Samuel Fuller

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Samuel Fuller
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Samuel Fuller (1987)
Nom de naissance Samuel Michael Fuller
Naissance
Worcester
États-Unis
Nationalité Drapeau des États-Unis Américaine
Décès (à 85 ans)
Hollywood
États-Unis
Profession Réalisateur, scénariste, écrivain
Films notables Le Port de la drogue,
La Maison de bambou,
Shock Corridor,
Au-delà de la gloire

Samuel Fuller est un réalisateur, scénariste et écrivain américain, né le à Worcester (Massachusetts) et mort le à Hollywood (Californie).

Biographie[modifier | modifier le code]

Journaliste dès l'adolescence[modifier | modifier le code]

Né Samuel Michael Fuller, à Worcester, Massachusetts, il est le fils de Benjamin Rabinovitch, immigrant juif russe, et de Rebecca Baum, immigrante juive polonaise. Le nom de famille est modifié après l'immigration aux États-Unis. Son père meurt alors qu'il n'a que 11 ans, la famille déménage alors pour New York[1]. Il commence à travailler à 12 ans, dans un journal. A 14 ans, il est garçon à tout faire (copy boy) au New York Journal[2], devenant même le copy boy personnel du rédacteur en chef de l'époque, Arthur Brisbane. Il quitte le journal à la suite de son mentor[3]. Après un court passage au New York Evening Graphic, il est à 17 ans le plus jeune reporter criminel du pays, pour le Sun de San Diego[3]. Pour son métier, il prend l'habitude de voyager à travers les États-Unis. Cela devient une activité à plein temps quand il quitte son journal. Alors que la Grande Dépression frappe le pays, il parcourt principalement les états du sud. A partir de 1931, il écrit des récits de fiction, des nouvelles ou comme nègre pour divers écrivains[2]. Il raconte l'histoire de la mort de Jeanne Eagels. En 1935, il s'arrête suffisamment longtemps pour écrire ses premiers romans qui seront publiés dans des pulps, pour la plupart sous différents pseudonymes[3]. Il s'agit notamment de faits divers romancés, Burn, Baby, Burn (1935) sur la première femme condamnée à mort aux États-Unis alors qu'elle est enceinte, Test Tube Baby (1936) sur les bébés-éprouvette et Make Up and Kiss (1938), autour des produits de beauté[2].

A partir de 1936, poussé par un ancien rédacteur en chef devenu scénariste, Gene Fowler[3], il travaille pour Hollywood, collaborant à des scénarios, comme Hats Off ou It Happened in Hollywood, et fournissant des histoires originales telles que Gangs of New York ou Power of the Press[2].

Soldat et reporter de guerre pendant la Seconde Guerre Mondiale[modifier | modifier le code]

Il sert dans la 1re division d'infanterie américaine au cours de la Seconde Guerre mondiale, la célèbre « Big Red One ». Il y est à la fois soldat et reporter de guerre[3].

En 1944, alors qu'il combat, sa mère trouve un éditeur pour son premier roman, un polar, The Dark Page[4]. Howard Hawks et Charles Feldman en achètent les droits d'adaptation et Jules Furthman est engagé pour en écrire le scénario. Fuller le sera également pour en écrire une nouvelle version à son retour de guerre[1]. Le film sort en 1952, il est intitulé Scandal Sheet (L'inexorable enquête) et réalisé par Phil Karlson[3].

Pendant ce temps, Fuller participe aux débarquements d'Afrique du Nord, de Sicile et de Normandie. Il tourne un film documentaire sur un épisode de la libération du camp de Falkenau (Tchécoslovaquie), dépendant du camp de concentration de Flossenbürg. Blessé deux fois au combat, il reçoit la Bronze Star, la Silver Star et la Purple Heart, "pour conduite héroïque"[5].

Cette connaissance du problème lui permet de réaliser des films comme Au-delà de la gloire (1980), témoignage autobiographique au sujet du front européen. Moins connu que d'autres grands films de guerre, comme Apocalypse Now, Full Metal Jacket, Platoon et Voyage au bout de l'enfer, Au-delà de la gloire est pourtant considéré, par certains, comme l'un des meilleurs films dans sa catégorie[6].

Retour à Hollywood et premières réalisations[modifier | modifier le code]

Après la guerre, il poursuit son activité de scénariste, sans que la reconnaissance n'arrive. La plupart de ses scénarios ne vont pas jusqu'à l'étape de la production bien qu'il devienne employé à la Warner Bros[3]. Fuller est de plus en plus frustré jusqu'à ce qu'une petite compagnie fondée par Robert L. Lippert l'engage pour réaliser un western dont il vient d'écrire le scénario, J'ai tué Jesse James (1949)[2]. La reconnaissance n'est pas encore au rendez-vous, elle viendra avec son troisième long métrage, J'ai vécu l'enfer de Corée, en 1951. C'est le premier film sur la guerre de Corée dans lequel le silence est également brisé sur les camps d'internement pour les Nippo-Américains durant la seconde guerre mondiale[3]. C'est un succès financier aussi, avec un budget de 100 000 dollars, le film en rapporte 2 000 000[7]. Fuller signe alors un contrat avec la 20th Century Fox.

La carrière de Samuel Fuller est lancée. Scénariste de tous ses films, il en est le coproducteur sous contrat pour Darryl F. Zanuck et la Fox à partir de 1952 puis le seul producteur en 1956[5]. Le premier long métrage qu'il réalise pour les studios est un autre film sur la guerre de Corée, Baïonnette au canon, un échec commercial[3]. Il signe ensuite, en 1952, un film sur l'histoire du journalisme, Violence à Park Row, l'un de ses meilleurs d'après Roger Boussinot[5]. Le Port de la drogue réalisé ensuite lui vaut un lion de bronze[8] au festival de Venise en même temps que les première critiques sur un discours anti-communiste primaire[3]. Cet aspect est gommé dans la version française, les communistes infiltrés de la version originale n'étant plus que de "simples" passeurs de drogue.

Durant cette période, Fuller est envoyé au Mato Grosso par Daryl F. Zanuck pour faire des repérages et imaginer une histoire. John Wayne, Tyrone Power et Ava Gardner sont un temps attachés à ce projet qui ne verra pas le jour et dont les quelques bobines filmées seront partiellement réutilisées pour Shock Corridor. Ce film qui ne s'est jamais fait insprirera Mika Kaurismaki pour son documentaire Tigrero : A Film That Was Never Made en 1994, dans lequel Fuller revient sur les lieux de ses repérages accompagné de Jim Jarmush pour montrer les habitants qu'il a filmé quarante ans plus tôt à ceux qui habitent là[1].

Reconnaissance européenne et bannissement de Hollywood[modifier | modifier le code]

Après un autre film noir avec Richard Widmark, Le Démon des eaux troubles, puis La Maison de bambou, Fuller fonde sa maison de production, Globe Enterprises, pour financer son film suivant, un western, Le Jugement des flèches[3]. Ce long métrage marque le début de la reconnaissance du réalisateur en Europe, notamment par les Cahiers du Cinéma[9]. Viennent ensuite un film de guerre Porte de Chine, puis Quarante Tueurs qui amplifie l'engouement pour le cinéaste en Europe[3]. Il enchaîne ensuite avec deux films sur les inégalités et le racisme, Ordres secrets aux espions nazis puis The Crimson Kimono. Sa vision désormais pessimiste et sans concession de son pays s'exprime ensuite dans Les Bas-fonds new-yorkais (1960), le dernier film produit par Globe Enterprises. Il retourne à la Warner Bros pour son film suivant, Les Maraudeurs attaquent. Et réalise ensuite deux films qui vont lui valoir d'être banni de Hollywood, Shock Corridor (1963) et Police spéciale (1964)[3]. Le premier, critique acerbe des États-Unis, considéré par certains comme l'un de ses chefs-d’œuvre[10], se voit reprocher son sensationnalisme. Le second aborde la perversion sexuelle et provoque l'hostilité de la critique[11]. Shock Corridor est à la source d'un autre problème pour Samuel Fuller. Il découvre que le film a été novélisé par Michael Avallone qu'il accuse de plagiat. D'abord réédité à la "Série Noire" en 1980 sous la signature Avallone - Fuller, il ne paraîtra ensuite qu'avec la seule mention de Samuel Fuller[2].

Samuel Fuller effectue alors des aller-retours entre la France et les États-Unis. Il apparaît dans son propre rôle dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard. N'ayant tourné que quelques épisodes d'une série télévisée, Fuller doit attendre 1968 pour qu'une nouvelle possibilité de réaliser un film lui soit proposée. Le tournage de Shark ! est marqué par la mort d'un cascadeur mexicain[3] et le montage final n'étant pas celui du réalisateur, il le reniera, refusant d'en parler[12]. Fuller retourne alors à la réalisation télévisée et aux apparitions dans différents films.

En parallèle, il recommence à publier des romans, d'abord un roman d'aventure, La Couronne des Indes, en 1966. Il y aura ensuite la novélisation d'un de ses films, Mort d'un pigeon Beethovenstrasse, en 1972, dans lequel un détective privé est engagé pour démasquer ceux qui font chanter des hommes politiques à l'aide de photos compromettantes.

"The Big Red One" et retour au premier plan[modifier | modifier le code]

Alors que tous pensent que sa carrière est finie, Fuller parvient à obtenir le financement pour un projet qu'il portait depuis 1956. L'histoire qu'il a vécue, celle de la première division d'infanterie américaine au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Les acteurs en sont Lee Marvin, Mark Hamill et Robert Carradine. Il tourne en Israël en 1978. Après montage, les 30 heures de bobines sont réduites à 4 h 30 mais la version qui sort en salle en 1980 est de 120 minutes, à la demande de Lorimar Productions[3]. Au-delà de la gloire est un succès à la hauteur de J'ai vécu l'enfer de Corée[13]. Samuel Fuller est de nouveau bienvenu à Hollywood.

Pour son projet suivant, il décide d'adapter un roman de Romain Gary, Chien Blanc. Le message anti-raciste du film n'étant pas évident avec le montage choisi, les studios demande au réalisateur de remonter le film. Ce qu'il refuse de faire, il part avec les négatifs au Mexique avec son producteur, Jon Davison. Dressé pour tuer ne sortira jamais en salle aux États-Unis, n'étant distribué qu'en Europe[3]. Fuller quitte une nouvelle fois Hollywood pour la France. Il y réalise son film suivant, Les Voleurs de la nuit (1984), l'avant-dernier de sa filmographie.

Il apparaît dans les années 80 dans plusieurs longs métrages, chez Wim Wenders, Claude Chabrol et Aki Kaurismaki, notamment. Il réalise, en 1988, un dernier film pour le cinéma, une adaptation d'un roman de David Goodis, Sans espoir de retour, et trois films pour la télévision.

Après une attaque, il retourne vivre à Hollywood, tourne dans un dernier film, The End of Violence de Wim Wenders qui sort quelques semaines avant sa disparition[3].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]
Télévision[modifier | modifier le code]

Scénariste[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]
Télévision[modifier | modifier le code]

Acteur[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]
Télévision[modifier | modifier le code]

Œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • The Dark Page, New York, Duell, Sloane and Pearce, (OCLC 3792129)
    Publié en France sous le titre Eh bien ! Dansez maintenant (trad. Yves Malartic), Paris-Londres, Morgan, coll. Série rouge, 1950 (notice BnF no FRBNF32135944), retitré L'Inexorable Enquête, Paris, Christian Bourgois, 1983 (ISBN 2-267-00328-7)
  • Crown of India, New York, Award Books, (OCLC 225419386)
    Publié en France sous le titre La Couronne des Indes (trad. Marie-Claude Morel), Paris, Albin Michel, 1968 (notice BnF no FRBNF33017441)
  • Dead Pigeon on Beethoven Street (novélisation de son film de 1972), New York, Pyramid Books, (ISBN 9780515037364)
    Publié en France sous le titre Mort d'un pigeon Beethovenstrasse (trad. Jacques Lourcelles), Paris, Calmann-Lévy, 1974 (notice BnF no FRBNF34559307)
  • The Big Red One, Londres, Corgi, (ISBN 0552115487)
    Publié en France sous le titre The Big Red One : la magnifique saga de l'incroyable première division d'infanterie pendant la Deuxième Guerre mondiale (trad. Géraldine Koff d'Amico), Paris, Christian Bourgois, 1991 (ISBN 2-267-00674-X)
  • Battle Royal,
    Publié en France sous le titre La Grande mêlée (trad. Pierre Alien), Paris, Christian Bourgois, 1984 (ISBN 2-267-00375-9)
  • Brainquake, Londres, Titan Books, coll. « Hard Case Crime », (ISBN 9781781168196)
    Publié en France sous le titre Cérébro-choc (trad. Jean-Yves Prate et Michael Korvin), Paris, Les Belles Lettres, 1993 (ISBN 2-251-44010-0)

Autobiographie[modifier | modifier le code]

  • A Third Face : my tale of writing, fighting, and filmmaking (en collaboration avec Christa Lang et Jerome Henry Rudes, avant propos de Martin Scorsese), New York, Alfred A. Knopf, (ISBN 9780375401657)
    Publié en France sous le titre Un troisième visage : le récit de ma vie d'écrivain, de combattant et de réalisateur (trad. Hélène Zylberait), Paris, Allia, 2011 (ISBN 978-2-84485-409-4)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Samuel Fuller », sur greencardamom.github.io (consulté le 30 octobre 2017)
  2. a, b, c, d, e et f Claude Mesplède, Dictionnaire des littératures policières, Joseph K, impr. 2007 (ISBN 9782910686444, OCLC 470985177, lire en ligne), p. 795-796
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q « Samuel Fuller | Biography, Movie Highlights and Photos | AllMovie », sur AllMovie (consulté le 30 octobre 2017)
  4. « L'Inexorable enquête », sur www.k-libre.fr (consulté le 29 octobre 2017)
  5. a, b et c Boussinot, Roger., L'Encyclopédie du cinéma : F-M, Paris, Bordas, (ISBN 2040163840, OCLC 19978376, lire en ligne), p. 664-665
  6. Martin Scorsese, « Samuel Fuller, ou le mouvement comme émotion », Les Cahiers du Cinéma, no 519,‎ , p. 44-45
  7. « The Steel Helmet (1951) - Box office / business », sur IMDB.com (consulté le 31 octobre 2017)
  8. « Venice Film Festival (1953) », sur IMDB.com (consulté le 31 octobre 2017)
  9. Luc Moullet, « Sam Fuller sur les brisées de Marlowe », Les Cahiers du Cinéma, no 93,‎ , p. 11-19
  10. « Shock Corridor de Samuel Fuller - (1963) - Film - Drame - Critique », sur Télérama.fr (consulté le 1er novembre 2017)
  11. Olivier Père, « Shock Corridor et the Naked Kiss », Les Inrocks,‎ (lire en ligne)
  12. (en) « Shark ! - Trivia », sur IMDb.com (consulté le 1er octobre 2017)
  13. « The Big Red One (1980) - Box office / business », sur IMDB.com (consulté le 1er novembre 2017)

Liens externes[modifier | modifier le code]