{s-[xix}} en Grande-Bretagne  », Revue LISA/LISA e-journal [Online], Vol. V - no 4 | 2007, Online since 01 September 2009, connection on 20 March 2013. URL : http://lisa.revues.org/1242 ; DOI : 10.4000/lisa.1242
  3. Note du Traducteur : on peut aussi comprendre « méprisée »
  4. Émile Poulat, École des Hautes Études en Sciences, sociales (Paris), Comment lire la Bible, p. 217-234, dans Les retours aux Écritures. Fondamentalismes présents et passés. Édité par Évelyne Patlagean et Main Le Boulluec, Peeters, Louvain et Paris, 1993, 225.
  5. Pierre Lathuilière, Le fondamentalisme catholique. Signification et ecclésiologie, Cerf, Paris, 1995, 334 pages, p. 199
  6. Dei Verbum (Concile Vatican II), (chapitre V)
  7. http://www.eglise.catholique.fr/glossaire/fondamentalisme/
  8. Luc Chartrand, La Bible au pied de la lettre, Le fondamentalisme questionné, Mediaspaul, 1995
  9. Luc Chartrand, La Bible au pied de la lettre, Le fondamentalisme questionné, Mediaspaul, 1995, p. 118
  10. GRELOT, Pierre, « Commentaire du chapitre III - L'Inspiration de l'Écriture et son interprétation », in La Révélation Divine - Constitution dogmatique « Dei Verbum », texte latin et traduction française par J.-P. Torrell, commentaires publiés sous la direction de B.-D. Dupuy, Paris, Éditions du Cerf, (Coll. Unam Sanctam, 70b), 1968, p. 347-380

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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