Cinématon

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Cinématon est un film expérimental français de Gérard Courant, dont le tournage a débuté le 7 février 1978 et qui est toujours en cours en 2018. Il est aujourd'hui composé de 3 001 portraits filmés qui, mis bout à bout, ont une durée totale de 200 heures.

Présentation[modifier | modifier le code]

Les « Cinématons » (contraction de « Cinéma » et de « Photomaton ») sont des portraits filmés consacrés à des personnalités du monde des arts et du spectacle (cinéastes, écrivains, philosophes, plasticiens, poètes, musiciens, etc.).

Quelques mois plus tôt, le , Gérard Courant avait réalisé un no 0, son propre portrait, qu'il avait intégré dans son premier long-métrage, Urgent ou à quoi bon exécuter des projets puisque le projet est en lui-même une jouissance suffisante[1]. Cet autoportrait fait partie de l'anthologie Cinématon que le cinéaste fait démarrer à cette date.

Tous les portraits sont filmés selon les mêmes règles : un Cinématon est un plan fixe muet de 3 minutes 20 secondes dans lequel chaque personne filmée est libre de faire ce qu'elle veut.

Le but de Cinématon est de constituer des archives sur l'art et plus spécialement sur le milieu du spectacle dans des instants où le sujet filmé propose un grand moment de vérité de son être.

Cette anthologie, qui est toujours en cours de tournage comprend, en 2018, 3 001 portraits et l'ensemble dure 200 heures, ce qui en fait le film le plus long réalisé par un cinéaste seul. (Il existe un film plus long mais il est réalisé par un collectif de cinéastes).

Plusieurs rétrospectives intégrales ont eu lieu à Paris (Centre Pompidou, Cinémathèque française), Montréal, Toronto, New York, Hambourg.

Tous les Cinématons sont visibles sur le site de partage vidéo YouTube.

La série Cinématon a engendré une quinzaine d'autres séries cinématographiques, réalisées par Gérard Courant, qui sont aussi des work in progress[2].

Dispositif[modifier | modifier le code]

Les premiers Cinématons ont d'abord été filmés sur une bobine de pellicule 16 mm de 30 mètres, soit 2 min 45 (du Cinématon n° 1 à 9), puis en format Super 8 sur toute leur longueur, soit 3 min 20 (du Cinématon n° 10 au no 2116), puis en vidéo numérique (à partir du Cinématon no 2117).

Chaque portrait est précédé de trois cartons d'introduction, écrits de la main de Gérard Courant, avec le numéro d'ordre chronologique de tournage du portrait, le prénom et le nom de la personne filmée, sa nationalité et son activité professionnelle, la date, l'heure et le lieu de tournage.

Les Cinématons sont muets et aucun son n'est rajouté par la suite.

Les Cinématons ont d'abord été filmés en noir et blanc (du Cinématon 1 à 9), puis en couleur (jusqu'au Cinématon no 2331), puis de nouveau en noir et blanc (à partir du Cinématon no 2332).

Principales personnalités dans Cinématon[modifier | modifier le code]

Quelques avis sur Cinématon[modifier | modifier le code]

« C'est fascinant. Mais j'ai un regret : celui de m'être figé et renfermé au bout de quelques secondes, alors qu'au début j'étais souriant et détendu. J'aurais dû agir comme Louis Calaferte qui m'a sidéré par son jeu de cache-cache émotionnel avec la caméra. Mais avec Cinématon, on n'échappe pas à sa vérité intérieure. La décontraction, puis le sérieux qui se dégagent de ce « petit » film sont peut-être les deux facettes de ma personnalité que le principe, sans concession du film, a révélées. Pendant le Cinématon de Calaferte, la salle s'esclaffait. Quant vint mon tour, le silence se fit et dura jusqu'à la fin. Il y avait quelque chose de grave qui passait à la fois sur l'écran et dans la salle. Certaines personnes avaient envie de plaisanter mais elles se retenaient comme si quelque chose les en empêchaient. C'est troublant. Le principe de Cinématon est vraiment très fort. Au départ, on pense que cette liberté que le cinéaste nous offre sur un plateau va être facile à organiser. On s'aperçoit très vite qu'elle est, au contraire, ce qu'il y a de plus difficile à gérer car nous n'avons ni l'habitude, ni l'expérience de la pratiquer. »

— Jean-Paul Aron, 8 décembre 1986, livre Cinématon, éditions Henri Veyrier

« Gérard Courant est un grand metteur en scène. Ses Cinématons sont des documents uniques et extraordinaires. Un jour, Pasolini m'a dit : « C'est un peu bête que toi et moi on fasse du cinéma car le cinéma va s'autodétruire ». Et bien, quand le cinéma aura disparu, il restera les Cinématons. »

— Arrabal, 17 mars 1988, livre Cinématon, éditions Henri Veyrier

« Ça serait une erreur de croire que Cinématons a à voir avec le sadisme ou le masochisme. Il n'y a pas de lien sadique entre les gens filmés et celui qui les filme. C'est beaucoup plus de la souffrance-plaisir. Plaisir de se trouver face à la caméra. Souffrance d'y rester. Et, pour le cinéaste, plaisir de filmer. On pourrait même dire que cette souffrance et ce plaisir sont indissociables, que ce ne sont pas deux qualités qui se complètent mais bel et bien une seule et même qualité. Bien entendu, Tout ça est voulu par ceux qui acceptent de se plier aux règles du Cinématon. Le simple fait de se prêter à ce jeu implique, au départ, une volonté de s'enchaîner à votre caméra et, pendant que le film se fait, une envie de s'en libérer, de partir, de tout laisser tomber, de dire : « Stop ». »

— Michel Foucault, 3 décembre 1981, livre Cinématon, éditions Henri Veyrier

« Le Cinématon, il fallait y penser comme envers de la grimace à images. Déclic, plan fixe, faites ce que vous voulez. Tant de temps. Test de la façon dont chacun se croit le même à travers l'autre. Objectif ad libitum. La première réaction est presque automatiquement la pose, souvenir de photo. Et puis non, le mouvement est là, il faut donc faire un geste à son intention. Aliénations narcissiques constantes : photo, cinéma, télévision. Gérard Courant met donc son cirque d'aliénés en boîte. Pourquoi, docteur ? Vous vous prenez pour Charcot ? Vous attendez un Freud improbable ? Ce ne sont plus les démoniaques dans l'art, mais les possédés dans la fausse vie générale. Le petit oiseau va sortir ? Non, aucun miracle, pauvres poules, vous êtes seulement pondus et crachés dans cet anti-portrait où vous secrétez, de vous-même, le vitriol défigurant le miroir. Courant est un moraliste. Impossible de s'en tirer sans montrer le fond. Les sans-fonds sont rares. »

— Philippe Sollers, Mai 1989, livre Cinématon, éditions Henri Veyrier

« Avec le presse-purée électrique, la bombe atomique, la Mariée mise à nu par ses célibataires, même, le cinéma sans images et l'orange sans pépins, les Cinématons sont, à l'évidence, une des inventions majeures du XXe siècle. Louons-en à jamais leur fondateur et tressons-lui une dernière couronne de périphrases méritées : salut donc à toi, ô Nadar du super 8, ô grand ordonnateur de nos pompes pas encore funèbres, ô Saint-Simon visuel de cette fin de siècle, ô Jivaro de nos têtes ! »

— Dominique Noguez, Mai 1989, livre Cinématon, éditions Henri Veyrier

« Gérard Courant n'est pas un facteur Cheval du septième art, son Cinématon dépasse l'anecdotique, le pittoresque. »

— Clément Ghys, Libération, 30 juillet 2012

Diffusion[modifier | modifier le code]

La diffusion des Cinématons a lieu dans des salles de cinéma, des galeries, des musées mais également à la télévision[3]. La majorité des diffusions est constituée par une sélection de portraits. En France, il y a eu des diffusions sur TF1, France 2, France 3, Arte, M6, ainsi que sur des chaînes du câble et du satellite. Il y a également eu des diffusions sur des chaînes de télévision canadienne, allemande, britannique, suisse, russe, ukrainienne, italienne et iranienne[3].

Rétrospectives intégrales de Cinématon[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]