Jean-Marc Rouillan

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Jean-Marc Rouillan
Terroriste d'extrême gauche

Jean-Marc Rouillan, photographié en 2013
Information
Naissance (63 ans)
Auch (Gers)
Condamnation 1989
1994
Sentence Réclusion criminelle à perpétuité
Attentats
Assassinats
Hold-ups
Affaires Action directe
Victimes Gabriel Chahine (1982)
René Audran (1985)
Georges Besse (1986)
Période 1979 - 1987
Pays Drapeau de la France France
Arrestation
Complice Nathalie Ménigon
Georges Cipriani
Régis Schleicher
Joëlle Aubron

Jean-Marc Rouillan, né le à Auch, est un militant d'extrême-gauche. Au cours des années 1970 et 1980, il mena des actions terroristes collectives qualifiées par leurs auteurs de « lutte antifasciste » (MIL, GARI, Action directe). Il est aussi connu sous le nom de Jann-Marc Rouillan à partir de 2002. Il a publié plusieurs livres.

Arrêté en 1987 avec d'autres membres du groupe, il est condamné en 1989 à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de dix-huit ans, pour l'assassinat de l'ingénieur général de l'armement René Audran en 1985 et celui du PDG de Renault Georges Besse en 1986.

Il a bénéficié d'un régime de semi-liberté du au . Ce régime a été suspendu puis révoqué pour des propos tenus lors d'une interview à L'Express en 2007[1]. Il bénéficie de nouveau d'un régime de semi-liberté le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Dans sa jeunesse, Jean-Marc Rouillan prend part aux activités des Comité d'action lycéen (CAL) puis des Groupes autonomes libertaires à Toulouse au début des années 1970[2].

Activités criminelles[modifier | modifier le code]

Dans la première partie des années 1970, il participe à la création d'organisations de lutte armée anti-franquiste (Mouvement ibérique de libération, Groupes d'action révolutionnaire internationalistes)[3]. Il est arrêté en 1974 puis relâché en 1977.

En 1979, il s'organise au sein de la « coordination politico-militaire interne au mouvement autonome » qui donnera Action directe. Rouillan est arrêté une première fois en 1980 (avec sa compagne Nathalie Ménigon). Libéré avec les autres militants d'Action directe lors de l'amnistie accordée par le président François Mitterrand en 1981, Rouillan choisit avec une minorité d'Action directe de continuer la lutte armée.

Cette cellule reprend les attentats à partir de 1982 mais aussi les assassinats (Gabriel Chahine le 13 février 1982, René Audran le 25 janvier 1985 et Georges Besse le 17 novembre 1986, ainsi que deux tentatives contre Guy Brana et le général Henri Blandin).

Il est arrêté le 21 février 1987 à Vitry-aux-Loges où il s'était réfugié en compagnie de Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron et Georges Cipriani.

Prison[modifier | modifier le code]

Il est condamné en 1989 puis 1994 à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de dix-huit ans (le rendant potentiellement libérable à compter du mois de février 2005). Classé comme DPS (« détenu particulièrement signalé »), il est soumis à un régime d'exception. Il passe sept ans et six mois à l'isolement total.

Dès 1989, le Syndicat de la magistrature qualifie ces conditions d'incarcération de « traitement inhumain »[4].

En 2004, il porte plainte contre les ERIS qui sont intervenues au centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure pour violence et contre la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis pour contester son placement en isolement à la suite d'une dénonciation qu'il estime « fallacieuse »[5].

Malgré son emprisonnement, Rouillan continue une certaine activité : soutien à ses camarades d'Action directe, grève de la faim[6], écriture… Il écrit en outre régulièrement dans le mensuel CQFD notamment des « Chroniques carcérales » témoignant des conditions de vie dans les prisons françaises.

Libération conditionnelle[modifier | modifier le code]

Jean-Marc Rouillan bénéficie d'un régime de semi-liberté à partir du et travaille chez son éditeur, les Éditions Agone à Marseille, devant rejoindre un centre de semi-liberté la nuit et les week-ends[7].

Malgré ses années de détention, Jean-Marc Rouillan reste « convaincu que la lutte armée est nécessaire à un moment du processus révolutionnaire »[8], tout en précisant qu'elle doit être menée « dans des conditions historiquement déterminées »[9].

Après un entretien accordé le 1er octobre à L'Express dans lequel il affirme : « Je n'ai pas le droit de m'exprimer là-dessus… Mais le fait que je ne m'exprime pas est une réponse. Car il est évident que, si je crachais sur tout ce qu'on avait fait, je pourrais m'exprimer. Par cette obligation de silence, on empêche aussi notre expérience de tirer son vrai bilan critique[1] » et de la plainte du parquet de Paris[10], le juge d'application des peines rend le 2 octobre une « ordonnance suspendant la mesure de semi-liberté de Jean-Marc Rouillan[11] », « pour éviter tout contact avec la presse » et des « troubles à l'ordre public ». En effet, dans le cas d'une condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité, les années incompressibles ne sont qu'un minimum à l'issue duquel le tribunal d'application des peines peut accorder une libération conditionnelle au détenu. Celle-ci peut toutefois être révoquée si le condamné n'a pas respecté ses obligations[12].

Le 16 octobre, le tribunal d'application des peines (juridiction spéciale anti-terroriste) réuni à la prison des Baumettes confirme la révocation[13], estimant que les propos constituent une « apologie de la lutte armée ». Un pourvoi en cassation contre ce jugement est formulé[14]. Olivier Besancenot apporte son soutien à Jean-Marc Rouillan en réclamant sa remise en liberté[15].

En mars 2009, Jean-Marc Rouillan est hospitalisé[16]. En avril 2009, il demande de nouveau l'obtention d'un régime de semi-liberté[17]. Atteint de la très rare maladie de Chester-Erdheim, il demande une suspension de peine comme la loi le prévoit en pareil cas[14]. Début décembre 2009, il porte plainte contre X pour « non-assistance à personne en danger, estimant être privé de soins pour la maladie rare dont il souffre[18] ».

Le 16 février 2011, une nouvelle mesure de semi-liberté lui est accordée par le tribunal d'application des peines, mais le parquet de Paris fait appel de cette décision, ce qui a pour effet de la suspendre. Il revient à la cour d'appel de Paris de se prononcer sur le dossier[19]. Celle-ci lui accorde finalement la semi-liberté, effective au 19 mai 2011. Ce régime est assorti du port du bracelet électronique[20],[21]. Il bénéficie d'une liberté conditionnelle à partir du 18 mai 2012[22],[23].

Dans une interview accordée à une radio associative marseillaise en février 2016, il évoque, en parlant des attentats du 13 novembre 2015 en France, « le courage avec lequel se sont battus les terroristes du 13 novembre, dans les rues de Paris en sachant qu’il y avait près de 3 000 flics autour d’eux. » « On peut dire plein de choses sur eux — qu'on est absolument contre les idées réactionnaires, que c'était idiot de faire ça, mais pas que ce sont des gamins lâches » ajoute-t-il[24] ». À la suite de cette déclaration, la justice française ouvre une enquête préliminaire pour « apologie du terrorisme »[25]. Pour Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat général de la police-Force ouvrière : « C'est très clairement de l'apologie des actes terroristes. Il montre sa sympathie pour une organisation terroriste. » Samia Maktouf, avocate de plusieurs familles de victimes du 13 novembre, partage cette analyse[26]. L’association française des victimes du terrorisme évoque une « bouillie intellectuelle », Jean-Marc Rouillan « se vautre […] une fois de plus dans la violence. » Le ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve indique : « Ces propos sont une offense à la mémoire des victimes et une blessure supplémentaire pour des familles qui ont déjà beaucoup enduré »[27].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Jean-Marc Rouillan, l'ancien terroriste d'Action directe, parle et pourrait se voir privé de sa semi-liberté », L'Express, 1er octobre 2008.
  2. Jean-Guillaume Lanuque, « Action Directe. Anatomie d’un météore politique », sur www.dissidences.net, Dissidences,‎ (consulté le 8 mars 2013).
  3. Julien Fragnon (docteur en science politique, Université de Lyon), « Attentats politiques en Europe », Encyclopédie de la culture politique contemporaine, sous la direction d'Alain Renaut, 2008, pages 323 et suivantes.
  4. « Statut des détenus membres d’Action directe », Le Monde, le 22/07/1989, p. 7. « Le Syndicat de la magistrature, qui précise ‘‘ne pas admettre ni faire siennes les théories prônées par AD’’, estime que ‘‘l’isolement rigoureux et prolongé des détenus est assimilable à une torture et à un traitement inhumain et dégradant au regard de la convention européenne de sauvegarde des libertés’’. »
  5. « Jean-Marc Rouillan porte plainte ».
  6. Voir sur apa.online.free.fr.
  7. « Semi-liberté accordée à Jean-Marc Rouillan cofondateur d'Action directe », Agence France-Presse, 6 décembre 2007.
  8. Rouillan : « La lutte armée est nécessaire », Libération, 1er octobre 2008.
  9. « Jean-Marc Rouillan défend “la lutte armée” », Le Nouvel Observateur, 20 février 2007.
  10. « Ce que risque Jean-Marc Rouillan », L'Express, 1er octobre 2008.
  11. « La semi-liberté de Rouillan suspendue », L'Express, 2 octobre 2008.
  12. Étude de législation comparée n° 152 - novembre 2005 - La libération conditionnelle, service des études juridiques du Sénat, novembre 2005.
  13. « Retour à la case prison pour Jean-Marc Rouillan », Le Nouvel Observateur, 16 octobre 2008, page archivée par l'Internet Archive.
  14. a et b « Malade, Jean-Marc Rouillan demande à sortir de prison pour raison médicale », LibéMarseille, 18 juin 2009.
  15. « Besancenot dénonce la réincarcération de Rouillan », L'Express,‎ (lire en ligne)
  16. Voir sur lemonde.fr.
  17. « Rouillan demande à nouveau sa semi-liberté », LibéMarseille, 24 avril 2009.
  18. « Rouillan porte plainte pour non-assistance à personne en danger », Libération, 8 décembre 2009.
  19. Voir sur lemonde.fr.
  20. « Semi liberté de Jean-Marc Rouillan » sur le site de France Info.
  21. Voir sur libetoulouse.fr.
  22. Lemonde.fr et AFP, « Jean-Marc Rouillan en liberté conditionnelle à Marseille », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  23. Rouillan en liberté conditionnelle, Le Figaro, 18 mai 2012.
  24. « Jean-Marc Rouillan salue le “courage” des terroristes du 13 novembre »,France-Info, 7 mars 2016
  25. AFP « Rouillan dans le viseur de la justice pour avoir qualifié de "courageux" le commando du 13 novembre » Actu orange, 7 mars 2016.
  26. « Attentats de Paris: Rouillan, ex d'Action directe, juge les terroristes "courageux" » BFMTV, 7 mars 2016.
  27. « Jean-Marc Rouillan se défend d'avoir “salué le courage” des terroristes du 13 Novembre », Libération, 8 mars 2016.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Martine Herzog-Evans, « Une interview qui coûte cher à un ancien terroriste », Recueil Dalloz, 2009, n° 20, pp. 1388-1393. [lire en ligne]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]