Ken Loach

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Ken Loach
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Ken Loach au Festival de Cannes 2016.

Nom de naissance Kenneth Loach
Naissance (80 ans)
Nuneaton, Royaume-Uni
Profession Réalisateur
Films notables Kes
Family Life
Riff-Raff
Secret défense
Ladybird
Land and Freedom
My Name Is Joe
Sweet Sixteen
Le vent se lève

Kenneth « Ken » Loach, né le [1] à Nuneaton (Warwickshire), est un réalisateur britannique de cinéma et de télévision.

Il ouvre la voie, d'abord à la télévision, puis dans les salles, au renouveau des années 1980 et 1990 du cinéma britannique qui a notamment révélé Mike Leigh et Stephen Frears[2].

Son style naturaliste s'axe sur une étude sans concession de la misère en Grande-Bretagne, des tares socio-familiales et du ravage des politiques publiques (Riff-Raff, Raining Stones, Ladybird, Carla's Song, Sweet Sixteen, Moi, Daniel Blake). Il explore également les heures sombres de l'histoire outre-Manche (Secret défense, Land and Freedom, Le Vent se lève, Route Irish). Son œuvre, très militante, laisse entrevoir son engagement à gauche dans les conflits sociaux et la lutte pour le droit des travailleurs ou des immigrés clandestins (Les Dockers de Liverpool, Bread and Roses, The Navigators, It's a Free World!...)[2]. Son radicalisme politique, ses sympathies marxistes et ses prises de position publiques ont souvent déclenché la polémique au Royaume-Uni[2].

En 2006, il reçoit la Palme d'or du 59e Festival de Cannes pour Le Vent se lève. En 2016, il obtient de nouveau cette récompense pour Moi, Daniel Blake et devient le huitième cinéaste à être doublement palmé après Francis Ford Coppola, Shōhei Imamura, Emir Kusturica, Bille August, les frères Dardenne et Michael Haneke.

Sur 13 sélections, ses films cumulent sept prix cannois ce qui en fait l'un des cinéastes les plus récompensés de l'histoire du festival avec, outre les deux palmes, trois Prix du jury (Secret défense, Raining Stones, La Part des anges), un Prix d'interprétation masculine (pour Peter Mullan dans My Name Is Joe) et un Prix du scénario (pour son scénariste attitré Paul Laverty grâce à Sweet Sixteen).

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en 1936 d'un père électricien en usine, John, est de Vivien (née Hamlin), Ken Loach suit des études de droit au St Peter's College à Oxford. Il y joue notamment dans la troupe comique maintenant bien établie, la Oxford Revue. Il commence à l'extérieur en tant qu'acteur dans le théâtre de répertoire mais, au début des années 1960, il entre dans le monde de la télévision où il devient réalisateur de trois épisodes de la série Z Cars en 1964. Mais Loach marque son entrée dans le milieu par des docu-dramas, notamment Cathy Come Home (1966) qui a une forte connotation sociale. Ce téléfilm débute comme d'autres finissent : le bonheur conjugal, la naissance d'enfants... jusqu'à ce que le chômage vienne changer la donne et désagréger la cellule familiale. Vers la fin des années 1960, il commence à diriger des films, et réalise Kes, l'histoire d'un garçon solitaire et de sa crécerelle (une sorte de faucon), inspirée du roman de Barry Hines Une crécerelle pour un valet. Ce film laissera une forte empreinte en Grande-Bretagne.

Les années 1970 et 1980 sont marquées par des films qui abordent, avec une approche expérimentale, les thèmes saillants de cette époque. Family Life prend des libertés avec la chronologie et peint la plongée d'une jeune fille dans une schizophrénie, en partie nourrie par un terrible carcan socio-familial. The "Save the Children" Fund Film est une commande de la fondation Save the Children, qui le déteste à tel point qu'elle essaie de faire détruire le négatif. Loach est également sollicité par la chaîne ITV (émission South Bank Show) pour faire A Question of Leadership, un documentaire sur le mouvement syndical qui a émergé lors de la grève des mineurs de plus de 13 semaines. Cependant, le programme n'est pas diffusé par ITV - le réalisateur déclare que ce sont des raisons politiques qui ont guidé cette décision - mais il est finalement diffusé sur Channel 4[3]. Fatherland situe son intrigue dans le Berlin encore divisé par le Mur et permet au metteur en scène de s'internationaliser.

Les années 1990 marquent le triomphe de Loach avec la réalisation d'une série de films populaires à thème social ou historique, acclamés par la critique : Riff-Raff qui traite de la réinsertion et de la sortie de prison, Carla's Song qui narre une histoire d'amour atypique et prend pour toile de fond la réalité politique du Nicaragua, Ladybird qui évoque le sort d'une mère à qui l'on retire la garde des enfants, Land and Freedom qui explore les traumatismes de la Guerre d'Espagne ou encore My Name Is Joe qui prend pour canevas le rapprochement d'un ancien alcoolique et d'une assistante sociale. Pendant cette période, il est trois fois couronné au Festival de Cannes. Il gagne notamment le Prix du jury en 1990 pour Secret défense (Hidden Agenda) et en 1993 pour Raining Stones.

Durant les années 2000, le cinéaste continue d'explorer ses thèmes de prédilection, faisant part de son engagement politique dans diverses problématiques sociales : Bread and Roses dépeint les conditions de travail inacceptables des immigrés aux États-Unis, The Navigators fonde la chronique de la lutte syndicale des cheminots contre la privatisation de British Rail sous le gouvernement de John Major, Just a Kiss relate les difficultés d'un couple appartenant à deux communautés différentes et It's a Free World! dénonce l'exploitation des travailleurs sans papiers après l'ouverture des frontières européennes.

Depuis Carla's Song en 1995, toutes les réalisations de Loach sont scénarisés par Paul Laverty, à l'exception de The Navigators, écrit par Rob Dawber.

Le , Ken Loach obtient la Palme d'or du 59e Festival de Cannes pour son film Le Vent se lève (The Wind That Shakes the Barley), une vision controversée de la guerre irlandaise d'indépendance et de la guerre civile irlandaise qui suit au cours des années 1920. Le film est fortement critiqué par une partie des médias britanniques pour sa représentation des forces britanniques d'occupation en Irlande. Certaines de ces critiques ont été formulées par des commentateurs qui n'avaient pas vu le film[4].

En 2009, Ken Loach réalise Looking For Eric, avec Steve Evets et Eric Cantona. L'histoire est celle d'un postier dépressif qui va se reprendre en main grâce à son idole, le footballeur Cantona, en tournant en dérision les punchlines et autres déclarations fortes de ce dernier.

En 2010, il décide de rendre ses films librement accessibles sur la plate-forme de partage YouTube, mais ils ne sont pas visibles en France pour des raisons de droits d'auteur[5]. La même année, il signe Route Irish qui évoque les ravages de la guerre d'Irak en Grande-Bretagne.

En 2012, il reçoit un nouveau Prix du jury cannois pour La Part des anges, un film social sur la découverte du Whisky par de jeunes Écossais en travaux d'intérêt général, puis, dans l'intervalle, le Prix Robert-Bresson à la Mostra de Venise et le Prix Lumière du Festival de Lyon pour l'ensemble de son œuvre[6],[7].

En 2014, Loach revient au film historique avec Jimmy's Hall, inspiré de James Gralton qui s'oppose au clergé puissant et conservateur dans l'Irlande des années 1930. Le film est sélectionné en compétition pour le 67e Festival de Cannes. C'est le 12e film de Loach à avoir le privilège d'être en compétition. Il pense alors que ce sera son ultime long métrage de fiction, avec une « retraite » uniquement composée de tournages de documentaires. Mais finalement, en 2016, la compétition du Festival de Cannes compte, pour la 13e fois, un Ken Loach. Il s'agit d'une fiction intitulée Moi, Daniel Blake qui évoque le parcours d'un menuisier au chômage en proie aux affres kafkaïennes de l'administration ainsi qu'à la cruauté du système d'attribution des aides sociales en Grande Bretagne. Favorablement accueillie lors de la 69e édition cannoise, l'œuvre vaut au cinéaste sa seconde Palme d'or.

Le 3 juin 2016, un documentaire revenant sur la vie et la carrière de Ken Loach, intitulé "Versus : The Life and Films of Ken Loach" sort en Grande-Bretagne[8]. On y apprend alors qu'il a, dans les années 90, réalisé une publicité pour Mcdonald. Il déclare à ce propose : "ça pèse toujours très lourd sur ma conscience"[9].

Vie personnelle et engagements[modifier | modifier le code]

Ken Loach vit avec sa famille à Bath en Angleterre où il est supporteur et actionnaire du club local de football[10].

Engagé contre les délocalisations, le néolibéralisme, la dérégulation économique et les privatisations, il dit être pour une Union Européenne des peuples et non de la mondialisation financière et soutient le « non » au référendum portant sur la Constitution de l'Europe en France où il apporte publiquement son soutien, en mars 2012, à Philippe Poutou pour la campagne présidentielle, après avoir soutenu Olivier Besancenot en 2007 et Arlette Laguiller en 1995[11].

En décembre 2003, il reçoit un doctorat honoris causa de lettres de l'université de Birmingham (Royaume-Uni). En novembre 2004, il est élu au conseil national du parti d'extrême gauche RESPECT. L'université d'Oxford lui attribue un titre honorifique de « docteur de loi civile » en juin 2005.

En 2006, il rejoint l'association Boycott, désinvestissement et sanctions contre l'État d'Israël[12]. Loach clama à plusieurs reprises, son soutien à la cause Palestinienne.

Il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine dont les travaux ont commencé le 4 mars 2009.

En 2013, à la mort de l'ex-première ministre conservateur Margaret Thatcher, il demanda la privatisation de ses obsèques, une référence à sa politique libérale antisociale.

En 2014, il encourage les internautes à contribuer à une souscription du Nouveau Parti anticapitaliste[13]. Il signe, comme de nombreuses personnalités anglaises, une pétition pour l'arrêt de l'opération Bordure Protectrice par Israël dans la bande de Gaza. Il souhaite également le boycott des événements culturels israéliens.

Il soutient l'indépendance écossaise lors du référendum de 2014.

En 2016, il parraine le Festival Ciné-Palestine[14] à Paris, festival promouvant la richesse de l’œuvre cinématographique palestinienne.

En juin 2016, il déclare dans une interview pour le journal l'Humanité qu'il s'oppose au départ du Royaume-Uni de l'Union européenne dans le cadre Référendum sur le Brexit. Il souhaite cependant "une autre Europe"[15].

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Marqué par le free cinema et par un cinéma documentaire britannique militant (John Grierson, Paul Rotha, Basil Wright et Humphrey Jennings)[2], Loach se distingue, dans son inspiration, par sa manière de faire fusionner réalité quotidienne et récit ample dans lequel il adopte ostensiblement le parti de ses protagonistes. Sa capacité à créer un lien d'empathie immédiat du spectateur pour ses personnages est notable. Ses réalisations sont caractérisées par une vision particulière de la réalité dépeinte : il veille à ce que dans chaque secteur de sa mise en scène, les liens entre les acteurs soient naturels au point que certaines scènes semblent ne pas avoir été scénarisées. Plutôt que d'employer des acteurs méthodiques, il préfère le talent d'inconnus ou d'amateurs qui ont vécu l'expérience réelle de la vie des personnages qu'ils incarnent, de sorte que plusieurs acteurs professionnels désirant travailler avec lui, feignent d'être issus de la classe ouvrière comme c'est souvent le cas des héros de ses scénarios. Pour Bread and Roses, il a choisi deux acteurs principaux qui ont eu une expérience de l'organisation d'un syndicat, ainsi que de la vie en tant qu'immigré. La comédienne principale Pilar Padilla a dû par ailleurs apprendre l'anglais afin de jouer son rôle et donner la réplique à Adrien Brody.

Loach essaye de s'assurer que les acteurs expriment de façon aussi vraie que possible les sentiments de leurs personnages en filmant l'histoire dans l'ordre des séquences et, chose cruciale, en ne donnant aux comédiens la liste quotidienne des dialogues à tourner que quelques minutes avant le début des prises. Il est fréquent que dans une scène, seuls quelques acteurs sachent ce qui va se passer. Les autres expriment un choc, de la tristesse ou de la surprise car ils sont réellement déroutés ou frappés par des événements dont ils ignorent la finalité.

Dans Kes, le garçon, découvrant l'oiseau mort à la fin, croyait que le réalisateur avait réellement tué le volatile auquel il s'était attaché durant le tournage (en fait, le cinéaste avait utilisé, sans l'en avertir, un autre oiseau, mort et semblable en tout point au vivant). Dans Raining Stones, un usurier rend visite à une des actrices dans sa maison et celle-ci ne se doute pas, au moment de la prise, qu'il va la forcer à enlever son alliance afin de la lui donner en acompte. Dans Sweet Sixteen, le personnage principal est censé tuer quelqu'un, mais d'autres acteurs l'en empêchent en lui sautant dessus. On voit alors à l'écran la surprise non simulée de l'acteur qui n'en a pas été informé et qui, au début, est totalement troublé. Le cinéaste cherche en effet une forme de vérité ultime qui confond état du personnage et de la personne qui l'interprète[2]. Au lieu du terme « réalisme » qu'il rejette, Loach préfère parler d'« authenticité »[2].

De fait, il s'écarte du romanesque et préfère peindre la vie d'individus à un moment précis (y compris lorsqu'elle est reliée à la grande histoire), ayant souvent recours aux longues focales qui écrasent les perspectives et enferment les personnages dans un environnement économique et social dont ils ne peuvent jamais s'échapper[2]. Le metteur en scène privilégie les tournages dans les régions ouvrières qu'il connaît : anciens bastions de la sidérurgie, la métallurgie et l'industrie minière, ravagés par la désindustrialisation et le chômage de masse[2].

Ken Loach est un adversaire farouche de la censure dans ses films et il fut outré par l'interdiction qui frappa Sweet Sixteen (interdit aux moins de 18 ans en Grande-Bretagne). Il a lui-même indiqué : « I think it was a very silly decision, such a patronising attitude as well. People are rarely hurt by swear words, yet you see scenes of violence depicted in films often with a 12 certificate. Some of these films have violence for the sake of it, try and push the certification boundaries. I think in my films that the violence is necessary to portray realism, it’s important to the narrative. And yes, it does put a smokescreen on society because it uses violence as a source of entertainment rather than its actual meaning. »[réf. nécessaire]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Festival de Cannes[modifier | modifier le code]

Ken Loach est le recordman des sélections au Festival, pour un réalisateur, il cumule 18 films sélectionnés dont 13 en compétition.

Quinzaine des Réalisateurs[modifier | modifier le code]

Semaine de la critique[modifier | modifier le code]

Un certain regard[modifier | modifier le code]

Compétition officielle[modifier | modifier le code]

Prix[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. lesgensducinema.com
  2. a, b, c, d, e, f, g et h (fr) Article de l'encyclopédie Universalis sur Ken Loach, consulté le 21 octobre 2012.
  3. Résumé de la compagnie de Ken Loach, Sixteen Films, dans sa diffusion libre sur internet: http://www.youtube.com/user/KenLoachFilms#p/u/10/7pA4s30TzS0.
  4. Les principales critiques ont été émises par les polémistes Tim Luckhurst et Ruth Dudley Edwards, qui se disent unionistes, et qui n'avaient pas assisté à la projection du film qu'ils ont critiqué après sa projection au festival de Cannes (cf. Ruth Dudley Edwards, « What about making Black and Tans: the movie? », The Guardian, 6 juin 2006 ; George Monbiot, « If we knew more about Ireland, we might never have invaded Iraq », 6 juin 2006).
  5. Tout Ken Loach en libre accès sur YouTube, paru le 5 mai 2010
  6. (fr) (en) « Ken Loach récompensé par l'Eglise catholique à Venise », Radio Vatican,‎ (consulté le 4 septembre 2012)
  7. (fr) (en) « Ken Loach lauréat du prix Lumière 2012, remis au cinéaste anglais par Eric Cantona », Le Nouvel Observateur,‎ (consulté le 20 octobre 2012)
  8. Wendy Ide, « Versus: The Life and Films of Ken Loach review – tribute to a cinematic giant », sur the Guardian,‎ (consulté le 21 juin 2016)
  9. « VIDEO. Le cinéaste engagé Ken Loach a réalisé une pub pour… McDonald’s », sur 20minutes.fr,‎ (consulté le 21 juin 2016)
  10. http://www.sofoot.com/a-bath-aussi-cantona-est-une-legende-206061.html
  11. (fr) (en) « Ken Loach fan de Poutou », Le Parisien,‎ (consulté le 21 octobre 2012)
  12. Standout British filmmaker joins boycott of Israel, PACBI
  13. « NPA: L'appel de Ken LOACH »,‎ (consulté le 13 février 2014)
  14. http://festivalpalestine.paris/fr
  15. « Brexit : Ken Loach votera "No", mais veut "une autre Europe" », sur L'Humanité,‎ (consulté le 21 juin 2016)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Erika Thomas, L'Univers de Ken Loach, engagement politique et rencontre amoureuse, Paris, L'Harmattan, 2004.
  • Erika Thomas, Le Cinéma de Ken Loach. Misère de l'identité professionnelle, Paris, L'Harmattan, 2005, 100 p.
  • Erika Thomas, Ken Loach : un regard cinématographique sur l'aliénation familiale, Paris, L'Harmattan, 2006, 104 p.
  • Alexandre Mirlesse, En attendant L'Europe (Rencontre avec Ken Loach), Lille, La contre allée, 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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