Plan-séquence

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Au cinéma, un plan-séquence est un plan long qui inclut l'intégralité d'une scène, excluant toute unité de lieu que contrediraient les mouvements de caméra nombreux utilisés pendant son déroulement, mais qui veut donner l'impression d'un déplacement de la caméra à la suite d'un personnage dans une unité temporelle . Il est ainsi introduit tel quel dans le film, sans être morcelé par le montage et sans être mélangé avec d'autres plans. Le plan-séquence reste techniquement un plan unique, d'où son nom. Cependant, un plan-séquence peut aussi devenir un master shot ; il est alors, au montage, entrecoupé d'autres plans dits de coupe, de grosseur différente, ou morcelé en plusieurs tronçons montés cut.

« Le plan-séquence est souvent confondu avec le plan long, un plan qui contient une scène complète dans un cadrage fixe[1], » comme dans le film de Chantal Akerman, Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles.

Durée[modifier | modifier le code]

Un plan-séquence peut durer de quelques dizaines de secondes à plusieurs minutes, la limite technique (avant l'ère numérique) étant celle de la durée d'une bobine de 300 mètres au format 35 mm, soit moins de 12 minutes. Aujourd'hui, les différents supports numériques offrent cependant beaucoup plus de possibilités puisque certaines caméras peuvent tourner jusqu'à deux heures sans arrêt. « L’utilisation dramatique du plan-séquence est magistralement illustrée dès 1930 dans M le maudit, de Fritz Lang, où l’on voit les activités interlopes auxquelles se livrent les membres de la pègre au siège de leur amicale ou syndicat. La caméra, étonnamment véloce et curieuse, aligne l’un derrière l’autre deux plans-séquence, l’un d’une minute quarante et l’autre de quarante secondes[2] »

Maîtrise[modifier | modifier le code]

Pour La Corde (1948), Alfred Hitchcock décide de donner l'impression que le film dure le temps de l'action — c'est pourquoi le décor est ouvert sur une "découverte" du ciel dont le passage du jour au soir et à la nuit va marquer l'écoulement du temps — et envisage de tourner le film en un seul plan-séquence, mais il sait que cela est impossible à l'époque, les magasins des caméras disponibles ne pouvant pas contenir plus de 1 000 pieds (approximativement 300 mètres) de pellicule 35 mm. De ce fait, le film doit être morcelé en plusieurs segments de 10 minutes au plus. Pour masquer le passage d'un segment à un autre, chaque plan tourné prend fin sur un objet, par exemple, un travelling avant sur le dos d'un personnage. Le plan suivant repart dans un même travelling sur le même dos, le raccord est permis par le fond neutre. Ce peut être aussi le passage de la caméra derrière un obstacle du décor (colonne, cloison). La totalité du film ne consiste donc pas en un plan-séquence mais en une suite de onze plans différents qui s'enchaînent en produisant peu ou prou l'impression d'être un seul plan.

Le plan-séquence est souvent difficile à maîtriser, notamment à cause des mouvements de caméra qui accompagnent ce type de plan, car il faut surveiller de près le champ de la caméra et ses variations (moments précis où les acteurs entrent et sortent du champ, nécessité de ne pas voir les accessoires du tournage tels les micros et projecteur). D'où la nécessité de le répéter avant plus que toute autre prise de vues, pour que tous les intervenants (acteurs et techniciens) s'accordent dans leur jeu. L'apparition du steadicam dans les années 1970 a facilité l'enregistrement des plans-séquences, le steadicamer pouvant contrôler et modifier plus facilement le déplacement de la caméra.

À cause de sa difficulté et en conséquence de son manque de productivité, le plan-séquence est rarement utilisé à la télévision. Une des rares exceptions est l'épisode Triangle de la série X-Files (saison 6, épisode 3), réalisé (et écrit) par le créateur de la série Chris Carter : les 44 minutes de l'épisode sont filmées en 4 plans-séquences de 11 minutes chacun enchaînés. Carter cite d'ailleurs La Corde comme référence. Autre exemple : l'épisode Who goes there (saison 1, épisode 4) de la série True Detective, dont le final est un plan-séquence de 6 minutes. En revanche, pour le plan-séquence de plus de 12 minutes qui ouvre le film de Brian de Palma, Snake Eyes, « on peut estimer à sept ou huit le nombre de plans composant ce fameux et faux plan-séquence. Il faut y regarder de plus près et voir plusieurs fois cette séquence photogramme par photogramme pour en apercevoir les coutures. Mais l’illusion est parfaite, c’est du vrai cinéma ![3] »

Plans-séquences célèbres ou remarquables au cinéma[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Séries[modifier | modifier le code]

  • Daredevil : on peut y voir dans la saison 1, épisode 2, un plan-séquence long de 3 minutes où le personnage (Daredevil) se bat contre une douzaine de voyous[4]. Cette technique est réitérée dans la saison 2, épisode 3, et durant cette fois-ci 4 minutes.

Réalisateurs adeptes du plan-séquence[modifier | modifier le code]

Vidéo-clips[modifier | modifier le code]

Le plan-séquence a également été beaucoup utilisé dans l'univers du vidéo-clip. L'intérêt (et le défi) est alors de pouvoir tourner l'intégralité du clip en un seul plan. Citons par exemple les clips réalisés par Michel Gondry, notamment pour Kylie Minogue (Come Into my World), Lucas (Lucas With the Lid Off), Massive Attack (Protection et Unfinished Sympathy) ou encore Cibo Matto (Sugar Water). De même le clip Wannabe des Spice Girls en 1996 ou Feist (1 2 3 4 ). Paul Thomas Anderson utilise aussi le plan-séquence pour le clip Try interprété par Michael Penn. Les clips du groupe OK Go sont tournés en plan-séquence. Le clip de Bruno Mars, The Lazy Song, est aussi un plan-séquence. Plus récemment on peut aussi citer 15h02 Regarde comme il fait beau dehors, ainsi que Inachevés, des Casseurs Flowters. Bien entendu, les effets spéciaux numériques viennent au secours de l'imagination des réalisateurs en permettant de relier en douceur des plans séparés.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, Paris, Nouveau Monde, , 588 p. (ISBN 978-2-84736-458-3), p. 507
  2. Briselance et Morin 2010, p. 508.
  3. Briselance et Morin 2010, p. 512
  4. (fr) « Daredevil : regardez une incroyable scène de combat en plan séquence ! - Actualité Série », sur EcranLarge.com (consulté le 20 mars 2016)
  5. (en) Chantal Akerman
  6. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (en) Jake Coyle, « 'Atonement' brings the long tracking shot back into focus », Boston Globe,‎ (lire en ligne)
  7. [1]
  8. (en) Carl Theodor Dreyer
  9. (en) « Senses of Cinema: Bruno Dumont's Bodies » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), consulté le 2013-03-29
  10. (en) Senses of Cinema: Michael Haneke
  11. (en) Hou Hsiao-Hsien: Long Take and Neorealism
  12. (en) Silent Witness
  13. (en) Senses of Cinema: Jia Zhangke
  14. (en)Camera Movement and the Long Take
  15. (en) « Senses of Cinema: Otto Preminger » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), consulté le 2013-03-29
  16. Colliding with history in La Bete Humaine: Reading Renoir's Cinecriture
  17. (en) An Elusive All-Day Film and the Bug-Eyed Few Who Have Seen It
  18. [2]
  19. [3]
  20. «  » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), consulté le 2013-03-29
  21. Senses of Cinema: Andrei Tarkovsky
  22. Strictly Film School: Béla Tarr
  23. (en) Rob Tregenza Interview
  24. (en) Senses of Cinema: Tsai Ming-Liang
  25. (en) [4]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]